Je n'ai rien Ă dire aux gens.
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@xavieroka
Je n'ai rien Ă dire aux gens.
Comment savoir si un texte en prose est définitivement achevé ?
Nous nous moquons de notre propre histoire, mĂ©prisons notre patrimoine, ignorons les chefs-d'Ĺ“uvre sur lesquels notre civilisation repose, piliers fragiles et dĂ©jĂ presque tous Ă©croulĂ©s depuis un siècle.Â
Le sang de nos ancĂŞtres, rĂ©pandu partout sur la terre, ne semble plus irriguer nos veines. Il ne sert plus que de vernis tĂ©lĂ©visuel bien lisse, de liant au brouet (cu)culturel qu’on nous sert Ă pleine louche et dont nous sommes gavĂ©s, repus, rotant, affalĂ©s dans nos canapĂ©s-cercueils payĂ©s en dix fois sans frais. Nos corps flasques, bien pourris dĂ©jĂ , passeront d’ailleurs de l’un Ă l’autre sans que nous nous en rendions compte.Â
Ayant abandonné notre héritage, nous n'avons rien à transmettre que des babioles standardisées achetées en solde et qui ne nous survivront guère.
On nous a bien aidés, il faut dire. Il n’y avait pas à nous pousser beaucoup pour que nous dévalions la pente. Nous étions fatigués d’avoir été grands.
Nous avons tout abandonnĂ© pour la facilitĂ©, la paresse et le confort moderne. Les droits Ă tout, les droits de tous et la fiertĂ© d’être seulement soi, c’est-Ă -dire pas grand-chose. La consommation de produits toujours plus nombreux, inutiles et dĂ©risoires finissant de nous rendre stupides et veules quand nos enfants sont devenus dĂ©biles et capricieux.Â
S’abrutir pour ne surtout pas penser. Ânonner des lieux communs et des mensonges, régurgiter la propagande. Vivre dans le bruit, la vitesse, le changement perpétuel et le progrès infini pour ne pas être confronté au silence régnant dans le vide assourdissant de nos cervelles.
Bientôt nous n'aurons plus rien: ni passé grandiose, ni avenir pépère.
Il faudrait pouvoir, chaque matin, Ă©crire une lettre Ă Flaubert.Â
Croiser le sabre avec Mishima.
A midi, boire l’apĂ©ritif avec Blondin et Bukowski.Â
Se faire raccompagner par Nimier.
Aller canoter avec Maupassant et finir la journée chez les filles.
Diner avec Dumas et Balzac.
Boire un dernier verre avec Audiard et Dard.
Parler politique avec Drieu et Aragon jusque tard dans la nuit.Â
Se faire engueuler par LĂ©on Bloy le dimanche.Â
On irait souvent chez Céline, à Meudon, pour l’écouter parler de la lourdeur des hommes.
Après toutes les chagrins de l'enfance, les orages de l'adolescence… Après l’ennui, après l’espoir... Ce n'est que cela, la vie ?
Quand elle se blottit contre toi tu es englouti par l’amour immense.
Ta ville natale à 95% détruite après le débarquement.
Une ville sans histoire.
Une ville sans Histoire.
Je ne suis même pas un vrai artiste - je sais que je suis une espèce d'imposteur - c'est la rage qui m'anime, principalement.
Charles Bukowski, Sur l'écriture
Certains veulent "tout abandonner".
Je ne suis pas si ambitieux... j'aimerais juste avoir la force d'abandonner, humblement.
40 ans.
La littérature est la source de mon chagrin en même temps que mon unique consolation.
- Tes textes sont emplis d’amertume, de fiel et d’aigreur.
- C’est parce que j’écris uniquement au stylo à bile.
Nos pères vivent trop longtemps, et nous restons des enfants quand nous devrions déjà être des hommes.
La comble de la médiocrité c'est de ne même pas réussir à exceller dans l'échec.
Ecrire c’est lâcher du lest, comme on le fait dans une montgolfière pour pouvoir prendre son envol. Tous ces mots superflus, ces adjectifs, ces adverbes, ces phrases trop longues qui te clouent au sol et t’empêchent d’atteindre ton idéal: exprimer ce que tu ressens au plus près, au plus vrai, sans te regarder écrire, sans vouloir bien écrire pour d’éventuels lecteurs. Tu tailles et sabres la matière verbale pour ne garder que l’essentiel. Ton corps est trop lourd, ta langue se doit d’être la plus légère possible, pour compenser.
”On est les enfants oubliés de l’histoire mes amis, on n’a pas de but ni de vraie place ; on n’a pas de Grande Guerre, pas de Grande Dépression. Notre Grande Guerre est spirituelle, notre Grande Dépression, c’est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu’un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rock stars, mais c’est FAUX. Et nous apprenons lentement cette vérité. On en a vraiment, vraiment, plein le cul.”
                                         Chuck Palahniuk, Fight Club
Tu n'as pas les moyens d'écrire. Tu es né dans une famille modeste à un moment où l'école publique ne remplissait déjà plus son rôle depuis près de 20 ans. La télévision a fini le travail en te faisant croire que tout était possible en restant assis, hypnotisé, noyé sous le flux incessant vomi par les robinets à merde que sont les studios hollywoodiens.
Nos enfants connaîtront la guerre.