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Les aléas du canal du Rhône au Rhin
L’idée de relier le Rhône au Rhin, via la Saône et la vallée du Doubs, avait déjà été émise au temps de Louis XIV par des hommes comme Sébastien le Prestre de Vauban, ou Colbert. Il s’agissait, après l'annexion de la Franche-Comté et de l'Alsace, de créer la liaison du bassin du Rhône à celui du Rhin par les voies de communication courantes de l’époque, à savoir les voies navigables. Il faudra cependant attendre le XVIIIe siècle pour que le projet prenne forme.
En 1791, l’Assemblée Constituante vota le décret ordonnant la construction du Canal du Rhône au Rhin. Le creusement de ce maillon terminal vers le Rhin débuta en 1804. De ce fait, de 1806 à 1830 la voie d’eau portait le nom de "Canal Napoléon". Puis, sous la Monarchie de Juillet, de "Canal du Rhône au Rhin". Mais au fil de l’histoire il sera également connu sous le nom de "Canal Freycinet", ou de "Canal Monsieur".
Dans la région d’Alsace, une des difficultés à surmonter s’avérait être le franchissement du seuil de la porte de Bourgogne. Ce dernier se situe concrètement à Valdieu-Lutrin, à une altitude de plus de 340 mètres.
Techniquement se posa le problème de l’alimentation en eau de ce tronçon le plus élevé. De Valdieu-Lutran à Mulhouse la distance est de 26 kilomètres, et jusqu’au Rhin de 32 kilomètres. Du côté de la Franche-Comté, les rivières (la Lutter, la Suarcine, le Riedinger, la Loutre, la rivière Saint-Nicolas, la Madeleine) étaient toutes situées en-dessous de la cote du seuil de Valdieu. Il fallut donc recourir du côté de l’Alsace à l’utilisation des eaux de la Largue et permettre son adduction depuis un point situé plus haut que le bief de Valdieu. Cette cote se situait à Friesen.
Parallèlement, en 1804, furent décidés les travaux de creusement du canal d’alimentation, appelé « rigole ». Mais ils ne débutèrent qu’en 1826 et prirent fin en 1834. Cette rigole est longue de 14,3 kilomètres. Elle capte l’eau à 350 mètres d’altitude pour la conduire, en suivant fidèlement les lignes de courbes de niveau, jusqu’au seuil de Valdieu situé à 341,5 mètres d’altitude. Avec seulement 8,5 mètres de dénivellation entre ses deux extrémités, la rigole connaît une pente d’à peine 6 millimètres pour 10 mètres. Cela ne va pas sans générer quelques difficultés, notamment l’envasement périodique de ce canal d’adduction.
Par ailleurs, de nombreux ponts ont dû être créés pour le franchissement des routes et des chemins vicinaux.
Difficultés pour les usagers
Le service de la Navigation peut ainsi amener en théorie jusqu’à 1200 litres d’eau par seconde dans le bassin de rétention de Valdieu. La moyenne serait actuellement de 400 litres/seconde. En principe, ce service n’est pas autorisé à prélever plus d’un tiers du débit de la Largue.
Dès le début des travaux, des difficultés pour les 32 usines et moulins dépendant de l’énergie hydraulique que leur fournissait la Largue, se firent jour. Ces travaux furent initiés en différents points entre Friesen et Retzwiller sur les terrains acquis par l’État. « La rigole absorbait en effet, les uns après les autres les sources et les petits ruisseaux qui descendaient vers la Largue, et les propriétaires des 22 moulins situés entre Friesen et Brinighoffen (Saint-Bernard) ressentirent la diminution progressive de la force motrice de leurs "usines", au fur et à mesure que l’ouvrage avançait ».
Colères nombreuses
Le creusement du canal d’alimentation et les travaux accessoires donnèrent lieu à un accroissement progressif des manifestations de désaccord. De l’expression d’inquiétudes on passa à la contestation, puis à l’action et aux actes de sabotage. Lorsque les moulins en arrivaient à être réduits au chômage, des brèches et des prises d’eau furent illicitement pratiquées dans les berges de la rigole, pour ramener l’eau à son cours naturel de la Largue et faire tourner les installations.
Dans les moments de sécheresse, lorsque la Largue présentait un niveau d’eau très bas et que les moulins étaient condamnés à l’inaction, la colère des meuniers, elle, ne cessait de monter. La réalisation d’un ouvrage d’intérêt général se heurta ainsi à des intérêts particuliers, au demeurant fort légitimes. Ce sont également les intérêts des paysans cultivateurs et éleveurs dont les prés et les champs étaient moins bien irrigués, qui risquaient d’être lésés faute d’une juste indemnisation.
Sur bien des points la rigole allait causer des préjudices et entraîner des inconvénients qui n’avaient pas été prévus au départ.
Gros dégâts
Certains éléments du patrimoine bâti furent, eux aussi, endommagés. La voie d’eau pouvait miner patiemment les maigres fondations des granges ou autres dépendances agricoles. À Friesen, pour réaliser le raccordement à la Largue, il fallut détruire la grange de Bey, le meunier local. Mais le préjudice le plus important devait être subi par la commune de Manspach.
Son église paroissiale était située sur les hauteurs de Saint-Léger, partie primitive de l’agglomération. Cette église du XVe siècle, se trouvant à proximité menaça ruine, et il fallut se résigner, vers 1840, à sa démolition. On ne put sauvegarder que la sacristie qui constitue à présent la chapelle du cimetière. La reconstruction de l’église dut se faire aux frais de la commune et de ses habitants. La première pierre fut posée en avril 1867, et les travaux durèrent quatre années.
On l’établit dans le bas du village. Ne disposant pas des fonds nécessaires, la commune se vit contrainte de vendre ses forêts à la commune limitrophe de Romagny. Le 28 mars 1834, l’ingénieur Maulbon d’Arbomont ouvrit symboliquement les vannes de la rigole, « pour laisser passer un léger filet d’eau », en présence du maire de Friesen, Jean Kohler, mais en l’absence de bien des personnalités qualifiées et officiellement concernées par l’évènement.
Le canal du Rhône au Rhin put alors être utilisé sur toute sa longueur.
Daniel ROUSCHMEYER
En mission au cœur de la cité
Nous sommes six religieuses, à la retraite, de congrégations différentes, diversement engagées dans la société et en paroisses. Vivre la proximité est essentiel pour nous.
Concrètement, cela veut dire :
proche de ce prisonnier qui arrive un soir, les mains vides, sans habit, sans famille, sans ami.
proche de cette mère de famille étrangère avec 2 enfants à charge et dont un fi ls a très mal vécu le déracinement de son pays d’origine.
proche de l’étranger qui s’exprime difficilement et comprend mal le français, harcelé par l’administration, car ses papiers ne sont jamais en règle.
proche des personnes âgées exploitées par des propriétaires sans scrupule.
proche de ces nouveaux locataires maghrébins, de ces femmes voilées, regardés d’un mauvais oeil par les anciens de la maison.
proche des malades qui attendent une visite, un geste bienveillant, une parole de réconfort.
proche d’enfants en difficultés scolaires.
proche des enfants du quartier pour fonder un club ACE, présence d’Église dans nos cités multinationales, multiculturelles et multi cultuelles…
Avec d’autres, nous sommes engagées dans des associations de quartiers, des organisations de locataires et des mouvements d’Église qui portent le souci d’un mieux vivre ensemble. Le travail d’humanisation, le travail participatif, le travail dans un regard de foi et d’espérance a toute son importance.
En démarche de révision de vie, nous recherchons des faits et gestes qui sont signes de fraternité, de vérité, de justice, de paix. Nous relisons notre vécu à la lumière de l’Évangile pour accueillir l’Esprit présent au cœur du monde. Cette vie, nous la contemplons et nous la relayons auprès du Seigneur par des actions de grâce ou des demandes. Et la prière nous redonne des forces neuves pour vivre notre mission avec ceux qui sont à «la périphérie» selon le souhait du pape François.
Équipe FEDEAR MO(1) Strasbourg
(1)Fédération d'équipe de religieuse apostolique en mission ouvrière
Maison Pfister, une bible illustrée
La Maison Pfister, rue des Marchands à Colmar, est l'une des plus admirées dans la cité, souvent plus pour son architecture Renaissance rhénane que pour le message peint en 1577 qu'elle livre au passant et qui se présente comme un grand livre d'images.
