Retour sur l'exécution de l'otage devant les caméras (dans le temps de l'enregistrement médiatique) : un dénouement (une image) qui n'a pas d'Histoire. Une Histoire qui cède la place à la fiction. En l'occurrence, la retransmission en direct et l'intervention "à tout moment sur notre antenne s'il se passe quelque chose" introduisent ce qu'il manquait à l'actualité pour qu'elle devienne aussi captivante - même si elle est devenue effroyable - qu'un thriller ou un polar: l'attente, le suspense, l'angoisse. La tension dramatique (le direct) contre l'Histoire (la connaissance). Le cadrage de l'appareil immobilisé sur une piste évacuée pour la circonstance comme amplificateur. Une autre voix: " Il y a quelque chose d'étrange qui lie les romanciers et les terroristes. Ce que les terroristes gagnent, les romanciers le perdent. [...] Il y a quelques années, je croyais qu'il était possible pour un romancier de travailler le coeur même de la culture. Maintenant ceux qui fabriquent des bombes et les bandits armés se sont emparés de ce territoire. Ils font des raids sur la conscience humaine..." Des raids (l'effet de surprise) qui partent d'une base historique éloignée de nos préoccupations. Des raids qui, du fait de leur soudaineté, viennent exactement se calquer sur la forme brève de l'information: le flash. Des flashes (des raids) qui viennent s'insérer (font irruption) dans le flux d'informations composant une pseudo-Histoire en temps direct (notre conscience). Soit une forme d'action armée en phase avec l'esthétique informationnelle émergente dans les années soixante-dix. Dès lors que le "choc des photos" (l'émotion) commençait à constituer le fondement de la communication de l'actualité, alors les médias devenaient les alliés objectifs de l'entreprise terroriste. (Amour, gloire et CAC 40, p.269-270)