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AU THÉÂTRE LES SPECTATEURS VEULENT ÊTRE SURPRIS. MAIS AVEC CE QU'ILS ATTENDENT. TRISTAN BERNARD
LE HASARD MERVEILLEUX au Théâtre de la Contrescarpe
Sylvie a la petite cinquantaine et entraîne une équipe féminine amateure de handball. Dans le cadre d’un tournoi amical, elle et ses joueuses se rendent à Constantine, en Algérie. Pour elle, cette ville est symbolique même si dans un premier temps, elle refuse d’y voir un heureux hasard. Il s’agit de sa ville d’enfance où elle n’est pas retournée depuis quarante ans. Sa famille, juive, a dû quitter l’Algérie, comme beaucoup en 1962. Elle se rappelle y avoir une tante. Par un concours de circonstances, Omar, son guide le temps de son séjour, se met en tête de l’aider à retrouver cette vieille parente, quasi-centenaire. En parallèle de l’entrainement d’avant match, Sylvie se remémore son enfance avec un père rigide et brutal aujourd’hui disparu, une copine qui devait l’accompagner voir “Grease” au cinéma et sa tante Viviane, justement, qui a refusé de quitter l’Algérie par amour.
La mise en scène est étonnante et originale. Par d'ingénieux tours de passe-passe : un foulard flotte, un téléphone portable tombe au ralenti, une robe est suspendue dans les airs ou une ombre au sol figure un souhait de Sylvie. Et quelle interprétation de Brigitte Guedj ! Vive et juste, elle se fait aussi drôle qu’émouvante. Son interprétation sert le texte : fin et enlevé. “Le Hasard merveilleux” est une jolie surprise : un magnifique spectacle sur la tolérance et la fraternité. > Le Hasard merveilleux avec Brigitte Guedj Texte // Jean-Christophe Dollé Mise en scène // Laurent Natrella Photo // Christophe Raynaud de Lage du 7 au 28 mars 2020 Samedi et dimanche à 14h30 Durée // 1h15
> Théâtre de la Contrescarpe 5 rue Blainville - 75005 Paris Métro : Place Monge ou Cardinal Lemoine www.theatredelacontrescarpe.fr Actuellement, dans le même théâtre : le spectacle “Fausse Note”
LA DAME BLANCHE mise en scène de Pauline Bureau à l’Opéra Comique
“La Dame blanche” est un opéra-comique en trois actes créé en 1825. Un village d’Ecosse, un nouveau-né, un parrain à trouver à l’enfant, de l’amour, un château, un tribunal… et la Dame blanche qui apparaît et disparaît au gré du récit.
Le spectacle dure 2h50… et on ne s’ennuie pas une seconde. Plusieurs enfants d’une dizaine d’années étaient présents dans la salle et ont été tout aussi captivés par le spectacle que le reste des spectateurs. Il y a des dizaines de trouvailles scéniques qui participent au rythme soutenu du spectacle en y intégrant des facéties magiques : passages secrets, utilisation à différentes reprises du feu (mini explosions, le papier qui se consume seul, les bougies qui s’allument en un geste…), les tissus qui s’envolent en un instant qui figurent la présence de fantômes (ou la Dame blanche elle-même ?). Les lumières sont très travaillées et donnent une ambiance particulière à une esthétique “ambiance château d’Harry Potter”.
Pauline Bureau a réalisé une mise en scène qui occupe tout l’espace. L’intrigue se passe sur deux étages : parfois en hauteur sur un flanc de montagne ou à l’étage de la salle des fêtes du château. De la vidéo est intégrée par touches : les tableaux fixés aux murs s’animent, les apparitions de la Dame blanche, le ciel numérique est subtilement changeant.
