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Sur ton île
Ici tu es, jeune chat, sur cette île à la dérive. Île voguante entre les étoiles. Les constellations brillent dans tes pupilles. La combustion lente et lointaine des astres ne t'essouffle pas. Tu reprends ta toilette là où tu en étais, avant que les voiles solaires ne crépitent en myriades de plumes sifflotantes. Tu te poses un peu mieux après avoir tâté l'oreiller. Tu en sillonnes les plis. Tu t'allonges. Au passage de ton île, les plissures de l'espace-temps se dilatent et se referment. Des poussières palpitantes photosensibles et des embruns spatiaux lévitent en perles radiantes autour de ta majestueuse feinte indifférence.
Sur ton île, il y a une maison vide dont les volets claquent encore entre les chuchotements du temps. Tes vibrisses remarquent toujours les empreintes cinétiques laissées par les mains d'enfants refermant les battants. La mémoire de ces présences capturées troublent tes sens. Tu esquisses un nuage de bâillement et une pluie de particules effilochent les plumes des voiles solaires. Les formes dansent, ploient et s'étiolent. Un duvet vigoureux prend le relais.
Le plumage de ton île est aussi lustré que ton poil. Caressée par l'espace et le temps, ton île progresse, mais sans ton ronronnement, quelque chose s'affaisse. Où sont les mains douces et chaudes des enfants ? Le tempo caverneux de leur cœur ? Leurs bras en fleurs écloses et leurs pupilles scintillantes ?
Ton pelage hurle. Ta voix a déjà filé à force de miauler. Où sont-ils allés. Où sont-ils allés. Tu n'es pas abandonné. Tu n'es pas abandonné. Ton île vogue encore. La maison ne s'est pas écroulée. Les volets, certes les volets. Et la porte qui n'est plus que l'ombre d'une apparition aimée. À la charnière tes poils morts sont coincés.
Les enfants se sont-ils dispersés ? Les plumes chantent. Tu ne pourras pas dormir, ni complètement te réveiller. Songe errant, lacunaire, tes souvenirs s'accrochent à ton île comme autant de nuées de papillons indiscernables entre les poussières, pris en grappe de vagues ailées. Puis l'oubli, puis les plumes. Les petites mains ont disparues. Subsistent les contes. Les contes des vents stellaires. Reste un chat, un jeune chat solaire. Naît de la nébuleuse d'Orion, ta propre poussière est féconde. Voilà la seconde qui ouvre le diaphragme des lumières.
La porte est fermée. Quelque chose brille. L'étincelle est ouverte.
Victory to the Rebels in Sudan! For total freedom everywhere Ⓐ Hi-res PDF to download, if anyone wants to print: https://www.dropbox.com/s/n0o6u9a6hfqj2f9/Victory%20to%20the%20rebels%20in%20Sudan.pdf?dl=0
Read more about the uprising in Sudan, from the Black Autonomy Network, & the call for solidarity: https://blackautonomynetwork.noblogs.org/post/2019/06/07/call-for-solidarity-with-the-rebellious-people-of-sudan/
Projet d’enquête en anthropologie - “L'inscription des personnes dans l'espace psychiatrique et ce qu'il en subsiste à l'extérieur de sa matérialité physique à travers l'étude des vécus, des pratiques et des liens qui y naissent parmi les personnes investissant cet espace : les personnes psychiatrisées, le corps médical, les personnes en visite, les agents d'entretien”
Composition rédigée finale et rendue en mai 2019 d’un projet d’enquête dans le cadre du TD “Construction d’un projet d’enquête” en L2 d’anthropologie-ethnologie.
« Les modalités selon lesquelles les gens fabriquent leur image dans un jeu d'interrelations varient. L'ethnographe doit parvenir à entrer dans ce jeu de classement sans préjugés. Cette reconnaissance est tout aussi nécessaire en psychothérapie institutionnelle. Fernand Deligny, Jean Oury, Pierre Delion ont montré que si l'on veut correctement soigner un malade mental, il faut d'abord restaurer sa dignité, ce qui suppose de prendre son monde au sérieux pour y entrer et interpeller le patient de l'intérieur-même de sa souffrance. Ce travail relationnel est au cœur de ma conception de l'ethnographie et de l'anthropologie. »
(Bensa, Richard, 2010 : 51).
Au sein du tissu social d'un hôpital psychiatrique public je voudrais mettre en question ce jeu d'interrelations et de fabrication d'images de soi – relatives à ce qu'il est possible de considérer comme une construction identitaire et relationnelle propre à cet espace – afin d'appréhender et tenter de comprendre la place que les personnes peuvent y occuper. Dans ce même tissu se trouve différentes composantes : à la fois les agents d'entretien, les agents de sécurité, les personnes infirmières, les psychiatres, les personnes psychiatrisées et leurs proches lors des visites ponctuelles. Je souhaite m’interroger sur la continuité de cet espace en dehors de sa matérialité physique. En étudiant la spécificité de cet espace de socialisation et en m’appuyant sur les manières à travers lesquelles les personnes qui y évoluent élaborent leur place – envisageable comme un mode d'avoir où s'éprouve entre autres des sentiments de familiarité, d'intimité et d'habitude ; ainsi que sur les formes d'être au monde – compris comme l'expression de sa propre présence individuelle en tant que performativité de soi. Au milieu de ces modes d'être et d'avoir, il convient d'enquêter sur la possibilité ou non de l'expression de l'authenticité des personnes, c'est-à-dire à propos de ce qu'elles portent en elles-mêmes d'unique et de singulier – à savoir leur mémoire, leurs sensibilités et leurs univers perceptif propres. De cette manière, je voudrais rendre lisible ce qui subsistent en dehors de l'hôpital dont le périmètre d'influence ne se limite pas à ses murs en ce qui concerne sa présence sociale, psychologique et anthropologique. Je me propose donc de partir à la recherche des présences et des traces inscrites à la fois dans les personnes et dans l'espace psychiatrique compris comme tissu d'interrelationnalités. À l’instar d'autres espaces institutionnels aux formes de socialisation spécifique, comme l'école ou la prison, l'espace psychiatrique porte des habitus et des modes d'être porteurs de spécificités qui ne prennent pas fin une fois hors de l'enceinte de l'hôpital. Ce sont ces dimensions existentielles, relationnelles et spatiales que je souhaiterai approfondir et étudier. Comment l'espace psychiatrique s'inscrit-il dans l'être de la personne, dans sa mémoire, dans son présent, dans son être-là ? Qu'est-ce que ce lieu spécifiquement apporte comme manière de voir et comme pratiques dans les personnes qui y habitent ? Que signifie habiter un espace psychiatrique ?
Au cours de mes recherches sur l'histoire du système psychiatrique français – orientées sur les pratiques et la place qu'y occupe la personne considérée comme malade, ainsi que sur la construction du rapport et des positions respectives qui en découle dans le jeu interrelationnel avec le personnel hospitalier – je me suis rendu compte de multiples paradoxes et contradictions. Plus j'essaie d'éclaircir ces paradoxes, plus j'ai l'impression que davantage de questions et de singularités surgissent. Dans cet ordre d'idées, nombre de termes comme ''malades'' ou ''soin'' apparaissent propices à des questionnements. Il me semble que déterminer si une personne est malade et a besoin d'être soignée de ce dont elle est potentiellement atteinte – sans prendre en compte l’individu dans sa singularité et son existence propre – est au cœur des problématiques relatives à l'inscription de l'asile dans les personnes. De même, parler de patient, n'est-ce pas révéler là des liens de passivité, donc de domination existant entre le corps médical et la personne à soigner ? Qu'est-ce que cette forme de lien engendre comme pratiques ? S'agit-il réellement de soin lorsque le traitement et le diagnostic établis par le corps médical peuvent pointer quelque chose de constitutif de la personne, une part de ce qu'elle est et son mode d'existence-même ? En établissant un mode de relation soignant-soigné inégalitaire et à prétention thérapeutique, dont les fondements reposent sur une nosographie prédéterminée par le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (American psychiatric association, 2013 [1952] ) notamment – c'est-à-dire par une psychiatrie biologique décontextualisée des réalités sociales et biographiques entre autres – le risque n'est-il pas de traiter des êtres-étiquettes, dont l’identité singulière dépendrait des troubles diagnostiqués en eux-mêmes, davantage que des êtres humains ? Dans l'établissement de ce mode de relation, les pratiques et mode d'être qui en découlent pourraient s'apparenter à des pratiques-étiquettes et des mode d'être-étiquette, légitimant ainsi une forme de dépendance à l'assignation et au regard de l’institution gestionnaire des existences-étiquettes. Bien entendu, ces réalités de la psychiatrie française ne se résument pas à cette vision quelque peu simplifiée. Les troubles, les souffrances psychiques et les maladies mentales sont des réalités non-unidimensionnellement dictées par le corps médical. Aussi, il convient d'explorer ces réalités et les différents vécus de l'espace psychiatrique, afin de permettre la possibilité de répondre à la problématique soulevée et aux multiples questions qui surgissent au cœur de ce champ d'étude.
