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"This has always been the best thing about him—the internal compass that leads him to risk, and the conviction that there's beautiful blue water down there somewhere. The same instinct that led him to Kathryn Bigelow and Gus Van Sant and even the Wachowskis early in his career has lately led him to work with directors like Nicolas Winding Refn and Ana Lily Amirpour, often in roles designed to mess with long-standing preconceptions about what a Keanu Reeves character is like."
- Alex Pappademas
The Neon Demon, Nicolas Winding Refn (2016)
#Tourneur ft. #WindingRefn
‘Cat People’ (Jacques Tourneur, 1942)
‘The Neon Demon’ (Nicolas Winding Refn, 2016)
Only God forgives
Only God forgives (OGF) est le deuxième long-métrage du réalisateur danois Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, présenté au Festival de Cannes 2013.
Synopsis
Sous les ordres de sa mère, Crystal (Kristin Scott Thomas), Julian (Ryan Gosling) doit venger son frère qui a été sauvagement tué dans un bordel de Bangkok. Il cherche donc l'assassin, l'amenant à se confronter avec un officier de police sans morale, Chang, justicier respecté de la ville.
Winding Refn à son meilleur
Le réalisateur danois est connu pour son esthétique singulière et sa façon de styliser la violence (cf Le guerrier silencieux, Bronson ou encore Drive). Ici, cette dernière accompagne le film dans une nécessité scénaristique, là où la violence dans Drive n'était pas nécessaire : le problème de Drive était qu'il jouait essentiellement sur le jeu de Ryan Gosling stéréotypé en ange vengeur. Afin de montrer en quoi OGF est la pièce maîtresse de la filmographie de Winding Refn, je souhaite revenir rapidement sur Drive puisque beaucoup de personnes ont comparé les deux, voyant OGF comme une pâle copie de Drive.
Comme je le soulignais plus haut, Drive repose essentiellement sur Ryan Gosling et son caractère ambivalent : le voilà protecteur puis ultra-violent, le tout étant légitimé par un personnage presque toujours silencieux et amorphe. Or, en faisant cela, le choc entre les scènes violentes et les autres devient absurde (la scène de l'ascenseur par exemple) et la seconde moitié du film n'est plus qu'une vague vendetta alignant les scènes provocantes et violentes : le film n'évolue pas et tombe dans les lieux communs de ce genre de films (on menace le fils, on tue le mari pour laisser la place à Gosling etc...) qui permettent au spectateur d'anticiper ce qui va se passer et, de facto, s'ennuyer devant la prétention esthétique du film et de son scénario basique : en effet, Winding Refn n'a pas un talent pour les scénarios, il mise sur la photographie, l'ambiance et la mise en scène, c'est sa patte. Or, comme ce sera le cas pour The neon demon, la simple esthétique ne suffit pas à faire un bon film et il n'en ressort qu'une prétention vaine qui se manifeste par une superficialité du film : il ne s'agit plus qu'un film de Winding Refn sur l'esthétique de Winding Refn. C'est le ressenti qu'on a pour The neon demon et que j'ai eu pour Drive, indifférent au jeu d'acteur insipide de Gosling (ce n'est pas un bon acteur, on lui demande d'être silencieux et de ne rien faire) et à la bande originale qui a permis cette hype autour de ce film. OGF est bien loin de tout cela.
En effet, OGF reprend l'idée classique de vendetta (vengeance familiale) mais la tourne sous un angle bien plus intéressant que dans Drive : Winding Refn joue sur la présence de Gosling (muet, atone) pour créer un personnage passif et amorphe. Ce dernier doit retrouver l'assassin de son frère mais n'exprime aucune émotion et est bien plus convaincant que la dualité violence/silence de Drive qui ne concordait pas vraiment. Ici, Julian est un Hamlet contemporain puisqu'il désire se venger mais n'apparaît pas décider à se battre pour cela. C'est un film sur la vengeance et la justice, or, de nombreux plans présentent les mains de Julian comme une offrande : pour reprendre les allégories, notamment celle de la Main de la Justice, il semblerait donc que Julian ne soit pas apte à rendre justice (il offre ses mains à la fin à Chang). Ainsi, cette passivité du personnage a une résonnance scénaristique qui n'existait pas dans Drive par exemple.
