Review : Substance Mort - Philip K. Dick
/!\ spoil de l’histoire en générale, mais pas des détails, la fin est prévisible, l’intérêt du livre est la représentation de la dégradation du cerveau, normalement ça ne vous gâchera pas de lire, mais j’explique vite fait les grandes lignes de l’histoire.” /!\ j’utilise addict au lieu de drogué ou toxicomane, les deux ont tous les deux trop de connotations négatives. L’addiction aux drogues reste une addiction au même titres que celle de l’alcool ou de la cigarette, sauf que “drogué” les mets à part. Toxicomane est un terme daté et utilisé avec mépris par ceux qui ne le sont pas.
L’histoire qui nous ait présentée est simple, Bob Actor est un agent des stups’ infiltré cherchant à faire tomber des leaders de la drogue, seulement, il s’est retrouvé à devoir tester l’une des pires pour jouer le jeu, la substance M et tombe dans l’addiction. Même si on est à la troisième personne, on est de son point de vue et ce dernier est corrompu par la maladie jusqu’à ce qu’il ne puisse plus rien faire et soit renvoyé et envoyé dans une ferme où les addictes réapprennent à vivre.
Rien d’incroyable de nos jours, mais le livre est sorti en 1977. Considéré comme de la science-fiction, pour moi on est carrément sur un roman d’anticipation, sur un futur où le problème de la drogue a presque détruit la société.
Je ne vais pas m’attarder longtemps sur l’histoire, mais sur la question des consommateurs et le message de K. Dick avec lequel je ne suis pas d’accord.
Dans l'histoire elle-même, j’aimais assez bien certaines discussions qu’il avait avec ses colocataires qui semblaient parfois relever de l’absurde. La déconnexion avec la réalité et le voilement de la face dont les personnages font preuve étaient terrifiant, imaginer que cela puisse un jour m’arriver est un de mes cauchemars. Les femmes sont vues par le protagoniste que par leur physique et leur potentiel sexuel, mais c’est clairement condamné par l’histoire et Donna (une dealeuse donc Bob se prétend amoureux), qu’il voyait comme inférieur, fini par lui être bien supérieur à la fin. Se droguer revient à tomber aux bas font de l'échelle sociale.
Les points qui relèvent de la SF plus classique et toujours improbables de nos jours sont le brouillé qui permet à Bob, quand il est connu comme l’agent Fred, d’être méconnaissable. Une sorte de combinaison dans une technologie incompréhensible qui brouille la perception des personnes la portant. Il y a aussi les technologies et autres hologrammes qui servent à espionner sont en avance sur leur temps. Le reste est d’un réalisme inquiétant.
K. Dick a l’audace de dire que son livre est neutre face à la question de la drogue à la fin du livre pour ensuite dire qu’il refuse d’appeler les addictions des maladies, que c’est comme traverser la route au feu rouge, c’est un mauvais choix, pas un accident. Cette note est touchante, d’autant plus quand on connait l'histoire des Etats-Unis et des drogues durant les années 70. Je ne peux pas blâmer K. Dick pour cet avis tranché et peu scientifique, il n'est pas neutre. Il nous donne même une liste de toutes les personnes qui sont mortes qu’il connaissait à cause de la drogue, nous montrant ainsi le revers de cette société pour ceux qui ne consomme pas et qui sont impuissants face à ce problème. Je ne blâmerai jamais non plus les proches d’une personne addicte qui n’en peuvent plus. L'addiction est une maladie qui touche autant la personne concernée que ses proches impuissants.
Cependant, d’un point de vue logique, historique et rationnel, traduire la prise de drogue comme un choix en totale conscience et connaissance est mal connaître le sujet, et n'est représentatif que d’une petite partie des consommateurs. En vrac :
On sait maintenant que les Etats-Unis ont utilisé des habitants de leur propre pays, souvent les racisés et les plus pauvres, comme sujets de tests de différentes drogues, particulièrement dans la période où le livre a été écrit. Ils étaient ensuite lâchés dans la société sans suivi ou aide, avec interdiction d’en parler. La plupart des drogues ne demandaient qu’une prise pour être sous l’emprise.
Avant internet, être correctement renseigné sur les effets, sachant qu’il suffisait parfois d’une prise pour être addicte, était difficilement possible. Ceux qui amenaient le sujet, souvent eux-mêmes sous emprises et peu informés, en disaient du bien. On ne peut donc pas comparer ça à quelqu’un qui sait ce que ça fait de traverser au feu rouge. C'est facile de parler avec le recule.
L’effet de groupe et la pression sociale sont des instigateurs puissants et non négligeables qui demandent beaucoup pour y résister, je vous laisse faire vos recherches.
Beaucoup des addictions, surtout aux Etats-Unis, ont commencé suite à des prescriptions médicales, c’était surtout le cas pendant la crise des opioïdes dans les années 90. Je vous conseille le très bon docu-série Le Pharmacien, sur Netflix qui revient là-dessus.
Au final, blâmer l’addict et le mettre en prison ne résout rien tant que le problème n’est pas résolu à la source et les politiques d'austérité ont tendance à faire réagir à l’opposé. J’aimerais juste dire que l’addiction aux drogues est reconnue comme une maladie et les pays qui soignent les patients en tant que tels au lieu de les emprisonner sans aide comme le fait les usa ont de meilleurs résultats en termes de patients soignés et de pourcentage de personnes droguées. ça n’aiderait pas un alcoolique ou un fumeur d’être emprisonné, ça n’aidera pas non plus quelqu’un qui se drogue.
Ce livre m’a fait cogiter comme vous pouvez le voir. J’espère que mon avis vous aura intéressé.
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