Mon problème de Charlie.
C'est quand j'apprends que deux connards ont assassiné des dessinateurs que je me dis rien. Rien ne vient. C'est vide. Le vide qui rebondit sur les parois vidées de mon crâne. Ouais, j'me taille une sale mine en buggant sur ce récit insensé, cette réalité brutale. Deux enragés ont assassiné un papi de 80 ans et ses potes... pour des dessins. Mauvais desseins contre bons dessins. Rafales contre pointillés. Putain de sang d'encre ! 12 morts pour des dessins.
Moi j'sais pas dessiner. J'sais pas caricaturer. J'achetais pas Charlie tout le temps. Pratiquement jamais même. Je me contentais de regarder les Unes. Elles m'ont fait rire souvent. Flippé parfois ; indigné aussi, mais elles étaient là bordel. Dans tous ces kiosques, elles étaient là et il le fallait.
Moi j'sais pas dessiner. J'sais pas caricaturer, mais j'voulais vous dire :
vous aviez le style haut en main, la satire acerbe, celle qui s'attire les foudres de guerre. Vous étiez pas branchés religion, pas du tout. Ou plutôt si. Charlie charriait la charia et tout le charabia. Les rabins, les pasteurs, les papes, les popes, les sous-papes, autant de caricatures charriées sur papier et de portraits tirés par milliers d'exemplaires. On a toujours caricaturé, on a toujours tué. Aujourd'hui Ils ont caricatué. 12 morts. 12 morts pour la farce. 12 morts, pas tous dessinateurs mais décimés. Putain. Bref, c'est quand j'apprends que deux connards ont assassinés des dessinateurs que je me dis que ces dessinateurs-là, eux sont encrés dans l'histoire pour toujours.