Les scènes bibliques passent du livre de la Genèse à celui de l'Exode, aux Juges, aux Rois, à Jonas et à Judith. Sur la façade sud, on reconnaît la création d'Adam qui figure en deuxième position dans le registre supérieur des peintures. Le festin d'Abraham pour le sevrage d'Isaac est représenté au niveau des fenêtres du premier étage à gauche de l'oriel. On y aperçoit les deux enfants qui se disputent. Plus à droite on voit Agar répudiée et Ismaël mis à la porte par Abraham. Sur cette même façade, côté Est, au centre, Abraham est prêt à sacrifier son fils Isaac. Il est possible alors de passer à la troisième position du registre supérieur où Esaü vend son droit d'aînesse à Jacob.
Juste à côté, on reconnaît l'échelle du rêve de Jacob qui monte vers le ciel. Plus à droite, on passe à Moïse qui reçoit les tables de la loi.
À l'extrême gauche de la façade, et à une époque où on ne parle pas encore de libération de la femme, le peintre a valorisé deux femmes, fortes et libératrices, qui ont su « briser l'arrogance de leur main de femme ».
À l'extrême gauche de la façade sud, c'est Yaël, femme de Heber le quémite, qui assassina Sicera, le général cananéen venu se réfugier sous sa tente, alors qu'à sa droite figure Judith, veuve de Manassé, qui, accompagnée de sa servante et revêtue de sa plus belle robe et de ses plus beaux bijoux, alla à la fête d'Holopherne, le commandant suprême de l'armée ennemie qu'elle séduisit avant de lui trancher la tête.
À l'autre extrémité de ce niveau de peinture, sur la façade Est, on voit Élie au mont Horeb ; il demande la mort, mais l'ange lui apporte pain et boisson. Plus loin, c'est Jonas sorti du ventre de la baleine qui va se rendre à Ninive.
Symbole de nouvelle vie et de résurrection
Sous la scène du renvoi d'Agar figurent Matthieu, Marc, Luc et Jean, les quatre évangélistes et au même niveau, au bout de cette façade Est, les saints, Grégoire, Jérôme, Ambroise et Augustin, pères de l'Église.
Au registre supérieur, de part et d'autre de l'oriel, et de gauche à droite, on distingue les figures allégoriques de la patience, de la prévoyance, de l'amour, de la foi présentant un calice et une hostie, de la justice les yeux bandés, avec une épée à la main, de l'espérance, de la force et de la tempérance représentées par une femme qui verse de l'eau pure dans une coquille.
Au registre inférieur, de gauche à droite, on trouve les armoiries de Nicolas Sattmann, drapier propriétaire de l'immeuble de 1567 à 1596, commanditaire des peintures, ainsi que celles, fleuries, de la famille de son épouse Cléophe Wetzel.
Puis une inscription nous rappelle que le faiseur de barrettes, Louis Scherrer, originaire de Besançon, a construit cet édifice entre 1733 et 1737. Ses armoiries sont à côté. Figurent les médaillons de l'empereur Maximilien et ceux probablement de son fils, de Charles V et de Ferdinand Ier.
Ensuite, entre les évangélistes et les pères de l'Église, on peut admirer les emblèmes du commerce, de la médecine, de l'empire romain-germanique, de Colmar et de l'Alsace.
L'ensemble se termine tout en haut, sous la balustrade de bois tourné, par une série de portraits d'hommes et de femmes de l'époque, dont Charles Quint et Ferdinand Ier avec, par ci, par là, des décors végétaux et des putti .
Le peintre a ainsi souhaité marquer l'importance que peut avoir le sacré dans la vie quotidienne des passants pour libérer hommes et femmes, enfants et personnes âgées tout au long de leurs activités quotidiennes, dans leur environnement naturel ou urbain, dans leur région et sous l'autorité de leurs monarques.
Quelle belle invitation à chacun à rouvrir régulièrement sa bible pour en savoir un peu plus !
Georges STIRNEMANN
L’Église et le monde populaire
L’Église a manifesté son souci d’aller à la rencontre du monde ouvrier depuis 1891. Dans cette perspective, des congrégations religieuses et des oeuvres sont fondées, pour ne pas laisser à l’abandon un monde aux conditions de vie très dures humainement et socialement.
Entre 1927 et 1950, pour assurer la présence de l’Église en monde ouvrier, naissent les mouvements d’Action Catholique et d’autres formes de présence, tels les prêtres ouvriers. En 1957, l’épiscopat français a créé la Mission Ouvrière qui aura pour charge de mettre en oeuvre ses orientations pastorales. Avec l’ensemble des mouvements et des groupes qui la composent (cf p 9 encadré de Jean-Claude Klotz), la Mission Ouvrière a cherché son chemin pour annoncer l’Evangile aux plus démunis et pour faire naître et croître l’Église parmi les travailleurs. Ce travail missionnaire avait une finalité très claire : situer tous ceux qui appartiennent à ce monde « dans le mystère de la communion en Église ».
De nombreuses évolutions
Aujourd’hui, le contexte économique et social, en particulier dans nos villes, s’est fortement modifié. Les réalités industrielles qui constituaient le soubassement d’une partie de la population ont été mises à mal. La vie ouvrière, moins perceptible, est encore une réalité bien présente en France : tous les jours des entreprises ferment ou licencient des travailleurs. Ces phénomènes fracturent des familles et des quartiers entiers de nos villes. Il n’y a plus seulement le problème des conditions du travail au sein de l’entreprise, mais des pauvretés nouvelles apparaissent, des précarités se développent.
Les milieux populaires s’étendent à de nouvelles populations, où se croisent des personnes marquées par d’autres cultures, d’autres manières de vivre leur religion et par l’indifférence.
Des défis à relever
Face à cette situation, je citerais volontiers les propos du pape François. Il invite à relever quatre grands défis :
- le changement de mentalité : « nous ne sommes plus les seuls à produire de la culture, ni les premiers, ni les plus écoutés »
- le dialogue sans crainte avec le monde, multipolaire et multiculturel, surtout dans les villes.
- la religiosité des populations urbaines emprunte diverses formes, mais représente un vrai potentiel pour l’évangélisation.
- les personnes mises à l’écart : « L’Église ne peut ignorer leur cri ni entrer dans le jeu de ces systèmes injustes, intéressés et mesquins qui cherchent à les rendre invisibles ».
La Mission Ouvrière a connu un beau développement dans la dynamique du Concile Vatican II. Gaudium et Spes rappelle que « la mission de l’Église n’est pas seulement d’annoncer le Christ et de faire participer à sa grâce, elle est aussi de pénétrer de l’esprit de l’Evangile les réalités temporelles, d’aider à établir un ordre temporel conforme à la dignité de l’homme, telle qu’elle est révélée dans le Christ ».
L’Evangile à faire vivre
« Pénétrer de l’esprit de l’Evangile les réalités temporelles » signifie reconnaître et accueillir la présence de Dieu à la vie des hommes et se convertir aux appels qu’il nous adresse par sa Parole. La « révision de vie » ou relecture des évènements qui font notre vie, nous fait découvrir que, sans relâche, dans la banalité du quotidien, le Christ appelle à prendre la route à sa suite par son engagement au cœur des réalités du monde.
Aujourd’hui, avec la Mission Ouvrière, nous sommes dans un nouveau paysage. Le message est toujours le même, celui de la Bonne Nouvelle du salut qui rejoint tous les hommes. Mais il s’agit de préciser à qui il s’adresse, avec qui en d’autres terres nous voulons cheminer..
Quand nous ouvrons l’Evangile, nous découvrons Jésus en relation avec une multitude de personnes très différentes, mais avec un point commun : la foi que la vie pouvait l’emporter sur leur détresse. Ce sont les mêmes hommes et femmes qui sont sur notre route aujourd’hui. On les appelle les « milieux populaires ». « Ils y croient tout simplement ». S’ils le disent, on peut les croire sur parole, car ils sont porteurs d’un immense désir de vivre, et ne savent qu’une seule chose, le « courage d’être », c’est-à-dire le courage de se lever chaque matin, en espérant un mieux pour leur vie et celle de leurs enfants.
Faire triompher la vie
Souvent blessés, abîmés par la vie, ils restent habités par ce désir indéracinable que la vie l’emporte. Ce sont eux qu’il faut rencontrer, c’est à eux qu’il faut faire savoir que le Christ se laisse rejoindre par chacun : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10).
Notre préoccupation doit être de leur permettre de dépasser le seul sentiment religieux pour s’ouvrir à un Dieu libérateur. Dans la culture populaire, le corps est mis en valeur et cela est de nature à « nourrir les potentialités relationnelles et non pas tant les fuites individualistes » Pas de christianisme qui ne se préoccupe de la promotion sociale et de la formation des fidèles.
