La disruption, le capitalisme et lâAmour (Article philosophico-romantico-politique)
Je n'ai jamais ressenti ça avant. Toi et moi c'est comme une Ă©vidence. Je voudrais m'en remettre Ă toi. C'est tellement bien. On a tellement de chance de s'ĂȘtre trouvĂ©s. Je n'ai jamais fait l'amour comme ça. Je n'y ai jamais cru comme ça. Je voudrais qu'on aille partout, je voudrais qu'on s'aime partout.  Viens avec moi. Faisons un enfant. Reste avec moi. Tu me manques. Tu m'impressionnes. Je ne te dĂ©sire plus. Ton corps est Ă©trange. Tu es chiante. Tu es hystĂ©rique. Ferme ta grande gueule. Je ne veux plus de proximitĂ© avec toi. Je t'ai dit tout ce que j'avais Ă te dire. Je n'ai plus rien Ă rajouter.
Il y avait un point de chute et c'est tombĂ©. C'est Newtonien et la pauvre pomme, tu ne l'as pas vu s'Ă©clater droit dans ta face. Le moment M du dĂ©samour naissant, l'Autre s'est mis Ă dĂ©valuer les mots jusqu'Ă les rendre simples sonoritĂ©s vides suspendues Ă la langue. Jusqu'ici tout va bien, l'important c'est pas la chute mais c'est lâatterrissage, jusqu'ici tout va bien. ArrĂȘter d' aimer, droit inaliĂ©nable, possibilitĂ©s renouvelĂ©es, choix d'une Ă©conomie amoureuse  effondrĂ©e sur le ratio du plaisir / dĂ©plaisir, game-over du loverdose vs l'overdose, vient on va s'uberiser les Ă©motions comme un domac' en soldes. On peut se le scander rhĂ©toriquement comme un bain de bouche, âoui la chute amoureuse peut se produire et elle sera toujours lĂ©gitime, dĂ©finitive sans nĂ©gociations possibles avec le dĂ©sir de l'Autreâ. Bien heureusement, il n'y a pas de concessions possibles dans la dĂ©cision de sĂ©paration. Et bien heureusement parce que si en plus on devait se mettre Ă subir nos gueules plus longtemps, on en chierait des ronds de serviettes.
Or, les liens sont devenus depuis les 2 derniĂšres dĂ©cennies, aisĂ©ment dĂ©fectibles. Les relations d'amour ne constituent plus un capital de confiance et les sĂ©parations ne sont plus des sĂ©parations mais des rites de disruptions par vomissements spontanĂ©s. La disruption c'est quand la cĂ©sure relationnelle s'accompagne d'un ghosting Ă©motionnel dĂ©niant l'existence de l'Autre, de ce qu' iel pourrait avoir besoin de mots, petits symboles Ă poser sur une fin, une discussion. En gĂ©nĂ©ral, Ă la fin du film il y a un gĂ©nĂ©rique, que personne ne lit, mais qui prend le temps de remercier tous les protagonistes de lâĆuvre, mĂȘme Jean-RenĂ©, stagiaire de 3Ăšme qui a fourni en trombones le sous-assistant de l'assistant de l'assistant du frĂšre de la secrĂ©taire de l'Ă©clairagiste. Le gĂ©nĂ©rique, ça s'appelle de la considĂ©ration, ce n'est pas un acronyme dĂ©rivĂ© d'un produit d'hygiĂšne dentaire contre l'halitose ni une application de yoga, mais une capacitĂ© d'altĂ©ritĂ© qui semble galĂ©rer Ă survivre Ă l'obsolescence programmĂ©e. Petit exemple de ghosting Ă©motionnel : tu es enfermĂ©.e sans ton consentement dans une cage avec  des spots propagandistes hypnotiques de Kim Jong Un dĂ©guisĂ© en chaton roux bicĂ©phale sur fond de MaĂźtre Gims ( âet quand les enfants me demandent pourquoi la mer est trop salĂ©e, je suis obligĂ© de leur rĂ©pondre que les poissons ont trop pleurĂ©â) qui tournent en boucle, tu ne peux pas t'Ă©chapper, tu n'as aucun sous-titre, la chiasse et une seule feuille de PQ. SapĂ© comme jamais, l'amour ne survivra pas au capitalisme. (Je ne parle pas des relations violentes, lĂ bien sĂ»r tu peux Ă©conomiser tes mots, ton Ă©nergie, tes remerciements et les conserver rien que pour toi).
