Gadin 25 Anatomie d'une phrase
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Gadin 25 Anatomie d'une phrase
Gadin 9 Mappemonde
Gadin 27 Lettres au tribun Épisode 1 : Myortxa (Scènes 1-7)
Gadin 26 Prise de contact, escouade Ńempwatfub
1 J2-S3-M4
Alright. Commençons par les formalités.
En ce Jour-matin de Semaine-midi du Mois-crépuscule de l’An-crépuscule du Lustre-matin du vingtième Cycle de l’Ère de Syeb, je, le colonel Fen Virada, m’engage par la présente à renoncer à mes obligations envers Helyargotas, à prendre le nom de code Rinel et à former et commander Ńempwatfub, escouade tactique ne répondant qu’aux ordres directs de son chef de mission, nom de code Kedibań.
Chu pleinement conscient qu’y s’agit d’une opération clandestine pis que, si on vient qu’à se faire pogner, Kedibań va nier toute implication pis les membres de l’escouade vont dire que j’tais le seul derrière l’opération pis que chaque move a été mon call.
En connaissance de toute ça, j’accepte, avec honneur, cette mission de sauvetage.
Quin ton serment. Scelle-le, brule-le, encadre-le, enfonce-toi-le dans le cloaque, je m’en crisse. Tu voulais une escouade tactique, te v’là servi. Après celle-là, on est quittes.
Sous mes ordres : le légionnaire qui m’a transmis ta lettre (nom de code Fongus) ; son caporal, promu au rang de la Cible depuis sa capture (nom de code Xunay) ; pis ton agent présentement en reconnaissance (nom de code Fosomdawń).
Deux autres survivants du massacre de Khowxyal, assez mal en point merci, partagent notre tente d’infirmerie en ce moment. Pis y’a l’incompétent de médic qui m’a recousu tout croche. M’as nettoyer ça en partant. Un bon vieil incendie accidentel devrait le faire.
En attendant des comms plus safe, tu sais quoi faire avec le messager qui vient de te remettre ma lettre.
Y’est ben mieux d’être vrai, c’te ragzyum-là.
Rinel
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2 J3-S3-M5, h2-v5
Ici Xunay.
Commandant Rinel, indisposé, m’a temporairement délégué son rôle.
Quitté le camp la nuit passée. Les officiers n’y ont vu que du feu, littéralement. Les membres de Ńempwatfub sont maintenant officiellement morts au combat, selon les livres du légat. Pour notre commandant, c’pas tant loin de la vérité. Y fait toute pour pas le laisser paraitre, mais je l’ai vu s’affaisser dins roseaux quand qu’on a pris un break talleur, le souffle court, à chigner entre ses défenses. Le médic avait clairement pas fini sa job. On aurait peut-être dû l’épargner.
Loué les services d’un pêcheur local pour traverser Sanarusmar. On fait route de nuitte, mais la visibilité est limpide à cause de la double pleine lune. Le commandant a décidé qu’on devait tirer vers le nord pour éviter les rampeux-sentinelles, presque à contrevent, ce qui nous met en retard, mais on a pas eu le choix. C’tait la seule option safe. À espérer que notre délai ait pas raison de la Cible.
Débarquement dans’ baie d’Asphazi estimé pour jour-soir, vote-aube heure-midi. Plus une heure pour dissimuler notre lift, pis une heure de marche pour rejoindre le rendez-vous avec Fosomdawń. Heure d’arrivée estimée : vote-matin.
Le Fongus se plogue su’l mycélium dès qu’on arrive. Après ça, fini les traces écrites, fini les messagers.
Gardez votre gars de comms à l’écoute. J’attendrai vos ordres.