Continuer à faire signe
Tel est le cahier des charges d’une présence pastorale à ces hommes et à ces femmes qui vivent souvent dans nos villes très peuplées, la pauvreté, la précarité, le chômage, l’étroitesse des logements, etc. Les « milieux populaires » dépassent aujourd’hui le cadre strictement urbain. Des populations en situation précaire et mal intégrées vivent dans le monde rural.
Mais l’Église ne peut pas faire abstraction de ce phénomène massif des banlieues de nos grandes villes, où les habitants vivent des marginalités diverses. Les intuitions de la Mission Ouvrière demeurent. Elles doivent prendre acte des nouveaux contextes. L’Église doit offrir à ces hommes et à ces femmes des lieux d’accueil où leur parole est prise en compte, des lieux où un regard positif est posé sur eux. La paroisse est souvent pour eux ce lieu. Dans ces quartiers, l’enjeu pour l’Église n’est pas tant de faire nombre que de faire signe.
Dans ses modes de présence, elle doit veiller à ce que cette population ne se sente pas abandonnée. L’Église, ce ne sont pas seulement des chrétiens convaincus, mais aussi ceux vers qui nous devons aller, sans aucune culture chrétienne mais toujours en recherche.
Marc Stenger, Evêque de Troyes, Accompagnateur de la Mission Ouvrière
La légende de saint Alexis à la cathédrale de Strasbourg
« Où est le petit chien du prédicateur ? » demandent souvent certains visiteurs de la cathédrale. On les conduit alors vers la chaire somptueuse aménagée pour Geiler de Kaisersberg et on leur montre le fameux petit chien, tapi au bord du meneau qui orne l’escalier montant à la chaire.
On a toutes les peines du monde à les dissuader de ne pas caresser la tête du petit animal qui, déjà, s’effrite sous les doigts de ses nombreux admirateurs… comme le pied de la statue de saint Pierre dans la basilique du Vatican ou la tête de l’architecte de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Parmi ces visiteurs, certains regardent plus bas : leur regard rencontre trois beaux personnages, côte à côte : l’un est en train de prier, les mains jointes ; l’autre, tel le ravi de la crèche, tend les mains ; le troisième dort : trois façons d’écouter le sermon disent certains ! Mais, si on se penche un peu, on aperçoit au- dessus de celui qui est assoupi, une jolie personne munie d’un seau et qui s’apprête à en verser le contenu sur le dormeur !
Il s’agit donc de la légende de saint Alexis, ce jeune noble romain qui quitta la maison paternelle le jour même de ses noces, pour s’en aller en pèlerin en Terre Sainte et qui vécut en ascète à Edesse ; sa piété l’ayant rendu célèbre, il s’enfuit d’Edesse et revient à Rome, sans se faire connaître ; il passa le reste de sa vie, dix-sept ans, sous l’escalier de la maison où il était né. À sa mort, l’intervention de l’évêque de Rome permit de découvrir dans la main du défunt une lettre révélant son identité.
Les textes de la légende sont bien clairs : « Les enfants se moquaient de lui et l’arrosaient copieusement avec l’eau qui leur avait servi à faire la vaisselle ». « On lui jetait à la tête une eau pas très pure et qui avait servi pour la vaisselle des plats ».
Identifié grâce à une lettre
La morale conjugale contemporaine prise peu cette attitude d’un jeune marié ; déjà les textes ne sont pas clairs sur la façon dont l’époux obtient le consentement de son épouse ; si lui est bien décidé, elle comprend mal le dessein de son mari : elle se résigne à l’attendre, fidèle, jusqu’à la mort de celui-ci.
On dira aussi qu’Alexis voulait respecter le voeu de virginité de son épouse : intactam sponsam relinquens dit le texte de la légende. L’attention des hagiographes est ailleurs : va-t-on, oui ou non, découvrir le secret d’Alexis ? Sa femme, ses parents, ses familiers ? Et voilà qu’il meurt sans avoir rien dit ! Mais il tient dans sa main un écrit mystérieux qui révèle son identité… et tout est bien qui finit bien !
Au Moyen Âge, on aimait beaucoup ces légendes qui entouraient la route des pèlerins et s’inspiraient de leur mode de vie : celle de saint Alexis a été célébrée par les troubadours en français, en allemand, en anglais, avec beaucoup de succès. Au XXe siècle, Henri Ghéon a tiré de cette légende une pièce de théâtre : Le Pauvre sous l’escalier.
Sur la colline de l’Aventin à Rome une église dédiée à saint Boniface et saint Alexis conserve le souvenir de ce dernier, avec, bien sûr, au fond de la nef de gauche, une chapelle qui accueille la reproduction de l’escalier qui abrita la vie de l’ascète. Au Xe siècle, des moines grecs, exilés, apportèrent avec eux la légende et le culte du saint d’Edesse, qui prit ainsi ses racines à Rome ; au titulaire de l’église, Boniface, on ajouta Alexis.
De cette époque date la fresque que l’on retrouve dans l’église médiévale de Saint-Clément : le pape fait connaître l’identité d’Alexis à ses parents.
Révélé par Geiler
Mais où Hans Hammer, le sculpteur de la chaire de Geiler, a-t-il trouvé son inspiration ? Saint Alexis n’était pas un inconnu en Alsace. Justement, dans les environs de Kaysersberg où Jean Geiler fut éduqué par son aïeul, se trouve un ermitage dédié à saint Alexis : un ermite y accueille les pèlerins venus de loin.
Une chapelle, près de Kaysersberg, abrite un retable du XVIe siècle rappelant la vie de saint Alexis. La dévotion de Jean Geiler à saint Alexis est bien connue : dans plusieurs sermons il fait l’éloge du saint, modèle du pèlerin chrétien. Lui-même fera le pèlerinage d’Einsiedeln et celui de la Sainte-Baume. Il ne perd pas une occasion de faire l’éloge du pèlerinage, démarche qui évoque la vie du chrétien sur la terre, sur la route qui mène au ciel. Il écrit : « Ceux qui parcourent les pays ne doivent pas être considérés comme des fous. Ils découvrent les paysages et ils visitent les sanctuaires dédiés aux saints personnages avec beaucoup de dévotion ».
Ainsi, lors du jubilé de l’an 1500, le dimanche de la Quinquagésime ne manque-t-il pas l’occasion de prononcer une vibrante homélie dans la cathédrale de Strasbourg. Cette homélie a tellement frappé ses contemporains qu’on l’a aussitôt traduite en latin et publiée : « Peregrinus Doctissimi sacrae theologie doctoris Iohannis Geiler Keysesrsbergii Concionatoris Argentinen. Celebratissimi a Jacobo Otthero discipulo suo congestus. »
Cette édition a vu le jour à Fribourg le 17 juin 1512. Né à Schaffhouse le 16 mars 1445, Jean Geiler émigra très tôt vers Ammerschwihr. Il reçut sa formation théologique à Fribourg où il enseigna avant de devenir, en 1478, prédicateur attitré à la cathédrale de Strasbourg ; il le restera jusqu’à sa mort, le 10 mars 1510. Son testament spécifie qu’il désire être inhumé dans ce “lieu saint” qu’est la cathédrale de Strasbourg, près de la chaire.
Et les deux autres ?
Mais revenons aux personnages. Celui de gauche est sans aucun doute possible saint Alexis, reconnaissable et par son costume de pèlerin, avec la besace et le bâton et, par ses mains, dans lesquelles se trouve le parchemin qui révélera son identité… et surtout par le seau d’eau de vaisselle qui, brandi au-essus de sa tête, va le submerger.
Mais les deux autres ? Un homme et une femme, en habits religieux, avec un chapelet et un petit couteau qui sont révélateurs de leur état. Hans Hammer a-t-il voulu mettre à l’honneur ces hommes et ces femmes qui se dévouaient au service des pauvres, des malades et des mourants de la ville ? Ou encore la vie active et la vie contemplative ? Ou encore les parents de saint Alexis ? Ou encore le sculpteur lui-même et son épouse ? Ou plus simplement les familiers de la cathédrale, assidus à écouter le sermon ? Ou encore vous et moi ? Vous avez le choix.
Irénée FRANSEN
Dans la main de Dieu
Il est des choses que la raison a du mal à accepter, à comprendre. Et pourtant la vie réserve de ces surprises qu’il est utile de prendre en compte. Pourquoi partir ? Pour celui ou celle qui a accompli un pèlerinage, donner une réponse claire n’est jamais aisé. Car quelle est la part de détermination, de notion « d’appel » ou de mode ?
