Lorsque le comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et frère cadet du duc du Maine, achète cet hôtel de Paris en 1714, il décide d’en refaire la décoration. La pièce la plus somptueuse existe toujours aujourd’hui: il s’agit de la Galerie dorée de la banque de France.
Les travaux dureront jusqu’en 1719… et donc en cours de travaux, c’est le drame: les deux frères légitimés perdent successivement presque tous leurs droits et privilèges ainsi que leurs titres de princes du sang. Pour le comte de Toulouse, il est soudain embarrassant de mettre trop en évidence ses armoiries: celles-ci représentent les 3 fleurs-de-lys sur fond bleu de Louis XIV, mais barrés d’un trait rouge pour indiquer que le comte n’est pas un véritable prince.
La solution? On garde les armoiries placées à quelques endroits discrets de la galerie… et on s’arrange pour que des éléments du décor viennent cacher le trait rouge gênant! Est-ce que c’est subtil? Plus ou moins. Mais on peut quand même admirer la technique.
« Je suis dans cette inquiétude comme un amant désespéré. » - Guillaume Dubois
Ce qui vaudra à Dubois son titre de cardinal et son poste de premier ministre, c’est en grande partie le travail acharné qui mènera à la Triple (et plus tard Quadruple) Alliance. Il y a en a long à dire sur les différentes missions diplomatiques qu’il va mener pour arriver à ce but, mais pour ici on notera tout simplement que chaque fois qu’il doit quitter la France pendant un moment, c’est l’anxiété immédiate!
C’est que Dubois a de quoi s’en faire: si le Régent a accepté l’idée d’une alliance avec l’Angleterre, il hésite tout de même assez longtemps sur le sujet. Tourner le dos à l’Espagne, ça déplait à beaucoup de monde à la cour! Et donc en l’absence de Dubois, très nombreux sont les mécontents qui tentent d’influencer Philippe d’Orléans en espérant le faire changer d’avis. Ça donne lieu à BEAUCOUP de courrier de la part de Dubois, adressé tant au Régent qu’à des alliés, où on devine la panique à l’idée de voir tous ses projets capoter. Il en perd le sommeil, tombe malade à répétition, essaie de contacter tout le monde à la fois pour avoir des nouvelles de Paris… Le projet finira par aboutir, mais pas sans quelques sueurs froides!
« Il finit ainsi sa vie dans le plus grand désespoir et dans la rage de la quitter. » - Saint-Simon
Dubois triomphe: comme Richelieu et Mazarin avant lui, il est cardinal et premier ministre. Cette victoire sera toutefois de courte durée. Au début de 1723, il s’évanouit lors d’une réunion. À partir de là, sa santé se met rapidement à décliner. C'est sa vessie qui pose problème, on soupçonne un cancer...
Malgré sa santé chancelante, Dubois continuera à s’acharner jusqu’à ses derniers jours, allant jusqu’à travailler alité alors que la douleur l’empêche de se lever. Les médecins convaincront Philippe d’Orléans d’insister auprès de son vieux précepteur pour tenter une opération de dernier recours… Le résultat de la chirurgie n’est une surprise pour personne : Dubois n’y survivra pas.
Après de derniers mois longs et difficiles, Philippe d’Orléans voit sans doute la mort de son vieux complice après de longues souffrances comme un soulagement. Le poste de premier ministre lui revient avec toute la charge de travail que ça implique, qu’il l’ait demandé ou non!
(english under the cut!)
Guillaume Dubois is triumphant: like Richelieu and Mazarin before him, he is now cardinal AND prime minister. It’s a short-lived victory though… In early 1723, he faints during a council meeting. From then on, his health will rapidly decline. It won’t get better: it’s bladder cancer.
Despite the health problems, Dubois will remain devoted to his work right till the end, continuing to fill paperwork even when the pain becomes unbearable and he’s forced to stay in bed. Doctors will finally convince Philippe d’Orléans to intervene and get his old accomplice to give surgery a chance… The result is tragic but unsurprising: Dubois doesn’t survive it.
After these long, difficult last months, Philippe d’Orléans probably saw his old friend’s death as a bit of a relief. The prime minister position is now vacant though, along with all the work that entails…
« On me reproche de n'être pas fils de duc et pair; ce qu'ils appellent être né dans la boue. Ils croient me désoler avec leur éternel refrain de Brive-la-Gaillarde et d'apothicaire. Je les y enverrai un jour en exil, pour qu'ils puissent y contempler à leur aise la boutique de mon père. » - Guillaume Dubois, dans une lettre adressée à Mme de Tencin
L’ascension de Dubois au fil des ans a été fulgurante. De simple abbé et précepteur de Philippe d’Orléans, le voilà membre du conseil de Régence, secrétaire d’État des affaires étrangères, diplomate accompli, archevêque de Cambrai… et cardinal !
Un honneur qu’il convoitait depuis longtemps et qui fera scandale, car sa mauvaise réputation ne l’a pas quitté pour autant. Si Dubois appréciait accumuler les honneurs et si l’on a amplement critiqué son ambition, l’inquiétude de ce qui pourrait lui arriver s’il devait perdre l’appui de Philippe d’Orléans ne le quitta jamais vraiment. Devenir cardinal, c’était aussi une façon de plus de trouver la tranquillité d’esprit…
Alors que Philippe d’Orléans cherche à alléger la tâche qui lui incombe encore puisque Louis XV est trop jeune régner seul, c’est à Dubois que reviendra le poste de premier ministre. Pour ce bourreau de travail, c’est un honneur de plus!