Premier écueil dans l'écuelle : le capitalisme et Shakespeare, indépendance ou autonomie ?
L'indépendance est au libéralisme ce que l'autonomie est à la liberté, la différence entre les deux c'est l'altérité. Indépendance = « La luxure blasée, de ce désir assouvi, mais jamais satisfait, fuit à mesure qu'il s'emplit » (Cymbeline).
Belle valeur capitaliste, summum de la jouissance tyrannique (seul, enfin seul, perspective d'un orgasme egophagique qui fait monter prĂ©cocement la purĂ©e arghargh), conquĂȘte de la toute-puissance, cachez cet Autre que je ne saurai voir. Le libĂ©ralisme prolifĂšre dans le fantasme de l'indĂ©pendance. Mais câest un fantasme hein : on vient au monde dans le monde des Autres, on vit avec des Autres dĂ©jĂ -lĂ , on est constituĂ©.e par des couches sĂ©dimentaires d' Autres. Ă voir les dĂ©gĂąts Ă©cologiquement et humainement mortifĂšres occasionnĂ©s par l'indĂ©pendance des marchĂ©s, c'est foutu, il n'y de relation qu'avec Soi dans le prisme de l'indĂ©pendance. Le mouvement de mon dĂ©sir, l'aliĂ©nation Ă mon plaisir et la dĂ©faite de la subjectivitĂ©. Et toi, petit produit du capital, tu rĂȘves Ă ton indĂ©pendance au risque que ta capabilitĂ© d'amour soit rĂ©duite Ă nĂ©ant. Pour qui dĂ©jĂ ?
Autonomie = « L'amour que l'on peut mesurer est un amour bien pauvre » (Antoine et Cléopùtre)
Lâautonomie, câest la capacitĂ© Ă se porter (plus ou moins) seul.e dans son corps et dans sa tĂȘte, mais dans cette tĂȘte il y a aussi les Autres qui existent sans s'y confondre, il y a des empreintes, des tranches de vies partagĂ©es, des errances communes. L'autonomie permet la coexistence, les solidaritĂ©s, se supporter mutuellement, faire face, face Ă face, parce qu'on reconnaĂźt nos visages comme diffĂ©rents et singuliers. Tu l'as payĂ© combien ta singularité ? Aussi cher que ton visage ? C'Ă©tait gratuit, parfois douloureux mais authentique.