Imaginez qu’un jour se trouve devant vous un personnage sorti d’on ne sait quelle histoire. Une coquille Saint Jacques sur le sac à dos le rangerait dans la catégorie des pèlerins de Compostelle. Son état de fatigue annonce un long voyage. Intuition ou habitude d’être refoulé ou accueilli, pour lui il était arrivé ce soir au bout de son jour de marche.
Après, les émotions se bousculent et la langue se délie, juste pour formuler l’essentiel. « Je m’appelle Diego, je suis parti de Saint-Jacques pour un pèlerinage de près de 10 000 km. » Le nombre de crédenciales1 qu’il exhibe est impressionnant, permettant de suivre son périple au jour le jour.
Comme un miracle
Mais pourquoi marcher seul, pour quelle raison ? « Une promesse. Et ça ne supporte aucune trahison » dit-il dans un français fort acceptable. Il raconte sans fioritures, les larmes aux yeux, comment les difficultés l’ont laissé dans un dénuement presque total : « Mais chaque fois après une intense prière et une demande expresse à Dieu, la solution surgissait… ». Comme par miracle ! « Parfois je suis tellement fatigué qu’il m’arrive de demander où je puise les forces pour avancer. Mais, je me dis plein de confiance : là-haut on m’a donné ce qu’il faut pour aller au coeur de ma promesse. »
N’étant pas novices dans ce genre de démarche, nous étions bouleversés, mon épouse et moi, devant l’abnégation, la volonté et surtout la confiance absolue qui habitaient cet homme de 67 ans. L’histoire peut sembler naïve et sans relief. Mais cet ancien berger espagnol, après une vie de transhumances, était atteint de la maladie du mouton.
Sérieusement handicapé, il a promis à Dieu, s’il lui permet de se lever et de marcher pour poursuivre son chemin de vie, de se rendre à pied jusqu’à la maison natale de sa Sainteté Jean Paul II en Pologne.
Mais ce qui nous laisse perplexes, outre le courage et la foi de ce berger, est son arrivée devant notre maison le 25 décembre 2014, jour de Noël.
Gilbert Mosser
1 Carte d'identité du pèlerin" qui permet de prouver qu’il s'est arrêté aux haltes mentionnées (tampons) sur le chemin vers Saint Jacques. La crédenciale est obligatoire surtout en Espagne dans la mesure où se sont des associations jacquaires qui la délivrent. La créanciale est délivrée plus spécifiquement par les instances religieuses. Ainsi le service Péleal à l'Archevêché la remet aux pèlerins qui lui font appel.
Personnage d’Alsace
Conrad de Busnang (XVe siècle)
Son nom figure dans la liste officielle des évêques de Strasbourg, comme 77e successeur de saint Amand, mais certains préfèrent l’appeler "le chanoine Conrad de Busnang". Il faut dire qu’il n’a pas réellement exercé l’épiscopat. Élu par ses pairs en octobre 1439, il se voit aussitôt contesté par le prévôt du chapitre, Jean d’Ochsenstein.
Nicolas de Leyde-Epitaphe du chanoine Conrad de Bussnang (3) » par Ji-Elle — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
Saisi par les parties, le concile de Bâle approuve l’élection de Conrad le 10 juin 1440. Entre temps, l’intéressé s’est rendu compte de la lourdeur de la tâche et il a désigné un coadjuteur en la personne de Robert de Bavière, avant de démissionner le 18 août 1440, moins d’un an après son élection. La démission s’accompagne d’importantes garanties financières prises sur les revenus du diocèse.
Malgré cela, Conrad de Busnang, redevenu chanoine, laisse le souvenir d’un homme pieux. Nous conservons de lui le magnifique monument funéraire qu’il fit réaliser dans la chapelle Saint-Jean, malheureusement amputé de sa partie inférieure lorsque la chapelle, au XVIIIe siècle, fut transformée en sacristie et équipée de placards. Contrairement à l’usage, Conrad est représenté à la même échelle que Marie et Jésus. Sous le regard attendri de sa mère, l’Enfant, qui tient d’une main son voile, touche de l’autre les doigts de Conrad joints en prière. Chaque samedi, à l’issue de l’office et de la messe, chanoines et fidèles se tournent vers cette unique représentation de la Vierge dans la chapelle pour chanter le Salve Regina ou une autre antienne mariale.
Bernard XIBAUT
Lourdes a fortifié ma foi !
Depuis l’an 2000, chaque été, plusieurs centaines de jeunes Alsaciens de 13 à 17 ans prennent la route de Lourdes pour vivre un pèlerinage à leur image, en lien avec les autres pèlerinages diocésains. De 90 participants la première année à près de 500 en 2014 avec un pic à 1000 en 2012… Le succès de ce rassemblement ne se dément pas, fruit des grâces reçues à Lourdes d’années en années
« La première étape, c’est le chemin : se mettre en route, laisser son confort et ses habitudes » a rappelé Mgr Grallet aux jeunes en 2014. L’expérience de la vie de groupe, ses contraintes et ses richesses offrent aux jeunes la possibilité de partager leurs questions, leurs doutes, leurs convictions, leurs idéaux, en confiance. Ils peuvent
y vivre une expérience d’Église intense et comprendre que la foi se partage, entre jeunes du même âge, mais aussi entre générations : avec les malades et personnes âgées rencontrés à Lourdes mais aussi leur famille, parents, grands-parents, qui leur confient leurs prières…
Évangile au quotidien
L’Évangile est vécu au quotidien avec les personnes malades et fragiles au milieu des croyants et du Christ qui rassemble. Au Pélé Jeunes, chaque année le service est vécu sous différentes formes : équipes de jeunes volontaires au service de la logistique, communication et organisation, équipes de jeunes hospitaliers au service des malades, mais aussi expériences plus ponctuelles au service de la Cité Saint-Pierre par exemple. Le service, c’est aussi celui vécu fidèlement, chaque année, par les dizaines d’adultes accompagnateurs ou engagés dans la préparation et par des prêtres et religieux qui prennent du temps pour permettre aux jeunes de puiser à la source du message de Lourdes.
Pélé 2015 : « Faites des disciples »
Dans l’esprit du thème annuel des sanctuaires, « la joie de la mission », les jeunes d’Alsace seront invités à approfondir la dimension missionnaire de leur baptême. La vie des jeunes pèlerins sera rythmée par des temps de rassemblements festifs, des célébrations, des temps de prière et des temps de réflexion en petits groupes. Ces échanges seront axés sur la figure du Christ, centre de la mission et centre du message de Lourdes…
À la suite des figures missionnaires que sont Marie et Bernadette, les jeunes exploreront les trois grandes missions de l’Église : annoncer, célébrer, servir.
Service et joie
C’est cette dimension, toujours centrale à Lourdes et au Pélé Jeune, qui donne une joie vraie et simple. La joie vécue concrètement, c’est cela que les jeunes expriment et vivent pleinement lors de ce Pèlerinage. C’est aussi cette joie de la mission à laquelle nous exhorte le Pape François, en nous donnant comme premier témoin la vierge Marie.
Myriam Odeau, directrice du Pélé Jeunes
Le plus ancien sceau de la Ville de Strasbourg (1201)
Durant le Haut Moyen Âge, les communes une fois constituées se placèrent souvent sous la protection d’un saint ou d’une sainte. Celui-ci est reproduit sur les bannières, les monnaies et les sceaux utilisés pour la gestion des lieux ou lors des diverses célébrations.
Strasbourg a choisi très tôt de se mettre sous la protection de la Vierge Marie. Elle figure sur les bannières de la Ville dès le XIIe siècle. La cathédrale est placée sous le vocable de « Notre Dame ». L’administration de la ville est entre les mains de l’évêque lors de la création du premier sceau de Strasbourg.
En 1265, les Strasbourgeois s’affranchissent de la tutelle épiscopale. Les bourgeois, qui gèrent désormais la cité, maintiendront les emblèmes héraldiques. La Vierge aux bras étendus continuera d’être utilisée sur les bannières et sur les sceaux, et ce, jusqu’au XVIIe siècle sauf pendant la période de la Réformation du XVIe siècle.
Le plus ancien sceau connu et utilisé par la collectivité de Strasbourg date de 1201. Il servira souvent pour sceller les chartes, comme en 1290 ou 1295, et jusqu’au XIVe siècle, pour authentifier bien des actes juridiques.