Dans un premier temps, j'ai essayé d'appréhender les apports des différentes approches en psychiatrie en France afin d’en comprendre les contextes, les intentions, les réflexions, les représentations et les pratiques chez les psychiatres, psychologues et psychanalystes. Pour cela, je me suis d'abord documenté sur l'histoire de la psychiatrie française, notamment à travers les études que proposent Guy Baillon dans Les usagers au secours de la psychiatrie (2009), son entretien présent dans le DVD du documentaire de Paule Muxelle et Bertrand De Solliers Histoires autour de la folie (2006), ainsi que les travaux de Gladys Swain et Marcel Gauchet dans Le sujet de la folie, naissance de la psychiatrie (1997). J'ai découvert notamment comment l’institution psychiatrique est née et s’est construite en France avec des psychiatres comme Philippe Pinel, Jean-Etienne Esquirol ou encore Gérard Marchant, tué par un de ses patients. J'ai pu retracer le développement d'une spécificité propre à la psychiatrie française née après la Seconde Guerre Mondiale : la psychiatrie de secteur et la psychothérapie institutionnelle qui se complémentent l'une l'autre. La psychiatrie française est également spécifique en ceci qu'elle est fortement influencée par les apports de la psychanalyse. Depuis la décennie 1990, ces formes de psychiatrie sont fortement attaquées par les courants psychiatriques américains qui se focalisent davantage sur le biologique, la psychologie cognitive et une nosographie pré-déterminée en dehors de toute contextualisation sociologique, politique et anthropologique. À cela se rajoute la mise en avant d'une gestion managériale des structures hospitalières pour un moindre coût économique dans un dessin de libéralisation lié au contexte politique et économique de la fin du XXe siècle – et qui se poursuit toujours plus aujourd'hui. Ces formes de psychiatrie ne se contentent pas de faire concurrence ; elles attaquent les fondements des autres formes de psychiatrie comme la psychanalyse à travers notamment l'ouvrage collectif Le livre noir de la psychanalyse (Meyer, 2005). Pour autant, les résultats et apports de ces pratiques, notamment dans le domaine de la psychiatrie biologique, sont controversés comme le synthétise François Gonon dans « La psychiatrie biologique : une bulle spéculative ? » publié dans la revue Esprit (2011). La perspective d'une interdisciplinarité est également portée dans certaines pratiques comme celles de Guy Baillon et Jean Oury (2008). De manière générale, il semble que les différentes approches soient souvent mélangées, pas forcément de manière complémentaire ni en faisant justice à leurs particularités. Dans un même temps, la spécificité du diplôme d'infirmier et d'infirmière du secteur psychiatrique disparaît en 1992.
En poursuivant dans cette chronologie que je suis parvenu à identifier, le tournant de 2004 me semble important. En effet, après le drame de l'hôpital psychiatrique de Pau1 et une série de violences en psychiatrie fortement médiatisées, la question sécuritaire pénètre fortement l’institution. Cette dernière se reconfigure de manière davantage sécuritaire selon les volontés politiques portées par l’État à son plus haut niveau. Les discours stigmatisant, répressifs, sécuritaires, excluant et libéraux maillent les décisions politiques qui décident du sort de l'institution psychiatrique. En ce sens et depuis 2018, il existe le fichier informatique Hopsyweb qui fichent les personnes internées sans leur consentement2.
Miguel Benasayag et Gérard Schmit dans Les Passions tristes (2003) estiment que le rôle de l’institution psychiatrique est avant tout de soutenir et d'accompagner la personne en demande d'aide afin qu'elle puisse accepter ses multiplicités – ils portent ainsi une importance moindre au concept de guérison. Leurs approches sont psychanalytiques et interdisciplinaires : en conséquence, ils dessinent et mettent en pratique une « clinique du lien » qui se veut réflexive et inclusive dans laquelle toutes les personnes participent de manière égalitaire à l'espace psychiatrique pris comme lieu de vie. Il n'y a donc pas de définition sédimentée pour les méthodes et démarches à suivre : elles sont sans cesse rediscutées, redéployées, remises en question en fonction des situations et des personnes.
Mon projet d'enquête s'intéresse à ce que peuvent être les vécus au sein de l’institution psychiatrique. Aussi, cela ne se limite pas aux méthodes, aux théories et aux différentes pratiques des psychiatres. Je me suis également intéressé à la place du personnel soignant et des personnes soignées. La clinique, ou « réseau », de Fernand Deligny est un cas particulier et intéressant en ce qui concerne la place des personnes. L'ouvrage Cartes et lignes d'erre = Maps and wander lines : traces du réseau de Fernand Deligny, 1969-1979 (Alvarez De Toledo, Boccon-Gibod, Ogilvie, 2013) retrace une compilation des cartes où les personnes peuvent tracer et représenter matériellement leur présence dans l'espace du réseau. Les enfants autistes du réseau ne sont pas pris en charge par des personnes professionnelles : il s'agit de personnes sans diplôme particulier nommées sous l'appellation de « Présences proches ». Le terme est ainsi défini dans le glossaire : « Le réseau n'est pas une structure institutionnelle de prise en charge. Les adultes chargés de veiller sur les enfants autistes ne sont pas éducateurs, au sens professionnel du terme. Ils vivent en permanence, jour et nuit, avec les enfants, sans toucher de rémunération en contrepartie de ce qu'ils n'appellent pas un ''travail''. Faute de mot pour désigner une fonction qui n'existe pas, Deligny invente cette périphrase qui met l'accent sur la distance nécessaire entre l'adulte et l'enfant (entendue dans celle entre les deux mots) : ''proches'' n'est ni ''près'' de l'enfant, ni donc ''pour'' lui. » (10-11). Ce sont souvent les approches psychanalytiques – voire philosophiques et anthropologiques3 – sur la question de la santé mentale et de la place des personnes dans l'institution psychiatrique qui viennent interroger les rôles et places des personnes au sein de l'institution. De la même façon, c'est ce qu'il est possible de voir à l’œuvre sous l’œil de la caméra de Mariana Otero dans son documentaire À ciel ouvert (2013). Otero suit le quotidien du centre médico-pédagogique de Courtil où les éducateurs et éducatrices vivent avec des enfants atteints de schizophrénie notamment. Les personnes éducatrices vivent sur place et partagent avec les enfants des moments de vie, pas seulement lors des activités. Elles prennent le temps de s'ancrer dans le présent avec les enfants qu'elles écoutent et dont la voix et les gestes comptent, malgré la distance du langage. Les éducatrices doivent également suivre une thérapie et faire régulièrement état de leurs ressentis en formulant leurs vécus et en participant à des réunions quotidiennes qui accordent une place centrale à l'enfant.
Dans mes recherches, il apparaît que je me suis beaucoup penché sur des cas particuliers d'expérimentations et de réflexions pratiques qui sont davantage des exceptions dans le champ psychiatrique français, ce dernier étant de plus en plus dominé par les logiques managériales et par la psychiatrie-biologique. Ces exceptions soulignent ainsi un état des lieux assez sinistre en France en ce qui concerne les multiples manières d'incarner la psychiatrie public. C'est ce que relève notamment Guy Baillon (2009) et les études du journaliste Patrick Coupechoux dans Un monde de fous, comment notre société maltraite ses malades mentaux (2006). Les réductions budgétaire, les privatisations, la diminution des effectifs et des places en hôpital public, la pénalisation de la folie s'ajoutent à un contexte de violences sociales, politiques et économiques à l'échelle de la société. Il apparaît ainsi que la place des personnes psychiatrisées est de plus en plus précaire : elle se situe entre l'exclusion, la répression et la négation de leur humanité. Ainsi, la rue et les prisons absorbent de plus en plus les personnes malades qui nécessiteraient une prise en charge à la fois sociale et psychiatrique. La maladie mentale peut, de cette façon, être synonyme de pauvreté et de violence systémique. Via cet état des lieux prend forme une « médecine à deux vitesses » (Coupechoux, 2006 : 175) dans laquelle les cliniques privées absorbent la majorité des psychiatres et des dispositifs expérimentaux – au détriment des hôpitaux psychiatriques public, des centres médico-psychologique et de la psychiatrie de secteur qui souffrent du manque de moyens, si bien que le traitement de la folie et de la souffrance psychique prennent une coloration gestionnaire, répressive et expéditive. La priorité est donnée, par exemple, à des troubles comme la dépression, de mieux en mieux traitée et normalisée. Cependant et de l'autre côté, les personnes précaires aux pathologies lourdes, comme la schizophrénie ou la bipolarité, sont soumises au retour de la camisole de force sous forme chimique, à l'abandon et à la criminalisation. Les souffrances psychiques et la folie sont traitées sur le même plan bien qu'elles soient distinctes : l'une est liée à la dimension existentielle et subjective humaine, l'autre à une maladie mentale objective vis-à-vis de laquelle il n'y a pas obligatoirement souffrance , cette dernière n'étant une notion fidèle (Baillon, 2009 : 56-57-58). Pour ce qui est de l'aspect répressif, je me suis documenté sur les rapports de domination susceptibles de s'amplifier avec les positions de pouvoir dont jouissent la personne soignante et l'institution – et à travers elle l’État – sur la personne soignée. En effet, dans la société française existe des violences systémiques à l'encontre des minorités de genre, de races – prises au sens sociologiques – et de manière générale à l'encontre de ce qui ne rentre pas dans les formes de représentations sociales hégémoniques : être un homme blanc, dynamique, hétérosexuel et d'âge mûr. L'écart à la norme se traduit notamment par les violences systémiques du racisme, de l'homophobie, de la transphobie, de la psychophobie, du validisme, du sexisme etc.4. Ainsi, les personnes psychiatrisées qui n'avaient déjà pas leur place dans la société – comme les personnes précaires déjà rapidement survolées – disposent d'une littérature en lumière aux réalités spécifiques qu'elles traversent : les personnes LGBTQI+5 avec Queer Psychanalyse (Bourlez, 2018) ou encore les personnes d'autres cultures et systèmes de représentations avec L'Ethnopsychiatrie (Laplantine, 2008) par exemple.