Comme des fois on est un peu con.ne, on confond chez la personne qu'on aime autonomie et indĂ©pendance, et lĂ , soyons sincĂšres 2 minutes, c'est la grosse grosse merde. Le dĂ©tachement peut avoir ce caractĂšre vraiment vraiment trĂšs sĂ©duisant pour tout.e masochiste qui s'honore ou qui s'ignore, iel n'a pas besoin de Moi mais c'est mieux iel M'a choisi, je suis l'Ă©lu.e (on aurait dĂ» prĂ©ciser « du moment »). Comme ce bel objet fabuleux vintage Ă poser dans l'entrĂ©e, mais pas dans le salon, ni dans la cuisine. L'indĂ©pendant.e a besoin de choisir la place de l' Autre et sa juste distance avec la porte de sortie. Vous ĂȘtes considĂ©rĂ©.e dans ce que vous injectez, dans ce que vous « valez », dans ce que vous faĂźtes, la productivitĂ© de votre ĂȘtre mais qui vous ĂȘtes authentiquement ne compte pas dans cette Ă©conomie a-relationnelle. Bien que l'indĂ©pendant.e ait convoitĂ© avec romantisme et aviditĂ© ce que vous pouviez incarner, du moins avec la mĂȘme fougue fugace que des baskets sur Zalando, vos Ă©motions, votre singularitĂ©, vos meubles invisibles prendront toujours trop de place. La fin de relation ne sera pas une sĂ©paration mais une disruption volcanique. Une mise Ă mort symbolique. Vous n'aurez ni considĂ©ration ni existence et votre visage sera Ă©vacuĂ© de la scĂšne. Un silence qui fera beaucoup de bruits. Les non-mots du dĂ©samour peuvent manquer bien plus que les mots d'amour. La boucle est bouclĂ©e avec Kim Jong Un, l'indĂ©pendance est au libĂ©ralisme ce que l'autonomie est Ă la libertĂ©, la diffĂ©rence entre les deux c'est l'altĂ©ritĂ©.Â
DeuxiÚme écueil dans l'écuelle : des asymétries majorées par la domination masculine et le rapport de classe.
Oui. Un trou noir c'est troublant. Un jour peut-ĂȘtre on se rĂ©veillera au pays de Oui-Oui, lavĂ©.e.s de toute intĂ©riorisation de schĂ©mas rĂ©pĂ©titifs hĂ©tĂ©ronormĂ©s. Nous serons nu.e.s et empli.e.s d'une joie gnagnagna. Oui nous sommes toutes et tous victimes de la mode et de la domination masculine, peu importe notre gĂ©nitalitĂ© ou notre sexualitĂ©, mĂȘme les hommes et mĂȘme les animaux. L'Ă©quitĂ© relationnelle ne peut ĂȘtre possible que si on s'efforce de soigner la relation sans faire l'Ă©conomie de l'implication de ces schĂ©mas et surtout si on aime. Or la charge mentale de ce travail relationnel invisible et pesant, de communication, de partage Ă©motionnel, de rĂ©ajustements n'est pas toujours « justement » rĂ©parti dans les relations. Les Ă©motions c'est mal, un truc de gonzesses, il faut ĂȘtre fort, les rĂ©primer.. Pourtant on ne manque ni fatalement de mots, ni de canaux d'expressions. Si tu ne sais pas parler tu peux Ă©crire, si tu ne peux pas Ă©crire tu peux faire du mime ou un dessin. On oublie vite, foutue mĂ©moire sĂ©lective, que la censure, le « dĂ©merdes-toi avec ça », c'est de la violence symbolique et du dĂ©ni d'existence.  Le refus systĂ©matique de s'ouvrir Ă un Ă©change sur ces asymĂ©tries, sur les effets de la relation, ses affections, dĂ©nier l'implication que l'on peut avoir chez l'Autre, c'est dommageable.Ces asymĂ©tries sont assez marquĂ©es, les meufs ravalent leurs Ă©motions, concĂšdent, portent et attendent que leurs partenaires soient disponibles un jour, pour ne pas ĂȘtre « chiante » avec leurs « reproches ». Elles trouvent du soutien auprĂšs de leurs ami.e.s qui comprennent, parce que la plupart du temps elles partagent la mĂȘme expĂ©rience. Oui mais ma copine Natacha, c'est une femme et pourtant... Bravo, c'est vraiment gĂ©nial pour ta copine Natacha. Si tu connais une exception, deux ou mĂȘme quinze, tu gagnes un timbre d'exception magique valable pour toute ta vie.  L'indĂ©pendance est un attribut valorisĂ© (et viriliste mais attribut que peuvent Ă©galement incarner des meufs) associĂ© Ă un certain rapport aux Ă©motions et Ă lâaltĂ©ritĂ©, qui profite Ă qui de droit de jouir de son dĂ©tachement, de son dĂ©sinvestissement au dĂ©triment des Autres.
