Une carte postale de 1900-1910 correspondant à l'endroit exact où Vincent Van Gogh a peint sa dernière toile "Racines d'arbres" (1890)
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Une carte postale de 1900-1910 correspondant à l'endroit exact où Vincent Van Gogh a peint sa dernière toile "Racines d'arbres" (1890)
chronique Cinémâl (part.1) dans J’emmerde les grands espaces américains, le zine
Après cet été, on pourrait déjà se demander si Barbie (2023, Greta Gerwig) est assez camp pour nous satisfaire ou si les queers ont besoin de plus de représentativité sur les écrans ? L’industrie du cinéma pourrait nous montrer plus librement, sans couvert d’une culture sous-jacente à planquer dans des références pour pas trop choquer le grand public. Quand on voit les réactions des incels anti-woke et autre gurdien•ne auto-proclamé•e de la morale, on pourrait penser que ce film va déjà trop loin à se moquer des kens qui veulent mansplainer le Parain aux barbies - ce dont elles se servent pour les redominer. Mais merde, on veut voir des cowgirls se rouler des palots comme dans Desert Hearts (1985, Donna Deitch) pas des homos refoulés honteux pour bandeuses de pédés qui vont les trouver si mignons. «Je comprends pas pourquoi mon homme est si énervé après qu’on ait regardé Brokeback Mountain, il a encore frappé le mur». Bah ouais Marie-Clothilde, c’est bien beau de faire des bijoux clitoris arc-en-ciel, va falloir arrêter de fétichiser les homosexuels, remettre en question ton couple 6 hétéro-normé et ton essentialisme ordinaire ! Dans le film de Deitch basé sur un roman canadien de 64, les homosexuelles vivent leur vie amoureuse (parfois avec un mari complice) mais personne ne semble s’en foutre, tout en prévenant que la société voi mal les femmes qui en aiment d’autres trop publiquement. Elles choisissent la liberté de ne pas les écouter pour vivre complétement. La honte de s’aimer ouvertement s’effaçant rapidement, elles laissent autre chose que leur attirance les définir.
Les hommes y ont l’air faits à l’identique, dans la même usine que les kens. Ils sont bg et draguent par habitude bien qu’ils soient à côté de la plaque. Leur rôle est lié au travail et jamais ils ne prennent trop de place dans le récit de ce coup de foudre entre une jeune campagnarde hôtesse de casino et une prof/chercheuse fraîchement débarquée de la grande ville pour divorcer. Les femmes sont plus à l’aise dans un ranch que Ryan Gosling qui se vautre comiquement dans toute une imagerie masculine testotéronée et kitchoune à base de fourrure cotagecore/équitation découverte dans ‘le vrai monde’ où il débarque avec Margot Robbie, habillés de franges et de chapeaux. Peut-être même que le sous-entendu camp de leur homo-attirance est gênante à devenir, en sous-texte, comique de répétition.Est-ce que je vais me forcer à revoir Gerry (2002, Gus Van Sant) pour savoir exactement d’où me vient ce dégoût des grands espaces américains? Non, pas hot. Mais revivre ses traumas au cinéma me semble intrinsèquement lié au médium, quand on se sent prêt•e à les analyser pour les dépasser, détails par détails, lové•e•s dans l’image.
Que cachent ces grands espaces, entre nature immaculée et bulles de population extra-denses? Dans le documentaire expérimental Anhell 69 (2022), la fiction initiale se fait dépasser par l’histoire de sa création. La ville de Medellin écrase littéralement les corps queers que le réalisateur veut nous montrer, car ils font partie intégrante de sa propre vie. On pourrait faire le rapprochement avec l’ouverture du film de danse Climax (2018, Gaspar Noé) où des interviews se mêlent au récit de la fiction. La frontière entre le projet, les acteurices et les rôles où le script disparait presque. Un premier projet de film est abandonné par le réalisateur Théo Montoya à la mort du protagoniste principal, pourtant ce doc fait surgir les essais filmés et entretiens face-cam au milieu d’images violentes de manifestations colombiennes contemporaines. La jeunesse y rêve, alors que l’horizon est bouché. Concrètement par l’architecture galopant sur les montagnes bordant la ville et métaphoriquement, bouché avec une menace science-fictonnelle qui unit charnellement les corps vivants au monde des morts. On dirait presque un fantôme des années Sida imaginé par les générations suivantes, sentant une menace prochaine sur leur liberté. De la S-F aux traumas intergénérationnels, il y a des populations qui s’habituent à vivre dans la crainte. Voyez le doc sur Nan Goldin : Toute la beauté et le sang versé (2022, Laura Poitras), elle a photographié cette époque si cela vous échappe. Dans un balancement entre doutes contextuels et assurance d’une jeunesse qui se tue à exister, cette proposition filmique mélange les styles de narration en faisant honneur et référence au cinéma (Théo se fait conduire par son idole Victor Gavaria comme Jean-Luc fait jouer Fritz Lang dans Le mépris) . Ce 'film trans' est un cri dans la nuit. Beau et bouleversant. Anhell69 libère nos larmes. L’immensité de son horreur est un constat qui résonne au delà des grands espaces saturés américains. Dans nos petits cœurs européens par exemple, quand avec Vicca & So on choisit ce doc après avoir raté la projection dans un festival à Copenhague, car trop occupées à nous aimer fort toutes les trois.Avec ce documentaire hybride, on voit les frontières des genres troublées de la même manière que les vies qui y sont mises en jeu. J’y ai eu une impression aussi terrible qu’à l’ouverture d’Aguirre, la colère de Dieu (1972) où on comprend directement la souffrance des populations locales utilisées dans le film, aussi absurde qu’à l’époque où se déroule la fiction. L’amitié n’y a pas cours, le personnage principal est trop 'fou' pour s’y abaisser, troublante ressemblance avec l’attitude de Klauss Kinsky sur les tournages de son vieil acolyte Werner. Renseignez-vous là-dessus, période intense.
