tribulations de trois enfants de Jacob
Je suis pratiquement certaine que dans la tête d'un certain nombre d'entre vous, la Bible est un bouquin rempli de règles morales et de personnages extrêmement vertueux. Whahahahahaha !! non.
Je m'en vais de ce pas vous en donner la preuve, comme je vous l'avais promis il y a déjà quelques temps : aujourd'hui, on raconte quelques détails croustillants de la vie de trois enfants de Jacob, à savoir Ruben, Judas, et Dina.
Droit d'aînesse oblige, commençons par Ruben. En fait, il n'y a pas grand-chose à dire. M'enfin, il a quand même couché avec Bila, la servante de Rachel. Sachant que Rachel est la deuxième femme de Jacob, en même temps que la sœur de Léa, et qu'elle a donné sa servante à son mari pour avoir des enfants par elle. En gros, Ruben a couché avec la concubine de son père, concubine qui avait sans doute une quinzaine d'années de plus que lui. Je trouve marrant quand même que cet épisode soit résumé en une seule phrase, genre « en ces temps-là, Ruben coucha avec Bila, la concubine de son père ». c'est juste de l'inceste mais Ruben n'est pas chassé de la tente paternelle. On apprend juste à la fin de la Genèse, quand Jacob meurt, que Ruben est privé de bénédiction pour avoir déshonoré la couche de son père. Mais ce n'est pas tant le fait qu'il ait commis un truc qui ressemble à de l'inceste qui est condamnable, mais plus le fait qu'il a déshonoré son père et volé la femme de son prochain, violant ainsi les commandements 5, 7 et 10, sauf que les dix commandements n'existent pas encore. M'est avis que cette absence de bénédiction de Ruben est un ajout tardif histoire de dire que quand même, tout n'est pas permis.
Ceci dit, l'histoire de Ruben est loin d'être aussi croustillante que celle de son frère Juda. Celui-ci a à un moment donné quitté la maison paternelle, juste après que Joseph ait été vendu (on peut saluer cette belle tentative d'émancipation!). Il s'est marié, a eu trois fils, Er, Onan et Chéla, le petit dernier étant sensiblement plus jeune que ses frères. Quand Er est en âge, son père le marie à une certaine Tamar, mais pas de pot, Er meurt sans enfant. On donne sa femme à Onan pour qu'il donne des enfants à son frère, mais Onan rechigne à sa tâche, déplait se faisant au Seigneur, et meurt donc, c'est vraiment pas de pot. Juda commence à se demander s'il n'y a pas quelque chose qui cloche avec sa bru. Le petit dernier est encore trop jeune pour se marier, comme c'est commode : on peut renvoyer la veuve vivre chez ses parents et « oublier » cette histoire de remariage. Dix ans passent, Chéla est un homme en âge de se marier et Tamar attend toujours son promis. Mais le promis ne vient pas. Excuse de Juda : « mais je ne veux pas qu'il meurt ». Bien sûr, tous les maux viennent des femmes, on avait oublié.
La pauvre veuve attend. Et puis voilà que Juda passe en ville pour faire tondre ses moutons. Mais de Chéla, point. Aussi Tamar prend une décision radicale : aux grands maux, les grands remèdes. Elle quitte ses vêtements de veuve, s'habille comme une prostituée et va attendre Juda sur le bord de la route. A son passage, elle l'aguiche, demande un chevreau en paiement et en gage, le sceau de Juda avec son cordeau et son bâton de berger. Ils font leur affaire, et voilà la jeune femme enceinte : elle est toute contente, c'était le but recherché. Er ne devait vraiment pas savoir s'y prendre. Pour ceux qui se posent la question, non, Juda n'a pas reconnu sa bru , parce que dix ans avaient passé, qu'il ne s'attendait pas à la voir, et que les prostituées avaient un voile sur le visage. M'enfin quand même.
Juda rentre chez lui, envoie un homme avec un chevreau payer la prétendue prostituée et récupérer le sceau et le bâton. Mais il ne la trouve pas. Alors il rentre bredouille.
On se rend alors compte que Tamar est enceinte alors qu'elle n'est pas mariée. On envoie chercher Juda, en lui disant : « on fait quoi ? ». Juda répond : « au bûcher ! » : c'est sympa ! Mais Tamar a encore une carte dans sa manche. Elle envoie à son beau-père ses affaires (vous savez, le sceau, le cordon et le bâton), avec ce message : « je suis enceinte de l'homme à qui appartiennent ces objets. ». Juda reçoit ça, reconnaît ses affaires. Oups. Il comprend tout, et reconnaît qu'en refusant son 3e fils à sa bru, il l'a poussé au pêché, et même qu'en fait, elle n'a pas pêché du tout, elle a plutôt agi plus justement que lui.