Chef-d’oeuvre du XIIe siècle
Ce sceau, de forme ronde, constitue un véritable chef-d’œuvre de l’art du XIIe siècle. Dans l’iconographie du Moyen Âge, la station assise représente le symbole de la majesté et de la puissance royale s’exprimant dans la justice. Marie est ici présentée comme la souveraine Reine du Ciel.
Au-dessus de la Vierge, une arcade trilobée porte l’inscription « virgo. prol.q. pleb.serv.et.urbs ». Elle est assise sur un trône au dossier arrondi et décoré de sculptures plates. Elle porte une couronne et un voile qui tombe sur ses épaules. Elle tient dans sa main droite un sceptre.
Elle porte sur son giron l’enfant Jésus qui tient un globe dans sa main gauche et, de sa main droite, esquisse un geste de bénédiction. Autour de l’arcature on peut apercevoir, au centre et au-dessus de la Vierge, un clocher carré surmonté d’une croix, percé de deux rangs d’ouvertures en plein cintre et flanqué de deux tours cylindriques.
À gauche et à droite, deux tours crénelées à longues meurtrières rappellent l’enceinte de la ville de Strasbourg.
Évocation de la cathédrale romane
Il s’agit ici d’une représentation idéale de la cathédrale romane Notre-Dame de Strasbourg ainsi que d’une forme stylisée des remparts de la cité. Nous sommes en présence de l’évocation de la cathédrale romane construite à partir de 1015, qui subira plusieurs incendies au XIIe siècle (1136, 1140, 1150, 1176) et sur les fondations de laquelle sera construite, à partir de la fin du XIIe siècle, la cathédrale gothique actuelle. Sur le listel extérieur du sceau figure l’inscription « Sigillum Burgensium Argentinensis Civitatis ». Il s’agit donc bien du sceau des bourgeois de Strasbourg, qui spécifie que Notre Dame est à la fois la patronne de l’église-cathédrale et la protectrice de la cité.
Le sceau conservé est daté de 1201 mais il est probablement d’utilisation plus ancienne et a certainement déjà servi au XIe siècle comme signature des actes officiels de la Ville de Strasbourg. L’image que nous présentons ici est un dessin réalisé en 1936 par Alexandre Dorlan, historien de la ville de Sélestat, auteur et illustrateur du manuscrit qu’il a intitulé « Les emblèmes héraldiques de Strasbourg », conservé à la Bibliothèque Humaniste de Sélestat.
Les signatures de l’époque
À côté du sceau des bourgeois, d’autres sceaux circulaient à l’époque, à Strasbourg. Chaque évêque de Strasbourg disposait de son propre sceau. À titre d’exemple, nous proposons les reproductions de ceux de l’évêque Cunon de 1116 et de l’évêque Frédéric de Lichtenberg de 1299. L’OEuvre Notre-Dame disposera d’un sceau dès le XIIIe siècle ; l’illustration présente celui utilisé en 1358. Le Grand Chapitre de la Cathédrale utilisait également un sceau dont le plus ancien connu est de 1222…
Les sceaux représentent des documents précieux pour les chercheurs auxquels ils apportent un autre éclairage et un témoignage sur les diverses périodes historiques.
Par ailleurs, ils font partie de la vie artistique de chaque époque. De beaux spécimens de cet art très particulier peuvent être admirés au Musée du Sceau à La Petite-Pierre. Les facsimilés exposés sont l’oeuvre du regretté Charles Haudot, sigillographe honoraire des villes de Strasbourg, Haguenau et Sélestat.
Hubert MEYER
Marches pèlerinage en Alsace
Une expérience humaine et spirituelle enrichissante
« Quand j'étais plus jeune, j'entendais déjà parler du pèlerinage au Mont Sainte-Odile organisé par les étudiants, pour les étudiants. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de faire partie de l'équipe d'organisation de l'édition 2015, du 18-19 avril. Au-delà de la joie de rencontrer d'autres jeunes motivés par la foi et d'organiser un évènement qui dépassera, je le sais, toutes nos espérances, c'est avant tout pour ancrer mon année dans une réflexion autour d'un thème et pour approfondir ma Foi. C'est une expérience humaine et spirituelle enrichissante et je la conseille à tous ! »
Claire, étudiante
Sur les traces des saints d’Alsace
En juillet 2013, Péleal lançait la première édition des Marches-Pèlerinages en Alsace. S’il est impossible de résumer en quelques lignes tout le vécu de ces 4 jours sur les traces des saints de l’Alsace centrale, je me contente d’évoquer tel ou tel bienfait de cette marche. Cheminer d’un lieu de pèlerinage vers un autre, nous rend plus disponibles aux autres et au Tout Autre. Par moment, il faut s’entraider en donnant la main ou en portant le sac, pour permettre à chacun d’arriver au but.
Des confidences se partagent beaucoup plus facilement en marchant à 2 ou 3 que dans un groupe assis autour d’une table. Des paysages, souvent traversés en voiture, nous révèlent des merveilles insoupçonnées. Et de la même manière, un passage d’Évangile très connu, comme l’histoire des disciples d’Emmaüs, devient encore beaucoup plus lumineux, si nous avons la chance de faire silence tout en marchant.
Nous rayonnerons en 2015 à partir d’Air et Vie sur les hauteurs de Marmoutier, sûrs que le Christ nous précède sur tous nos chemins.
Joseph Lachmann
Saint-Joseph à Koenigshoffen
À la demande de Mgr Ruch en 1927, la chapelle baptismale fut transformée en sanctuaire dédié à la prière à saint Joseph. Depuis, chaque mercredi - jour de sa dévotion - une messe de pèlerinage est célébrée, rassemblant des personnes venant des alentours.
Le 19 mars, jour de la Saint-Joseph, la messe solennelle est suivie d’un repas.
Le samedi suivant, une centaine de personnes se mettent en chemin depuis la cathédrale jusqu’à l’église Saint-Joseph de Koenigshoffen.
Saint Joseph, ce grand silencieux si efficace quand il est invoqué dans les besoins et les difficultés de nos marches quotidiennes !
Père Philippe Rapp, curé de Koenigshoffen
Notre Dame du Chêne
La légende de cette chapelle raconte, depuis 1454, qu’Adam Zorn von Eckerich, Seigneur de Plobsheim, devant partir en croisade, promit à la Vierge Marie qu’il construirait une chapelle s’il en revenait sain et sauf.
De retour de croisade, il oublie son vœu et, c’est en suivant une colombe au cours d’une chasse, que la Vierge Marie lui apparut dans un chêne lui disant : « Tu as oublié ta promesse ! » Adam fit alors construire la chapelle dédiée à Notre-Dame du Chêne. Allemands et Alsaciens y viennent en pèlerinage avec leurs demandes ou remerciements.
Jean-Paul Heiser, trésorier du conseil de fabrique de Plobsheim
Le Schwoertag
En 1263, au lendemain de la bataille de Hausbergen du 8 mars 1262 qui consacre le déclin du pouvoir épiscopal, Strasbourg devient une République intégrée au Saint-Empire romain germanique. D’abord aristocratiques, les institutions politiques de cette Ville libre d’Empire sont dominées par la bourgeoisie dès le terme du premier tiers du XIVe siècle. Écartant la noblesse du plein exercice du pouvoir municipal, les corporations de métiers incarnent désormais la réalité du Magistrat.
À partir de 1334, l’assise politique des corporations strasbourgeoises s’exprime à travers la cérémonie annuelle du Schwoertag ou serment civique qui est célébré sur le parvis de la Cathédrale dédiée à Notre-Dame, patronne de la cité rhénane. Protectrice de la ville, la Vierge figure sur le grand sceau et la bannière de Strasbourg.
Le premier jeudi de l’année est pour la République de Strasbourg le Churtag ou jour des élections. Les dix sénateurs renouvelables parmi les vingt que compte la ville sont désignés tout comme l’Ammeister, le chef de l’État, représentant les corps de métiers. Acte, ô combien symbolique, le Schwoertag a lieu le mardi suivant.
C’est jusqu’à la Révolution, le temps fort de la vie civique de Strasbourg où la bourgeoisie entière est associée à la prestation solennelle du serment d’obéissance.
Le cérémonial
Une estrade en bois surmontée d’un baldaquin rouge est dressée devant le grand portail de l’église épiscopale. Elle est agrémentée d’une balustrade au milieu de laquelle est suspendue une tapisserie aux couleurs blanche et rouge qui caractérisent Strasbourg.
Tôt le matin, dès sept heures, les membres de chaque corporation de métier se retrouvent dans les différents poêles (Zunfstube) répartis à travers la ville. Les présences sont alors méticuleusement enregistrées.