De plus, à partir de ce scénario simple, Winding Refn développe toute une symbolique à travers des scènes fortes et un travail minutieux sur les personnages. En effet, que ce soit les statues grecques dont les mouvements des bras sont imités par Julian (encore cette idée de Main de la Justice passive, les poings ne sont pas fermés pour souligner l'hésitation de Julian à venger sa famille) ou alors le personnage déifié de Chang qui est au-dessus de la loi : justicier et bourreau en distribuant les sentences comme un dieu, il permet d'emmener le film vers une symbolique plus haute et tragique qu'une simple vengeance dans les eaux troubles thaïlandaises.
Le personnage de Chang est fort intéressant puisqu'il en émane une puissance indestructible sur laquelle Julian butera et aussi une humanité puisqu'il a une famille et cherche tout de même à rendre justice (malgré la violence que cela entraîne).
Pour reprendre la symbolique de la main, on peut voir qu’elle est présente durant tout le film, elle est le vecteur de l’action: lorsque Julian serre les poings, il passe de personnage passif à personnage actif en commençant des actions violentes (scène du verre et du nez brisé par exemple). De plus, c’est par la main que Chang abat les autres personnages, tenant fermement son katana. C’est aussi par la main que se diffuse le désir et la pulsion sexuelle, notamment à travers le personnage de Maï: cette symbolique est centrale dans l’analyse qu’on peut faire du film.
OGF permet au tragique de s'exprimer également à travers l'idée que Julian se soumet au fatum i.e il ne cherche pas à lutter contre son destin : il sait que son frère méritait d'être tué (il avait violé une fillette de douze ans) et ne le venge que parce que sa mère l'y pousse avec véhémence. Il combat une première Chang et est battu facilement, il sait alors qu'il n'a aucune chance. La seconde fois (à la fin du film), il se soumet à la Justice représentée par le katana de Chang (officier de police) en offrant ses bras. Il embrasse donc son destin. Ainsi, Winding Refn réussit à enrichir l'histoire à travers toutes ces symboliques et des personnages travaillés malgré les étiquettes qui leur sont données dès le début (le vengeur/le méchant/la mère...).
Outre cela, ce qui fait la réussite du film, c'est le talent de Winding Refn à sublimer ses plans et à styliser la violence d'une façon bien singulière. Chaque plan est une réussite au niveau de la photographie dont les couleurs dominantes (jaune, fushia, violet, bleu éléctrique) amènent une ambiance mystique et attirante qui plonge Bangkok dans un univers sombre et mystérieux. De plus, la violence n'est pas gratuite et sert l'histoire, qu'elle soit montrée ou non : elle montre le tournant que prend Julian dans ses décisions vengeresses par exemple. La bande-son de Cliff Martinez joue également à donner une atmosphère vibrante aux scènes, les rendant dynamiques, en contraste avec la quasi-immobilité des personnages.
La volonté de terminer le film par un karaoké chanté par Chang est également une très bonne surprise puisqu'une telle scène s'était déroulée après que Chang ait tranché les bras de l'assassin (le père de la fille violée) au katana. Ainsi cet écho qui suit la scène où Julian offre ses bras à Chang laisse penser qu'il se les aient fait tranchés et que la force implacable de cette justice divine (i.e Chang) n'a pas rencontré de résistance. On retrouve alors cette dimension tragique à travers ce karaoké qui pourrait se résumer par le proverbe latin « Ducunt volentem fata, nolentem trahunt » (Le destin porte ceux qui l'acceptent et lynchent ceux qui le refusent).
Scène du karaoke:
https://youtu.be/nP4gS9fxOAU
Note : 9/10 (top 20)
Only God forgives de Nicolas Winding Refn
2013, 90 minutes.
#Clouzot ft. #WindingRefn
DRIVE