Xunay
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3 ⌁⌁⌁⌁⌁⌁⌁⌁⌁⌁
— vvvvvvjzzzzzzjkrrrrrr-krrrrr-Fffosomdawń ici Kedibań. Fosomdawń ici Kedibań. Vous me recevez? À vous. — Ici Fosomdawń. Je te reçois comme dins cieux, Kedibań. — Pas de spécificités, Fosomdawń! Évite les expressions locales. Pis termine avec « à vous ». À vous. — Ah oui, au cas où on serait sous écoute. Tu m’excuseras, je pense ben que j’tais encore sous opercule quand le mycélium postal a été désaffecté. … … Allo? Kedibań, t’es encore là? — Affirmatif, mais t’as pas dit « à vous », pis t’as encore lâché une spécificité... Anyway, mieux vaut pas s’éterniser s’es comms, nos fongiens vont finir par manquer de stamina. Restons brefs. Compte rendu? — Oui oui. Donc, pour faire une histoire courte, la situation est sous-optimale. Votre escouade est arrivée quatre heures en retard. Le Proboscidien était pas capable de marcher. C’est lourd un éléphant, tsé. Le Mustélien pis le Fongien ont dû le transporter à bras sur une civière de fortune, une planche qu’y’ont déwrenchée du pont de leur esquif. Mais bon, ça aurait servi à rien qu’y’arrivent plus tôt anyway, ça m’a pris trois jours dans le temple juste pour trouver du mycélium pis le dénuder. J’y su arrivée, en excavant sous le mur effrondré de la salle hypostyle. Astheure on est toute là pis ready to go. Ben, sauf commandant Rinel, qui… ouin, je le zieute live pis on dirait ben qu’y’est après perdre son dard, comme on dit par chez nous. — Fosomdawń! Pas de spécificités! — Ah ben oui, ga donc ça, perdre son dard c’t’assez spécifique aux Apiens, han? — Passe-moi donc le furet. — Yup. — (Hein? Moi? Euh, OK…) Xunay aux lamelles. À vous. — Bon! Caporal Xunay, à partir de maintenant, c’t’avec toi que je parle. Tu prends le lead de l’escouade. Donc, Rinel est pas en état de continuer? À vous. — Le commandant est dins pommes, mais y respire encore. On fait quoi avec lui ? À vous. — Si c’t’un fardeau, faut nettoyer. À vous. — Mais… Vous savez c’est qui? C’pas un soldat quelconque, c’t’un colonel décoré, un héros de la Libération. Y’a pratiquement mis l’Empereur su’l trône. Dix-huit boucles martiales… — Est-ce que son état risque de compromettre la mission? À vous. — Ben oui, mais… — Y’a-tu quèqu’un dans vous autres qui peut le remettre sur pied? À vous. — Non, mais... — Ben t’as ta réponse, caporal. Un fardeau, avec des ben belles boucles d’oreilles. Nettoyage. À vous. — Mais… c’est lui le commandant. Moi chu yinque un légionnaire bumpé d’un rang. Les autres vont jamais respecter mon authorité… — Eille, tough luck. C’est la guerre, ti-gars. T’es au front. Deale avec. Vous êtes déjà quatre heures en retard à cause de Rinel. Si vous partez maintenant, vous allez arriver là-bas juste à temps pour exécuter la phase deux avant le lever d’Ayanif. Nettoie, marche s’es braises, ramène la Cible au Nid, pis y va y avoir un beau gros fruit en métal pour toi, mon chum. Échoue, pis t’es aussi ben de refaire ta vie en Misitel. Pendant ce temps-là, tes scrupules, tu peux te les enfouir dans l’arrière-terrier – ah pis je m’en torche raide que ça soit une spécificité, si ça peut te faire catcher c’est qui qui tient le gros boutte du bâton icitte. Est-ce qu’on se comprend? À vous. — … A-- affirmatif. À vous. — OK ben active. Phase deux. Terminé.