Les chanteurs, doit-on le préciser, sont excellents, tant en chant qu’en jeu pour les passages parlés (ils sont une quarantaine sur le plateau). La direction d’acteurs est précise, ce sont les détails d’intention des protagonistes qui rendent la mise en scène si fluide et fine, en un mot si réussie. Et puis, quel talent de donner aux rôles féminins autant de corps et permettre que tout au fil du récit ils soient aussi forts que ceux des hommes : les femmes existent par elles-mêmes, autant que les hommes.
Cette version moderne de “La Dame blanche”, agile et lumineuse, est typiquement le spectacle qui donne à s’intéresser et à apprécier l’opéra. Le public ne s’y trompe pas, et de nombreux éclats de rire se font entendre. Quel plaisir de voir une telle production dans un lieu si beau que l’Opéra Comique, le public prend autant de plaisir que les chanteurs-comédiens sur scène ! On se sent chanceux de partager un tel moment de communion. Ce spectacle est un véritable coup de cœur : il est époustouflant !
> La Dame Blanche Direction musicale // Julien Leroy Mise en scène // Pauline Bureau Photo // Christophe Raynaud de Lage Du 20 février au 1er mars 2020 à 20h ou 15h selon les représentations Durée // 2h50, entracte compris > Opéra Comique Place Boieldieu - 75002 Paris Métro : Richelieu-Drouot www.opera-comique.com
FAUSSE NOTE au Théâtre de la Contrescarpe
Pierre Azéma incarne un chef d’orchestre qui vient de sortir de scène. Il est importuné dans sa loge par Dinkle, joué par Didier Caron (également auteur et metteur en scène du spectacle) qui souhaite un autographe. Quelques minutes après l’avoir obtenu, il revient pour réclamer avec insistance une photographie de l’artiste. Puis… impossible d’en dire plus sur ce huis clos sans en déflorer l’intrigue qui tient tout le public en haleine. Qu’est-ce qui se joue entre ces deux hommes ? S’ils se sont déjà croisés, dans quelles circonstances ?
Le face à face est haletant. L’enjeu monte en puissante au fil de leurs échanges. Quelques notes de violon résonnent pour illustrer une passion… et peut-être aussi une tragédie commune. Et puis le dénouement, choc ! Avant les applaudissements, un silence, comme une ponctuation à ce match éprouvant pour enfin obtenir la vérité. Une vérité nette, implacable, qui s’impose à chaque personnage comme spectateur. Qu’en faire ? Les yeux mouillés de certains spectateurs, ou les bravos sonores scandés par d’autres, confirment que “Fausse Note” est un spectacle intense dont on ne sort pas indemne. Au-delà du temps de la représentation, une question reste, obsédante, qu’aurions-nous fait à leur place ?
> Fausse Note Texte et mise en scène // Didier Caron avec Pierre Azéma et Didier Caron Photo // Fabienne Rappeneau À partir du 28 janvier 2020 du jeudi au samedi à 21h dimanche à 16h30 Durée // 1h20 > Théâtre de la Contrescarpe 5 rue Blainville - 75005 Paris Métro : Place Monge ou Cardinal Lemoine www.theatredelacontrescarpe.fr
DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE au Poche-Montparnasse
William Mesguich joue l’adaptation du roman “Dans les forêts de Sibérie” de Sylvain Tesson. Un homme s’isole par choix, nous fait part du récit de ses réflexions, de ses tâches quotidiennes, de son écoute de la nature, et de ses gorgées de vodka indispensables pour se donner du courage et apprécier sa solitude loin de toute civilisation. William Mesguich arrive à nous restituer toute une palette d’émotions de cette expérience sensorielle solitaire. On se surprend à frissonner de partager avec lui son isba entourée de neige. Comme à chaque fois, William Mesguich a un phrasé qui frôle la perfection et incarne son personnage avec corps. Un spectacle à voir pour voyager sans quitter Paris.