Il y a de nombreux points de comparaison possible avec d'autres espaces institutionnels hors des espaces du commun comme les centres de rétention administrative ou la prison, dont l'ouvrage de l'anthropologue Didier Fassin L'ombre du monde ; suivi de Portrait de l'ethnographe en critique : une anthropologie de la condition carcérale (2017) peut être un point d'appui. Camille Lancelevée dans son article « Quand la prison prend soin ? Gérer les troubles mentaux dans un établissement pénitentiaire allemand pour femmes » publié au sein de la revue Sociétés Contemporaines (2016) explore cette gestion pénitentiaire des troubles mentaux dans un autre contexte que la France. Ce qui m'entraîne dans un autre domaine de la littérature que j'ai tenté d'assimiler dans la perspective d'une approche comparatiste – qui me semble juste et intéressante dans la méthodologie de cette enquête – en mesurant quelle peut être la place des personnes dans les espaces psychiatriques hors du contexte de la France. Succinctement, j'ai porté mon attention sur les approches de l'école de psychothérapie psychanalytique de Milan de Gaetano Benedetti avec Le sujet emprunté, le vécu psychotique du patient et du thérapeute (1998), sur les études de Junko Kitanaka qui s'intéresse au traitement psychiatrique de la dépression au Japon dans Depression in Japan: Psychiatric cures for a society in distress (2011) ou encore sur les liens entre psychiatrie et racisme en Amérique du Nord avec l'article de Nadia Kanani « Race and madness : locating the experiences of racialized people with psychiatric histories in Canada and the United States » publié dans Critical Disability Discourses/Discours critiques dans le champ du handicap (2011).
Dans cette littérature, il manque des travaux sur la place des agents de sécurité et des personnes ASHQ, c'est-à-dire les agents des services hospitaliers qualifiés. Pour ce compte, je ne dispose quasiment que du vécu de proches et de mon propre vécu. Les agents de sécurité et les personnes ASHQ sont des prestataires de service disposant d'une formation pour la spécificité du travail en hôpital psychiatrique. Les agents de sécurité sont plus nombreux depuis le tournant sécuritaire des années 2000. Les personnes ASHQ s'occupent à la fois de l'entretien, de la désinfection et des repas. Ces dernières sont donc souvent au contact avec les personnes internées, mais comme les équipes changent souvent, les relations demeurent superficielles et temporaires. Il en va de même pour le reste du personnel hospitalier. Il semble parfois difficile de prendre le temps pour rencontrer l'autre. L'intention de départ des personnes soignantes et accompagnantes peut se retrouver entravée dans sa réalisation par l'impossibilité et les contraintes matérielles. De cet écart entre l'intention projetée et la réalité naît un sentiment de mal-être. Ainsi, la violence institutionnelle touche aussi les personnes soignantes (Collectif Printemps de la psychiatrie, 2019).
Après de rapides recherches, il semble possible d'obtenir un job d'été en tant qu'ASHQ ; cela pourrait être intéressant comme angle d'approche pour ce terrain.
Cet état des lieux pourrait se poursuivre encore longtemps, tant il y a de choses à dire. La littérature est vaste et riche. Il a été difficile d'adopter une position particulière dans ma documentation. Mon objectif a simplement été d'en savoir le plus possible et la synthèse de tout cela est ardue. Poursuivre sur le sujet de l'espace psychiatrique entraîne sur la découverte d'un champ d'étude vaste aux réalités multiples. Je me suis souvent retrouvé dans un état de dispersion lorsque j'explorais la littérature. Pour éviter de retrouver cet état dans mon enquête et en prenant en compte mes propres capacités, il m'apparaît qu'adopter une méthodologie restrictive serait plus adaptée. Afin d'étudier la manière dont la spécificité de l'espace psychiatrique s’inscrit dans la personne, je voudrais orienter ma méthodologie de façon à enregistrer les réalités et vécus des personnes vivant concrètement cet espace, aussi bien les différents membres du personnel, que les personnes internées et – un aspect peu pris en compte dans la littérature – les proches en visite. Pour cela, il s'agit de prendre en compte l'opacité, la méfiance et la position défensive que peut avoir cette institution vis-à-vis des enquêtes qui lui sont portées. Il m'est apparu qu'un dispositif en immersion longue d'observation-participante en tant que visiteur, se présentant en tant que visiteur lambda, serait un premier angle d'approche. Cette immersion reste partielle et peu représentative ; cependant et de cette manière, je pourrais disposer d'un terrain précis et délimité au sein du pavillon d'admission pour jeunes adultes d'un hôpital psychiatrique de Haute-Garonne, dont le nom restera secret. En elle-même cette fenêtre d'étude ne suffit pas, cela forme un point d'appui. Dans l'enquête, je voudrais intégrer tous les moments informels où je me suis retrouvé dans un espace psychiatrique pour quelques raisons que ce soit : urgences psychiatriques, centre médico-psychologique et unité d'hospitalisation psychiatrique de courte durée. Également – et c'est là l'aspect qui me sera le plus accessible je pense – je voudrais étudier ce terrain dans la réalité qui subsiste de lui en dehors de lui-même, c'est-à-dire dans la recherche de l'inertie de son inscription dans les personnes en dehors de l'espace physique et limité de l'hôpital. Pour le coup, les opportunités sont beaucoup moins restrictives et il y a la possibilité d'y intégrer l'informel surgissant du quotidien, comme une rencontre que j'ai faite à Crest avec la vendeuse d'une boutique d'art qui m'a parlé de son passé d'infirmière en hôpital psychiatrique et d'une amie dont le fils atteint de schizophrénie erre souvent dans le centre-ville, car abandonné dans sa prise en charge. Afin d'étudier l'espace psychiatrique en dehors de son espace physique, je voudrais rencontrer en tant que chercheur des membres de la Fédération Nationale des Association d'Usagers en Psychiatrie et des membres de L’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques. En poursuivant, j'aimerais négocier des rencontres avec des membres de personnel hospitalier – via par exemple les instituts de formation, ou de manière informelle lors d'une pause cigarette à l'hôpital comme j'en ai déjà eu l'opportunité – pour réaliser des entretiens libres ou semi-directif, en tant qu'individu lambda ou en tant qu'étudiant-chercheur. Les deux positions sont pertinentes à mon sens, car elles permettraient de rendre éventuellement visible des rapports de pouvoir et de méfiance. Je pars de l'hypothèse que la description du vécu psychiatrique au cours d'un discours informel – donc potentiellement celui dirigé aux proches de personnes psychiatrisées – dit autre chose qu'un discours qui s'adapterait probablement à un interlocuteur chercheur. Quelle que soit la position adoptée, l'anonymat des personnes sera garanti. Dans le même temps, la lecture de témoignages, de biographies, d'ouvrages scientifiques sur la question, le visionnage de documentaires ou encore le fait d'assister à des conférences ; tout cet ensemble constitue des modalités d'enquête combinables dans l'optique d'enrichir les sources et les perspectives.
Ce thème d'étude m'affecte et me concerne dans mes propres réalités. Aussi, ma propre place peut être une source à investir pour l'enquête, pas seulement en tant qu'étudiant chercheur anthropologue en position réflexive, mais aussi en tant que proche de personnes psychiatrisées et en tant que personne porteuse de troubles. Cependant, cette position engendre ce qu'il est possible de qualifier comme un risque émotionnel et d'une propension au surmenage. Je pars des réalités que je vis pour tenter de relier des galaxies de vécus afin de donner à la compréhension les liens qui existent entre les réalités humaines. Cela me semble être la tâche d'une personne anthropologue ; du moins, celle que je prétends investir. Ce faisant, je me mets en jeu et souhaite, dans la rédaction de cette enquête, retranscrire cela.
En terme d'aspects pratiques, le coût budgétaire est assez limité. Pour éviter de me disperser, l'aire géographique couverte se limitera essentiellement à la région toulousaine – accessible facilement grâce aux transports en commun. Quant aux ressources matérielles nécessaires pour la documentation, elles proviennent en majorité de la bibliothèque de l'université de Toulouse Jean Jaurès et d'internet. Je dispose d'un dictaphone qui pourrait se révéler être un outil utile, même si ma mémoire et quelques notes me suffisent pour enregistrer les choses ; cela pourrait permettre de compléter. Le seul investissement notable que j'entrevoie est l'investissement émotionnel comme antérieurement annoncé. Celui-ci se décompose entre l'anxiété sociale – parfois paralysante lors des rencontres – et l'anxiété qui peut être ressenti dans le fait de me mettre en jeu et d'écrire. Je suis également assez sensible et empathique avec les vécus des personnes, ce qui peut s'avérer éprouvant. De même, il y a de nombreux parallèles que je peux établir entre les situations rencontrées et les souffrances que traversent certaines personnes proches ou, dans une moindre mesure, mes propres souffrances. Il m'apparaît cependant que dans la révélation anthropologique des liens possibles et existants entre les réalités – dont celles qui me traversent – il est possible de ressentir une forme de soulagement et d'allègement. L'anthropologie a cette faculté de permettre de s'enraciner dans les réalités de l'humanité, donc de s'enraciner soi-même et de trouver place au sein des multiplicités. Dans l'article «La pratique du terrain ''chez soi'' Entre familiarité, altérité et engagement » publié dans Emulations, les autrices donnent le conseil de réorienter ses malaises et détresses vers la compréhension des rapports de force en jeu dans le terrain vécu (Campigotto, Dobbels, Mescoli, 2017 : 13). C'est cette démarche que je compte mettre en pratique.