(english under the cut!)
Guillaume Dubois’ rise to power through the years is impressive! From simple abbot and teacher to Philippe d’Orléans, he has since become member of the regency council, secretary of the state in charge of foreign affairs, accomplished diplomat, archbishop of Cambrai… and now he gets to be cardinal!
An honor he had been hoping for for a long time, and he certainly worked hard to earn it! His bad reputation still precedes him though, and the news will shock people at the time. Dubois doesn’t care though; if his ambition has been fiercely criticized before and after his death, he never stopped worrying about what might happen to him if something happened to Philippe. Becoming cardinal is an honor, of course, but it also means security.
As Philippe d’Orléans is now looking to take on less work now that Louis XV is in charge of the kingdom, Dubois seems like an obvious pick to become prime minister. He’ll gladly take on that role too!
« Je remets à Votre Majesté le royaume aussi tranquille que je l’ai reçu, et j’ose le dire, plus assuré d’un repos durable qu’il ne l’était alors. » - Philippe d’Orléans
Ça y est, il est prêt à régner! C’est en octobre 1722 qu’a lieu le sacre et que Louis XV est couronné. Il a maintenant 12 ans. Son règne en solo commencera dans quelques mois, à ses 13 ans. Bien entendu, s’il est maintenant supposé régner, il ne se chargera pas de tout sans aide. Philippe n’est plus régent, mais il reste dans les environs, et on tâchera de trouver un premier ministre à la hauteur de la tâche…
Avec l’aide de Dubois, Philippe s’est chargé de préparer le jeune roi: dès août 1722 commencent les leçons, 5 par semaine. Dubois présentait au jeune roi un mémoire sur un sujet précis, et ensuite Philippe prenait le relai et approfondissait les explications.
Surnommé « le Bien-Aimé » par le peuple qui voyait en lui un signe de renouveau fort attendu, Louis XV ne sera pas aussi apprécié durant l’ensemble de son règne. Mais jusqu’ici, en tout cas, tout va bien…
(english under the cut!)
He’s finally ready to reign!! In October 1722, Louis XV is finally crowned and the regency is technically over. Of course, since he’s only 13 years old, the little guy isnt REALLY ready to govern, at least certainly not without a lot of help. Philippe might not be regent anymore, but he’s staying nearby and making sure the transition is going smoothly. Now if we could find a prime minister to help the young king…
With Dubois’ help, Philippe did his best to prepare Louis XV to do his job. Starting in August 1722, lessons begin, 5 times a week. Dubois would present to the young king a memoir on a specific administrative topic, and Philippe would then give more complete explanations and examples.
Known as «The Beloved» by the people who saw in him the promise of new, happier times, Louis XV won’t remain as well-loved for his entire reign. But for now, at least, things are just fine.
Comment régler une bonne fois pour toutes les querelles avec l’Espagne? En s’alliant avec l’Angleterre, les Provinces-Unies et le Saint- Empire romain-germanique pour faire plus peur, déjà. En tapant (juste un petit peu) dessus, aussi. Mais comme Philippe V continue de rechigner, le Régent va tenter de sceller tout ça par un mariage unissant les deux familles royales.
La petite princesse espagnole Marie-Anne Victoire, âgée d’à peine 3-4 ans, devient la future épouse de Louis XV, qui contrairement à tout le reste de la cour n’est pas plus enchanté que ça par son adorable promise. Le second mariage sera entre le prince des Asturies, futur roi d’Espagne, et Louise-Élisabeth d’Orléans, fille du Régent. Cette dernière a 12 ans, et avec son caractère bien trempé elle en fera voir de toutes les couleurs à la cour d’Espagne (et à Saint-Simon qui joue les ambassadeurs pour l’occasion)!
L’accord sera de courte durée: 7 mois après le mariage espagnol, le prince des Asturies tombe malade et meurt. Louise-Élisabeth sera renvoyée en France. Lorsque survient la mort de Philippe d’Orléans, on convient d’annuler les fiançailles de Louis XV avec la petite infante, qui rentre elle aussi chez elle. La grande différence d’âge entre les deux futurs époux laissait craindre qu’il faille trop de temps avant que la petite reine puisse fournir un héritier…
(english under the cut!)
How do you settle a fight with the king of Spain once and for all? By allying with England, the Holy Roman Empire and the United Provinces to scare him off, for starters. But since Philippe V is still being a whiny jerk about it, the Regent will try to settle things with not one, but TWO weddings!
The tiny Spanish princess Marie-Anne Victoire becomes Louis XV’s fiancee. The entire court thinks she’s adorable, but her future husband is less than thrilled about the toddler... The second planned wedding is between the Asturian prince, future king of Spain, and Louise-Élisabeth d’Orléans, one of Philippe’s daughters. She’s 12 years old.
The arrangement will be short-lived: 7 months after the Spanish wedding, the prince dies from smallpox and Louise-Élisabeth, having no reason to remain in Spain, goes back to France. When Philippe d’Orléans dies, Louis XV’s wedding plans are abandoned too : with the future queen being so young, people are worried it might take too long before she can give the kingdom an heir…