Après lecture des statuts de la corporation, vers neuf heures, au moment où retentit la cloche du Sénat ou Rathsglock, les délégations des vingt corporations quittent leurs poêles. Elles s’avancent en cortège derrière leurs bannières. Un protocole minutieux précise les voies autorisées pour cheminer ainsi vers la Cathédrale Notre-Dame : rue du Vieux-Marché-aux-Poissons, rue des Serruriers, Grand’Rue, rue des Grandes Arcades, rue du Dôme et rue des Juifs. La rue des Frères est réservée aux seuls sénateurs représentants de la noblesse. La rue Mercière est empruntée par les fonctionnaires municipaux qui s’avancent précédés des gardes de la ville portant solennellement le précieux coffret contenant le parchemin de la Constitution ou lettre de Serment (Schwoerbrief).
La prestation de serment
Après la lecture du texte constitutionnel par le Stadtschreiberl (greffier municipal), l’Ammeister prête serment dans les mains du Stettmeister (représentant de la noblesse) sortant qui reçoit ensuite le serment des autres personnalités présentes sur l’estrade officielle. Il s’avance enfin vers la foule des bourgeois massée sur le parvis de la cathédrale et l’invite à lever deux doigts en l’air pour prononcer à son tour le serment civique. Enfin, l’Ammeister conclut par cette formule invocatrice et protectrice : « Que Dieu vous donne prospérité, bonheur, sa bénédiction et longue vie ! ».
Durant tout le temps de la cérémonie du Schwoertag, les portes de l’enceinte fortifiée de Strasbourg demeurent fermées. Les gens d’arme entourent la place de la cathédrale et assurent le bon ordre de la manifestation.
Interdit aux femmes qui se réunissent entre elles, le Schwoertag se poursuit jusqu’à tard dans la soirée par de nombreux banquets, festivités et autres réjouissances qui ont pour cadre les poêles des corporations.
Jusqu’à la Révolution
Symbole de l’identité et de la souveraineté de la République de Strasbourg, le Schwoertag est maintenu bien au-delà de l’intégration de la ville au royaume de France le 30 septembre 1681. Il est toujours célébré, selon un rituel identique, jusqu’à la veille de la Révolution de 1789. L’année suivante, la cérémonie change de lieu. Elle est déplacée sur la place d’Armes - qui deviendra en 1840 la place Kléber - avant d’être supprimée par les aléas révolutionnaires.
Ainsi disparaît l’ultime avatar de la Ville libre royale dont le statut est défini à la fin du XVIIe siècle et qui perd ses privilèges de souveraineté lors de la célèbre nuit du 4 août 1789.
Serment d’obéissance, le Schwoertag a incontestablement contribué durant plus de quatre cent cinquante ans à favoriser le sens civique des Strasbourgeois et à renforcer l’harmonie et la cohésion politique de la cité.
Jean-François KOVAR
Venir à Lourdes
Jean-Philippe Merklé, tout jeune Président de l'Hospitalité Alsacienne de ND de Lourdes, vient de faire son 17ème pèlerinage. Il nous raconte ce qui l’a amené jusque là.
Je pense que c’est une question que je ne me suis pas posée à 13 ans, en 1996. Ce sont mes grands-parents qui m’ont pris par la main et proposé cette démarche de pèlerinage, une sorte de saut dans l’inconnu à cette époque.
Après un an de réflexion, en 1997, je me suis laissé guider vers Lourdes, en famille. J’étais alors rassuré par la présence de mes grands-parents et de mon cousin, et j’ai pu découvrir les lieux ainsi que l’Hospitalité. C’est de retour chez moi que j’ai remarqué un changement. Je ressentais en moi le fait d’avoir été rempli de quelque chose de nouveau.
Comment recevoir quelque chose alors que nous donnons de notre personne pour venir en aide aux autres ? C’est cette question qui m’a guidé vers un second, puis un troisième pèlerinage à Lourdes…
Garder les pieds sur terre
Et voilà 17 pèlerinages qui se sont écoulés depuis cette époque. J’ai évidemment bien changé mais le pèlerinage à Lourdes reste pour moi un événement chaque année. J’ai toujours la même hâte de me retrouver dans ces sanctuaires au service des autres.
J’ai souvent tendance à dire que le pèlerinage agit sur moi comme un « fusible » annuel qui me permet de garder les pieds sur Terre. Chaque année, c’est rempli de joie et de bienveillance que j’embarque dans le train, le bus ou la voiture pour réaliser la même démarche que les autres à Lourdes.
Et, chaque année, à mon retour et à ma grande surprise, je perçois la même force qui me remplit, peut-être même de plus en plus au fil des années.
Se laisser guider les yeux fermés
Il m’est très difficile de vous la faire partager aujourd’hui avec des mots. Je ne vous cache pas mon envie de le faire. Et c’est souvent cette sensation que j’ai lorsque que, au hasard d’une discussion à propos du pèlerinage, un ami me demande pourquoi je vais à Lourdes.
Je lui réponds souvent ce qu’on m’avait dit dans le train, lors de mon premier pèlerinage : une riche expérience humaine, une démarche unique et intemporelle, un lieu d’exception…
Mais surtout que c’est quelque chose à vivre, au moins une fois dans sa Vie en se laissant guider comme j’ai pu le faire, les yeux fermés et le coeur ouvert à l’Autre.
Donner toujours plus
Jeune, brancardier et hospitalier, j’essaie chaque année de mettre à profit mes compétences pour faire en sorte que les autres puissent profiter pleinement de leur démarche et moi aussi. Depuis quelques années, j’ai décidé de donner encore plus en entrant dans l’organisation même de notre association. J’ai été Trésorier adjoint pendant 4 ans et me voilà Président de l’Hospitalité Alsacienne.
J’ose espérer que toutes ces étapes, anecdotes, joies et peines lors de ces 17 pèlerinages m’aideront à continuer sur le même chemin.
Finalement aujourd’hui, je me sens toujours guidé par quelqu’un, pour continuer à avancer, quelles que soient les épreuves, dans cette démarche qu’est le pèlerinage à Lourdes, avec la même énergie qu’il y a 18 ans.
Des femmes dans la généalogie de Jésus
L’Évangile de Matthieu commence par une généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham. Dans cette généalogie, l’évangéliste introduit cinq noms féminins. Ceci est tout à fait inhabituel. Voici les extraits de ce texte (Mt 1,1-16).
Généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham...
Juda engendra Pharès et Zara de Tamar (v.2)
Salomon engendra Booz de Rahab,
Booz engendra Jobed de Ruth (v.5).
David engendra Salomon de la femme d’Urie (v.6).
Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle le Christ.
Tamar, la fille d’un Cananéen
Tamar, la première femme mentionnée parmi les ancêtres de Jésus est la fille d’un Cananéen. Donc une étrangère. Son histoire remonte au temps des Patriarches. D’après une tradition biblique, elle va devenir la belle-fille de Juda, un des douze fils de Jacob. Le chapitre 38 du livre de la Genèse raconte sa vie mouvementée.
Elle se marie avec Er, le fils de Juda, qui meurt, puis avec le deuxième fils de Juda, Onam qui refuse de lui donner un enfant et meurt également.
Juda ne veut pas donner son troisième fils Shéla à Tamar. Par un subterfuge celle-ci réussit pourtant à avoir des enfants de son beau-père, des jumeaux : Pérèç et Zérah. Elle s’était fait passer pour une prostituée de bord du chemin.
Rahab, la prostituée de Jéricho
D’après le livre de Josué, Rahab, également Cananéenne, est l’héroïne d’un récit populaire d’espionnage. Elle possède une maison et pratique la prostitution à Jéricho. Elle accueille des espions israélites à l’époque où – selon la tradition – Josué et les Hébreux s’apprêtaient à entrer en Canaan.
Quand arrivent les enquêteurs du roi de Jéricho, Rahab cache les espions. Elle explique aux Israélites, mieux qu’ils auraient pu le faire, qu’elle croit à Dieu qui a libéré Israël de l’esclavage égyptien. Elle conclut avec eux un pacte, pour être protégée avec sa famille quand la ville sera prise.
Ruth, l’étrangère, arrière-grand-mère de David
Au 5e siècle av. J.C., un auteur inconnu raconte une histoire charmante censée se passer sept siècles plus tôt. Poussés par la famine qui sévit dans la région de Bethléem, Noémi, Élimelek son mari et leurs deux fils s’expatrient au pays de Moab, à l’est de la mer Morte. Leurs fils épousent des filles de Moab : Orpa et Ruth. Le père puis les deux fils meurent. Noémi décide de retourner au pays. Orpa rejoint sa famille, mais Ruth tient à accompagner sa belle-mère et reconnaître son Dieu.
