Cléobis et Biton : la belle mort censurée !!! L’image du billet provient de Wikiporno ! ?
Cléobis et Biton sont les fils d’une prêtresse d’Héra à Argos qui auraient été les plus heureux des hommes selon la fameuse réponse de Solon à Crésus :
« Tout ce que Solon venait de dire sur la félicité de Tellos excita Crésus à lui demander quel était celui qu'il estimait après cet Athénien le plus heureux des hommes, ne doutant point que la seconde place ne lui appartînt *. « Cléobis et Biton, répondit Solon : ils étaient Argiens, et jouissaient d'un bien honnête ; ils étaient outre cela si forts, qu'ils avaient tous deux également remporté des prix aux jeux publics. On raconte d'eux aussi le trait suivant. Les Argiens célébraient une fête en l'honneur de Junon. Il fallait absolument que leur mère se rendît au temple sur un char traîné par un couple de bœufs. Comme le temps de la cérémonie pressait, et qu'il ne permettait pas à ces jeunes gens d'aller chercher leurs bœufs, qui n'étaient point encore revenus des champs, ils se mirent eux-mêmes sous le joug ; et tirant le char sur lequel leur mère était montée, ils le conduisirent ainsi quarante-cinq stades jusqu'au temple de la déesse. Après cette action, dont toute l'assemblée fut témoin, ils terminèrent leurs jours de la manière la plus heureuse, et la divinité fit voir par cet événement qu'il est plus avantageux à l'homme de mourir que de vivre. Les Argiens assemblés autour de ces deux jeunes gens louaient leur force, et les Argiennes félicitaient la prêtresse d'avoir de tels enfants. Celle-ci, comblée de joie et de l'action et des louanges qu'on lui donnait, debout aux pieds de la statue, pria la déesse d'accorder à ses deux fils Cléobis et Biton le plus grand bonheur que pût obtenir un mortel. Cette prière finie, après le sacrifice et le festin ordinaire dans ces sortes de fêtes, les deux jeunes gens, s'étant endormis dans le temple même, ne se réveillèrent plus, et terminèrent ainsi leur vie. Les Argiens, les regardant comme deux personnages distingués, firent faire leur statue, et les envoyèrent au temple de Delphes. » - Hérodote
Tellos a eu la vie la plus complète puisqu’il a servi sa patrie et laissé un nom glorieux - seule immortalité qu’un homme puisse espérer - et a eu des descendants pour continuer sa race. Cléobis et Biton sont plus heureux puisque délivrés plus tôt de l’existence.
“Les deux statues archaïques monumentales furent découvertes lors des fouilles archéologiques en 1893-94 près du Trésor des Athéniens. Les deux jeunes hommes, qui se tenaient debout, probablement l’un à côté de l’autre, sont représentés nus suivant le type du kouros et ils présentent des grandes similarités. Ils projettent la jambe gauche en avant et leurs bras, pliés aux coudes, sont serrés en poings et s’attachent aux cuisses. Le corps et les détails anatomiques sont rendus dans un esprit dynamique. Les cheveux tombent en boucles spirales sur le front et en tresses vaguées sur les épaules et le dos. Les grands yeux en forme d’amande sont couronnés par des sourcils arqués et le visage porte un sourire soutenu. Selon l’inscription fragmentaire sur la plinthe d’une des deux statues, il s’agit d’une œuvre du sculpteur argien Polymédès et les deux statues furent dédiées par les Argiens à Apollon. C’est possible que cette dédicace eut lieu à Delphes vers 580 av. J.-C. et les deux statues sont considérées comme des spécimens typiques de la sculpture archaïque des ateliers du Péloponnèse. (texte du Musée de Delphes)
Selon une interprétation plus ancienne, les statues représentaient Cléobis et Biton, originaires d’Argos, les fils d’une prêtresse d’Héra. Selon la tradition antique enregistrée par Hérodote, les deux frères ont remplacé les bœufs et ils s’attelèrent eux-mêmes au char rituel pour amener leur mère d’Argos au sanctuaire d’Héra, lors de la célébration des Héraïa. La prêtresse a alors supplié la déesse de récompenser ses enfants pour leur dévotion avec le plus grand bien qu’un mortel pourrait désirer et Héra leur a offert la mort tranquille dans leur sommeil.
Toutefois, la théorie la plus récente, basée sur une lecture plus attentive de l’inscription FΑΝΑΚΩΝ, à savoir ‘des rois’ ou ‘maîtres’, a mené à leur identification avec les Dioscures, les fils de Zeus et de Léda, qui étaient les frères de la Belle Hélène. Castor et Pollux étaient honorés en tant qu’“Anakes” à Argos. (Texte: Maria-Dimitra Ntoouson, archéologue, M.A.)
N.B.: Il y avait à Argos, dans le temple d'Apollon Lycius, une statue de Biton, qui portait un taureau sur ses épaules. On voyait aussi dans le même temple Cléobis et Biton en marbre, traînant. eux-mêmes leur mère sur un char, et la conduisant au temple de Junon.
On a retrouvé à Delphes (entre 1893 et 1894) les statues faites par Polymédès d’Argos vers - 580 les représentant sur leur stèle respective.
Polymédès d'Argos, Cléobis et Biton (vers -580), Musée archéologique de Delphes.
Hérodote, L’Enquête, livre 1, 31