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(Jonathan Smyth, Robespierre and the Festival of the Supreme Being. The search for a republican morality )

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Huh?
(Jonathan Smyth, Robespierre and the Festival of the Supreme Being. The search for a republican morality )
Jettez les yeux autour de vous : voyez les départements qui vous environnent ; entendez les cris des Enfants immolés sur le sein de leurs meres ; voyez la terre inondée du sang des administrateurs et des patriotes ; voyez ces prêtres fanatiques qui regrettent des trésors qu’ils avaient arrachés à la Superstition de nos peres, prêcher le Carnage au nom d’un Dieu de paix ; voyez ces Emigrés et ces cy-devant Seigneurs réunis à eux ; ils veulent, le fer et la flamme à la main, rétablir la féodalité, la royauté, la noblesse, la dixme, la chasse, la gabelle, les aydes et tous ces fléaux dévastateurs qui accompagnent ces horribles institutions, et qui trainent à leur Suite le malheur et l’opprobre du Genre humain. Vous n’avés plus voulu de ces Vampires qui suçaient à longs traits le Sang du Peuple. Eh bien ! pour s’en vanger, ils veulent le repandre à grands flots ; ils veulent vous égorger, parce que vous avés voulu etre libres et jouir des droits sacrés dont la Providence a fait le plus bel apanage de l’homme. [...] Pour des hommes autres que des Républicains la politique voudrait peut-être qu’on jettât un voile sur les dangers qui les environnent ; mais loin de nous cette lâcheté et cette perfidie. Nous parlons à des hommes libres ; ils ne se laisseront point abbattre à la vue du peril ; ils n’en sentiront que mieux la nécessité de le prévenir. Et dailleurs si nos dangers sont grands, nos ressources ne sont-elles pas immenses ? nos frontières ne sont-elles pas encore intactes et respectées malgré les éxécrables trahisons de l’infame Dumourier ? des Citoyens de toutes les parties de la République ne se portent ils pas sur la Vendée ? la présence de nos phalanges guerrières ne vat-elle pas dissiper les hordes de brigands, qui ont osé quelques instants souiller le territoire français de l’aspect révoltant des signes de notre ancien esclavage, et ne serons-nous pas libres et heureux le jour où nous le voudrons ?
Proclamation de Romme, Prieur de la Marne et Lecointre, représentants à l’armée des Côtes de Cherbourg “Aux Citoyens et aux Corps administratifs des départements de la Manche, du Calvados, de l’Eure et de l’Orne”. Bayeux, 19 mai 1793 (AN AF II 265B, pl. 2240, p. 11).
Vous, les vrais apôtres de la liberté et de l’égalité, Sociétés populaires, c’est à vous qu’il appartient de faire parvenir jusques dans l’asile respectable de l’homme des champs, la connoissance de ses droits, et les principes éternels de notre nouvelle existence sociale ; c’est à vous d’embraser tous les cœurs de l’amour de la Patrie. Déjà vous avez répandu, autour de vous, les premières semences de l’esprit public ; vous avez senti que les vertus sociales doivent suppléer au défaut des lois, dans la désorganisation radicale d’un gouvernement corrompu. Achevez votre ouvrage, redoublez de zèle ; mais pour être vraiement Sociétés du peuple, le peuple doit être dans votre sein ; appelez tous vos frères, que la publicité de vos séances garantisse la pureté de vos intentions, et ajoute au fruit d’une bonne action celui d’un bon exemple. Que la tribune populaire, en répandant les lumières de la raison et du républicanisme, électrise les cœurs froids, donne une direction utile à ces ames impétueuses, et brûlantes du feu sacré de la liberté ; qu’elle console et honore les victimes vertueuses d’un dévouement civique, et tonne contre ces esprits cruellement mesurés, dont les efforts cherchant à rallentir le mouvement révolutionnaire qui anime la république entière, appelle sur elle toutes les calamités de la guerre civile. La Convention nationale vous associe formellement à notre surveillance. Envoyez des missionnaires dans les campagnes, fondez de nouvelles Sociétés, établissez des correspondances entre vous ; et par là, vous suppléerez provisoirement à l’instruction publique, dont la Convention nationale, dominée par les circonstances, n’a pu encore s’occuper.