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Communications archivées pour la cour impériale par Untya Sanagar, ex-assistante du tribun Askeph Naphitis Traduites de l’hiryal par le Jorneau
Gadin 22 Réquisition impériale d'arbitrage
Tribun Naphitis,
Tu devais certainement pas t’attendre à recevoir une lettre au sceau dynastique aujourd’hui, mais stresse pas trop, c’est juste moi, Fikor Hobo-Syeb. Ché que j’tais yinque un petit fureton la dernière fois qu’on s’est vus, mais là j’ai célébré ma bilustrale pis ch’rais en âge de gouverner, même si le Grand Écomètre a pas l’air à voir ça de même. Y veut pas répondre à mes questions s’a plèbe, le vieux malcommode. Y dit que c’pas des affaires dont on devrait se soucier, que c’t’indigne de notre statut pis de notre pelage, à Ziyozar pis moi. Nous on veut juste que quèqu’un nous aide à trancher sur une copple d’affaires pas claires, faque on s’est dit que t’aurais des réponses pour nous — t’es le tribun de la plèbe, après tout.
Tsé, je le sais, pourquoi y t’ont muté au sénat. J’avais peut-être l’air de rien, mais je t’ai regardé aller quand t’habitais au palais. C’t’en observant du monde comme toi que j’ai appris comment jouer la game, comment un aiglon de famille moyenne peut finir à’ table de l’empereur si y met ses piécettes s’es bonnes cases. T’étais beau à voir, tribun. Tu tricotais de la dentelle, un beau grand réseau de redevances comme une toile d’arachnassin. Tu te forgeais un avenir au sommet, jusqu’à ce que tu te fasses cut comme un ostie de pouiche. Ben moi je ferai pas la même erreur, pis si tu nous aides à déterminer qui qui a raison pis qui qui est dans le champ, Ziyozar pourrait ben convaincre son père de te redonner ta place au palais, qui sait?
De toute façon tu l’as facile : mon cousin y’a une conception crissement wack de c’est quoi la plèbe. Ché pas oùsqu’y va chercher toute ça, mais ça parait qu’y’a jamais tenu une conversation avec un garde. C’pas mêlant, jusqu’à hier y pensait que nos esclaves c’tait des plébéiens. Y’était toute mêlé après la déclaration à son père. Y’était comme « OK mais pourquoi on offrirait la plébéité aux coquerelles. C’est déjà des plébéiens. » Pis là moi j’ai faite genre « T’es donc ben ortho! C’pas des plébéiens, c’est des esclaves. » Pis là y’a dit que plébéien pis esclave c’est la même affaire, mais moi je le sais que les esclaves c’est les coquerelles faque tsé les plébéiens c’est genre les autres là — les éléphants, les abeilles…
Anyway on s’est ostiné toute l’aprème, jusqu’au fouissage crépusculaire. Cette semaine, c’est le mausolée d’Osfat Syeb-Zemil que le dépouilleur a déterré. Le prince consort de Dindanah Ière : un squelette particulièrement magané, mais un méchant bon augure pour la prochaine avancée des troupes! Ziyozar pis moi on s’est ostinés tout le long qu’on paradait la chaise funèbre, pis après la danse de la guerre, sa fiancée pis quèques amies sont venues nous rejoindre avec une fiole de zyumni, pis on est allés se pourchasser ben high dans le labyrinthe de fleurs. On a fini par s’effouérer tounus dins œillets pis les filles nous ont relancés avec plein d’autres colles s’a plèbe. Y nous ont drillés jusqu’à pas d’heure, pis ben… on s’est rendu compte qu’on était pas sûrs de grand-chose dans le fond. Mais tsé, comment tu veux qu’on règne si on connait pas notre empire? C’t’un moyen cave, le Grand Écomètre, de penser que ça nous sera pas utile de mieux connaitre nos sujets.
Me su réveillé à midi, encore un peu dins vapes de mon zyumni, pis sur ma table de chevet y’avait une tite feuille de palmier scribouillée de nos bets d’hier. Ouin, parce qu’on s’est genre monté un pool comme pour les nationaux du jeu de flèche, mais avec nos opinions. Je reconnais le coup de roseau de la fiancée à Ziyozar, donc j’estime que c’t’un document impartial. Je te le joins avec ma lettre.