Le rapport de classe accentue aussi ces asymĂ©tries, dĂ©terminisme social # dĂ©terminisme amoureux. Les modes de vie, les goĂ»ts, les appĂ©tences relationnelles, les aspirations, lâimaginaire amoureux, la romantisation et lâidĂ©alisation de lâentité âcoupleâ, sont empreints de ce quâon a mangĂ© de notre classe sociale dâappartenance depuis toujours. Or la question de la classe est bien plus complexe quâun avis dâimpĂŽts sur les revenus, il ne sâagit pas uniquement du capital Ă©conomique mais aussi du capital social et culturel qui a constituĂ© ton bain Ă©ducatif, ton maillage de rĂ©seau familial, amical, professionnel, tes privilĂšges invisibles. Aux uns, le luxe du refus de la contrainte, aux autres la honte la nĂ©gociation permanente avec la somme de contraintes rĂ©elles et imaginaires. Perso, jâen ai ras-le-luc dâĂȘtre un petit fĂ©tiche exotique un peu subversif pour petit bourgeois intellectuel. LĂ dâoĂč je viens, les personnes ne lisent pas de livres, nâont pas de bibliothĂšques, ne vont pas dans les musĂ©es, nâont pas de discours politiquement corrects, ne comprennent pas tous les mots de tes phrases, manquent de mots pour dire leurs Ă©motions et de foi en eux-mĂȘmes pour croire quâiels ont le droit dâĂȘtre mĂ©ritant.e.s Ă la compĂ©tition du bonheur durable. Iels vivent dans lâangoisse de lâ effondrement. Iels sâaliĂšnent au travail et Ă la tĂ©lĂ© rĂ©alitĂ© pour sâinscrire quelque part et cultivent la honte et la culpabilitĂ© de classe en feignant y ĂȘtre enfin parvenu.e.s. Jâai fait des Ă©tudes, jâai cultivĂ© ma boĂźte Ă pense, jâai des livres, des bibliothĂšques, je vais dans des musĂ©es,jâai mĂȘme Ă©coutĂ© des Musiques du Monde, mais ma ânĂ©vrose de classeâ, comme le dirait Gaulejac, elle colle Ă ma peau tous les jours. Je suis devenue au fil des annĂ©es une destination touristique amoureuse pour bourges curieux en mal de dĂ©paysement. Mais une fois dĂ©barquĂ©s Ă terre sĂšche, Ă terre aride, ils rebroussent chemin pour retrouver le confort confortable de leur entre-soi et le fĂ©tiche exotique devient persona non grata.
On ne peut pas politiser toujours, et toujours tout des relations amoureuses.
Je suis passĂ©e par un tas de chemins intellectuels et expĂ©rientiels au cours de ces derniĂšres annĂ©es dans ma vie affective et amoureuse, refusant gĂ©nĂ©ralement et catĂ©goriquement toute rĂ©elle implication. On ne choisit pas non plus ses nĂ©vroses. Aujourdâhui je suis en convalescence Ă©motionnelle post-ghosting. Le privĂ© est politique mais lâAmour-Amoureux rĂ©siste aux limites du politisable. Je vais faire ici mon tout nouveau come up hyper normatif : aujourdâhui je suis devenue ânĂ©o post-romantiqueâ, je crois en des possibilitĂ©s dâamour inconditionnelles et jâai envie (quand je serai rĂ©parĂ©e) de tomber amoureuse et de vivre une vraie belle histoire exclusive pour de vrai vrai (mais de prĂ©fĂ©rence avec un mec issu dâun milieu pas bourgeois, anarchiste sans sandales Ă scratch, ni sandales tout court). De mâinvestir, de vivre avec des chats mais pas des chiens, des poules, de faire des parties de pĂ©tanque, dâĂ©changer des sourires complices, dâĂ©changer des mots doux comme des mots hauts sans gravitĂ©, sans danger, sans heurts, de me rĂ©veiller le matin mĂȘme les jours difficiles en me disant que câest rĂ©el et inconditionnel, que le qui je suis, le qui tu es, le qui nous sommes, est beau comme ça. On Ă©coutera Skinshape, âLife and Loveâ dans une voiture cabossĂ©e en roulant sans destination connue parce que le voyage aura dĂ©jĂ commencĂ©. On se dirait âj'adore que tu aies le nez qui coule quand il fait 22°C. J'adore que tu mettes une heure et demie pour commander un sandwich. J'adore la petite ride que tu as lĂ quand tu me regardes comme si j'Ă©tais un dingue. J'adore qu'aprĂšs avoir passĂ© la journĂ©e avec toi, j'ai les vĂȘtements tout parfumĂ©s par ton odeur. Et j'adore que tu sois la derniĂšre personne avec qui j'ai envie de parler avant de me mettre au lit. Et ce n'est pas parce que je suis seul et que c'est la Saint-Sylvestre. Si je suis lĂ , moi ce soir, c'est parce que quand on se rend compte qu'on veut passer le reste de ses jours avec une personne, faut pas traĂźner les pieds, il faut se lancer aussi tĂŽt que possibleâ. ET ces mots traverseraient les jours et les temps.
