Au milieu de la foule mouvementée et joviale, je reconnais son sourire, malgré le masque sur ses joues. Gracieuse, enchanteresse, envoutante comme une déesse glissant du ciel. Entourée d’un cercle de prétendant, elle lance quelques éclats de rire, trop fort pour être honnêtes, mais accepte les invitations à la danse en tendant délicatement le bras vers son cavalier.
Perdue dans l’ombre des bougies, elle ne sait pas que j’existe. Elle s’illumine sous les regards lubriques des hommes et sans doute qu’elle se brulera les ailes sur l’un d’eux.
Je devrais lui parler, je devrais la prévenir. Je devrais lui dire ce qu’elle provoque en moi, mais je ne désire pas devenir comme les autres, sinistre quidam qui gravite autour d’un papillon de nuit.
Elle est passée dans tous les bras en exhibant ses épaules et son décolleté, mais aucun n’est parvenu à la serrer davantage.
Le bal touche à sa fin. Les invités s’éclipsent l’un après l’autre. Je n’ose bouger. Je termine mon verre d’un coup sec, replace une mèche sur ma tête. Mais que dirai-je ? Quels mots dans ce dédale insipide puis-je lui offrir pour attirer son intérêt ? Je cherche une approche, un détail que personne n’aurait jusque là remarqué, mais je manque d’audace. Le courage, mes sentiments qui se mélangent dans un cyclone confus, avortent la moindre action.
Le jour traverse les grandes fenêtres en déchirant de ses rayons la salle. Je suis seul, encore, depuis longtemps, depuis toujours. Elle, elle n’est plus qu’un souvenir dans l’abandon du temps. C’était il y a cent ans, ou bien plus ? Je ne sais plus. Il ne me reste plus qu’à attendre qu’elle revienne danser ici, dans cette pièce où je suis mort le jour ou je l’ai vu.