T’as juste à marquer les bonnes réponses d’un « s » pour « sap », pis redonner la feuille au messager — d’ailleurs, un tit-aigle noir comme lui, ça compte-tu comme un plébéien? Pas clair.
Fikor Hobo-Syeb,
cinquième dans l’ordre de succession au dail de Syeb, fils héritier d’Ambúnted Hobo-Syeb, cousin de l’empereur Hastorel Ier, et de Rinta Rag-Zemil, belle-sœur de l’empereur Hastorel Ier
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Cacheté par le Bureau du Tribun, Elurmurd J3-S3-M4-A4-L2-C20, Ère de Syeb Traduit de l’hiryal par le Jorneau
Val-Terreur 21 Réponse d’une dormeuse à une question inconnue
«Notre espèce entretient son obsession pour la mort.
Même à leurs premiers pas, en s’extirpant de leur soupe primordiale marécageuse, mes ancêtres cultivèrent une certaine prédisposition; un engouement marqué pour le trépas. Plus qu’une simple tocade, leur appétit pour le décès se poursuivit bien au-delà des premières migrations et, dans certains cas, littéralement. Les Trk’tk, face à une disette historique, recoururent effectivement au cannibalisme funéraire avant de développer des techniques d’excarnation extrêmement sophistiquées. Nous conservons de ce peuple insulaire plusieurs rites et c’est d’eux que nous vient le fameux Strhadr’lk – le vin des morts.
À l’autre extrémité du continent, chez les Thodr’tk, la fascination pour le morbide passait plutôt par la mémoire. Les parois des immenses galeries que ce peuple sédentaire partageait avec son bétail sont recouvertes de fresques décrivant les circonstances du décès de membres importants de leurs communautés. Plus tard, ils troquèrent leurs pinceaux pour des ciseaux et érigèrent les plus imposants monuments de l’époque; toujours en l’honneur des disparus – puis, au bout de quelque siècle, développèrent le premier système d’écriture. Ils racontèrent ainsi de grandes épopées dans lesquelles leurs héros chevauchaient khrajk’vk et thodl’vk jusqu’au coeur du soleil en défiant la Mort elle-même.
Ce sont finalement les Frkstk’tk, desquels nous descendons directement, qui surmontèrent cette fascination et entreprirent de vaincre totalement l’entropie. Surnommés les «nécromanciens du désert» par les autres tribus, nos ancêtres découvrirent comment utiliser le sel du Vikshm de manière à ralentir le vieillissement puis, quelque temps plus tard, comment le raffiner et l’administrer de façon à provoquer une cryptobiose. Propre à notre espèce, cette mort temporaire – cette osmobiose– permit aux vikshémiens d’étirer leur vie sur plusieurs centaines de révolutions au prix de longues périodes de dormance. On appelait d’ailleurs dormeurs ces véritables encyclopédies vivantes qu’échangèrent entre eux les différents groupes ethniques établis à proximité du désert. Les alchimistes des galeries concoctèrent un solvant unique ayant pour utilité de réveiller les dormeurs pour une courte durée soit pour les consulter – soit pour stocker de nouvelles données. La plus célèbre de ces encyclopédies est sans aucun doute Kltmtrk’shatr; une Vikshémienne dont on estime l’âge à environ 5000 révolutions et qui se trouverait, au moment de l’écriture de ce texte, en orbite autour du trou noir primordial Fdk’lr.
L’équilibre délicat engendré par le troc de Sel, de Solvant, de dormeurs et de vin des morts est à l’origine de la Paix des Alchimistes – une relative harmonie qu’une soi-disant pénurie de Solvant troubla, quelques centaines de révolutions plus tard.