Je ne veux pas consommer lâAmour-Amoureux et les corps comme des produits intĂ©rieurs bruts, ni quâon me consomme, confondre lâavoir du libĂ©ralisme et la libertĂ© de lâĂȘtre, ĂȘtre en relation et non pas avoir une relation. Lâinconditionnel, câest ce qui nous a permis de nous accrocher Ă ce monde dans notre extrĂȘme vulnĂ©rabilitĂ©, ce qui nous a sauvĂ© Ă de multiples reprises. Si les liens familiaux peuvent ĂȘtre inconditionnels, si certaines relations amicales ont un caractĂšre inconditionnel, alors pourquoi lâAmour-Amoureux ne pourrait-il pas lâĂȘtre ? Ce nâest pas le tout de lâAmour-Amoureux qui est politique mais nos modalitĂ©s relationnelles qui le sont, penser les asymĂ©tries est aussi un travail inconditionnel dont on ne peut faire lâĂ©conomie. Comme dirait un grand philosophe du cinĂ©ma amĂ©ricain dans LOvE StORy quand jâavais 8 ans âAimer câest ne jamais avoir Ă dire je suis dĂ©solĂ©â. Et lĂ , Erich Segal nâest pas en train de dire aimez-vous les uns les autres en vous tamponnant avec des cailloux chauffĂ©es Ă lâacide sulfurique journaliĂšrement, il ne dit pas non plus soyez bien con.n.e, pardonnez lâimpardonnable avec toute votre affection et ne vous sĂ©parez jamais. Il dit essayez de vous impliquer, de vous appliquer, mĂȘme si cela sera insuffisant. Des fois on ne fait pas exprĂšs de faire du mal, mais on peut aussi essayer sincĂšrement de faire exprĂšs de faire du bien, du bien Ă soi, du bien aux autres, de faire du bien mĂȘme quand on se dit Au-Revoir, mĂȘme quand on ne sâaime plus. Peut-ĂȘtre que câest un peu ça la partie politisable de lâAmour-Amoureux.
Merde on dirait une propagande de Christophe AndrĂ© sur la Bientraitance ou des vignettes Yogi Tea mises Ă la colle et ce nâ Ă©tait ni lâobjet vĂ©ritable de cet article et ni ce que je voulais dire. Je vais bĂącler cette fin, vingt fois câest la coutume. Aimes-toi toi mĂȘme dĂ©jĂ , pas dâun amour performatif, pas une version augmentĂ©e de toi, pas un toi diffĂ©rent, toi lĂ , toi bien toi belle, toi beau. LâAmour nâest pas un produit capitalisable ni une totale Ă©vidence irrationnelle dĂ©nuĂ©e dâenjeux politiques. Marchons sur des Ćufs et embrassons-nous avec la langue.












