[CW: Violences conjugales, angoisse]
Je suis aspirée dans un tourbillon d'angoisse.
Je voulais aller à la Marche des Fiertés, cela aurait été ma première, mais une crise d'angoisse me paralyse et m'épuise.
Pourquoi? Parce qu'en rangeant mon lave-vaisselle, un peu d'eau a coulé par terre, j'ai un peu glissé et ça m'a fait sourire.
En une fraction de seconde mon sourire s'est transformé en rictus de peur et d'angoisse car un souvenir de mon ex violent a surgi violemment dans mon esprit: Il est énervé et me menace, il sort de la salle de bain en trombe, il glisse sur le sol un peu mouillé et tombe magistralement et moi je me mets à rire sans le vouloir. Monumentale erreur, son regard plein de haine et de rage annonce une salve de coups et je suis coincée, sans échappatoire, mes excuses ne serviront à rien.
Je vis ce souvenir en une fraction de seconde, tente de le rejeter, pense aux outils appris en thérapie et du coup, je laisse le flot d'images, de sensations m'envahir afin de passer à autre chose. Ça marche pas, je n'arrive pas à utiliser ma méthode. Je me concentre sur mon rangement dans l'espoir que ça passe.
Après tout cela fait environ 15 ans que c'est fini tout ça, cela ne devrait plus m'atteindre,non?
Un flot de pensées, de questions commence à déferler. Je ne peux plus gérer. Ma poitrine est écrasée par l'angoisse. La crise d'angoisse est là.
Je reste calme, je préviens les copines que je ne pourrai pas aller marcher. Je reçois leur soutien avec gratitude.
Je préviens mon amoureux de ce qu'il m'arrive et je prends un anxio. Je respire.
Mon amoureux m'apaise et je me mets à parler: le souvenir, ma colère, ma frustration, l'angoisse, le travail qui est, en ce moment, un lieu de violences psychologiques, l'angoisse de ma démarche de diagnostic TSA, le fait que je ne me sente pas légitime à faire ce diagnostic, le fait que j'en peux plus de me sentir différente, de douter de la réalité de ce que je ressens...
Mon amoureux écoute, compatis et demande à mon cerveau de me laisser en paix au lieu de tout questionner. Il me rappelle que je suis légitime à utiliser des outils pour me calmer, que je suis légitime à ressentir tout ça, que j'ai le droit de me sentir mal face à un tel souvenir.
Je suis si épuisée de ces questionnements incessants, de cette remise en question perpétuelle de ce que je ressens, de comment je ressens les choses, de ne pas savoir si je suis "moi", de me retrouver bloquée chez moi. De ne pas être libre.
Je suis malgré tout assez fière de comment je gère cette crise d'angoisse. J'ai agis, j'ai demandé de l'aide, j'ai verbalisé ce qui n'allait pas, je ne me suis pas frappée, je ne me suis pas trop goinfrée, je ne me culpabilise pas de rester allongée sous un plaid.
Demain tout ira mieux, même si demain c'est loin; demain tout ira mieux.