> Dans les Forêts de Sibérie Texte // Sylvain Tesson Mise en scène // William Mesguich avec William Mesguich Jusqu’au 8 avril 2020 du mardi au samedi à 19h Durée // 1h20 > Théâtre de Poche-Montparnasse 75 bd du Montparnasse - 75006 Paris Métro : Montparnasse www.theatredepoche-montparnasse.com
Un baiser c'est un secret qui prend la bouche pour oreille. Edmond Rostand
MARIE DES POULES au Petit-Montparnasse
Marie Caillaud, petite fille de campagne, rentre à l’âge de 11 ans au service de George Sand à Nohant. Elle sera surnommée Marie des Poules, et au contact de la grande femme de lettres et son fils, elle va connaitre une destinée atypique que sa condition ne lui permettait pas.
Même si l’interprétation des comédiens est convaincante, il manque un peu de corps au texte pour être emporté par ce spectacle.
> Marie des Poules, gouvernante chez George Sand Texte // Gérard Savoisien Mise en scène // Arnaud Denis avec Béatrice Agenin et Arnaud Denis À partir du 28 janvier 2020 du mardi au samedi à 19h Durée // 1h15 > Le Petit Montparnasse 31 rue de la Gaîté - 75014 Paris Métro : Gaîté ou Edgard Quinet www.theatredepoche-montparnasse.com
MON ISMÉNIE au Poche-Montparnasse
Daniel Mesguich propose une adaptation survitaminée de cette pièce de Labiche. Du comique de vaudeville, oui ! Mais dans une version dépoussiérée avec des apartés hilarants. La maîtrise des ruptures accentue la drôlerie des situations. La pièce file à 100 à l’heure. Les cinq comédiens ont une énergie communicative. “Mon Isménie” est un spectacle potache, foutraque et réjouissant. Si vous êtes accompagné d’enfants dès 8 ans, courez-y !
> Mon Isménie Texte // Eugène Labiche Mise en scène // Daniel Mesguich avec Alice Eurly, Sophie Forte, Frédéric Souterelle, Frédéric Cuif et Guano À partir du 14 septembre 2020 du mardi au samedi à 21h dimanche à 17h30 Durée // 1h20
> Théâtre de Poche-Montparnasse 75 bd du Montparnasse - 75006 Paris Métro : Montparnasse www.theatredepoche-montparnasse.com
CYRANO au Théâtre le Funambule
Trois comédiennes incarnent tous les personnages du plus que classique “Cyrano de Bergerac” d’Edmond Rostand façon commedia dell’arte. La scène et la salle sont éclairées à la bougie. On pense avoir vu toutes les mises en scène possibles et imaginables… et pourtant ! La tirade du nez est des plus originales. Avec une grande agilité, les personnages qui passent de comédiennes en comédiennes prennent vie : un masque, un élément de costume, un accent et le tour est joué. C’est convainquant et très créatif ! Une version pétillante et inventive à partager avec des ados.
> Cyrano Texte // d’après Edmond Rostand Mise en scène // Bastien Ossart avec Iana-Serena de Freitas, Macha Isakova et Mathilde Guêtré-Rguieg Photo // Fabienne Rappeneau À partir du 28 janvier 2020 du mercredi au samedi à 19h ou 21h (en alternance) dimanche à 15h30 Durée // 1h50
> Théâtre Le Funambule 53 rue des Saules - 75018 Paris Métro : Lamark-Caulaincourt ou Jules Joffrin www.funambule-montmartre.com
LE PRIX DE L’ASCENSION à la Comédie Odéon à Lyon
Deux jeunes amis fraîchement sortis de l’ENA comparent leur classement de fin d’études. L’un de famille d’énarques, s’est investi en dilettante comptant sur le réseau de son père, l'autre, de famille plus modeste, élève impliqué, a obtenu un meilleur classement. C’est logiquement que le premier est nommé en Creuse (!) et le second à la cour des comptes. Le spectateur va alors suivre les premiers pas et le quotidien ultra-réaliste des deux jeunes hauts fonctionnaires. Laurent se retrouve donc à gérer des problématiques locales et rurales, et Brice, quant à lui, doit rédiger des recommandations (souvent absurdes !) dont celles des économies à prévoir concernant le budget des théâtres nationaux (rien que cela !).
