Elle est là, dans cette salle, à côté. Elle est encore en vie. Peut-on dire qu'elle est en vie ? Son âme a déjà abandonné le combat. Elle est prête à l'accueillir. Elle se fiche de notre avis. Elle nous a souri, elle nous a dit de ne pas nous inquiéter. Elle a dit que c'était le mieux pour elle. Elle a dit qu'elle était un poids pour nous, qu'on ne pouvait pas vivre avec elle dans cet état. On ne sait pas si elle souffre. On ne sait pas si elle ressent encore quoi que ce soit. On n'a pas réussi à le lui demander. On ne voulait pas savoir. On a dit non, on a dit oui. On n'a pas pu s'opposer à ses volontés. On lui a dit que tout irait bien. On a dit qu'on irait mieux après. On lui a dit que tout pouvait s'améliorer. Ils nous ont demandé de sortir. Ils nous ont dit qu'on apprendrait à vivre avec. Ils nous ont dit qu'elle avait raison. Ils nous ont dit que ce serait bientôt fini. Ils l'ont branchée. Ils ont fait couler des produits dans ses veines. Ils nous ont répété de sortir. Ils ne voulaient pas que l'on voit ça. Ils ne voulaient pas qu'on voit la mort. J'attends sur une chaise. Je regarde le mur. J'attends que ce soit fini. J'attends que les gens se lèvent. J'attends qu'ils sourient. J'attends qu'elle ressorte, avec son grand sourire. Je veux lui sauter dans les bras comme avant. Je veux lui dire que je l'aimais, même si je n'obéissais pas vraiment. Je veux pas qu'elle parte. Les gens se sont levés. Mais ils n'ont pas souri. Elle est ressortie, mais elle n'avait pas un grand sourire. J'ai couru pour la prendre dans mes bras, mais on m'en a empêché. Je ne lui ai pas dit que je l'aimais, et elle est partie. Dans ses draps blancs, elle a accueilli la mort, comme une vieille amie.