“Sic transit gloria mundi” (Ainsi passe la gloire du monde), locution latine énoncée lors de la cérémonie d’intronisation d’un nouveau pape, donne son titre au nouveau film du marseillais Robert Guédiguian, annonçant un certain pessimisme sans doute. Et pourtant le film commence au contraire par un heureux événement: la naissance de Gloria, autour de laquelle se réunit toute la famille. Mais bien vite la naissance de l’enfant fait se révéler des failles. Déjà on apprend que Richard (Jean-Pierre Darroussin), le mal nommé, n’est pas le père de Mathilda (Anaïs Demoustier), mais seulement son beau-père. Le père, Daniel (Gérard Meylan), est en prison, quelque part en Bretagne, bien loin de la cité phocéenne. Pour Richard, il n’y a pas d’hésitation à avoir, il faut prévenir Daniel qu’il est grand-père et envoyer une photo du glorieux bébé. Après hésitation, Sylvie (Ariane Ascaride) se range de son côté - contre l’avis de Mathilda - et envoie une lettre à Daniel pour lui annoncer la nouvelle. Comme un heureux hasard ne vient jamais seul, Daniel est libéré peu de temps après, renaissant à la vie après plus de deux décennies au placard et revient assez naturellement à Marseille pour pouvoir rencontrer sa fille et sa petite-fille. Gloria Mundi est délibérément plus sombre que d’autres films de Guédiguian où on voyait déjà un Marseille populaire certes mais moins touché par le sceau du malheur que cette famille-là et moins préoccupé par les problèmes d’argent. Il y a une forte opposition entre la jeune génération plus cupide, moins digne, plus intrinsèquement moche, moins solidaire et l’ancienne, qui a connu une autre époque et qui est plus apte au sacrifice. Les trois “adultes” sont trois beaux personnages guédiguiens, d’ailleurs incarnés par les acteurs fétiches du réalisateur. Le film, bien entendu éminemment politique, à l’image d’autres films qui fleurissent sur nos écrans ces derniers mois et des populations en colère un peu partout dans le monde, est l’un des plus beaux et puissants que Guédiguian ait livrés - du moins ces dernières années.