J'espère que vous vous rendez compte du miracle ! Un homme reconnaît qu'il a eu tord face à une femme !
Tamar met au monde des jumeaux, nommés Pérets, ce qui signifie « ouverture » ( et c'est très beau quand on sait que ce Pérets est l'ancêtre du roi David et donc de Jésus), et Zérakh. Leur naissance est un peu bizarre, puisque Zérakh sort une main en premier à laquelle la sage-femme attache un fil rouge, mais c'est son frère qui sort en premier. (j'avais espéré trouver une image, mais je n'ai même pas une illuminure, et c'est pas faute d'avoir cherché).
Comme vous voyez, on n'a dans cette histoire respect ni des traditions, ni de la parole donnée, et puis il y a encore des trucs qui ressemblent à de l'inceste.
3e enfant à qui il est arrivé des trucs pas possible : Dina. Oui, une fille, donc forcément des complications en puissance. Vous vous rappelez que la famille de Jacob était revenue d'installer en Canaan. Et même s'ils étaient nomades, ils n'étaient pas en complète autarcie. Un jour, Dina sort voir ses copines en ville. Là-dessus, elle tombe sur Sichem, fils du prince du coin. Elle lui plaît, il l'enlève, la viole et l'épouse. Ça, c'est la version officielle, mais je suis sceptique parce que comme dit mon prof d'Histoire spé, enlever une jeune fille, c'est toujours plus facile quand elle est d'accord. Comme en plus, on nous dit après que le jeune prince « sut parler au cœur de la jeune fille », je pense qu'elle était peut-être tombée amoureuse de lui avant. Quand à l'histoire du viol, sans minimiser aucunement la gravité d'un viol dans l'absolu (c'est un crime qui doit être puni), je pense que en l'occurrence, le problème n'est pas que Dina n'ait pas été consentante, mais plutôt que son père ne l'était pas (d'ailleurs, personne ne lui avait demandé son avis).
le rapt de Dina (l'enlèvement des Sabines, c'était plus violent)
Hamor, le père de Sichem vient voir Jacob et lui dit :
- euh, au fait, y'a mon fils qui a épousé ta fille sans te demander ton avis, mais ils s'aiment bien. T'es d'accord, hein ?
Jacob et ses fils ne sont pas contents. Aussi, quand ses fils reviennent, Jacob organise une expédition punitive. Ce n'est pas mentionné, mais Dina, telle une Sabine, a dû s'interposer entre sa famille et celle de son mari. On parlemente, Hamor parce qu'il aimerait bien que son peuple survive, et Sichem pour faire plaisir à sa femme et la garder. On finit par s'accorder, tous les hommes de la ville doivent se faire circoncire, et Jacob et ses fils renonceront à la vengeance. Parce que le problème, ce n'est pas tant que Dina ait été enlevée. C'est surtout qu'elle ait été enlevée par un non-circoncis, c'est-à-dire un étranger. Il faut se méfier des étrangers, à priori, Dieu ne les aime pas (ce n'est pas ma logique, c'est celle de la famille de Jacob).
L'alliance est conclue, les fils de Jacob peuvent prendre femme chez les Cananéens, qui peuvent prendre femme chez eux. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
L'affaire semble réglée. Mais voilà qu'un jour, deux fils de Léa, Siméon et Lévi ont comme un coup de sang. Tout à coup, l'accord ne tient plus : ils se précipitent dans la ville l'épée u clair et massacrent allégrement toute la population masculine avant de récupérer leur sœur.
L'avis de la sœur, on ne l'entend point. Peut-être que son mari ne parlait plus tellement à son cour, peut-être qu'il était méchant avec elle et qu'elle s'en est plainte à ses frères. L'avis de Jacob, cependant, on le connait :
- Mais bougres d'abrutis décérébrés ! Qu'avez-vous fait ?
- Mais, P'pa ! Tu comprends, il avait enlevé Dina et l'avait violé ! Tu accepte qu'on traite ainsi ta fille ?
Vu comme ça... et l'affaire en reste là (du moins, à ce qu'en dit la Genèse).
Là encore, on tue sans raison, on ne respecte pas la parole donnée ni le bien d'autrui.
Visiblement dans toutes ces histoires, il y a un certain nombre de notions morales qui nous paraissent à la base de la vie en société qui ne sont pas encore bien intégrées aux mœurs.
Alors le prochain qui me dit que les personnages bibliques sont des exemples de vertus... il sait ce que j'en pense.