« Ce que je veux, c'est une brĂ»lure du cĆur. C'est cette brĂ»lure qui est tout, plus prĂ©cieuse Que l'empire du monde, car elle appelle Dieu secrĂštement dans la nuit. » (JalĂąl al-DĂźn RĂ»mi)
« Que l'ùme brûle de désir, c'est la loi de l'Amour. » (Hadewijch d'Anvers)
Pour la béguine Hadewijch qui vécut en pays flamand dans la premiÚre moitié du XIIIe siÚcle, le désir a pour cible de « conquérir l'Amour », rien de moins. Tour à tour chevalier, troubadour et femme amoureuse, Hadewijch part au combat, chante et se tourmente :
« OĂč trouver l'Ăąme assez fougueuse pour s'Ă©lancer Ă la conquĂȘte de l'Amour lointain ? »
Cette dĂ©vorante ardeur du dĂ©sir a pour la bĂ©guine d'Anvers un nom qu'elle emploie trĂšs souvent, « orewoet ». Ce terme du nĂ©erlandais ancien peut se traduire par « passion fougueuse », « ire d'amour » : c'est une sorte de fureur inapaisĂ©e, une effervescence de tout l'ĂȘtre, une Ă©nergie violente et magnifique mais aussi une haute folie qui consume.
« Et j'appelle et crie ma plainte : L'Amour possÚde la clarté des aurores, Pour moi sont les nuits et la brûlure du désir. »
Les assauts rĂ©pĂ©tĂ©s que mĂšne Hadewijch sont autant de batailles contre les limitations humaines, autant de percĂ©es dans l'inconnaissable. Son Ă©tat de bouillonnante fiĂšvre, qui confĂšre Ă sa quĂȘte la jeunesse de l'aventure chevaleresque, lui fait toucher le bord du monde Ă©ternel. Ainsi, mĂȘme blessĂ©e et alanguie, jamais la mystique flamande ne rend les armes ni n'accepte la dĂ©faite. Elle savoure cela mĂȘme qui la torture car sa douleur donne Ă voir l'intensitĂ© de son dĂ©sir. Ainsi, relate-t-elle le dĂ©but de sa SeptiĂšme Vision, qui eut lieu un jour de PentecĂŽte :
« Mon cĆur, mes artĂšres et mes membres tremblaient et frĂ©missaient de dĂ©sir ; et comme souvent, je sentais en moi-mĂȘme, dans une tempĂȘte terrible, que si je n'Ă©tais tout entiĂšre Ă mon Bien-AimĂ©e, s'il ne m'emplissaient enfin de Lui-mĂȘme, cette agonie me rendrait folle et cette fureur me ferait mourir... »
Plus tard, la fiĂšvre de conquĂ©rir se muera, chez Hadewijch, en une perte sans retour, et l'impatience de rejoindre le Bien-AimĂ©e deviendra anĂ©antissement dans la pure essence divine. Mais le combat premier, altier, se montre nĂ©cessaire : il lui a permis d'aller hors d'elle-mĂȘme, au plus loin, et de tout donner avant de tout abandonner. »
« Le DĂ©sir ou la brĂ»lure du cĆur » de Jacqueline Kelen