En ce qui concerne les résultats envisagés, je m'attends à pouvoir creuser ce que j'entrevois déjà depuis la littérature et mon expérience personnelle, c'est-à-dire un paysage psychiatrique public français et toulousain entaillé par les pressions budgétaires, le manque de places et de personnel. Au sein de ce paysage, l'abandon des personnes psychiatrisées aux pathologies et à l'environnement social lourd semble récurrent. Cet aspect-là est celui visible, en quelque sorte, de l'extérieur. Il existe dans la psychiatrie, notamment la psychiatrie biologique aux méthodes administratives managériales, une tendance à responsabiliser des personnes en besoin d'aide, voire en détresse. Dans le même temps – de manière concrète sur le plan physiologique par exemple – l'institution, les rapports soignants-soignés, les suivis et les prescriptions entre autres engendrent davantage d'hétéronomie, de dépendances et de violences. L'espace psychiatrique peut être un espace psychiatrisant davantage dans une sorte de spirale infernale, de la même façon que les habitus pris en prison peuvent orienter, une fois à l'extérieur, des comportements à risque susceptibles d'être synonyme d'une réincarcération. C'est là une hypothèse de résultats : l'espace psychiatrique peut potentiellement s'ancrer dans la personne à la place d'elle-même, la privant d'une autre réalité vivable. À la place d'un accompagnement et d'un soutien, il serait possible d'observer une sorte de mise sous tutelle des personnes psychiatrisées qui se retrouvent prises dans un plan de gestion global dépersonnalisé dans lequel elle ne sont plus vraiment concernées en tant que personne, mais en tant que personne patiente étiquetée de troubles qu’il convient de soigner, voire d’invisibiliser. La limite entre l’intérieur et l’extérieur de l'espace psychiatrique se brouille alors davantage. J'espère pouvoir rendre compte de ces phénomènes paradoxaux qui prennent selon moi racine dans la négation des réalités des personnes psychiatrisées – à la fois dans ce qu'elles vivent spécifiquement dans leur biographie et dans le contexte social, politique et économique où elles se trouvent – mais également dans la négation que l'institution peut porter sur ses propres contextes et spécificités. Il s'agira, à travers la mise en contexte et en situation, de rendre compréhensible ces spécificités, ainsi que les liens existants entre elles. En m'intéressant aux vécus ainsi mis en contexte, j'aimerais dévoiler les émotions qu'ont en commun les personnes dans lesquelles s'inscrivent l'espace psychiatrique, quelle que soit la place qu'elles y occupent. Je vois cet angle-là comme une possibilité pour que l'espace psychiatrique soit décloisonné et devienne davantage un espace du commun où les multiplicités sont prises en compte, ce qui semble a priori – au vu de la littérature et de mon vécu – pour l'instant loin d'être le cas.
Lexique
Psychanalyse : Étude de l'inconscient et de ses manifestations. L'inconscient est compris comme ce qui existe à l'état latent chez la personne et dont elle n'a pas conscience.
Psychiatrie :Spécialité médicale traitant la maladie mentale, bien que cette spécificité soit fortement à relativiser tant la psychiatrie recouvre aujourd'hui des domaines plus larges : elle interfère avec le champ social, pénal ou encore avec les dimensions subjectives de la souffrance psychique. La personne psychiatre est sensée établir un diagnostic, mettre en place un traitement et organiser de la prévention pour sensibiliser aux troubles mentaux.
Psychiatrie biologique : Spécialisation de la psychiatrie en termes biologiques, notamment elle se focalise sur les fonctionnement neurologiques, la recherche génétique et épigénétique.
Psychiatrie de secteur : Il s'agit d'une forme d'organisation de la psychiatrie française qui prend naissance avec les critiques d'après-guerre sur l'hospitalocentrisme concentrationnaire ayant entraîné des dizaines de milliers de décès durant l'Occupation. Dans cette modalité d'organisation, les structures de soin sont répartis de manière à se rapprocher des populations et à favoriser la prise en charge en dehors des murs de l'asile. Aujourd'hui, la prise en charge est essentiellement ambulatoire, c'est-à-dire que la personne psychiatrisée doit par elle-même se prendre en charge et se rendre d'un service à un autre et réexpliquer sa situation.
Psychologie : Étude empirique ou intuitive des faits psychiques, des comportements et des processus mentaux.
Psychologie cognitive : Etude des fonctions psychologiques de l'être humain comme les mécanismes de la mémoire, du langage ou de la perception.
Psychothérapie institutionnelle : Méthode de thérapie en institution psychiatrique qui consiste à mettre l'accent sur la dimension de groupe, notamment en privilégiant les relations entre les personnes soignantes et les personnes soignées.
Psychophobie : Discriminations et violences systémiques à l'égard des personnes déviantes aux normes de santé mentale.
Souffrances, difficultés et troubles psychiques : Le point d'ancrage de la souffrance est « social », elles n'entrent pas dans le cadre du handicap psychique. Il s'agit d'une donnée subjective. Les origines de ces troubles peuvent être liées à des événements de la vie. Les troubles peuvent être organiques, psychiques ou de nature sociale. Quels que soient leur intensité et leur retentissement en termes de souffrances, les troubles psychiques varient constamment selon le contexte où se trouve la personne concernées (Baillon, 2009 : 55-56-57).
Troubles psychiques graves/ Maladie mentale : Dans le cadre du handicap psychique encadré par la loi, il s'agit des divers troubles psychototiques, des troubles bi-polaires et des troubles dépressifs graves, ainsi que des états prépsychotiques et des névroses graves. Il s'agit de données objectives (Baillon, 2009 : 55-56).
Validisme : Discriminations et violences systémiques à l'égard des personnes déviantes aux normes de santé en général, comme la mobilité physique.
Bibliographie
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Baillon Guy, Les usagers au secours de la psychiatrie, érès, Toulouse, 2009.
Benasayag Miguel, Schmit Gérard, Les passions tristes, Souffrance psychique et crise sociale, Paris, La Découverte, 2003.
Benedetti Gaetano, préface et traduction Faugeras Patrick, Le sujet emprunté, le vécu psychotique du patient et du thérapeue, érès, Ramonville Saint-Agne, 1998.
Bensa Alban, Bertrand Richard, Après Lévi-Strauss, pour une anthropologie à taille humaine, Textuel, Paris, 2010.
Bourlez Fabrice, Queer psychanalyse, clinique mineure et déconstructions du genre, Hermann, Paris, 2018.
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Coupechoux Patrick, préface de Oury Jean, Un monde de fous, comment notre société maltraite ses malades mentaux, Seuil, Paris, 2006.
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Fassin Didier, L'ombre du monde ; suivi de Portrait de l'ethnographe en critique : une anthropologie de la condition carcérale, Points, Paris, 2017.
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Oury Jean, Roulot Danielle, Dialogues à La Borde, Psychopathologie et structure institutionnelle, Hermann Editeurs, Paris, 2008.
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Filmographie
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Otero Mariana, À ciel ouvert, Blaq out, Paris, 2014.
Autres sources
Collectif du Printemps de la psychiatrie, « Pour un renouveau des soins psychiques. Manifeste pour un Printemps de la psychiatrie », L'Humanité.fr, 2019, mis en ligne en 2019, consulté le 01 mai 2019, (URL : https://www.humanite.fr/pour-un-renouveau-des-soins-psychiques-manifeste-pour-un-printemps-de-la-psychiatrie-666650).
1« L'affaire Romain Dupuy également connue sous le nom de Drame de Pau est un fait divers survenu dans la nuit du 17 au 18 décembre 2004 à l'hôpital psychiatrique de Pau où l'aide-soignante Lucette Gariod, 40 ans et l'infirmière Chantal Klimaszewski, 48 ans ont été tuées dans un bâtiment de l'hôpital psychiatrique. » Wikipedia.
2Décret n° 2018-383 du 23 mai 2018 autorisant les traitements de données à caractère personnel relatifs au suivi des personnes en soins psychiatriques sans consentement.
3 Fernand Deligny était notamment un grand lecteur de l'anthropologue Pierre Clastres.
4 Au sujet des violences systémiques, il peut être intéressant de lire ou relire Se défendre, une philosophie de la violence (Dorlin, 2017).
5 Lesbian Gay Bisexual Trans Queer Intersexual et le « + » est inclusif pour toutes les personnes à l'écart des normes de genres et de sexualités.
Ded
Désolé, je sais pas si je vais réussir à continuer longtemps. Sôss upSs êt.
Dans tous les scénarios qui se dessinent dans ma tête, si je tire le fil, le rasoir tombe et brise les glaces et la menthe se décroche. Je suis toujours au garde-fou à prétendre et rendre l'âme à qui elle appartient pantin humain dessine moi un croissant de lune pour que je m'y vautre.
Je seul. Où que je sois il y a moi qui est là et qui est moi. Quoi que je tire le fil se passe et se défait l'espace congruent je ne suis pas coémergent je suis immergé à jamais on dirait bien on s'embourbe qu'importe les mots les valises les paroles les entremises les faits les gestes les establissements d'historicité en historiques enchevêtrelâmehabile.
Vautour corbeau lac de souffre sur un gouffre cristallin magmeurs dans l'irréelaspect des politesses de la pierre.
Je tire le fil et je vois un monstre.
Salut, c'est moi ça va ? Non. Évidemment.