Le spectacle “Le Prix de l’Ascension” est bien écrit et est très drôle par le cynisme des situations. Avant l’ouverture du rideau, il est précisé que tous les chiffres cités sont les véritables chiffres… et c’est à peine croyable !
Sans dévoiler l’évolution de la relation de Brice et Laurent, la progression de l’ascension de leur carrière est passionnante. Les comédiens ont une diction impeccable et incarnent avec justesse et conviction leurs personnages. La mise en scène est ingénieuse et mêle au récit de véritables extraits audio de nos politiques contemporains. C’est saisissant !
Ambition, pouvoir, petits arrangements devenant malversations publiques sont subtilement mis en lumière. Plus ils vont réussir à obtenir des postes importants et plus les médias vont entrer dans la danse pour se faire l’écho de leurs règlements de compte. Si les échanges restent cordiaux, voire lisses, les actes eux sont impitoyables, l’adversité dans le monde des dirigeants s’accroît en même temps que progressent les carrières.
“Le Prix de l'Ascension” est un spectacle vivifiant par son écriture mordante qui donne envie de s’engager ou du moins qui donne à entendre les discours actuels sous un autre angle. Ce spectacle est à partager pour échanger ensuite sur ce qui peut être mis en œuvre pour un monde (politique) meilleur à construire ensemble.
Le spectacle joue actuellement à la Comédie Odéon à Lyon où l’équipe est accueillante et le lieu chaleureux.
Pour une date exceptionnelle, le spectacle joue à la Comédie Montorgueil à Paris mardi 3 décembre à 20h.
> “Le Prix de l’Ascension” Texte et mise en scène // Antoine Demor et Victor Rossi avec Antoine Demor et Victor Rossi jusqu’au 28 décembre 2019 puis en tournée Durée // 1h30
> Comédie Odéon 6 rue Grolée 69002 Lyon www.comedieodeon.com
BOHÈME, NOTRE JEUNESSE à l’Opéra Comique d’après Puccini de Pauline Bureau
“Bohème, notre jeunesse” est une version écourtée, de 90 minutes, de “La Bohème” de Giacomo Puccini.
Pour une première sortie à l’Opéra pour petits et grands, c’est une approche “mise-en-bouche” intéressante. Et c’est toute la volonté de l’Opéra Comique qui a souhaité faire découvrir cet art à un public qui ne s’y rendait pas jusque-là. C’est une réussite !
L’action est centrée sur l’histoire d’amour entre Mimi et Rodolphe et leurs vies auprès de leurs amis Musette et Marcel dans un Paris en plein travaux haussmanniens.
Cet opéra est composé de huit chanteurs et treize musiciens : une petite forme que l’on imagine aisément sillonner les routes de France. Le texte chanté est en français et très intelligible, ce qui est agréable.
Les chanteurs et l’orchestre menée par une femme cheffe, Alexandra Cravero, en font une œuvre généreuse et accessible.
Pauline Bureau, dépoussière le genre. Issue de la scène théâtrale, elle a l’habitude de mettre en scène de nombreux comédiens dans ses spectacles où le collectif est toujours mis en avant. Dans la première partie de “Bohème, notre jeunesse”, comme pour ses autres pièces, la vidéo a la part belle et les praticables donnent du relief au récit.
Cette version est un joli moment à partager pour s’émerveiller et rêver ensemble.