C’est durant cette accalmie que l’esprit scientifique de notre espèce s’affina. L’obsession que nous entretenions pour la mort se détourna graduellement vers une fascination pour la vie et comment la prolonger sans avoir recours à l’osmobiose. Lorsque des percées dans le domaine de la manipulation génétique ouvrirent les portes à ce genre d’innovation, à une vie réellement éternelle, une majorité de dormeurs furent enfouis dans de gigantesques nécropoles souterraines. Ce n’est que lorsque les guerres tribales furent terminées que les ædificiers se heurtèrent à une problématique colossale : le cerveau et l’ensemble des mécanismes neurocognitifs ne s’adaptèrent jamais à l’immortalité. Avec le temps, plusieurs maladies dégénératives apparurent sournoisement et l’état psychotique dans lequel certains chefs tribaux se trouvèrent commença à inquiéter. Le Conseil des Anciens fut fondé et, ironiquement, les dirigeants les plus affectés furent purgés. On déterra hâtivement une poignée de dormeurs afin de redécouvrir l’osmobiose dans l’espoir de ralentir la corruption, mais cela ne fit que retarder l’inévitable.
Finalement, les ædificiers confrontés au démon intérieur de l’immortalité firent face à deux choix: l’exil vers le Vikshm ou l’autodestruction.»
Réponse de la dormeuse Glkftk’shatr à une question inconnue
Gadin 19 Ritxer
Gadin 18 Anecdote d'une promeneuse
Cher tribun,
J’ai ben reçu votre requête d’affectation pour un nouveau châtelain, mais tant qu’à vous répondre en formalités, j’ai décidé d’en profiter pour vous partager une petite anecdote. Vous m’en pardonnerez la trivialité…
Alors, figurez-vous qu’hier, dans ma promenade du soir s’a colline sénatoriale, j’ai été témoin d’une chose des plus étranges. Absurde, vraiment. Vous voyez, à mon âge avancé, on commence à devenir dure de la feuille, faque j’ai cru, dans mon évidente sénilité, vous entendre pratiquer un discours pour les rostres. On aurait dit une motion au Sénat préconisant un mandat pour que Helyargotas rapatrie une soldate des crocs de l’ennemi. Une caporale sans importance. Une plébéienne, même.
Va falloir excuser ma méprise – chu probablement yinque une vieille aiglesse qui a besoin de se curer les oreilles –; mais si – et je dis bien si – vous aviez été assez ingrat pour envisager clamer pareille cochonnerie haut et fort, je me retrouverais dans’ fâcheuse position de devoir vous inculquer un peu de bon sens.
Je commencerais par vous inviter à prendre la journée off pis aller rider la colonne de Swatan jusqu’à vous frotter aux cumulus d’aprème. C’est le printemps, l’air se réchauffe. Parfait pour une joyride, à planer pis regarder Elurmurd qui grouille. Les piétons, les charrettes, les bateaux. Elurmurd qui se pense importante avec ses commerçants pis ses militaires, ses ranchs pis ses docks, sa muraille pis son aqueduc. La fierté de l’Empire Syeb. Mais dans le fond, toute ça, toute eux autres – du plus décoré patricien au plus déchéant pérégrin –, sont toute juste des petits points, incapables de se décoller du sol. C’est de tsa qu’est formé l’Empire : de piétons qui jousent du coude pour leur peu d’envergure. Des chameaux qui obéissent sans blatérer de question, des tortues qui préfèrent s’emprisonner dans leur première maison, des champignons aussi isolationnistes que ridicules, des serpents qui risquent la lapidation publique en sortant dins rue, pis des fourmis qui fourmillent, castrées de la sorcellerie qui a jadis faite leur gloire. Pis à leurs côtés, des éléphants pis des furets, captifs du poids de leur corps comme tous les autres. Oui oui, même le plus impérial des Syeb est plaqué au sol.
Sachez une chose, Tribun : le monde est une swamp infecte dans’quelle les non ailés pataugent. Y s’accotent l’un sur l’autre pour se propulser à’ surface pis y se félicitent quand qu’y’arrivent à se garder à flots, mais peu importe qui est monté s’es épaules de qui, nous, on plane loin au-dessus, avec les cumulus. La seule liberté ici-bas, c’est la nôtre ici-haut. Celle des hastúrl. Celle qui vient avec vos ailes à’ naissance. C’est ce qui nous sépare de la vermine.