Je suis dépassé, fatigué, essoré, toujours là et c'est bien là le problème.
Toujours monstre-là toujours monstre-toi allez, je monstre je monstre.
Mare à ramasser les amarres des ailes du monstre s'écrasent en vertèbres détachées sur les bords des lavabos d'émotions à ras-bords et jentends le vent gonfler des voiles de pardon pardon désolé désolé je vous présente mes excuses je vous écoute oui je vous écoute oui désolé dites dites je vous comprends oui je crois oui je prends en compte et puis et puis puis-je puis-je encore une fois dans ce puits là laissez-moi oui puis-je vous monstrer vous monstrer la lune telle qu'elle se dessine au fond d'un puits noir de jais je trempe ma louche et louche je vous dis tout je suis clair regardez vous pouvez passez votre doigt à travers mon nombril il n'y a pas d'épaisseur un fil vers de nombres îles aucun horizon d'espérance mais toujours est-il je suis il je suis monstre je suis moi fatigue à plat dos sur le ventre de verre brisé à jeter dans un océan de nul part y en a marre nuls parts je déverse ma mare sur un soleil couchant d'espoir à rendre, jamais emprunté, jamais prié jamais vu l'est repartis un jour d'absence lorsque demain était annulé.
J'écoute j'écoute, je déverse. Deux oreilles, une bouche, pratique, mais dix doigts en cataractes suivent une bouche apnée blablatante seule. Des cataractes en averses sur deux mains rallongés par deux bras reliés à un tronc et des bouts de corps disloqués se rassemblent en gluaux rassis d'errances courtes envolées mises en pièces retroussées rapiécées rafistolées on tient un épouvantail mon ami-e. Un épouvantail qui déglutit dans les poubelles des stations du métropolymorphe.
Déversoir sur un fil de miroir reflet verdâtre queer douceâtre monstre moi l'étendue de mes possibilités de misère écoule toi sur la rosée fade en pétale de cataractes acides j'éclate sous la surface à la surface ça s'étiole et suinte. Accessoires pour réapproprier genre jamais détruit encore et visage tiède la forêt embrumée je voudrais être verte de la tête au pied, verte et noire, jais et d'émeraude, briller dans la nuit d'aime rôde autour d'un cimetière m'accrocher aux pierres de lierres grimper jusqu'aux grilles courir au chat noir écraser les ossements les poussières de phalanges je souffle à l'air de lune un fil d'oubli. En robe en monstre moi ma robe mon drap mon linceul verdâtre noirâtre. Le phare à paupières brille de noirceur entre mes cils de faux en saules pleureurs. Qu'est-ce que je m'élance sur moi je me monstre. Soyons ami-e-s tant qu'on y arrive pas on a qu'à faire pas et envoyer des faire parts à qui ça intéresse pas c'est comme ça qu'on fait pas jécroua, mais jfais et jfais pas jcroasse. Maquillez-moi encore un peu, du vert à lèvre pour ce ver terne qui luit glauque au son des planches à roues. Qu'on fasse jusqu'à ce qu'on trépasse et tri proche de trois en poche les pavés à jeter sur du bleu sur dla capitalofachorie et/ou pour couler impassible dans le bleu coulant Virginia Woolf paix.
I watch you sinking
I watch him sinking
I watch all of us sinking
And I see me sinking
Is this a race or something
At least, there won't neither be losers or winners
We all ded and alone
We're all pretenders
Pieces of dirt
Pieces of silence
Pieces of lives,
i killed death yesterday, still the little ded that had hidden behind the sycamore. There will be no tomorrow, still a tiny tomorrow made out of ded.
a feeling that glimpses forward the hazy dawn and is fully part of it.
Made out of dawns
Made out of dusks
Here comes the little ded
Gentle as the wind carrying the ded autumn leaves
Ded is tired
Ded is ded
Take ded care
oh Ded you're here with me thank you to have come, thank u to always be there, thank u to notice me wiggling. Ded you’re me now. Ded i’m me. I am Ded. I am. I.
.
.
~ 23/04/19 ~
Some words
Trying to love yourself is like trying to get along with the flow of evertything as a part of it so as an active atom in the stratosphere of everything and nothing, at your humble place, in the wire of inter-connections and interdependences. Such a burden. You fall down in yourself and a whole world fall down with you.
We carry on so much weight
Some of us fall down
Our shoulders are cracking
Slowly.
“What I can do - I will -
Though it be little as a Daffodil -
That I cannot - must be
Unknown to positivity -”
Emily Dickinson
Take care of each others as long as you can
Some answers
My only answers for the misery of our human condition :
Do some poetry
Kill cops
Shot fascists in the head
Stand with the weak and
Stay weak with them
Let the life grow and spread out in its multiplicity
Destroy and smash everything that impedes the beings
If you don’t see any problemes in the world
Then you’re part of the problem
Ask to those who never speak out
Listen to them
And shut the fuck up
You’ll talk when it’ll concern you in your intimate existence
Listen to your inner self
Question and reveal what is hidden in the mist of who you are
Don’t make it a burden for the others if you can
If you can’t, you have the right to ask for help
You’re not alone
We’ll find a way together somehow.
Be part of the flow of everything
At your own place
It can only be reveal by standing and struggling together
Against what destroys us
Against the dying of the light.
Rage, rage against the dying of the light.
Of course, torch down to the ground that damn capitalism
That one advice was easy to find.
Consider all forms of coercitive authority as an issue
Stay in the world, stay in the multiplicity, stay with the flow, stay at your place
Don’t speak in the name of others
If someone does it, say it loudly : shut the fuck up.
Don’t put in words what you can’t afford in yourself
Take the time
You don’t have to speak to be a member of a community
If you feel forced to : fuck them all
They don’t deserve you
You know who deserves you ?
You.
Damn, since the beginning it was there
Though, so unreachable.
You know what ? It’s okay
We’ll find a way
Somehow
You’re not alone
You’ve been living some serious shit
It’s hard to stand there in the storm, isn’t it ?
When you find yourself in a storm, then everything seems like a storm.
Support each others
Stand side by side, with umbrellas
You don’t have to sacrifice yourself
Guilt is a burden
But louder is the burden of love
That burden, that weight
It’s so strong, some of us call it God
Call it whatever you want if you manage not to be oppressive with it.
That’s the burden we have to carry
The burden of love
So we can open the many gates of our multiplicities.
This is our duty.
To exist and make the existences spread and sparkle through the darkness.
Death
Death,
You’re everywhere
In each of us
You’re a part
For some of us, you’re a massive part
But you have no dominion
You can’t swallow so easily our lives
We’ll defeat you
Again and again and again
Until the dark sun rises from the horizon
We will beat you up, Death
You’ll loose your fucking teeth, Death
We’ll break your neck, Death
Your bones will turn into crisps that we’ll make fun of
We’ll make you swallow the dirt that you want us to return from
You stupid Death
We are not dirt, we’re made from it but we’re so much more
You are the dirt, Death
You are the dirty dirt
You ignorant dirt
Stay alone with it if you like it that much
We, we make out of life with that dirt
With seeds and water and love and tears and ashes and despair and hope
All togethers
You, Death, you’re alone
You only feed yourself, you only think about you and make yourself comfortable with what you are
You only create and recreate yourself, Death
Narcissistic Death
Stupid narrow-minded narcissistic shitty Death
Only life make you be something else.
You know what ? fuck you Death, yeah Fuck you.
Fuck you and your D
You’re nothing
We’re everything
Fuck you death,
Fuck you.
You’ll never win
Your own essence is a defeat against us
Fuck off.
We’ll fight you with everything we have
We’ll fight you with sorrow
We’‘ll fight you with despair
We’ll fight you with rage
We’ll even fight you with love
And you won’t be able to fight back or say any word
You looser
We’ll take care of our dead ones, our fellows, our lovers, our family members, our friends, our unknown brothers and sisters - those who lived without name, those that had one but which about no one even cared of
We’ll take care of our lifes
And you’ll stay alone, death
You’ll be jealous, don’t pretend, we see clear in you
You see, we’ve been knowing you for a little while now
But you, you don’t know anything about us or anything else
You’re so alone
The truth is that, I feel a little bit sad for you death
I’ll give you back a D
Don’t feel proud about it, you despicable
I’ll punch you harder thanks to that D
Ô Death. Ô
In the past, now and in eternity
Fuck you
I spit on you and i’ll keep spitting on you until you’ll take me
Fuck you
Fuck you.
~ 09/04/2019 ~
Poèmes perdus d‘un été éthéré
Je te vois encore ô pulsion de mort
Ô je ferme les yeux encore ô je te ferme
Sourires niais sur le monde ne m’empêche pas de voir
Toute la merde immonde
Toutes les mains qui grondent
Toutes les paires d’yeux qui sondent
Toutes les ondes à la seconde
Plus une minute à perdre pour mettre - créer
pour bouleverser
pour fragmenter
pour vivre pour aimer
Je lance une corde à la nuit
pour m’y pendre à son fruit
Je sens que le ciel s’affaisse et que déjà
Il me délaisse
Parce que je hurle encore trop fort
Je couvre le bruit des pores
Sans laisser suffisamment s’effiler le silence de l’hors de la pensée
Et les battements du chavirement intempestale
Bousculement mental
Alors je me laisse glisser et j’écoute j’écoute et j’écoute j’écoute j’égoutte j’écroute je goutte j’écoute
Squelette à rebours (Squelette de velours)
Transfusion étincelle ligaments
étincelle révolution
morsure transfusion
étincelle
Mon esprit
s’englue dans les
tourbillons des ires
en chant teinté
- mois d’août 2018 -
Errances ensauvées - série de courts poèmes en prose
Si on écrivait sur ce qu'il reste au fond des tiroirs.