> “Bohème, notre jeunesse” d’après Giacomo Puccini Adaptation, traduction et mise en scène // Pauline Bureau Direction musicale // Alexandra Cravero Adaptation musicale // Marc-Olivier Dupin avec Sandrine Buendia, Kevin Amiel, Marie- Ève Munger, Jean-Christophe Lanièce, Nicolas Legoux, Ronan Debois, Benjamin Alunni et Anthony Roullier Photo // Pierre Grosbois du 11 au 17 juillet 2018 puis en tournée Durée // 1h30
> Opéra Comique 1 place Boieldieu - 75002 Paris Métro : Quatre-Septembre www.opera-comique.com
- je ne fais plus du tout de théâtre, Papa. - ah bon ? - on a renoncé avec les copains. On fait plutôt la révolution. Marion Aubert “Tumultes”
INTRA MUROS d’Alexis Michalik au Théâtre de la Pépinière
Richard, un metteur en scène sur le déclin se voit proposer d'animer un atelier de théâtre en prison. Pour l'assister, il fait appel à son ex-femme, avec qui il a l'habitude de travailler. Seuls deux détenus, Ange et Kevin se présentent pour participer à l’atelier. Accompagnés d'une jeune assistante sociale, ils vont appréhender l'art dramatique avec leur histoire respective, leurs failles et leurs espoirs.
D’abord, il y a le préambule de Richard incarné, par Paul Jeanson, intense, comme dans chaque rôle, qui explique que jouer c’est mettre en scène deux vies : la sienne et celle de celui qu’il endosse “C’est très compliqué de jouer soi-même, de s’aimer, de s’accorder avec soi-même”.
Et puis, comme à son habitude, Alexis Michalik entremêle les histoires : la jeune assistante sociale s’amourache du metteur en scène, des flash-back permettent de comprendre ce qui a mené Ange et Kévin à être emprisonnés pour de longues peines. Toutes les histoires tournoient, se croisent, dans le temps et dans l’espace. Le passé refait surface pour mieux en comprendre le présent.
Les précédents spectacles d’Alexis Michalik : “Le Cercle des Illusionnistes” et “Edmond”, plus grand public, manquaient de finesse. Avec “Intra Muros”, les subtilités de mise en scène tant aimées lors de son premier spectacle “Le Porteur d’Histoire” se retrouvent : dans des détails de jeu (un comédien en remplace un autre pour jouer une autre époque de sa vie) ou de mise en scène (quelques secondes suffisent à différents moments d’une soirée alcoolisée à deux pour comprendre ce qui est vécu et ce qui va se passer, sans en décrire plus). L’essentiel est là, une thématique forte, une mise en scène très actuelle sans superflu : des changements de costumes et déplacements des décors minimalistes à vue, et un texte qui prend corps par une direction d’acteur précise. Les spectateurs rient ensemble et sont émus dans un soupir collectif.
La dernière création d’Alexis Michalik : “Intra Muros”, emporte le public par son récit sous forme de conte contemporain énergique et revigorant.
Comme pour “Le Porteur d’Histoire”, l’influence de Wajdi Mouawad se ressent : la filiation et les destins croisés, sont un prétexte à faire rayonner l’humanité de chacun avec ses faiblesses et ses fulgurances. On accepte de se perdre au fil des différentes histoires avec délice pour mieux se retrouver, se parler et pourquoi pas se pardonner.
> Intra Muros Texte et mise en scène // Alexis Michalik avec Jeanne Arènes, Bernard Blancan, Alice de Lencquesaing, Paul Jeanson, Fayçal Safi et le musicien Raphäel Charpentier À partir du 14 septembre 2017 du mardi au samedi à 21h samedi à 16h Durée // 1h45
> Théâtre La Pépinière 7 rue Louis Le Grand - 75002 Paris Métro : Opéra www.theatrelapepiniere.com
LES TROIS SŒURS d’après Tchekhov de Simon Stone au Théâtre de l'Odéon
Dans l'adaptation de Simone Stone du classique "Les Trois Sœurs" de Tchekhov, la demeure provinciale prend des allures modernes de maison secondaire familiale. Le classique est revisité avec brio et inventivité avec des dialogues semblables à une discussion de tous les jours en conservant les thèmes principaux : la mort récente du père, la maison familiale héritée et partagée par la fratrie, l’ennui de la vie de cette famille rythmée par les visites des proches, le temps qui passe et les rêves déçus. Cette version dépoussiérée se passe dans une grande et belle maison vitrée de deux étages posée sur un plateau tournant ce qui permet une vue quasi-cinématographique de chaque scène : les spectateurs ont une vision directe de chaque recoins de ce qu’il se passe à l’intérieur.
