[Ă propos de Simone Weil] â[...] je tiens Ă souligner quâil serait injurieux pour sa mĂ©moire que le contenu Ă©ternel et transcendant de son message fĂ»t interprĂ©tĂ© dans le sens de lâactualitĂ© politique et mĂȘlĂ© aux querelles des partis. Aucune faction, aucune idĂ©ologie sociales nâa le droit de se rĂ©clamer dâelle. Son amour du peuple et sa haine de toute oppression ne suffisent pas pour lâinfĂ©oder aux partis de gauche ; sa nĂ©gation du progrĂšs et son culte de la tradition nâautorisent pas davantage Ă la classer Ă droite. Elle mettait dans ses engagements politiques la passion quâelle apportait en toute chose, mais, loin de se faire une idole dâune idĂ©e, dâune nation ou dâune classe, elle savait que le social est par excellence le domaine du relatif et du mal (contempler le social, Ă©crivait-elle, constitue une purification aussi efficace que se retirer du monde, et câest pourquoi je nâai pas eu tort de cĂŽtoyer si longtemps la politique) et que, dans cet ordre, le devoir de lâĂąme surnaturelle ne consiste pas Ă embrasser fanatiquement un parti, mais Ă essayer sans cesse de rĂ©tablir lâĂ©quilibre en se portant du cĂŽtĂ© des vaincus et des opprimĂ©s.â
Gustave Thibon, préface à Simone Weil, La pesanteur et la grùce, février 1947.