C’est donc d’autant plus important de tracer une ligne entre nous pis les autres ailés. C’te ligne-là, ’est forgée dans l’instinct du rapace. La force qui fait qu’on vaut mieux qu’un bourdon. Les Apiens sont victimes des structures qui les ont placés au top. Est-ce que les brindilles qui forment le nid royal sont nobles? Non. Sont juchées sur un sommet, mais y’ont pas l’audace de le revendiquer. Qu’y’essaiment le Sénat tant qu’y veulent, y seront jamais capables de nous égaler. C’est dans leur nature, comme c’est dans’ nature d’un corbeau de voler bas, de charogner nos restes pis de croasser que c’pas juste.
Pis là c’est drôle, parce que selon mes vieilles oreilles niaiseuses, y’aurait vous, Tribun, qui voudriez mobiliser les forces armées pour libérer une Corvienne… Un impératif pour préserver les secrets d’État, comme j’ai imaginé vous entendre le dire. Une exception. Yinque une…
Y’a un autre mot qu’existe pour ça : un précédent.
Vous savez combien de brèches y’a fallu dans’ douve du Palais impérial pour que le Martyr des Sables l’infiltre? Une. Yinque une.
Pis vous, vous voudriez tendre une branche à votre caporale pis la sortir de la swamp? Dans quel but? Pour qu’a pogne la colonne d’air chaud pis qu’a nous kicke en bas des nuages? Comme le Martyr des Sables a faite aux Syebzemil? Comme une invitée trop à ses aises ferait avec votre villa en votre absence?
Un petit rappel, Tribun : on est toujours à une Corvienne parvenue du chaos.
Mais j’ai pas besoin de vous dire ça. Tout Aquilien qui se respecte sait ça. Penser le contraire serait de pas comprendre la game, ou pire, de pas valoriser tout les bassesses, les sacrifices pis les alliances impures qui ont hissé nos familles au-dessus des masses. Pis ça, ça serait indigne du dernier Naphitis.
C’est quand même déplorable, ce qui est arrivé à votre famille. Ça doit pas être facile. Votre mère, vos cousines pis vos tantes qui périssent toute de la même maladie, comme ça. Pouf. Si je me trompe pas, ça laisse juste votre fille de matriacable – quand a sera en âge ben sûr. Un si mince filon d’espoir pour votre lignée… Ça serait d’une tristesse innommable si y devait y arriver quèque chose. J’ose pas imaginer.
Heureusement, votre maisonnée va reprendre du mieux sous peu, puisque j’ai accepté de vous envoyer mon neveu Úpsa pour que vous en fassiez votre nouveau châtelain. Je compte sur vous pour le redresser; y vient de passer les deux dernières années à Kwan pis je pense qu’y’aurait besoin d’un peu de discipline. Pas besoin de me remercier, c’t’un plaisir pour moi de vous aider à remettre de l’ordre chez vous.
Transmettez mes salutations à tous mes autres neveus,
D’un sommet à un autre,
Madame Itxatis
***
Oh, pis si vous cherchez une motion à passer aux rostres demain, je vous joins un grief de la plèbe qui serait tout à fait à propos. Le voici :
Récemment, un groupe d’enfants corviens s’est perdu dins montagnes aquiliennes au nord d’Elurmurd. Y’ont crié pis crié, mais y’avait pas âme qui vive, pis y sont toute morts de faim. La montagne est benne trop périlleuse pour être en accès public. Y’a déjà des gates qui empêchent les marcheurs de se ramasser là-bas, mais faudrait renforcer la sécurité de la garde aérienne pour pas que nos corbillats s’y perdent.
Signé : des mères corviennes inquiètes.
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Cacheté par le Bureau du Tribun, Elurmurd J2-S3-M4-A4-L2-C20, Ère de Syeb Traduit de l’hiryal par le Jorneau