Ton corps est là mais ta tête est ailleurs. Tu veux toujours être ailleurs. Il n’y a jamais que du chagrin qui traverse ton cœur à chaque endroit que tu traverses. Tu passes et tu ne sais te fixer nulle part. Ces paysages sont les tiens, tu les vois, tu les imagines, mais ton regard déjà se détourne, et ceux que tu côtoyais alors sont déjà plus loin, dans l’ombre. Tu ne pouvais rien faire pour les retenir, pourtant personne ne pourrait les aimer comme tu les as aimé. Tu finis par tourner la page, par essayer d’autres chemins, d’autres miroirs. Tu t’es senti comme chez toi, et puis tu as rebroussé chemin. Aucun lieu ne t’accueille, et pas un seul que tu ne quittes en pleurant, telle est ta contradiction. Tu es le nostalgique Ulysse, défini par ton retour vers un pays qui n’est pas le tien. Tu veux toujours, toujours être ailleurs. Être fixe, ce n’est pas toi. Jamais content, toujours désireux de quelque chose que tu n’as pas. Tu veux être toujours ivre. Tu veux voir du pays, partir un jour peut-être, plus loin, vers ces lieux que tu t’imagines. Mais tu restes là, comme un chien haletant qui attend qu’on lui dise de partir en ballade. Tu ne fais qu’attendre le moment propice, et puis tu rêves, tu rêves d’un ailleurs plus propice, plus chaleureux, où tu aurais ta place. Tu es le Désir tout entier, tu es son essence. Tu es le chagrin silencieux de la bête qui souffre. Et tu regarderas d’un œil sombre ceux qui passent devant toi sans te regarder, qui réussissent alors que toi, non. Ton corps silencieux qui voudrait crier, courir après les autres, il reste là, sous le creux d’un toit d’une chambre, dans l’ombre et le silence. Tu veux être ailleurs. Tu veux être un autre. Tu veux être heureux, à en crever.
Ô Lecteur, tel est ton destin.