Astragale - Génocide - Ribambelle - Colibri - Rune
''Les premiers gestes automatiques du matin m'amènent directement jusqu'à la salle-de-bain pour que je me débarbouille un peu. Puis c’est au tour de la cuisine où je me prépare ma concoction quotidienne à base de astragale et de miel de Manuka. Mes deux mains sur mon bol en bois, à souffler sur le liquide encore brûlant, je regarde au loin à travers la grande baie vitrée.
La brume recouvre toujours toute la vallée. La cime des plus grands arbres forment une archipel de vert sombre sur ce lit cotonneux blanc teinté de nuances de gris. À la radio, les mauvaises nouvelles tombent sans surprise: scandales politiques, génocides organisés, guerres fratricides, réchauffement climatique, terrorisme... Autant de souillures que je laisse au monde. Isolée dans ma tour d'ivoire, j'ai mes propres noirceurs à éliminer.
Prise dans le flot des habitudes, me voilà déjà dehors, prête pour mon expédition du jour sans y avoir vraiment réfléchi. Je passe sous les guirlandes de ribambelles qui pendent entre les arbres, composant mon portique naturel. Ce sont mes grigris, mes attrape-rêves que je compose à partir de papiers et de tissus colorés récupérés dans la forêt. Je ne manque jamais de trouver de quoi les compléter.
Le silence matinal se dilue doucement. Un faible vent fait bruisser les branches. Des pierres se détachent et rebondissent quelques mètres plus bas pour apprécier sûrement une autre vue. Non loin de moi, une mésange que je prends au départ pour un colibri en vol stationnaire, aménage son habitat. Des piaillements d'oisillons me parviennent. S'ajoute alors l'écoulement d'un cours d'eau qui traîne brindilles et feuilles mortes.
Soudain, quelques choses attire mon attention. Un arbre étrange et tordu que je n'avais pas encore découvert jusqu'à maintenant, se présente à moi au milieu des conifères. Sans feuille, ni aiguille, les branches dirigées toutes dans le même sens. Sa base est une profusion de mousse accueillante, de linaires dorées et de scilles pourpres. Je remarque que plusieurs cercles de pierre entourent l'arbre. Néanmoins, ce n'est pas ça qui va m’interpeller le plus, mais plutôt les runes inconnues que je distingue sur une partie lisse, sans écorce. Elles semblent se mouvoir comme si elles étaient écrites sur une peau qu'on essaierait d'étirer.
Je décide de m'approcher.''