François Durif, Torno subito, performance avec le musicien Timothée Quost, Le Générateur, Gentilly, 19.12.24

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François Durif, Torno subito, performance avec le musicien Timothée Quost, Le Générateur, Gentilly, 19.12.24
Au Bûcher.
les draps baignés
en m a i n s crispées
- lectures en chairs -
ensevelies
jeter. bûcher du
désir. en débauches
agenou
i l l ées
Enliser dans magma
les obsessions souillons
Qui passent Ă lâi n f i n i
Qui glissent en
fo
nd
Accueillir ventre ra v a g Ă©
y
introduire
m o t s
et dan ger
ritournelle Orage
dâĂ©poque Ă compromettre
ĂpopĂ©e.
As
pi
rer Noblesse
des Ombres
bleues
en c orps
Altesses
âBetty et la BoĂźte Ă Musiqueâ
Photo/Composition-MMXXI
Page (Pas-je) 254
Lâart commence peut-ĂȘtre avec lâanimal, du moins avec lâanimal qui taille un territoire et fait une maison (les deux sont corrĂ©latifs ou mĂȘme se confondent parfois dans ce quâon appelle un habitat). Avec le systĂšme territoire-maison, beaucoup de fonctions organiques se transforment, sexualitĂ©, procrĂ©ation, agressivitĂ©, alimentation, mais ce nâest pas cette transformation qui explique lâapparition du territoire et de la maison, ce serait plutĂŽt lâinverse : le territoire implique lâĂ©mergence de qualitĂ©s sensibles pures, sensibilia qui cessent dâĂȘtre uniquement fonctionnelles et deviennent des traits dâexpression, rendant possible une transformation des fonctions. Sans doute cette expression est dĂ©jĂ diffuse dans la vie, et lâon peut dire que le simple lis des champs cĂ©lĂšbre la gloire des cieux. Mais câest avec le territoire et la maison quâelle devient constructive, et dresse les monuments rituels dâune messe animale qui cĂ©lĂšbre les qualitĂ©s avant dâen tirer de nouvelles causalitĂ©s et finalitĂ©s. Câest cette Ă©mergence qui est dĂ©jĂ de lâart, non seulement dans le traitement des matĂ©riaux extĂ©rieurs, mais dans les postures et couleurs du corps, dans les chants et les cris qui marquent le territoire. Câest un jaillissement de traits, de couleurs et de sons, insĂ©parables en tant quâils deviennent expressifs (concept philosophique de territoire). Le ScenopoĂŻetes dentirostris, oiseau des forĂȘts pluvieuses dâAustralie, fait tomber de lâarbre les feuilles quâil a coupĂ©es chaque matin, les retourne pour que leur face interne plus pĂąle contraste avec la terre, se construit ainsi une scĂšne comme un ready-made, et chante juste au-dessus, sur une liane ou un rameau, dâun chant complexe composĂ© de ses propres notes et de celles dâautres oiseaux quâil imite dans les intervalles, tout en dĂ©gageant la racine jaune de plumes sous son bec : câest un artiste complet. Ce ne sont pas les synesthĂ©sies en pleine chair, ce sont ces blocs de sensations dans le territoire, couleurs, postures et sons, qui esquissent une Ćuvre dâart totale. Ces blocs sonores sont des ritournelles ; mais il y a aussi des ritournelles posturales et de couleurs ; et des postures et des couleurs sâintroduisent toujours dans les ritournelles. Courbettes et redressements, rondes, traits de couleurs. La ritournelle tout entiĂšre est lâĂȘtre de sensation. Les monuments sont des ritournelles. Ă cet Ă©gard, lâart ne cessera dâĂȘtre hantĂ© par lâanimal.