Anne-Teresa De Keersmaeker. Dessins chorégraphiques pour" Mitten wir im leben sind "
De l'écriture de la danse
L' Admoniteur
Étymologiquement, il est celui qui donne un avis. En peinture, très fréquent depuis Alberti [qui conseil son emploi dans Della Pictura, 1435], c'est un personnage remarquable dans l'image, qui pourtant n'est pas dans l'action principale. Le peintre se serviras de cette figure pour aider le spectateur à s'identifier, pour l'inviter à prendre part au tableau. Grâce à l'admoniteur on créer l'interaction avec l'observateur, sans besoin qu'il soit forcement érudit puisqu'on utiliseras un langage corporel ou des regards. L'attention sera portée naturellement sur l'admoniteur avec un langage non-spécifique à l'Art, commun à la vie de tous les jours. D'où l'importance de ce personnage-clef, qui fournira aux experts comme aux autres, un miroir pour les affects, un passage vers l’œuvre, voire même guidera vers le sens du tableau.
Pour se montrer, ce sujet secondaire peux regarder le spectateur, montrer l'action (ou un détail) de son index, inviter ou repousser celui qui scrute, par une présence aux limites de la toile. Ces jeux de regards et de gestes pouvant être utiliser simultanément, à l'image du Saint Jean-Baptiste, dans la Vierge à l'Enfant avec les Saints Jean-Baptiste et Jérôme, peinte vers 1527 par le Parmesan et conservé à la National Gallery de Londres. Dans cette toile, Parmigianino assoit la figure de Jean-Baptiste sur le registre terrestre dans la partie inférieure de l'œuvre. Ce Saint Admoniteur, un genoux au sol, nous montre la scène céleste de son bras droit, le regard fixé vers le spectateur. De son corps, contorsionné dans une figure serpentine [voire définition dans ce glossaire], un pied en saillis au centre du bord inférieur, il bloque le passage (physiquement et moralement) au dévot-spectateur, lui indiquant de regarder la scène (un grand Enfant Jésus sautant du giron d'une Marie en majesté) de manière pieuse. Ici, l'admoniteur invite et tiens en respect le public tout en montrant la véracité de son être (pied en saillie) et donc de la scène montrant le fils de Dieu.
Le peintre, comme premier spectateur, ou simplement pour la vanité de se montrer, représente parfois l'admoniteur à ses traits. Dans l'œuvre Joseph en Égypte (aussi conservée à la National Gallery de Londres), peinte entre 1517 et 1518, un homme nous regarde dans la scène principale de gauche où Joseph présente son père au Pharaon. Cet homme semble ressembler à l'auteur de ce panneau, Pontormo. Il se fait admoniteur en bonne place, derrière le Pharaon, son vêtement orange rappel celui, plutôt ocre, de Joseph que l'on voit quatre fois dans l'image. Par cette couleur, le peintre guide nos yeux à travers les scènes de la Genèse représentées ici, en effet cet outils formidable qu'est l'admoniteur attire notre regard pour mieux l'aiguiller.
Banksy .
Le monstre re·trouvera toujours sa forêt
L'identité est abstraite, tout le monde a besoin de représentations pour se comprendre. Le cinéma est aussi là pour ça : voir pour se voir. Il permet de construire, à travers les yeux d'autres, son propre regard. Tu y captes les dynamiques extérieures que reflètent les corps dans la société (origines, genre, âge, etc). Petit à petit, tu piges les privilèges des autres puis les tiens te sautent au visage. Tu apprends aussi où vont tes désirs et de quoi ils sont faits. Tu découvres qui tu es dans le regard des autres, en essayant de pas y conformer trop ton miroir intérieur. À toi maintenant d'en faire un usage réfléchi, de représenter les tiens et les tiennes.
