lorsque la nuit
allongé dans le noir
je lève mon regard au ciel étoilé
j'en imagine avec vertige
les vastes étendues désertes
dont je crois entendre l'appel
comme celui qu'avaient dû lancer
les sources du Nil
à tant d'explorateurs
du dix-neuvième
je regrette de ne pouvoir
remplir mon sac d'essentiels
et quitter nuitamment
la compagnie des hommes
pour me lancer
seul et à pied
dans l'exploration
des innombrables luminaires
qui nous entourent
et des vides
qui les séparent
j'imagine les étendues
et les éternités qu'il faudrait
pour les traverser
j'imagine le plaisir indicible
d'y trouver quelque maigre subsistance
consommée près d'un foyer sommaire
pâle astre perdu dans la nuit
j'imagine m'y endormir
apaisé par sa chaleur
littéralement à la belle étoile
je me souviens de longues soirées d'hiver
à contempler le feu toujours changeant
laissant mon esprit travailler en lui-même
je me vois inventer des chants nouveaux
nourris de toutes les merveilles que j'ai vues
pour les faire entendre aux miens à mon retour
des récits lumineux pour toucher les âmes
les éveiller et allumer en elles le désir
de traverser les frontières
transgresser les interdits
parcourir les chemins les moins empruntés
pour peupler les étendues et inventer
de nouvelles façons d'être en ce monde
des litanies pour exorciser la solitude
je sais ce que tu vis
puisque je le vis aussi
toi comme moi
es proie aux désirs
que tu tentes parfois
de maîtriser
sans jamais savoir
si ton choix est le bon
toi comme moi
ressens la peur
de ce que demain pourrait être
tant nous avons vu
d'épouvantables hier
toi comme moi
sais que tu vas mourir
et voudrais prolonger avec sens
l'éternité de l'instant présent
des cantiques soupirés
pour se rappeler les bras de l'amour
et sa bouche
et ses vallons fertiles
et ses savoureux fruits
lorsque trop nous manquent
et que le froid veut atteindre nos os
dans la nuit
loin de tous
je contiens tout cela
et suis en mesure de faire
renaître les splendeurs
comme on ravive un feu
tels la graine fécondée
le tison que cachait Prométhée
je veux porter ces chants aux hommes
qu'ils ne me croient pas
mais qu'ils m'entendent !
il suffira de cela
pour que l'étincelle se reflète
dans les âmes
et que sa lueur soit
subtilement portée à d'autres
je souffle sur la braise
en me remémorant tout
ce que j'ai appris
et m'endors
esprit et corps réchauffés
je survivrai
jusqu'à demain