Extrait de l’adresse de Lecointre, Romme et Prieur de la Marne, Représentants du peuple envoyés par la Convention nationale près l’Armée des Côtes de Cherbourg aux Corps administratifs, aux Municipalités et aux Sociétés populaires des Départemens de la Manche, du Calvados, de l’Eure et de l’Orne. Bayeux, 24 mai 1793 (AN AF II 265B, pl. 2240, p. 25).
La séance publique [du département de la Manche] s’ouvre ensuite ; le procédé du Calvados [c'est-à-dire l'enlèvement et l'emprisonnement au château de Caen de Romme et Prieur de la Côte-d'Or] excite l’indignation : Lalande, Guérin & Rapilly, braves sans-culottes, s’offrent en otages au Calvados pour la liberté de nos collègues. Hubert, Dupré, membres des sociétés populaires de Valogne & de Cherbourg, parlent avec énergie ; tous les citoyens présens partagent les mêmes sentimens, & il est arrêté qu’il sera répondu aux administrateurs du Calvados que l’assemblée désapprouve leurs procédés, qu’ils seront invités à réfléchir sur leurs suites désastreuses, & à se rallier autour de la Convention nationale. Un arrêté consacre ces heureuses dispositions ; il est signé par beaucoup de citoyens ; mais, ce qui est digne de remarquer, c’est que sur neuf administrateurs qui étoient présens et qui tous paraissoient avoir partagé les principes de cet arrêté, trois seulement le signent, & le procureur-général-syndic qui l’a rédigé ne le signe pas.
Le 9 juin 1793 à Coutances d’après le rapport de Lecointre et Prieur de la Marne sur leur mission à l’armée des côtes de Cherbourg, lu par Lecointre à la Convention le 17 août suivant, p. 3-4.
Quand la Convention a reçu la nouvelle de cette séance le 14 juin 1793, Robespierre a fait décréter que l’administration du département de la Manche avait “bien mérité de la patrie” (AP, t. LXVI, p. 528). Malheureusement pour les représentants sur place, et comme le suggère la dernière ligne de cette citation, elle avait déjà changé d’avis à leur sujet...
Les représentans du peuple, envoyés par la Convention nationale près l’armée des côtes de Cherbourg. En vertu des pouvoirs à nous donnés ; Considérant, 1°. que la violence exercée sur les personnes des représentans du peuple, Prieur (de la Côte-d’Or), & Romme, envoyés par la Convention nationale près l’armée des côtes de Cherbourg, pour veiller à leur défense & les couvrir, au besoin, de leurs corps, contre l’attaque des ennemis de la République, est un attentat à la souveraineté du peuple & au respect dû à la Convention nationale qui peut seule sauver la patrie ; 2°. Que l’arrestation de ces deux représentans, celle des deniers de la caisse publique & de tous les objets de subsistances qui se dirigent vers le centre de la France, ne peut avoir d’autre objet que de livrer la République française aux armées ennemies qui les menacent de toutes parts, puisqu’elle tend évidemment à mettre la Convention nationale dans l’impossibilité absolue de pourvoir à la solde, habillement & subsistance de nos frères qui sont sur les frontières pour combattre les tyrans & leur satellites ; 3°. Que la conduite de Félix Wimphen [Wimpffen], ci-devant noble & baron allemand, qui a eu la lâcheté de laisser enlever de Bayeux, en sa présence, par quarante particuliers se disant carabots de Caen, les représentans du peuple, Romme & Prieur ; qui, depuis cette époque, a constamment refusé ou négligé de se rendre près des représentans qui sont à Coutances, pour prendre des mesures de sûreté générale ; qui a rétabli un comité d’administration militaire qui avoit été, en vertu de la loi du 30 avril dernier, cassé & annullé par un arrêté pris par les représentans du peuple à Bayeux ; que la conduite de ce perfide général prouve qu’il existe Caen, où il se rend sans cesse, une conjuration de partisans de la tyrannie qui veulent replonger le peuple dans les fers, & l’empêcher de jouir des droits sacrés de l’homme ; Considérant enfin que, d’après le compte rendu à l’administration du département de la Manche par les commissaires qu’elle avoit envoyés à celle du Calvados, pour lui faire partager les principes de la vraie liberté & les sentimens de fraternité consignés dans l’arrêté pris le 9 juin présent mois, dans une assemblée générale des corps constitués & des sociétés populaires ; que d’après les dispositions perfides & tendantes [sic] à la dissolution de la République une & indivisible, faites par les commissaires envoyés par l’administration du Calvados, il ne reste plus d’autre moyen de rendre la liberté aux représentans détenus à Caen & de briser les fers des citoyens de cette ville, qui gémissent sous le joug d’une faction liberticide, ou de ramener ceux que des discours perfides ont égarés, que de faire connoître les véritables projets de cette faction d’aristocrates, à la tête de laquelle se trouve un ci-devant noble, baron allemand ; Avons arrêté ce qui suit : ARTICLE PREMIER. Nous déclarons en état de rébellion tous administrateurs, officiers municipaux, juges, fonctionnaires publics & autres citoyens qui ont signé l’arrêté du conseil-général du département du Calvados, du 9 juin dernier ; en conséquence, les avons suspendus de leurs fonctions, dans lesquelles ils seront provisoirement remplacés par les fonctionnaires de la même espèce, ou par leurs suppléans qui n’auront pris aucune part à cet arrêté. II. Tous lesdits fonctionnaires publics & les autres signataires seront mis en état d’arrestation, & traduits sur-le-champ à la barre de la Convention nationale. III. Les receveurs de districts sont tenus de faire passer à la trésorerie nationale les fonds qui se trouvent dans leurs caisses, sous peine d’être regardés comme rebelles à la loi. IV. Les communications du commerce seront rétablies entre la ville de Caen & les autres parties de la République française, & il ne pourra y être apporté aucun obstacle. V. Chargeons, au nom de la République française, les corps administratifs, municipalités, & autres autorités constituées, civiles & militaires, gardes nationaux & tous les bons citoyens, de veiller à l’exécution du présent arrêté, qui sera publié, imprimé & affiché dans les cinq départements de la Manche, du Calvados, de l’Eure, de l’Orne & de la Seine-Inférieure.
Arrêté de Prieur de la Marne et Lecointre. Coutances, 14 juin 1793 (tiré de leur Rapport de mission imprimé, p. 58-60).
[I]l ne peut y avoir de liberté dans une République qu’autant que les fonctionnaires publics nommés par le peuple se renferment chacun dans les bornes que la loi a assignées à leurs fonctions, & [...] l’anarchie et l’oppression suivent immédiatement de la réunion & de la cumulation de plusieurs pouvoirs distincts dans le même fonctionnaire
Extrait du considérant d’un arrêté de Prieur de la Marne et Lecointre. Coutances, 26 juin 1793 (imprimé en annexe à leur Rapport, p. 65).
[L]a loi étant l’expression de la volonté générale, elle ne peut être faite ou détruite que par les mandataires du peuple souverain, librement nommés par lui à cet effet, & qu’il n’appartient à aucun fonctionnaire, administrateur ou juge, de s’arroger le droit d’exprimer la volonté de ce même peuple qui ne lui en a pas délégué la faculté[.]
Autre extrait du considérant de l’arrêté de Prieur de la Marne et Lecointre pour confirmer la suspension des administrateurs et juges rebelles, datée de Coutances, le 26 juin 1793 (tiré de leur Rapport imprimé).
Nous venons de passer deux jours et deux nuits bien pénibles et bien laborieuses, d’après la conduite des habitants de Caen. Aussi sommes-nous écrasés de fatigue au point que notre lettre s’en sentira nécessairement. Notre premier objet, aussitôt que nous eûmes appris que le crime était consommé , fut d’éclairer l’opinion publique ; heureusement elle nous était favorable. Nos regards se jetèrent ensuite sur la position de nos collègues et sur la nôtre. Notre première idée fut de leur faire rendre leur liberté, mais toute espèce de moyens nous manquait. Nous n’avons pas 500 hommes et encore la moitié sont-ils du dernier contingent et sans armes. Nous avons un général qui a été témoin de l’arrestation de nos collègues et qui n’a pas pris la moindre mesure pour l’empêcher. Les rapports lui sont très défavorables ; son compte officiel, que nous venons de recevoir, n’est pas plus clair, et nous l’appelons à Coutances pour examiner de plus près sa conduite et nous mettre en mesure contre tout événement. Comptez sur nous.
Prieur de la Marne et Lecointre au CSP. Coutances, 11 juin 1793 (Recueil des actes du CSP, t. IV, p. 516-517).