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It’s not just that violence happens here—intentional, casual, accidental, incidental—it’s that the prospect and the aftermath of violence are constantly crowding you from all sides: men with machine guns on the Avenida Revolución, growling dogs leaping into SUVs to sniff for drugs, a drunk passed out in front of the panaderia, a driver so tired or tweaking he barrels his semi into a cliff.
Leslie Jamison, from “La Frontera”, The Empathy Exams p.61
Empathy isn’t just something that happens to us — a meteor shower of synapses firing across the brain—it’s also a choice we make: to pay attention, to extend ourselves. It’s made of exertion, that dowdier cousin of impulse. Sometimes we care for another because we know we should, or because it’s asked for, but this doesn’t make our caring hollow. The act of choosing simply means we’ve committed ourselves to a set of behaviors greater than the sum of our individual inclinations: I will listen to his sadness, even when I’m deep in my own. To say going through the motions— this isn’t reduction so much as acknowledgment of effort—the labor, the motions, the dance—of getting inside another person’s state of heart or mind. This confession of effort chafes against the notion that empathy should always rise unbidden, that genuine means the same thing as unwilled, that intentionality is the enemy of love. But I believe in intention and I believe in work. I believe in waking up in the middle of the night and packing our bags and leaving our worst selves for our better ones.
— Leslie Jamison, from “The Empathy Exams” p.23
Lectures 2019. 1 - Leslie Jamison, The Recovering. Intoxication and its aftermath.
Fini au premier janvier 2019, sa lecture est à cheval sur les deux années, il a tous les droits de se placer ici aussi en tête des lectures de cette nouvelle année, puisqu’il l’a ouverte en fanfare, dans un TGV oui-go Marseille-Paris, avec beaucoup d’heures de sommeil en retard, en face de Guillaume endormi contre la moquette rose très laide de ce train au-rabais dont l’esthétique rappelle sans cesse aux usagers qu’ils sont pauvres et ainsi ne peuvent prétendre à l’harmonie des formes et des couleurs du vrai TGV.
Le livre de Leslie est extraordinaire en ce sens où elle arrive à parler de littérature, de politique, d’histoire, de la vie en communauté, de sa vie personnelle très longuement et très profondément, tout cela en même temps, sans que cela paraisse trop artificiel. Elle nous rappelle sans cesse que les écrivains nous apportent beaucoup, mais que l’écoute longue, répétée et attentive d’une personne qui a décidé de s’exprimer, dans un cadre rassurant comme celui des AA, a la même valeur que le meilleur des livres, ce que je suis porté à croire. Les bons documentaristes affranchis des formats commerciaux et les gens comme Svetlana permettent de s’en rendre compte. Et c’est beau de le rappeler à chaque fois.
Un des fils réflexifs les plus intéressants du livre à mon sens est son interrogation sur l’originalité, sur la nécessité de donner sans cesse du nouveau, sur l’inouï comme valeur marchande. Vu que son livre s’inscrit dans le genre très prisé et populaire des récits de sevrage, de la chute de l’alcoolique à sa rédemption, et que sa construction suit exactement ce mouvement, elle redoute les reproches de banalité, mais elle les dénonce aussi. Pourquoi faudrait-il être toujours à part ? Pourquoi, dans ses études littéraires et dans sa pratique d’écrivain, lui a-t-on toujours enseigné l’évitement du lieu commun ? Quelle difficulté à écrire le commun sans être banal ? En travaillant sur ces notions et sur la répétition des récits comme fondement du travail de reconstruction que proposent les AA, elle offre une vision profonde et nouvelle de ces histoires qu’on se raconte et qu’on se répète afin de survivre. Enfin, le pied de nez ultime est que chaque phrase, chaque métaphore ou comparaison employée par Leslie provoque au sein du lecteur une réaction de plaisir très rare. Si tout le monde pouvait écrire comme elle, tout aurait beaucoup plus de sens.
J’aime beaucoup aussi comment, mine de rien, sans que cela soit explicite, elle aborde différents types de textes subjectifs (la lettre / mail, le récit aux AA, les essays personnels que l’on doit rendre pour postuler aux universités américaines, les thèses de fin d’étude, le journalisme d’investigation, les récits d’addiction devenus produits commerciaux). Elle les met en rapport, en questionne le propos et les buts, montre leur place dans notre vie quotidienne, donne en revers à voir la part de l’intime dans l’oeuvre des romanciers qu’elle mentionne. Elle finit par fondre tous ces types de textes et de récits de soi par lesquels elle est passée en une forme singulière, son livre, qui se développe à l’aise sans plan et sans coutures trop visibles.
Enfin, le livre devient absolument triste en son centre, que j’ai atteint au milieu d’une nuit solitaire. J’ai failli me coucher en larmes, mais j’ai fini par tourner une page plus clémente, ouverture d’une deuxième partie qui réconforte peu à peu, où Leslie parle de moins en moins d’elle pour parler d’elle au milieu des autres, où sa sobriété en construction rejoint l’apaisement progressif du lecteur.
“Her life was. The work is. We can’t trade either back. There’s no objective metric for how much brilliance might be required to redeem a lifetime of damage—and no ratio that justifies the conversion. Whatever beauty comes from pain can’t usually be traded back for happiness.” (Words by Leslie Jamison from The Recovering: Intoxication and its Aftermath) #jeanrhys #lesliejamison #therecovering #confession #intoxication #literature #writing #redemption #damage (at Cuyahoga River) https://www.instagram.com/p/BoE4woSBuj-/?utm_source=ig_tumblr_share&igshid=j7i1pxoww6ci
“I believe in intention and I believe in work. I believe in waking up in the middle of the night and packing our bags and leaving our worst selves for our better ones.” #lesliejamison #theempathyexams #americannovelist #essayist #inspirationalquotes #dayfiftyseven (at Cuyahoga River)
m̶o̶u̶t̶h̶f̶u̶l̶ o̶f̶ l̶o̶v̶e̶
rob her of the social capital she has gained by being wronged
“If an angry woman makes people uneasy, then her more palatable counterpart, the sad woman, summons sympathy more readily. She often looks beautiful in her suffering: ennobled, transfigured, elegant. Angry women are messier. Their pain threatens to cause more collateral damage. It’s as if the prospect of a woman’s anger harming other people threatens to rob her of the social capital she has gained by being wronged.”
https://www.nytimes.com/2018/01/17/magazine/i-used-to-insist-i-didnt-get-angry-not-anymore.html