Si on écrivait sur ce qu'il reste dans l'asphalte du trottoir.
Si on écrivait sur ce qu'il reste quand le soir s'est ensauvé dans les ténèbres du matin.
Tenaillé par le froid, je mendie ma clope aux passants endurcis par la ville méandre. Des regards éteints, des raclements renfrognés, un petit chien défraillé et un genou qui se pose à terre pour mettre une main sur sa tête. Un genou à terre pour un chien, assurément un beau genou. Peut-être autant que celui qui finit sa course dans les testicules du policier.
Ces saletés de voitures passent et passent et passent et me narguent. Je chancelle à la dérive en ignorant les cris des klaxons et les klaxons des cris. Je ne saurais accepter ces chemins que mes semblables auraient tracés au nom du commun. Où est le commun quand je ne peux me livrer à l'errance ? Et si je m'écroule à terre, qu'on me laisse. J'écouterai les pas du trottoir, je lui lirai les poèmes que ses gravillons écrivent au dos des cannettes vides, je caresserai du bout de mes ongles noircis les galaxies de cendres-univers.
Envolé dans le songe d'un nuage lourd, un rêve s'écrase au fond de la cour intérieur. Noirâtres, des filets nébuleux coulent dans le caniveau. Assombris, la mine pâle, je plonge mes lèvres dans l'eau.
Le samedi jaune embleutté par la flicaille a déversé son manteau blanc larmoyant sur la ville du venin rose.
J'ai perdu mes idéaux et mes rêves d'automne pour croquer dans la pomme maudite du temps présent, ses voluptés violentes d'immédiatetés fébriles desquelles s'effilent la libellule. Je crache des ailes.
Il n'y a pas de saison pour ouvrir la tombe du temps présent. Mets le pied devant, fie toi aux marches. Jamais vraiment tu ne touches l'escalier, pourtant tout est contenu là, dans cet errement de la chute du corps vers ce qu'il n'attend plus, entre ce qui s'envole et retombe. Ce temps de non-attente quand plus rien n'importe que le pas lui-même ; et non la marche, ni même l'escalier. L'élan de l'être. Alors peut-être s'ouvrent déjà des palais de marches enchevêtrées dans des structures désemparées par l'énormité de cet élan d'errance. Tout s'élance et se lance et retombe. Erre, et sans t'en apercevoir tu flotteras en touchant terre.
Dans cet espace se niche de grandes douleurs. Légèreté.
Le malaise du temps naît dans le déséquilibre que provoque le poids de la conscience de l'attente contenue dans chaque alvéoles du tout. Dès lors, tu t'enfonces dans les miasmes du temps. Ta gravité est ton temps. Tu es grave, alors tu marches dans le poids de ton propre temps. Tu sculptes tes marches. Tu oublies le flottement qui te faisait. Tu as perdu ce non-instant de battement. Tu l'écrases sous tes semelles. Tu marches sans trêves. Tu as écrasé bien des ponts suspendus, des palais envolés, des mirages de marbre striés d'ondulations vertigineuses. Tout s'écrase et se fracasse. Ton pied touche la marche. Tu relances. Inlassablement. Tout s'envole. La douleur reste un peu ailleurs.
Je me dérobe à cette tentative. Les interstices sont indénombrables. Partout ils agrippent un bout de toi. Des bouts d'être perdus dans l'élan de l'être. Comme des pas qui peut-être laisseraient pousser les échos emfleuris de ta vie. Tes soupirs s'agrippent aux bords des marches et s'écoulent en cascade sous les souliers alourdis par le monde. Nos pas et nos larmes forment un grand jardin céleste concassé dans la terre que nous foulons. Nous piétinons et nous créons et nous effleurons et nous fleurissons et nous écumons les larmes-monde.
Nous écumons les larmes-monde. Elles fleurissent et fleurissent encore. Tant que nos pas sont lourds et nos lettres mortes, il faudra pleurer pour nourrir cette terre rendue amère. Les légèretés de l'être perdues sous chaque poids sont autant de grumeaux de terre qui se détachent pour partir en grappes, en sillons, en coulées de boue.
La nuit j'entends des choses que je n'entends pas le jour. Les grattements des murs que la peinture démange. Le petit cri des ampoules qui crépitent quand on les allume et les bouffées de chaleur des lampes que ça échauffe. Les gargouillis nerveux des coussins qui attendent de recevoir ce qui leur tombera dessus.
Le parquet joue avec les particules de poussières volatiles qui forment des troupeaux pour ne plus se faire torturer par ce mauvais farceur. Le balais éternue dans sa moustache meurtrière. On se noie dans l'évier, on brûle dans les appareils, on souffre d'être.
Dans l'écho des batailles de rue, j'entends piailler le refrain du temps perdu hier lorsque je le cherchais dans le lendemain. Marche dans l'éclat du temps qui se délite en chaque instant. Les fragments épousent des formes qui dessinent les contours de ce que tu perçois. Assis sur le parchemin du scribe, des notes éparses décrivent un grand jardin où tu t'épanches à l'ombre des saules. Les détonations des grenades inspirent autant de sérénité que cette image. J'ai laissé ma peur formé un grand nuage autour de moi, j'essaye d'apprendre à danser à travers les lacrymos.
L'émeute m'émoit et j'ameute la meute de moi pour lancer les pavés multiples contre le bouclier un du flic pilier d'une prison monde en ruines.
Pose sur le monde un regard indifférent, et ton regard se dépeuplera du monde duquel il fait entièrement partie, tout comme le monde est fait de ton œil. Le cadre ne bascule pas. Il n'y a jamais eu de cadre. Tu t'évanouis depuis longtemps maintenant. Tu passes.
Des phrases qui s'alignent et qui forment une sorte de sens. Du sens qui s'aligne et qui forme des sortes de phrases.
Fais moi une trace. Que j'aligne mes sens le long de la poudreuse des lignes. Que j'enfonce les lignes de l'ennui, de la douleur et de la peur. Poudre légère, cristaux volatiles, nez fébriles. Pourvue que la douleur soit vive. Petit, lorsque je faisais du ski, je tombais souvent dans la poudreuse, à m'en couper le souffle. Ce sentiment d'aspirer le néant et de craqueler de l'intérieur en parois aux pores bouchées. Ce sentiment de poudre. Volatile et plein. Je me dépose en toi comme un liquide. Je sépare et coagule en un mélange hasardeux. Crachin de pluie sur la neige. Désagréable plein de vides pleins.
Et s'abat sur le visage le bras lourd d'une pluie toute trempée. Dégringolée, noyée sur la chaussée, la pluie s'est empêtrée dans une manche d'un bras harassé. La pluie se débat et anime le bras. La pluie s'est vengée et retombe en gouttes de sang.
Si nous regardons nos existences, grains de sables, nous regardons. Si nous sommes grains de sables, grains, nous sommes plage. La plage nous regarde. La plage est regard. Le regard existence plage. Rivage.
J'ai perdu mon revolver dans le sable. Je marche et je cherche. Je marche et je m'enfonce. La mer déverse son seau d'encre et d'écumes. Je me ravise. J'attendrai la nuit tombée, l'éclat lunaire sur le rivage. Le revolver s'éclairera, au milieu des grains lumières.
La nuit. L'éclat. Le sable rouge. La mer qui emporte. L'écume qui rapporte.
Le sable disparaît.
Une pierre s'est posée au milieu du chemin. Elle n'était pas là hier. Je ne m'en rappelle pas. C'est une pierre qui ressemble à l'idée qu'on se fait d'une pierre. C'est une pierre. Je l'ai regardé.
Je suis rentré chez moi. J'ai mangé du riz. J'ai pris une douche. L'eau savonneuse entre mes orteils est agréable. J'ai craché les grains de riz pris entre mes dents et les micro-bulles de savon ont éclaté. Les grains se sont pris dans les cheveux et les poils.
Je suis retourné sur le chemin. La pierre n'était plus. J'ai regardé.
Je suis rentré chez moi. Il n'y avait plus de riz, il n'y avait plus de poils, il n'y avait plus de bulles. Il y avait la pierre. Sous la douche, j'ai écrasé ma tête bulle avec le riz pierre. Le sang coule. Le sang s'est pris dans son écoulement.
Un silence gênant emplit la salle. Une porte s'est ouverte. Elle n'a pas donné lieu sur une personne ou sur une autre salle ou même l'extérieur. Je veux dire, elle ne s'est pas ouverte sur quelque chose. Certains et certaines prétendaient que non, la porte ne s'était pas ouverte, sinon il y aurait quelque chose, que c'était une évidence. D'autres vociféraient en pointant de leur doigt l’entrebâillement, la charnière de la porte, en en décrivant les ressorts et le mécanisme du mouvement que tout le monde avait sentis. Le mouvement de la porte. Le mouvement de la porte qui ne s'ouvre pas sur quelque chose, mais qui s'ouvre. L'ouverture.
On attendait que quelque chose se passe.
Personne n'approchait de la porte parce qu'il n'y avait pas quelque chose.
Mais comment quelque chose pouvait passer si la porte ne s'était pas ouverte sur quelque chose ?
Le quelque chose n'était peut-être pas là où on le croyait. Tous et toutes attendaient quelque chose qui était déjà là, les regards concentrés sur une porte dont on débattait jusqu'à l'existence même.
