Laissez-moi vous partager un texte que j'ai écrit en avril 2024 pour un concours de poésie. Il parle de mon expérience en tant que personne non-binaire transmasc, et je pense qu'il pourrait plaire / parler à pas mal de monde. J'en suis vraiment fier, et espère qu'il trouvera son public ici :)
2636 mots | thème : transidentité, nonbinarité, personnification de l' "ancien" genre en ennemi | CW dysphorie de genre, vocabulaire violent | français [texte violet : 2636 mots | thème : transidentité, nonbinarité, personnification de l' "ancien" genre en ennemi | CW dysphorie de genre, vocabulaire violent | français]
Les asthers et althéas entourent mes ecchymoses violettes de leurs pétales.
[texte en grande police, en gras et bleu : Les asters et althéas entourent mes ecchymoses violettes de leurs pétales.]
Je voudrais t’arracher la peau jusqu’à l’hypoderme, m’y engouffrer comme Patrocle dans cette armure pour m’y protéger du regard de l’étrangère dans le miroir.
Je voudrais te dérober tes os jusqu‘aux sésamoïdes, les accrocher à mes membres et mes envies pour y absorber l’énergie de ton corps en harmonie.
Le portrait remuant se dresse contre mon bouclier, en ennemi invaincu victorieux depuis tant d’années. Son regard s’accroche à mes contours, et je les sens brûler, carboniser cette chair enveloppée de rose poudré. Et je sens le poids de mes seins et le poids de mes sens et le poids de mes larmes dans l’indifférence de mon essence. Et je resserre la main, resserre le poing, rosse la rosière de naissance.
Mon reflet fracturé et moqueur continue de me sourire, dispersé à travers les éclats de verre renvoyant une vérité faussée dans les rayons de lumière. J’entends sa voix multipliée continuer de me murmurer que personne ne lae verra jamais. Que toujours on ne verra qu’elle.
Erreur d’association, âme et corps attachés par le mauvais cordon. Par celui qui fait mal, qui tire à tous les mouvements, qui crie au monde un mensonge sans aucune réparation.
Et elle me regarde souffrir, moi au cœur ni rose ni bleu, moi au cœur quelque part entre les deux. Et pourtant nulle part, nulle part ailleurs que dans cette armoire où mes larmes ont fait naître des cauchemars. Où mes espoirs ont fait éclore des ecchymoses, écosystèmes en prose des soirs où j’implore la sclérose de ce corps.
Je suis fatigué·e d’étudier et fatigué·e de chercher et fatigué·e d’expliquer. Fatigué·e de bander cette poitrine abhorrée qui reste pourtant toujours moins écachée que celle des hommes à mes côtés. Fatigué·e de marcher autour des autres qui entendent la télé m’insulter. Fatigué·e de voir ma sécurité menacée, qu’un sexe doit obligatoirement être genré, que pour un point médian on pourrait me tuer.
Comment être un garçon sans l’être complètement ? Peut-on altérer le “F” pour un espace blanc ?
Pourquoi devrais-je donc faire semblant ?
Iels m’incriminent de travestir mon cœur, d’intervertir les rôles par vecteur pour faire réagir, pour vivre à contre-courant des mœurs et arborer une originalité destinée à brandir une indocilité. Sachez que le seul déguisement que je porte est ma version passée, me collant en escorte dolente et non-désirée, faisant oublier que je ne suis pas “elle” et ne l’ai jamais été, plus aux alentours du “il” sans vraiment le toucher. Masculinité se maquille sans craindre de se repeindre du rose des filles et de s’oublier.
Mon âme est jaune, blanche, violette et noire, je vais ramasser les morceaux et devenir le miroir.
– 04/2024