Les comédiens sont équipés de micros permettant au public d’entendre les discussions, les apartés, mais aussi le souffle des personnages. Les bruits quotidiens de la maison sont aussi captés : la salade que l’on découpe, l’aspirateur qui est passé, la douche que l’on prend, les soupirs de plaisir dans une chambre résonnent.
Onze comédiens sur le plateau. Amira Casar en chef de famille convaincante. Les onze comédiens méritent d’être cités : chacun brille par sa partition dans ce chœur où l'intime s'exprime au travers du collectif : leurs discussions, bouts de quotidien, sont beaucoup plus profondes qu’elles n’y paraissent : elles dépeignent des angoisses et questionnements individuels qui sont en réalité universels et qui restent surtout actuels : Qui sommes-nous ? Sommes-nous sur le bon chemin ? Quel sens donner à nos vies ?
Les membres d’une famille confrontent leurs opinions, se disputent, se réconcilient, se pardonnent, s'affrontent et s'aiment pour trouver leurs réponses. Ce spectacle nécessite de se laisser porter par le flot continu de paroles : c’est un beau moment de poésie !
> “Les Trois Soeurs” d’après Anton Tchekhov Mise en scène // Simon Stone avec Jean-Baptiste Anoumon, Assaad Bouab, Éric Caravaca, Amira Casar, Servane Ducorps, Eloïse Mignon, Laurent Papot, Frédéric Pierrot, Céline Sallette, Assane Timbo et Thibault Vinçon Photo // Thierry Depagne du 10 novembre au 22 décembre 2017 du mardi au samedi à 20h dimanche à 15h Durée // 2h35 avec entracte
> Théâtre de l’Odéon - Théâtre de l’Europe 2 rue Corneille - 75006 Paris Métro : Odéon www.theatre-odeon.eu
Il est moins grave de perdre que de se perdre. Romain gary
9 au Théâtre 13 Seine
La salle reste éclairée. Une voix se fait entendre pour appeler les jurés parmi le public. Un prénom suivi d'un nom. "Présent !" L'un des jurés est absent. Le montant de l’amende dont il écope pour son absence est annoncé publiquement. Ils sont neuf à s'être levés. Ils sont donc neuf à se rendre au centre du plateau pour former le jury qui condamnera ou acquittera un jeune adolescent qui comparait pour le meurtre au cutter de ses grands-parents. Loin des clichés, le groupe des jurés se compose de quatre femmes et cinq hommes de professions et de situations différentes. Un premier vote à main levée a lieu : huit "coupable" et un "non-coupable". Ils doivent se mettre d'accord à l'unanimité. Plus le spectacle avance, plus l'intrigue se déroule et plus le public en apprend sur chaque personnage. Le fait divers fait écho en chacun d'eux. Condamner sur une intime conviction touche au personnel. Une conviction qui parait évidente à l'énoncé des faits mais ne l'est plus à l'écoute des doutes partagés des autres jurés. Ont-ils eu accès à toutes les preuves ? Malgré celles-ci, le double meurtre s'est-il vraiment passé comme le décrivent les avocats de chaque partie ? La mise en scène reste sobre, avec deux grandes tables et neuf chaises déplacées à l'envi. Un grand porte-manteau reçoit les vêtements de chacun au fur et à mesure de l'avancée du délibéré. Les jurés s'apprivoisent et prennent leurs aises. Ils se déshabillent physiquement pour atteindre une mise à nue figurée de leurs états d'âme. On revient à l'affaire. "Rien n'est jamais simple" lance l'un d’eux. C'est alors que le groupe se remet à discuter, s'opposer puis s'accorder. "L'important n'est pas ce que l'on dit mais ce que l'on tait" affirme un autre. Un