S'il n'y avait pas eu de porte, y aurait-il eu quelque chose ?
S'il y avait eu quelque chose, aurait-on débattu de l'existence d'une porte ?
Bientôt allait-on se battre ? Le sang coule sur les charnières. Je me suis coupé les lèvres avec une feuille de papier que j'ai mise en boule avant de l'envoyer sur la porte. Ça retombera toujours du côté de quelque chose. Peut-être que ça créera quelque chose. Il doit y avoir un élan dans ce geste. On continuera à patiner dans l'absurde. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de porte.
Peut-être alors, restera-il enfin quelque chose ?
Le temps s'écoule autour et je suis là. Je suis mouillé, frigorifié, mais je tiens rigide contre le temps qui coule inébranlablement. La crue du temps trop retenu en amont bientôt m'emporte. Je ne serai transporté qu'un peu plus loin dans l'écoulement du temps. Toujours rigide, j'attends la crue. La crue souplesse. La crue vie. Ma rigidité cadavérique. Je suis jaloux du sable qui s'effiloche dans le courant.
Ce sable pourtant, est fait de moi.
Il y a bien longtemps que je ne suis plus seulement ici. Je roule encore, quelque part, dans une rivière en crue. Je roule ailleurs. Je roule partout. Je roule nul part. La rigidité est une porte vers un courant sans fin. La rigidité est une chute.
Rejoindre d'autres rivages. Rejoindre d'autres nuls parts. Rejoindre. Ancrer la roche. Montagne peut-être ? Elles se déplacent et vivent tout autant que le reste. Tout n'est que roulement dans un grand terrain de nul part.
Il gare sa voiture sur un parking dans une montagne, sans savoir qu'elle roule encore. Il enlève le sable dans ses chaussures. Les grains tombent sur le goudron et se nichent entre ses vergetures.
J'ai encore oublié la pierre quelque part. Il y a toujours une pierre oubliée. Qu'importe les chaussures, les voitures, les parkings. Il y a toujours une pierre. Il y a toujours une pierre avec laquelle j'aimerais couler au fond de l'eau pour me laisser emporter par la crue. Enveloppant ma rigidité, j'épouse les effluves du mouvement et je chancelle entre ses stases d'espacements distendus.
Les questions sur le temps sont ennuyeuses. Un papillon suffit. Le grain de sable aussi rejoint le papillon. Ce sont des émanations de temps-clarté écartelés dans les temps-lourds. Volatile et faiblissant, leur vie n'est que dégringolades et fébrilités. Une vie emportée. Le temps d'un thé. Le temps du thé.
Offrez-donc une grande tasse de thé à ce papillon et à ce grain de sable, qu'ils se reposent enfin.
Le thé d'un temps.
Le t.
Afin de lever l'ancre je n'ai pas retenu l'encre, mais c'est le temps d'une phrase. Quelque chose reste. Quelque chose.
Il y a toutes ces choses qui ne sont rien. Je crois que je ne saurais en dire plus, sinon je compromettrais cette première phrase dont déjà le sens devient méconnaissance. Du rien s'est transmigré la sensation de l'inconnu et de l'inconscience. Les questions fleurissent déjà sur les branches d'un arbre au tronc moisi. Il s'abat seul. Sans racines.
La risée du rhizome.
Quelque part dans un entre-temps, par la fenêtre entrebâillée, j'entraperçois l'entre-monde.
The world is full of noise, i hear it all the time.
Quelques entre-mots entre-espacés entre les interlignes et nous sommes à l'intérieur, dans l'espace du dedans. Nous ressortons, sans jamais avoir vu passer l'entrée, le regard à demi-éteint sur une sortie exit clignotante.
L'errance se serait-elle ensauvée ?
~ écrit dans la nuit du 12/03/2019 ~
Et l’amour défait son trône de velour
A comme Amour, B comme celle que j'ai ''aimé'' en premier. Elle était là derrière le A, je ne la voyais pas. Le 07 janvier est son jour, était son jour, ne l'a jamais vraiment été.
Qu'est-ce qu'aimer ?
Je rêve encore d'elle quelques fois, mais ça ne veut plus rien dire je crois, en tout cas ça ne me fait pas ou plus grand chose. Elle est loin maintenant. Il n'y a que le goût de la cerise qui est proche, une douleur qui reste.
En ce temps là j'ai vu ma tombe s'ouvrir dans une terre sèche et délétère. Depuis, j'y plante des graines.
Et je cherche encore le cerisier (peut-être suis je assis sur sa branche? Peut-être ce texte est-il une de ses feuilles).
(Une pierre bleue tombe au fond de l'eau quelque part, les échos se répercutent contre les parois).
Ecriture émotionnelle sinueuse.
(L'eau s'ensommeille autour du galet).
Je pense très fort à elle, elle aussi, parfois elle et elle.
Je pense fort à lui et dès fois quand je suis avec lui je sens mon affection pour lui être très forte. Je l'aime très fort, je pense que j'aimerais le toucher davantage. Je n'en suis pour autant pas frustré ou malaisé.
J'aime toucher le corps des personnes que j'aime, seulement quand je suis sûr que mes caresses sont bienvenues. J'ai peur d'être intrusif et trop tactile.
Cependant je ne suis pas à l'aise qu'on me touche.
J'ai peur d'être fermé et pas assez tactile.
Je me sens souvent difforme et étranger à mon corps. Il est là et je suis à côté, c'est froid et ça tremble, c'est sec et ça s'assèche.
J'ai honte de moi. J'ai peur de ne pas plaire. J'ai peur d'être rejeté. J'ai peur d'être ennuyeux, gênant, malaisant, blessant, énervant, inintéressant. J'ai peur de faire du mal.
J'ai peur que le silence ne suffise pas. J'ai peur de n'avoir que le silence à demander.
J'aimerais passer plus de moments intimes et calmes, en tête à tête ou non. Ou avec toutes ces personnes réunies (ce serait si étrange, comme mettre des ondes puissantes dans une même pièce, tout en vibrerait si fort, ce serait insoutenable).
J'aimerais m'étendre près d'iel, faire des caresses, des câlins. Regarder son visage s'endormir, s'éveiller, fureter, rêvasser, s'éclairer, s'assombrir, se troubler, s'épanouir.
J'aimerais "juste" pouvoir rester là et te regarder.
Ne plus jamais rien dire.
Seulement s'émouvoir, rire.
Parfois chuchoter, jouer, se tourmenter. Se réconforter. S'apaiser. S’enlacer.
Les câlins sont très différents d'une personne à une autre. Je crois que mes préférés sont ceux avec A. Ceux avec M sont très forts. Avec W si croustillant.
J'aimais beaucoup ceux avec B. Avec K c'était dément.
C je veux te faire des gros câlins.
Chaque câlin finit par former une cicatrice. Je voudrais rester là tout contre toi. Ou bien m'en aller très vite très loin me cacher et pleurer. Chaque câlin donne aussi une énergie phénoménale, ou bien cela peut m'achever un peu.
J'ai envie de tendresse, de paresse, de lignes de flottaisons volubiles et grumeleuses.
J'aime effleurer la peau, les cheveux, communiquer par mes mains, sentir les courants de l'être de l'autre, essayer d'apaiser, de faire du bien, de caresser l'âme par le cuir chevelu.
Quand j'aime, je ne sais pas où je vais, mais je sais que j'aime rester là près de toi. Je ne te demande pas de t'occuper de moi. Je ne te demande pas de me donner de l'attention ou quelque chose. J'aime bien juste être là, pas loin. J'aime être dans la même pièce que toi, partager le même espace-temps que toi, les mêmes mètres cubes d'air que toi. J'aime t'écouter, te regarder, te toucher, te sentir, te ressentir.
J'ai peur d'être là en trop, d'être un poids, d'être demandeur, d'être oppressant, étouffant, angoissant, anxiogène.
Je ne crois pas me sentir incomplet et chercher à me compléter à travers une autre personne. Quand j'aime, j'éprouve un grand élan vers l'autre et j'ai envie d'être là, présent au monde avec cette personne. Je veux être près d'elle de temps à autre, quand elle le voudra, quand je le peux, pour la remercier infiniment d'être et d'exister et d'accepter de me parler et de me voir.
Je suis heureux de sentir cette existence, cette palpitation, cette fragrance d'être qui m'enivre. Et cet élan me pousse vers toi. Je ne sais où marcher, je me laisse tomber vers tes éclats et je veux m'éclipser derrière tes paupières. Peut-être que quand j'aime, je renonce à moi un peu. J'ai envie de faire de la place pour toi, si tu veux, comme tu veux, tout me va. J'ai envie de m'étriper pour toi.
Ces passions qui parfois m'emportent me plongent généralement dans la douleur, la tristesse et l'évitement. J'ai trop peur de m'imposer dans la vie de l'autre, de faire trop sentir mon existence. Il y a cet élan irrépressible qui me lance vers l'autre, mais j'ai peur d'être trop visible. Mais je ne veux pas être invisible. Je veux être là, mais pas trop. Je ne sais pas comment faire.
J'ai peur de me surexposer et d'éclipser.
J'ai peur de n'être rien.
J'ai peur de vouloir être rien.
J'ai peur d'être collant et d'être rejeté.
J'ai peur que mon amour pour toi soit aussi l'amour de ma destruction.
J'ai peur de ne pas t'écouter, de n'écouter que moi. Persuader de ne pas m'entendre j'ai tendance à tout éteindre.
