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Penelope
Les recalculés du chômage
Les recalculés du chômage
Avec ce pamphlet, découvrez la seule préoccupation des…
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Baise mon Assedic. Fils de pute.
Les Escrocs- Assedic
Insomnies assediques
Oui, je sais, je n’écris plus.
Mais que dire?
Parler de mon quotidien? (chiant)
Parler de mes envies? (une à la minute, comme d’hab’)
Parler de mes beuveries? (je suis une ascète, sauf une fois par mois).
Parler de mes rêves?
Des rêves, eh bien, je n’en fais plus. Car voyez vous, je souffre d’insomnies assédiques.
C’est un mal affreux, dont toute personne un jour sans emploi a souffert. Ce fléau tue toute flamme en vous, toute inspiration, extermine tout bonheur de vivre, toute votre âme. Il n’est pas rare de retrouver un jeune cadre dynamique au bord du gouffre, accepter un job de livreur de pizza pour en échapper.
Il suffit de composer le 3949 pour se retrouver dans un monde parallèle, peuplé d'absurdités kafkaïennes.
Où que vogue la pensée, elle se trouve rattrapée par les méandres administratifs, "l'impossibilité de", la petitesse, l'insupportable désuétude de ce système étriqué, inutile.
S'ensuivent les rendez vous OBLIGATOIRES où vos interlocuteurs, "experts" de votre branche, apprennent de votre bouche la différence entre une agence de voyage et un tour operator.
Personne ne se remet jamais de son premier rendez vous à pôle emploi.
Depuis le mien, lorsque je ferme les yeux et que j'essaie de trouver le sommeil, je me retrouve immanquablement assise en face de Georges, conseiller pôle emploi.
Georges est un homme sans age, mal habillé, totalement quelconque, il a l'air fatigué. Sur un mur, il a affiché un poster délavé représentant la plage de ses rêves (Maldives? Polynésie?), où il n'ira jamais se cramer le cul, car les vacances, c'est tous les étés à la Grande Motte avec la belle famille, il faut bien rentabiliser la caravane.
George n'est pas un conseiller pôle emploi ordinaire... Georges est maléfique.
Je lui présente mes beaux projets, et Georges me répond : "Surtout ne rêvez pas, rien de ce que vous souhaitez entreprendre n'est possible. Les temps sont durs, vous devriez vivre dans la peur du lendemain, vous êtes trop optimiste, trop heureuse, votre projet est audacieux, c'est Anormal.
Vous rêvez.
Nous, ça ne nous est pas arrivé depuis l'enfance, nous n'avons rien accompli, vous devriez nous imiter car c'est comme ça qu'il faut faire, vous ne serez pas déçue d'ailleurs bientôt, vous finirez par oublier ce que ça veut dire, déçu..."
Je proteste faiblement, mais son ton lancinant engourdit mon esprit.
Georges continue : "Pensez à nous retourner le formulaire XP29 en 3 exemplaires, apprenez à rentrer dans les bonnes cases, à être raisonnable, à regarder la télé et tentez de gagner du pognon, mais pas trop. Ne réfléchissez pas. Le bonheur n'existe pas. Acceptez le premier poste qui se présente, ne vous plaignez pas si on vous demande de travailler plus pour gagner moins, les temps sont durs, il ne faut pas rêver. Si au passage vous pouviez vous endetter sur 25 ans pour un T3 "vue immeubles" et faire 2 gosses, on serait sûr que vous avez compris l'idée."
Là j'ai franchement peur, je veux me lever mais je ne peux plus bouger, je suis dans un genre de 1984, moi qui venais juste pour demander une info, je vais rentrer lobotomisée!
D'ailleurs, j'ai du mal à me rappeler pourquoi je suis venue. Tout ce dont je me souviens, ce sont les yeux écarquillés de Georges et sa voix monocorde qui m'explique paisiblement que je n'ai pas le droit d'essayer de réaliser mes rêves.
Il dit : "Les rêves ne sont pas faits pour être réalisés. C'est comme les fantasmes. La vie, c'est 70/80 ans d’épilation à la cire, si ça ne vous plaît pas, serrez les dents, ça sera bientôt fini.
Il faut juste essayer de faire passer le temps plus vite... Achetez vous une grande télé! Avec un peu de chance la mort arrivera suffisamment tôt pour que vous n'ayez pas le temps de vous poser la moindre question. Gardez courage, surtout ne tentez rien, n'attendez rien de la vie, elle vous le rendra bien."
Qui voudrait encore aller se coucher sachant que Georges l'attend dans son subconscient???
J’ai fait un serment. Si mes insomnies assédiques venaient à devenir insupportables, j’irais chez mon boucher.
Si, si, ne partez pas, vous allez comprendre.
Chez mon boucher, j’achèterais 8 litres de sang. (Pas de souci, mon boucher pense déjà que je suis folle, et puisqu’il est littéralement philosophe, je sais qu’il aime les fous.).
Donc, 8 litres de sang, je me vêtirais de blanc, j’embaucherais un chômeur (prêt à tout pour échapper à ses insomnies assédiques), et lui donnerai mon téléphone pour qu’il me filme, en train de m’immoler par le sang devant un Pôle Emploi.
Si.
Ce projet a plusieurs avantages :
1/ Le sang se rince, il ne laisse pas de séquelles et n’est pas létal, contrairement au feu.
2/ Habilement diffusée sur youtube, cette vidéo permettrait de faire la lumière sur les dysfonctionnements du système, et la détresse immense dans laquelle se trouvent les demandeurs d’emplois. (C'est très sérieux).
3/ Elle permettrait à un chômeur d’obtenir un premier cachet de cadreur, et d’ainsi prétendre au merveilleux statut d’intermittent du spectacle.
4/ Last but not least, je pourrais crier au grand jour que j'emmerde Georges, que ce con a tort, que la vie, c'est pas 80 ans mais seulement 3 minutes, et que personne ne devrait abandonner ses projets les plus audacieux. J'en suis d'ailleurs la preuve vivante, des rêves, j'en ai réalisé plein et je n'ai pas l'intention d'arrêter.
Georges n'existe pas, évidemment. D'ailleurs, je n'ai rien contre pôle emploi, je les trouve même bien moins nuls que lors de ma dernière période de chômage.
En revanche, un Georges sommeille en chacun de nous. Il est là pour nous faire douter, pour nous faire choisir la raison plutôt que l'audace. L'ennui plutôt que le risque. Georges, c'est toutes les bonnes raisons de prendre les mauvaises décisions à un moment crucial.
Le tout, c'est de ne pas l'écouter. C'est le seul moyen de réaliser ses rêves et de dormir peinard.