Chez Park Chan-Wook, l'homosexualité est montrée comme échappatoire à la perversité masculine des riches dans Mademoiselle (2016). Les réalisateurs sud-coréens qui s'exportent évoquent souvent la lutte des classes par celle d'en bas. Romantisation de la pauvreté ou tuto ? En salle, devant Parasite (2019), il suffisait de voir qui rigolait pendant que les bourges en prenaient plein la gueule dans ce film humide (Bong Joo-ho prend la palme d'or à Cannes avec), pour savoir qui n'avait pas de résidence secondaire. Être pauvre ou instable, c'est déjà être à part. Dans Decision to Leave (2020), un flic déménage en pensant tout laisser derrière lui mais l'amour d'une suspecte étrangère le rattrape. La solitude face au sentiment amoureux dans ce quasi-road trip - où l'intrigue ne se passe jamais à un seul endroit/temporalité à la fois - met le spectateur dans une situation de rejet. Puis il y a toutes ces scènes de voyeurisme à la jumelle, avec l'excuse du travail, qui scelle l'amour des protagonistes. On ne sait pas vraiment à quel moment elle se sait regardée. Pourtant, c'est ce regard qui les lie, dans deux solitudes voulues qui se rejoignent. La honte se mêle à leurs désirs d'indépendance, honte de se trouver enfin, au mépris (adieu Jean-Luc) des conventions sociales et des parcours professionnels. Se sentir différent, c'est aussi la solitude tout court, l'impression d'être à part. Comme pour l'héroïne de Rien à Foutre (2020), à qui il manque l'ambition que voudrait lui imposer la logique patriarco-capitaliste. Pourtant l'étrangeté de ces héros apparait tard dans les âges de la vie. Pourquoi ? Surement parce que ces gens ont encore le droit à une intimité partagée hétéro-normée. Iels ont la possibilité d'imaginer et se créer un espace à deux ou plus qui reprend des topos binaires ; comme la séquence de drague alcoolisée qu'Exarchopoulos partage avec Egloff dans une esthétique comme éclairée frontalement avec un flash de portable empruntée par Marre et Lecoustre aux gonzos porn du début de notre siècle. Cette intimité est refusée à Marillier dans Grave (2016) où ses envies différentes (et sanglantes pour l'allégorie) l'ostracisent avant que ses parents lui expliquent. Les hétéros ne sont bons qu'à crever plein de souvenirs dégoulinants dont plus personne ne sait plus quoi faire. C'est au milieu de la maladie et des mensonges routiniers que le terrible Vortex (2021) de Noe prend vie. L'amour qui se prolonge est forcément un drame, Argento aurait dû laisser Lebrun remplir leur appartement parisien de gaz. Ils amassent des souvenirs à deux, le montage en split-screen ajoute à la réflexion de ce qu'il restera de leur vie commune. Et leur gamin junkie parait en comparaison bien moins chaotique que ses vieux. C'est lui qui est tatoué, père séparé, accro, bizarre en somme, pourtant il n'y a plus que lui pour faire les cartons. Stable en fait, ce héros caché et peu sûr de lui c'est nous, les monstres qui vont devoir prendre les choses en main car on a arrêté de rêver il y a longtemps.
Plus pailleté, Mandinco nous chante Kate Bush qui se planque dans la forêt. Comme la chanteuse, son héroïne s'y cache pour ne plus être stigmatisée et même pourchassée. Fétichisation des porteuses de chapeau ? On se demande toujours qui fuit et dans son Paradis Sale (2022), il n'y a que des femmes pour reproduire les rapports de force sociaux et corporels de notre bonne vieille planète bleue si lointaine. La civilisation s'est barrée ailleurs faire des maisons en béton effet drapé pour continuer d'exister. Dans ce western, les pointées-du-doigt sont les seules à mériter la caméra qui les suit dans un road-trip acidulé. Elles sont condamnées, excommuniées et vivent leur sexualité où l'expérience fait spiritualité. Tout boue. Et à tout âge : l'adolescence suintante d'une jeune fille confronte ses désirs au monde extérieur que lui montre sa mère. Kate s'en fout, elle veut baiser la mère et la fille et repartir. Les autres tableaux font des portraits qui en resteront là, sur le bord de la route de leurs haineuses banalités, enfermées et robotiques. Ne restera au final que la narration enchevêtrée dans les souvenirs de cette jeune adulte qui se branle sous le plancher. Essaie aussi de te procurer Amours & Métamorphoses (2014). Yariv y reprend les mythes d'Ovide autour du genre et de la sensualité. Tout y beau et tu veux déjà l'affiche de Brigade_Cynophile dans ton salon. Je ne me souviens pas qu'elle y parle de Lycaon, que Zeus transforme en loup mais les Twilight et compagnie font résonner encore dans nos cœurs d'inadaptés ces humains