Pendant longtemps, amour et mort ont partagé en moi le même chemin d'existence. Se donner à la mort, c'est se donner à l'amour. Se donner à l'amour, c'est se donner à la mort. C'est se confier à ce qu'il y a des plus profond dans la vie, la passerelle qui relie toute chose. Une légèreté insoutenable. Une lourdeur volatile. Un vide plein. Une foisonnance impalpable.
La mort, c'est l'amour à l'état pur.
Comment aimer sans vouloir me tuer ?
Il y a cette envie malsaine en moi, de trouver une personne avec qui mourir. Je crois que je le ressens moins. Je me vois mieux mourir seul.
Mais je ne me vois toujours pas vivre.
J'ai envie d'être allongé à tes côtés aux racines d'un arbre, un grand orme ou un souple bouleau. Le vent caresse les herbes qui ondulent et des bribes de feuilles et de rêves virevoltent dans tes cheveux. Avec comme coussin le silence et nos soupirs nous regardons les branches danser. On entend un vieux poste de radio au loin. Je te regarde en souriant. Tu es belle/beau. Une coccinelle s'accroche à tes cheveux où j'entortille mes doigts. La coccinelle s'échappe sur mon index et je la dépose sur le bout de ton nez. Elle déploie ses ailes et s'envole, tu suis sa course avec attention et ton regard s'allonge sur l'horizon. Je dépose mon être dans cette alvéole contemplative. Je suis content d'exister en même temps que toi.
C'est un peu comme ça que je vois les choses, mais bien sûr pour chaque personne il y a un mood, des sensations, des perceptions différentes. Chaque amour est unique, il faudrait en décliner les tonalités et les notes le long d'une harpe céleste dont l'infini est en éternel devenir pour tenter d'en aborder les rivages de ses vastes saveurs et exhalaisons, de ses rutilances et miroiteries, de ses joailleries et éclats d'âme sablonneux. Toute vie est un miracle car toute vie porte l'amour. Je dirais même : toute vie est amour. Dès lors, la tête me tourne tant l’immensité nous tend les bras à chaque instant.
Il n'y a donc pas de mécanique ou de route. Dès fois je me laisse porter. Dès fois je me dissous. Souvent ça n'a pas de sens, souvent c'est sans conséquences. Sous le manteau du temps présent de l'être-là il y a un squelette de sensations et d'émotions, comme un motif qui se répète, et ce squelette c'est moi. L'historicité de l'amour et de ses manifestations. Je suis un squelette enveloppé dans un manteau. Un manteau d'hiver.
J'essaye d'écouter tes pas dans la neige et les flocons qui dansent.
Je veux écouter tes mélodies.
Je veux me taire et aspirer l'écho de ton âme. J'en garderai quelques bruits que j'emporterai avec moi. Je veux laisser de la place. Je veux que tu emplisses mon espace.
Mais j'ai peur que ce soit trop douloureux. Te laisser t'installer en moi et dans mes perceptions me semble dangereux. J'ai beaucoup trop peur que tout s'arrache et qu'un jour je me retrouve dans un univers encodé par des scripts perdus de toi. Je vis dans un vaste cimetière de ressentis en dissolution. J'ai mal de sentir le monde se défragmenter, encore. J’appréhende. Mon squelette est craquelant. Mon squelette est désarticulé.
Et j'ai si peur de tout brouiller encore, de tout étouffer, de tout alourdir, de tout épaissir.
J'ai si peur.
Toute la difficulté d'être me semble contenue dans ce point vital : aimer.
(Suis-je un cadavre qui s'anime ? À la dérive ? Ou porté par le flot et le flux de tout ce qui est ?)
J'en suis arrivé à la conclusion que vivre n'est que douleur et qu'il ne nous reste plus qu'à aimer. Il n'y a qu'en aimant que je trouve la vie supportable. Il n'y a qu'en aimant que j'accepte d'être.
Alors j'aime, et qui vivra verra, mais ça reste un discours et la vie est fébrile.
« Je pense que accepter la mort, c'est comprendre l'amour, et inversement » - C
(Ai-je accepté ? )
(La pierre qui coule)
Et pour toi, c’est quoi l’amour ?
~ Écrit entre le 23 décembre 2018 et le 07 janvier 2019 ~
En collaboration avec Eddy Woogy du groupe Bavoog Avers
Fil de pensées sommaires et Thierry le ver de terre
Ce soir c'est la rate qui te parle, on va faire un ptit bout de chemin ensemble tu vas voir, on va se poser sur le gazon juste là et on va contempler ensemble ce qui reste de ptits bouts de machabés collés sous ta chaussure.
Alors.
Dis moi.
Comment ça se passe pour toi en ce moment ?
Est-ce que tu es content-e ? Est-ce que tu as du charbon entre les dents ? Est-ce que tu te sens de traverser un fleuve pour aller sauver un écureuil perdu au milieu des flots ? Est-ce que t'es d'humeur à t'assoir sur le tronc d'un tilleul et à t'effondrer en sanglots en labourant son tronc pour finir asperger de sève et de culpabilité ? Pauvre tilleul. Est-ce que quand tu fermes les yeux la nuit tu te sens comme un tiroir mal refermé duquel s'échappe maintenant tout ce qui voulait sortir pendant qu'on le forçait à rester bien sagement dans ce semblant de commode ? Est-ce que je t'incommode ? Est-ce que le miroir te regarde de travers ? Est-ce qu'il faut que tu te jettes pour sentir le vent siffler dans tes chaussettes ? Est-ce que ce que tu penses a plus de sens que ce que tu sens ? Est-ce que ce que tu ressens est plus aberrant encore que la situation politicoénoconomique des conjonctures actuelles transocéaniques ? Est-ce que t'es pas un peu d'accord quand même qu'il faudrait allait péter tout ça quand même ? Et t'es pas d'accord pour qu'on éparpille un peu de tes guirlandes sur le trottoir ? Là juste là, juste comme ça là, voilà. T'es pas d'accord ? Pourquoi tu dis pas que t'es pas d'accord ? T'es jamais d'accord ? Pourquoi tu dis pas que t'es jamais d'accord ? Parce qu'il n'y a pas d'accord ? Pourquoi tu ne t'accordes pas un désaccord ? Si tes cordes se désaccordent c'est que le ton monocorde du cordage est encore d'arrache pied accroché à ton fuselage. Peut-être que tu devrais arrêter de jouer de cette guitare ? Mais peut-être qu'il n'y a aucune réponse à chercher. On est pas vraiment là pour ça.
Non.
On est là pour fouiller la terre. Chercher des verres, des théïères, deux trois cuillères, quelques fourmilières et en fin de compte bien sûr Thierry le ver de terre.
Là.
Sous le reverbère.
Regarde-bien.
Tu le verras.
Tu vois ?
Lui il ne se pose pas tant de questions. Il se tortille, avale de la terre, chie, tout ça sans faire de trou dans l'atmosphère et en apportant infiniment à cette Terre. Thierry est un modèle de bien séance et de tenue appropriée. Il retourne mieux la terre que tu ne retourneras jamais personne. Vois sa technique. Il se brise et se replie et s'arqueboute et se déboute et s'arrevêche et se revêche quand de sa terre il se dépêtre pour prendre un peu l'air dans la lumière du luminaire. C'est qu'il rêverait à être un papillon de nuit quelques fois. Lui aussi est stupide avec ses rêves déliquescents. Mais on ne vit pas sans cette force de déliquescence. Pourquoi se préserver dans son rôle convenu quand on peut déployer les ailes de l'inconnu ? On cherche l'harmonie sur une toile de chaos. Quand on retourne la toile pour voir sous les étoiles on s'aperçoit du bonheur que c'est de se vautrer dans l'anatomie décomplexée du désaccord universel. Et si on se laissait aller au flux ? Et si on se laissait aller comme Thierry ? On pourrait aller boire un ptit verre de pastis un soir, y tremper du pain d'épice. On s'allongerait à l'ombre d'une grande roue dont on ferait le tour du bout de nos joues endolories par le froid.
Si on regarde les choses en face, il n'y a pas grand chose de supportable. Beaucoup d'absurdes, beaucoup de violences, beaucoup de bonheur soudain et envahissant, beaucoup de tristesse assomante, beaucoup d'amour dégoupillante. Et moi j'ai juste mal tout le temps. J'ai mal de vivre. Je suis trop plein de toutes sortes de choses qui tourbillonnent et quand ça retombe je ne vois que quelques pelures de confettis. Ça tourne beaucoup, ça n'arrime pas souvent et ça ne rime à rien. Toujours au bout du chemin le même refrain. Au moins il n'y a plus trop d'impasse, seulement de l'espace asphyxiant. Tout ça c'est de la peur. T'as envie de poursuivre quelque chose et de te jeter. Et si tu apprenais à marcher ?
Et si tu apprenais à marcher
En s'allongenant il fixa le plafond. Dans le siphon de son tréfond il sentit une pulsation. Il se mit à douter. Il n'entendit plus rien d'autres que le rythme saccadé de ses fractales de pensées. Qu'est-ce qu'on s'embourbe dans ce bain de mésange. Où sont mes anges ? Il y a trop d'enjeux et je ne suis pas assez enjoué. Je n'arrive pas à en jouer, ma destinée me met en joue. Le jour d'avant s'ajoute à celui d'hier, sans ajourner aujourd'hui et demain. Mon âme est acajou. Il n'y a qu'à présenter ses joues à l'agitation journalière.
À quand le repos, à quand le souffle stellaire ?
~ Ecrit vers le 12/12/2018 ~