À Bethléem, Ruth va glaner dans le champ de Booz. Elle l’épousera et enfantera un fils, Obed qui deviendra le père de Jessé, père de David.
La femme d’Urie, mère de Salomon
Bethsabée était l’épouse d’Urie le Hittite, membre du corps d’élite de David. Alors qu’Urie était en campagne contre les Ammonites, de la terrasse de son palais, David admirait Bethsabée, prenant son bain. Il la fait venir et couche avec elle, alors qu’elle venait de se purifier de ses règles. Bethsabée conçoit et envoie dire au roi : « Je suis enceinte ».
Le roi convoque Urie, sous prétexte de se renseigner sur l’état des troupes, mais en réalité pour lui donner l’occasion d’aller dormir chez Bethsabée. Mais Urie, comme ses compagnons d’armes, dort loin de son épouse. David donne alors ordre au Général Joas de placer Urie au plus fort de la bataille pour qu’il soit frappé et meure.
La machination réussit. Bethsabée apprend la mort de son mari. Elle fait le deuil. David la recueille. Leur deuxième fils deviendra le roi Salomon.
Marie
Elle est présentée indirectement dans le verset v.16 : « Joseph l’époux de Marie de laquelle naquit Jésus... » Au début, ces femmes se trouvent toutes dans des situations "hors normes" en Israël : étrangères, prostitués, adultères suspectées de relations illicites – même Marie –. Toutes sont réhabilitées. Cette réhabilitation nous invite à renouveler notre regard sur toutes celles et tous ceux qui semblent hors normes et méprisés.
Le silence du tombeau vide murmure la victoire du Ressuscité
Voici le tout premier signe de la Résurrection : un vide ! Voici la toute première annonce de la Résurrection : le silence de ce tombeau vide ! Voici la première lumière de la Résurrection : une pâle lueur au fond du tombeau dans le noir, ce linceul blanc, lueur presque imperceptible dans la pénombre de l’aube.
Pierre, essoufflé par sa course, s’avance à tâtons dans le tombeau vers cette clarté (Jn 20,4). Ses mains palpent le linge comme des mains d’aveugle qui cherchent à reconnaître un visage. Ses yeux s’habituent peu à peu à l’obscurité du tombeau, à l’obscurité de la foi, et le linceul murmure peu à peu son incroyable secret : non, le linceul n’a pas été ouvert ! Les mains de Pierre vérifient en tremblant, les bandelettes n’ont pas été dénouées ! Le suaire qui enveloppait la tête n’a pas été déplacé à l’intérieur du linceul ! Non, le corps n’a pas pu être enlevé par des mains d’homme !
Que s’est-il passé ? Le disciple bien-aimé s’est approché, lui aussi, et il contemple ce linceul inviolé mais vide ! Alors, au fond de son coeur, la pâle lueur du linceul devient illumination (Jn 20,8).
Le vertige devant l’inexplicable devient éblouissement de la foi. Le vide du tombeau devient signe d’une présence transcendante. Silence, mais silence assourdissant du tombeau vide ! Les disciples se taisent encore mais déjà les pierres crient (Lc 19,40).
Le silence du tombeau vide
Plus Dieu agit avec puissance, plus cette action est silencieuse, cachée, mystérieuse, hors de prise de l’intelligence créée. C’était déjà vrai de l’Incarnation du Verbe dans le silence de la grotte de Bethléem, mais c’est encore plus vrai aujourd’hui de la Résurrection dans le silence de la grotte du tombeau. Ici se déploie au maximum et pour l’éternité la toute-puissance divine. Et quel est le premier écho pour nous de cette explosion d’amour et de vie ?
Le silence du tombeau vide ! C’est le signe le plus humble, le signe le plus chaste. Le tombeau vide reste au coeur de l’histoire des hommes et ceci, jusqu’à la fin des temps, comme un appel. Un appel lancinant mais humble. Un appel qui s’adresse à l’écoute attentive du coeur de l’homme dans la foi. Le linceul aujourd’hui encore murmure, comme « le bruit d’un fin silence » (1 R 19), la victoire du Ressuscité.
Signe le plus humble, mais aussi signe le plus fort qui pouvait être. Le vide et le silence nous préviennent d’emblée qu’aucun mot, aucune image ne peuvent décrire adéquatement le mystère de la Résurrection.
Le Ressuscité n’est pas revenu à une vie terrestre que nous pourrions décrire ; l’humanité de Jésus est entrée dans une vie inimaginable, une vie réelle, immensément réelle, mais hors de portée de notre compréhension.
Et c’est pourquoi le premier langage qui pouvait dire cette Présence nouvelle, transcendante, excessive, c’était ce vide du tombeau, ce silence.
La première lueur
La Résurrection de Jésus est si discrète au départ, alors qu’elle est bien destinée à transformer le monde entier. Quand on veut allumer un feu, on enfonce la flamme le plus profondément possible sous le bois. La flamme semble disparaître, elle semble mourir. En fait le feu prend déjà, tout au fond, mais à ce moment-là on ne le voit pas encore, on ne l’entend pas. Or soudain, dans ce silence et ce vide, apparaît la première lueur à peine perceptible. C’est le premier signe, signe discret mais indubitable de la victoire du feu. Ainsi la Résurrection commence par un signe discret comme une lueur dans l’obscurité du matin.
En fait l’embrasement de la Création a déjà commencé, mais de l’intérieur, comme commence l’embrasement d’un feu. Le Christ comme une flamme divine a été enfoncé au plus bas, jusqu’aux enfers même. L’Amour divin a semblé anéanti, éteint par la souffrance et par la mort. En fait, il a commencé par illuminer le monde des morts. Il a commencé par cet embrasement souterrain invisible, imperceptible. Et au matin de Pâques apparaît la première lueur de cette victoire, une victoire en marche jusqu’à la fin des temps.
Désormais, à partir de ce jour-là comme un feu intérieur, la vie mystérieuse du Ressuscité se répand dans le monde et à travers les siècles ; de proche en proche, par la foi, les coeurs s’embrasent au contact du Ressuscité. Le feu de la Résurrection ne cessera jamais de se répandre dans les âmes. Et, à la fin des temps, quand ce feu se sera proposé à tous, quand il aura frappé à la porte de tous les coeurs, quand il aura parcouru toutes les générations, le monde des vivants et le monde des morts, alors il éclatera au grand jour. Après avoir embrasé le monde des morts, puis les âmes des vivants, il jaillira jusque dans les corps glorifiés.
Aujourd’hui, le Ressuscité vient nous toucher, encore d’une façon discrète, intérieure, mais à la fin, le Ressuscité, le Christ, sera révélé dans toute sa gloire. Le feu apparaîtra au grand jour, Lumière de tous ceux qui se seront laissé remplir par la gloire de sa Présence.
Philippe LINK
La vie est un pèlerinage
Le pèlerinage est à nouveau à la mode. Saint-Jacques-de-Compostelle attire de plus en plus de marcheurs, l’effet « Papa Francesco » sature les maisons d’accueil de Rome, les pèlerinages locaux connaissent des succès de fréquentation à faire pâlir d’envie les curés de paroisse…
Le Dieu de la révélation judéo-chrétienne étant un Dieu de l’histoire, commençons par envisager ce que la Bible nous dit. Dans la bible le judaïsme avait de nombreux lieux de pèlerinage dans la Terre où il prit racine, liés en particulier aux hauts faits des patriarches (Sichem, Silo, Gilgal, etc.). À ceux-ci se substitua progressivement le Temple de Jérusalem, lieu par excellence de la rencontre avec Dieu. Les juifs prirent l’habitude de s’y rendre régulièrement en pèlerinage (Pâque, Pentecôte et Tentes, cf. Ex 23, 14-17) ; c’est ainsi que naîtront parmi les plus beaux psaumes, dits des montées (Ps 120 à 134).
Jésus, en bon juif, quitte à plusieurs reprises sa Galilée d’origine pour s’y rendre, comme le montrent bien les Évangiles. C’est un lieu qu’il affectionne grandement, où il enseigne, fait des miracles, purifie. Mais il en annonce en même temps la ruine inéluctable (Mc 13, 2) et affirme à la Samaritaine : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. […] Mais l’heure vient […] où les véritables adorateurs adoreront le Père dans l’esprit et la vérité […] » (Jn 4, 21-23).
