Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 21 août
Thème : cuillère/tendresse
La nuit est froide et claire, parcourue d’un vent glacé qui chasse au loin les nuages. La lune brille dans le ciel. Mais elle ne pourra pas guider mes pas jusqu’au bout. J’allume ma lanterne quand j’arrive à la lisière des bois.
Les hululements de chouettes et les bruissements de vie autour de moi sont familiers, rassurants même. Ils indiquent qu’aucun grand prédateur ne traine dans les environs. Les animaux ne fuient pas mon approche non plus. Mon pas est trop léger pour leur faire peur, même ce soir où je me presse, poussée par l’angoisse.
La potion n’était pas donnée, mais si elle fait effet, elle vaudra largement son prix.
Je sens le marais bien avant de distinguer les reflets de l’eau. Je connais des chemins sûrs dans le sol spongieux, de quoi éviter de marcher dans l’eau putride et pleine de sangsues. La nuit, tout est plus risqué, mais au moins je sais que je ne vais pas de faire de mauvaise rencontre. Par exemple, un voisin indélicat. Si quelqu’un savait ce que je viens faire ici… Non, ils ne comprendraient pas. Personne ne peut comprendre.
Sa tanière est au cœur du marécage, et dans son état il y est sans doute tapi. Une fois arrivée je signale ma présence avec un sifflement, pour ne pas lui faire peur. Je le connais depuis tout petit, mais il est vulnérable avec la maladie et pourrait vite se sentir en danger. Un coup de tentacule ou un jet d’épine est vite arrivé.
Il me reconnaît et laisse échapper un soupir misérable tout en tendant la tête hors de son trou. Je tends la main et caresse doucement ses écailles.
Il est toujours brûlant. Le maléfice ne l’a pas raté.
Je débouche la potion et sors une cuillère.
« Allez, bois ça, mon grand… ça devrait te purifier.
Avec un râle outré, il détourne la tête. J’insiste :
― Oui, je sais que ça sent la bénédiction, qu’est-ce que tu crois ? Ça va faire un peu mal, mais tu en as besoin ! C’est un sortilège très puissant qui t’a frappé !
Je ne suis pas sûre qu’il me comprenne, mais au moins autant qu’il sente au son de ma voix que je suis sûre de moi. D’après le mage, il lui faudra au moins trois cuillères de potion, à renouveler au bout de six heures. Je suis bonne pour passer la nuit ici. Et encore, s’il coopère.
― Oui, ouvre la bouche, il faut boire… Allez… une cuillère pour maman…
Ses dents fines comme des aiguilles s’entrouvent à peine assez pour que je glisse le bout de la cuillère et que je verse le liquide. Un nouveau râle indigné retentit. C’est sans doute aussi mauvais que ça en avait l’air.
Je prends le temps de le caresser et de l’encourager. Mon brave grand monstre des marais. Ça me fend le cœur de le voir dans cet état.
― Tout va bien… Tout va bien… »
Peu à peu, il se calme. Mais garde la bouche farouchement fermée. Ses grands yeux globuleux m’indiquent fermement qu’une fois, ça suffit.
Je soupire. La nuit va vraiment être longue.