Journée sans grand relief, aujourd’hui, et c’est un des charmes de notre confinement. Mais tout de même, la confection du repas de midi fut bercée par de la musique de chambre de Mozart, quelques quintettes et quatuors, notamment avec flûte, qui m’accompagnèrent fort heureusement. En maniant ciboulette et basilic, crème fraîche et paprika, une bière à portée de main pour étancher la soif en cette journée chaude et ensoleillée, je me suis laissé envoûter par les douces reprises en crescendo, par les envolées tendres et fluides qui n’étaient pas sans rappeler les trilles du merle nichant à proximité... Car Mozart emporte, élève, touche au cœur, il exprime une sorte de fluctuation, de respiration des sentiments. On a l’impression d’être enveloppé non par une musique mais par une vibration de tout ce qui entoure, vibration sensible et spirituelle à la fois, on a l’impression d’être dans un bain d’émotions. Et quand on croit se reposer sur une montée lente, régulière, spiralaire, tout à coup une échappée sublime d’une liberté totale vous cloue sur place. Mozart sait toucher ce qu’il y a de plus profond en chacun, même quand on coupe des tomates et qu’on lave la salade en dégustant la dernière gorgée de bière... En fin d’après-midi, après un peu de travail, l’heure était au farniente dans le jardin, et donc à une toute autre ambiance musicale : allongé sur une chaise longue, un jus de fruit à proximité, lisant un polar, les écouteurs sur les oreilles, j’écoutais quelques morceaux de jazz classique (Ella Fitgerald, Duke Ellington...), puis tout un album de jazz bossa par Joao Gilberto et Stan Getz. Là encore, je fus saisi par la douce sensation d’être emporté bien loin, pas seulement du fait des sonorités exotiques de ce jazz brésilien, mais surtout par la suavité mâle du saxophone de Stan Getz, à laquelle répondait la douceur presque féminine de la voix de Joao Gilberto, s’appuyant sur un accompagnement oxymorique fait de syncopes fluides et de de silences mélodieux. La bossa m’emmena si loin que je finis par m’endormir sous les rayons de Phoebus et dans le léger souffle de Zéphyr. J’ai connu journées plus désagréables...