Jésus ressuscité lui-même devient ainsi le nouveau Temple et il n’est plus nécessaire de se rendre dans un lieu particulier pour le prier.
Dans toute la chrétienté
Curieusement, les lieux de pèlerinage se multiplieront très rapidement dès les origines du christianisme, en Terre sainte, à Rome et ailleurs. Ces lieux sont marqués par la vie et la mort/résurrection de Jésus, mais aussi par le martyre des premiers chrétiens.
Les pratiques qui s’y développent sont bien attestées, décrites par Égérie, Paule, etc. Le Moyen Âge connaîtra une explosion du nombre de pèlerinages, depuis les plus modestes, ultra-locaux, – l’Alsace était particulièrement bien fournie, – jusqu’aux plus fameux, qui marqueront l’imaginaire collectif à un point que l’on a du mal à se représenter aujourd’hui. L’époque des Lumières sonnera le glas de cette époque, sous les coups de boutoir des philosophes.
Paradoxalement, au 19e siècle, sous la révolution industrielle et en pleine vague romantique, il y a un renouveau de cette démarche, facilitée par les moyens de transport modernes comme le train. Lourdes constitue de ce point de vue un exemple emblématique. Un certain mépris pour les dévotions dites populaires aurait pu à nouveau faire reculer l’intérêt du pèlerinage dans la seconde moitié du 20e siècle. Il n’en a rien été, et plusieurs lieux, comme Ars ou Paray-le-Monial en France, ont connu une véritable résurrection, attirant des foules inattendues…
Vers le pèlerinage intérieur
Quiconque s’intéresse aux pèlerinages chrétiens ne manque pas de buter sur cet étrange paradoxe. Alors que tant de sanctuaires ont été bâtis, on ne trouve pas chez les chrétiens d’obligation de pèlerinage au sens strict, contrairement à l’Islam par exemple.
Comment expliquer alors l’engouement toujours renouvelé des chrétiens pour les pèlerinages à travers les siècles ?
En fait, le christianisme a fait de la vie elle-même, dans toutes ses dimensions, un véritable pèlerinage. Et ce dernier vise essentiellement des réalités spirituelles, eschatologiques : la montagne de Sion, la Jérusalem céleste (Hb 12, 22), en un mot, la vie éternelle. Le Temple est désormais l’Agneau lui-même (Ap 21, 22). On comprendra alors aisément qu’une telle démarche peut être vécue sans déplacement spatial.
Il n’y a nul besoin de se mettre physiquement en route pour rejoindre tel lieu éloigné. On peut très bien devenir saint en entrant dans un monastère pour ne plus le quitter, ou bien alors se sanctifier dans sa vie de famille, de travail, etc.
Cela ne se traduit pas par une immobilité intérieure, bien au contraire. Les voies du progrès spirituel, de l’approfondissement de la relation au Christ, peuvent alors devenir bien escarpées et souvent imprévisibles, à travers nuits obscures, tempêtes déchaînées et sentiers vertigineux.
Bien des figures de sainteté chrétienne n’ont jamais été ni en Terre sainte, ni à Rome, ni à Compostelle…Leur Jérusalem terrestre a été un cloître ou simplement leur maison familiale…
Les Benoît Joseph Labre, Charles de Foucaud ou John Bradburne ayant pérégriné toute leur vie ne représentent finalement qu’une veine assez marginale…
Rappel de la présence du Christ ou des saints
Il convient de se rappeler par ailleurs que le christianisme n’est pas une religion du Livre, mais de l’Incarnation du Verbe, de la Parole faite chair. Tout ce qui relève de la condition humaine l’intéresse. C’est ainsi que très rapidement des chrétiens ont rejoint, en Terre sainte, les lieux de la vie terrestre de Jésus. Paul de Tarse, qui rend visite aux apôtres (Ac 9, 27), est pour ainsi dire leur précurseur. Les chrétiens locaux seront rapidement suivis par d’autres : Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, au 4e siècle, saint Jérôme, etc. Ce ne sont pas les pierres comme telles, dans leur matérialité, qui les attirèrent, mais le fait qu’elles furent foulées par Jésus lui-même.
Les pierres devinrent ainsi le rappel de la présence du Christ et de ses disciples. Assez rapidement, d’autres lieux, sanctifiés par les hauts faits des martyrs et des saints, attirèrent les foules, et le culte des reliques connut le succès que l’on sait.
Pour donner du sens à sa vie
Les motivations à se mettre en route peuvent être très diverses. Elles peuvent être religieuses au sens strict, poussant des chrétiens fervents à approfondir leur foi dans tel ou tel lieu ou auprès de telle figure de sainteté.
Certains reviennent régulièrement au même endroit. Elles peuvent être très personnelles, que ce soit sous forme de défi (même sportif, une sorte de « rédemption par la marche), pour honorer une promesse faite à une personne aimée (pèlerinage par substitution) ou pour faire une démarche dans l’air du temps. Compostelle est à cet égard symptomatique, aidé par une littérature devenue pléthorique depuis Le pèlerin de Compostelle de Paulo Coelho (1987).
De manière générale, cette démarche donne un supplément de sens à la vie. Elle peut transformer radicalement les personnes à des moments-clés de leur existence, entre deux carrières professionnelles ou au moment du départ à la retraite. L’essentiel consiste à accepter de se mettre en route et à vivre une vraie forme d’abandon…
Alain Moster, directeur de Péléal, service diocésain des pèlerinages
L’éco responsabilité, une urgente conversion
« Nous aimons cette magnifique planète où Dieu nous a placés et nous aimons l’humanité qui l’habite. La terre est notre maison commune et nous sommes tous frères » (Pape François, La joie de l’Évangile.)
Le CCFD-Terre solidaire propose pendant ce Carême de mettre en lumière le lien entre foi et écologie avec, comme support, une tenture et des cartes qui nous font cheminer chaque semaine du désert à la terre qui donne du fruit, et nous invitent à un engagement de sobriété ici, pour nos soeurs et frères là-bas.
C’est un premier appel à se mobiliser sur la question environnementale et la transition écologique en vue de la conférence COP 21 sur le climat de décembre prochain à Paris.
Développer le Vivre ensemble
Les évènements récents nous interpellent sur la question du Vivre Ensemble pour faire de la diversité des peuples, des cultures, des religions une richesse. Zoé Nkongolo dirige en Afrique du Sud, Africa Unite, une association qui se bat pour que les migrants deviennent acteurs de leur présent et de leur avenir. Partenaire du CCFD-Terre solidaire, il viendra témoigner de son action pour une meilleure cohésion entre populations locale et immigrée dans les quartiers populaires du Cap, du 13 au 17 mars dans le Haut-Rhin et du 18 au 22 mars dans le Bas-Rhin, Organisation sud-africaine des droits humains, Africa Unite est impliquée dans le plaidoyer, l'éducation et la prestation de services essentiels aux communautés les plus pauvres. Bâtir des communautés sans conflits, pacifiques, tolérantes, renforcer la cohésion sociale et promouvoir le développement économique et social au sein de ces communautés, constituent ses objectifs majeurs.
Gaston Yoka Tumba qui a participé au Forum social mondial des migrations à Johannesburg, témoigne : « Ce forum s'est tenu sur un lieu symbolique, Constitution Hill, ancienne prison pour les leaders politiques où ont séjourné entre autres Mandela et Ghandi, deux grandes figures dans l'histoire de notre humanité. Nous avons animé en commun avec notre partenaire Africa Unite de Cap Town l'atelier Cohésion sociale et Vivre ensemble, un croisement des regards sur cette question à partir des réalités vécues au Mali, en Afrique du Sud et en France ».
Nous sommes heureux d'accueillir Zoé Nkongolo. Des rencontres seront organisées un peu partout en Alsace et complèteront les évènements Bouge ta planète animés par les jeunes, les bols de riz ou autres rencontres de solidarité.
Voir les dates précises sur internet http://blog.ccfd-terresolidaire.org/alsace ou sur Facebook : CCFD-Terre Solidaire Alsace
Contact :
CCFD-Terre solidaire 68
Tél 03 89 46 39 30 permanences d’accueil à Mulhouse, 21 rue Jules Ehrmann le mardi de 9h-12h mercredi de 14h30-17h et vendredi de 14h30-17h
CCFD-Terre solidaire 67
Tél 03 88 61 44 13 Permanences d’accueil à Strasbourg, 10 rue Gerhardt le mercredi de 14h-17h, jeudi et vendredi de 10h-17h ou sur RV