Néo-Stalinisme contre Communisme
Une deuxième phase du Stalinisme (qu’on pourrait dire “Stalinisme conceptuel”) est en route aujourd’hui, sous la forme de l’anticommunisme lui-même, le communisme étant réduit à un type de gouvernement, à un “régime”. Après les “retouches” de photos (qui ne connait pas le gommage de Trotsky des photos du temps de la révolution russe des “vieux bolcheviks” par Staline...), voici venu le temps de la manipulation conceptuelle et de l’isolation des communistes (*), facilitée par l'histoire des Etats qui se sont réclamés du communisme (mais un goulag terrifiant persiste en Chine, pourtant aujourd’hui pays capitaliste très compétitif, n’en déplaise à certains “théoriciens” qui ont bien fait leur boulot, et ont tendance à se faire plus discrets aujourd’hui : leurs sophismes ne sont plus vraiment nécessaires), où le degré de communisme n’est plus vu avant tout vu comme le degré d’émancipation de la classe ouvrière et par là, espérons-le, de la société dans son ensemble, mais un simple ordre dirigiste venu d’en haut, tenu par le haut, où il n’est plus question du mouvement de la classe ouvrière en lutte (**) bref une sorte de “patronat” non-capitaliste planificateur qui se retrouverait au gouvernement... Que des esprits brillants comme le physicien Etienne Klein, et avec qui je partage bien des pensées, se transforment en le plus stupide des hommes tout d’un coup lorsqu’il prétend en deux mots (plus la moindre trace de cet esprit réfléchi d’un seul coup) ravaler au rang des vieilleries le communisme au prétexte du totalitarisme qui s’en est réclamé (Hitler s’est bien réclamé du socialisme, soit dit en passant, pour rien du tout ressemblant à cela de près ou de loin) est décevant et lamentable, surtout lorsqu’il voit dans la “radicalité” la cause du mal totalitaire (***), ainsi qu’un concept aussi vague qu’”Homme Nouveau” et dont on peut certes se passer sans problème (n’est-ce pas tomber dans le fameux “bon sens apparent” qu’il sait si bien dénoncer ? Pourquoi d’autres esprits tout aussi brillants que lui se sont fatigués à montrer que c’était bien plus compliqué que cela, que la “radicalité” apparente était liée à des conquêtes du prolétariat impossibles à abolir d’un coup par Staline (qui fut la source d’inspiration fondamentale des maoïstes, rappelons-le en ces temps d’ignorance généralisée) etc., et lui tombant dans le piège de l‘ignorance qu’il dénonce si bien sur d’autres sujets, et n’ayant plus besoin d’un coup d’aucune connaissance historique ou lectures...). Mais c’est la mode aujourd’hui, dans cette phase 2 du Stalinisme (”stalinisme” n’étant pas à prendre au premier degré dans mon propos présent bien sûr, car il n’y a plus de Staline) qui, n’ayant plus besoin de famines et de goulags, peut faire mine de s’opposer à lui-même, alors qu’il n’est question dans tout ça que d’une basse manœuvre sémantique généralisée : le communisme n’est pas (avant tout du moins) un régime ni un gouvernement, il n’a jamais été question de cela AVANT STALINE ! Il s’agit du mouvement de la classe ouvrière appuyé logistiquement et pour assurer sa défense par un Etat et gouvernement (dont les postes admissibles et nécessaires sont à débattre, mais comment trancher abstraitement par avance ?) qui ne sert qu’à appuyer ses conquêtes, avec élus révocables et tout le contrôle imaginable (mais personne ne peut l'exercer à part le prolétariat) qu’on peut espérer par en bas, centralisation ne signifiant pas verticalité. Un gouvernement se réclamant du mouvement de la classe ouvrière ne devrait plus jamais prétendre s’y substituer en des temps de mobilisations précaires et de décimation de la classe ouvrière (****), car ce fut en effet une erreur qui permit l’ascension de Staline. Il faut savoir reculer dans ce cas, pour mieux rebondir ultérieurement.
En attendant le Grand Soir (ça reste une discussion de savoir si une révolution prolétarienne, nécessairement internationaliste, est possible aujourd’hui, bien qu’un prolétariat en lutte soit toujours bon), j’encourage les initiatives de ces entrepreneurs qui créent des coopératives au fonctionnement aussi horizontal que possible, bien sûr (je fais partie de La Louve, et même s’il ne s’agit que d’un supermarché coopératif (ce n’est pas une source de revenu), trois heures de travail par mois y donne accès à de très bons prix, bio ou “conventionnel” : cf http://cooplalouve.fr/). Que des coopératives en tous genres essaiment le plus possible pour faire concurrence au capitalisme !
Mais pourquoi donc cette confusion est-elle crée, passant par toutes sortes d’hommes prestigieux “marionnettisés” (intellectuels, artistes etc.) ? Parce qu’il faut bien faire entendre au prolétariat qu’il n’est de toute façon pas question de lui et de son action, maintenant qu’elle est enfin ravalée au rang des vieilleries, dans tout ça (uniquement de la manière dont on va le cuisiner lui et le reste de la société, sauce libérale ou bureaucratique-planificatrice ? Vous avez le choix !) et d’une éventuelle action de sa part, il faut que le prolétariat n’imagine même plus autre chose qu’être dirigé. Voilà un progrès conceptuel majeur au service du progrès, je n’en doute pas une seconde cher M. Klein et Co... Et vous salue bien bas, en espérant tout de même que ce qu’il y a de pertinent dans votre propos soit à même d’élever radicalement le niveau de conscience des masses, car l’abrutissement “nécessaire” provoqué par le capitalisme (consumérisme etc.) provoque en effet vraiment des dégâts mentaux considérables !
(*) Privation d’emploi, harcèlement etc., tout cela n’ayant aucune existence officielle bien sûr... du temps étant passé depuis la fin de la collaboration, on peut relever doucement la tête.
(**) A l’instar des Gilets Jaunes pour lesquels il n’est (presque) plus question que de fiscalité, combats de rues et autres cassages de vitrines, voilà ce qu’il en est de la “radicalité”, et d’un faux anticapitalisme brun dilué... qui donne bien la couleur jaune.
(***) cf https://www.youtube.com/watch?v=LF6ZxiBN4Ek
(****) 18-20 en Russie et la guerre civile dévastatrice, mais pensez à lire Lénine et Trotsky car on ne vous encouragera jamais à cela (non pas benoîtement pour vous trouver de nouveaux maîtres à penser mais pour vous instruire, vous comprendrez la complexité immense de la question communiste) ! Vous comprendrez que le communisme n’est durant certaines phases historiques pas un simple “débat idéologique” mais une nécessité (un des point fondamentaux de la stratégie d’”oubli” actuel) pour les opprimés, soldats mobilisés et décimés par milliers, paysans, et la classe ouvrière. Lisez aussi les anarchistes et toutes sortes de point de vues sur le mouvement ouvrier, apprenez par vous-même car on vous encouragera toujours plus à connaître “Mein Kampf” que mettons “Terrorisme et Communisme” (Trotsky), et pour cause !