Gilles Deleuze & FĂ©lix Guattari, Quâest-ce que la philosophie?, Les Ăditions de Minuit, 1991
La roue des temps
Le tour du monde, oui, je voudrais bien. Ritournelle. Le tour du monde, le tour de ma table. Faire ma part. Le monde qui vient Ă moi, ou qui sâĂ©tend, Ă perte de vue. Voyager autour, voir dedans. Lire lâavenir en regardant le ciel ou en me penchant sur les entrailles. Mais quelque chose, quelquâun, me retient dâagir : frĂšre mort ou sĆur Lune. Le dernier amour nâest pas Ă©teint ; en rĂȘve, il vient me tarauder, et je nây peux rien et cela me fait souffrir. Le dimanche plus quâun autre jour. Manger seul, dormir seul. Celui avec lequel jâaurais aimĂ© faire le tour du monde sâen est allĂ©. Le temps des promesses est Ă©coulĂ©. Je ne rejoindrai pas le cortĂšge de celles et ceux qui longent les quais. Je prĂ©fĂšre encore remonter les rues en pente, celles qui me font entrevoir un passĂ© qui nâest pas mien. CâĂ©tait rien. Un abri qui nâen est plus un. Je dĂ©pends du dĂ©sir des autres, comment mâen dĂ©prendre ? Rompre avec la routine, je voudrais bien. VoilĂ bien longtemps que je nâai pas offert de rose. Il est des lieux qui me sont devenus interdits. Ceux dont je franchis le seuil, je ne suis pas sĂ»r dây ĂȘtre vraiment. Vivre sur place, vieillir sur place. IndiffĂ©rent Ă tout. LâindiffĂ©rence nâapprend rien. Quelquâun dans le monde mâattend, je voudrais bien. Un « je voudrais bien » qui me tient rivĂ© Ă ma table. Je relis Le Loup des Steppes, ça me fait drĂŽle de relire ce livre que jâai lu adolescent. Un adolescent vieilli, regarde-le sâĂ©brouer sous tes yeux embuĂ©s. « Ătre le familier de ce qui ne se produira pas, dans une religion, une insensĂ©e solitude, mais dans cette suite dâimpasses sans nourriture oĂč tend Ă se perdre le visage aimĂ©. » Hypnos, oui. Je ne sais plus oĂč est lâarbre, la forĂȘt ; les mots de la priĂšre ne mâont pas Ă©tĂ© transmis. Reste le rĂ©cit de cette parabole, la capacitĂ© de raconter Ă son tour ce qui sâest perdu. Jamais je ne ferai le tour, jamais je nâai cherchĂ© Ă faire le tour. La courbure du cerveau qui nous empĂȘche de voir lâautre cĂŽtĂ©, lâautre versant. Loin de moi lâhistoire du monde. Toutes les strates de temps dont le monde est fait. Cette Ă©corce de mots, cette masse indistincte. Seul le regard dâun autre viendra Ă©clairer les mots tapis dans l'ombre. « Si alors nous nous mettons Ă travailler, notre Ăąme (âŠ) donne une sorte de survie Ă des sentiments qui nâexistaient plus. Certes, nous sommes obligĂ©s de revivre notre souffrance particuliĂšre avec le courage du mĂ©decin qui recommence sur lui-mĂȘme la dangereuse piqĂ»re. Mais en mĂȘme temps il nous faut la penser sous une forme gĂ©nĂ©rale qui nous fait dans une certaine mesure Ă©chapper Ă son Ă©treinte, qui fait de tous les copartageants de notre peine, et qui nâest mĂȘme pas exempte dâune certaine joie. LĂ oĂč la vie emmure, lâintelligence perce une issue, car sâil nâest pas de remĂšde Ă un amour non partagĂ©, on sort de la constatation dâune souffrance, ne fĂ»t-ce quâen en tirant les consĂ©quences quâelle comporte. Lâintelligence ne connaĂźt pas ces situations de la vie sans issue. » Temps perdu, temps retrouvĂ©. Temps singulier, temps pluriel. Nous Ă©treint la roue des temps.
Jukebox Tourette's
Ritournelle
Lutter contre les Ă©motions, lutter contre les pensĂ©es, ce nâest pas une voie viable. Nous sommes faits de pensĂ©es et dâĂ©motions. Lorsque nous nâaurons plus aucune pensĂ©e, plus aucune Ă©motion, alors nous sommes morts. Tenter de dompter les Ă©motions et les pensĂ©es est contre nature. Toutefois, nous pouvons apprendre Ă les reconnaĂźtre, apprendre Ă les observer et remonter Ă la source. Quâest-ceâŠ
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