meurtre au coupable tout trouvé devient une source de doutes lors des suppositions mises en scène dans une reconstitution cocasse. Et si un panel de jurés représentait la société dans son ensemble : dans son besoin de communiquer et dans sa difficulté à le faire ? Le microcosme du huis clos du tribunal en dit beaucoup sur les rapports humains. Le groupe peut être solidaire, en guerre, en discussion, en déduction ou dans une réflexion silencieuse. Chaque juré se sent touché par un détail, qui se fait faille de sa propre humanité : de son expérience passée, de son vécu. Le Petit Théâtre de Pain joue régulièrement le spectacle "9" en extérieur, et l'on comprend pourquoi : le dispositif tri-frontal a plus de sens en plein air au milieu de la cité des hommes plutôt qu'en salle, entre quatre murs. Mise à part cette réserve, "9" est un spectacle rythmé et drôle. Les spectateurs rient, frissonnent mais surtout jubilent aux échanges bien sentis. Peu importe le verdict en fin de compte, seul le débat reste. Comme pour la vie finalement : peu importe l'issue, seul reste le chemin parcouru.
> 9 texte // Stéphane Guérin mise en scène // Manex Fuchs et Georges Bigot avec Mariya Aneva, Cathy Coffignal, Eric Destout, XimunFuchs, Hélène Hervé, Guillaume Méziat, FafiolePalassio, Jérôme Petitjean et Tof Sanchez du 22 févier eu 27 mars 2017 du mardi au samedi à 20h dimanche à 16h Durée // 1h35 À partir de 10 ans > Théâtre 13 Seine 30 rue du Chevaleret – 75013 Paris Métro : Bibliothèque François Mitterrand www.theatre13.com
BIG FREEZE au Théâtre de la Reine Blanche
Qu’est-ce que le “big freeze” ? Le big freeze serait à la fin de l’univers ce que le big bang a été à sa création. Le spectacle “Big freeze (thermodynamique de l’amour)” présente une succession de scènes de la vie courante où les personnages sont malmenés ou malmènent eux-mêmes leurs semblables. Pour étayer le propos, une conférence scientifique entrecoupe le spectacle afin de démontrer ce qui est avancé par une vulgarisation du propos pour que les spectateurs suivent bien ce qui se joue. Et si la thermodynamique, c’est-à-dire la science liée à la chaleur telle un moteur, s’appliquait aux sentiments humains ? Une femme et une fille tentent de communiquer après des années de silence, le médecin d’un homme malade se trouve confronté à l’épouse de celui-ci, une consultante dévouée tente de faire adhérer un employé aux valeurs de son entreprise, un homme appelle une hôtesse de téléphone rose, un mariage où tout dérape lors de l’intervention du frère de la mariée, une baby-sitter aimante que les parents vampirisent... Toutes les scènes racontent des histoires d’amour, parfois tragiques, surtout réalistes. Différentes formes d’attachement sont représentées. “Big freeze” mériterait une fin plus marquée que l’on oublie vite tant on a ri. Ce spectacle scientifique est un moment déjanté et enrichissant : un texte corrosif sur un ton léger. Les huit comédiens jouent très juste ce qui sert ce propos particulièrement frais et intelligent.
> Big freeze (thermodynamique de l’amour) Écriture et mise en scène // Thomas Poitevin avec Guillaume Arène, Andréa Brusque, Lucrèce Carmignac, Amaury de Crayencour, Ophélie Legris, Thomas Poitevin, Oriane Dioux et Fabio Acero jusqu’au 25 février 2017 du mardi au samedi à 20h45 Durée // 1h20
> Théâtre de la Reine Blanche 2 bis passage Ruelle - 75018 Paris Métro : La Chapelle www.reineblanche.com