poilus bavant à la lune. Hurlements (1981) de Joe Dante est ressorti en 4k restaurée cet été. C'est l'histoire d'une journaliste qui fouille le traumatisme d'un viol vécu avec un loup-garou dans un sex-shop. Son enquête se poursuit dans la secte pro-sexe d'un psy, où se consomme quantifiablement le charnel en échappant un peu le modèle du couple nucléaire normalisé. La nature animale du désir est au centre de cette thérapie, avec plusieurs pistes de lecture. La figure du monstre se joue encore en dehors de la société et les effets spéciaux, prodigieux de l'époque et sans effet de montage, montrent la transformation sans pudeur. Comme le prouvent ces films, les corps vont alors être aussi déterminants pour le regard de la société, au-delà de la sexualité. Le cinéma sait aussi montrer les violences qui en découlent et donne des hypothèses cathartiques pour la dépasser. Avec Jackass 4.5 (2022), par exemple, on joue l'ambiguïté homo-érotique moins frontale où la diversité des enveloppes charnelles ne sont montrées que pour l'effet humoristique adolescent et peut-être au nom d'une diversité bafouée. Le harcèlement y est quasi-documentaire. Je vous conseille un très beau texte de Marguerin sur ce sujet qui redore le blason de Mickael Youn (Les Lois Fondamentales de la Biologie, 2017, page 240 dans Anthologie Douteuses chez Rotulux Press, 2021).
Pour s'éloigner encore de ces cases où on range les sexualités, dans un flou traumatique Robuste (2021) de Meyer, observe les corps qui ne rentrent pas dans les diktats contemporains. "On peut être difforme et beau quand même" dit le vieux "Georges" Depardieu à la jeune lutteuse/garde du corps Lukumuena en regardant des poissons-lanterne dans un aquarium de bourgeois. Plans serrés pour ne jamais vraiment voir leur gras. Leur monstruosité c'est que personne ne peut vraiment les aimer. Ils sont tout en antithèse dans leur rapport au monde comme avec celui-ci. Leur sexualité est montrée timidement car ce sont des amours à sens unique où on ne se dit rien. Relecture traumatique de la fan que la réalisatrice a aussi été, avec une scène gênante ; on y voit une femme éblouie par l'idée qu'elle se fait du héros, bien loin la réalité du vécu difficile du héros incompris, riche et borderline. Le poids de la société se sent aussi avec l'outing montré dans Tremblements (2019). C'est aux personnes concernées de laisser voir leur manière d'aimer et de se découvrir. Il a heureusement une relecture de l'Histoire dans le cinéma actuel. Le XIXe est montré avec sa culture queer censurée mais plus oubliée ou à demi-mot, avec First Cow (2019) ou Tabou (1999) par exemple. Ce ne sont pas des utopies, mais des souvenirs fiévreux qui donnent envie de les réapproprier. Et on peut aussi trouver son bonheur sans honte ni censure dans l'histoire du Cinéma avec Les Marguerites (1966) par exemple où un couple de femmes michtonne les riches et fait des bêtises avec la nourriture. Libérateur et beau. Par contre si t'as cru que j'allais parler du Rocky Horror, c'est micro-baisé !
L'autre coup, après le tournage d'un clip cheaposse, un type 6-7 me demande de définir le terme queer. Il a dit qu'il était en période de découverte et voulait ce terme pour lui alors qu'il se disait "normal", comme en opposition - ew - mais avait déjà embrasser un pote. Les queers sont normaux aussi. Iels n'ont juste pas choisis de se faire exclure par ce genre de discours essayant trop maladroitement de ne pas juger. Une fois encore, c'était mon ex-belle-mère qui m'avait demandé. Et s'était empressée de chercher sur google avant la fin de ma réponse, elle croyait pas que ça vienne d'une insulte. Être queer c'est être en minorité risible, se faire juger avec ou sans les mots alors qu'on essaie juste d'aimer (les autres et même avoir l'outrecuidance de se laisser un peu de kiff pour soi-même). Être queer c'est chercher une représentation au cinéma, même quand elle est censurée. C'est donc choisir, parfois sans le vouloir, le mauvais goût des masses comme refuge. Être queer c'est se trouver un espace pour les sien·ne·s là où les autres ne veulent pas regarder. Et puis souvent, les hétéros nous piquent nos endroits/mots quand ces lieux/termes deviennent instagramables, tant mieux : c'est le moment de se casser pour se retrouver un petit coin à nous. Aimer, ailleurs, encore.
Identités Queer / Monstruosités, zine carriola, octobre 2022
Francis Alys - Sometimes Making Something Leads to Nothing (1997)
if you’ve ever wondered what it’s like to live in the midwest, this is it.
You missed some of the best ones
the best part about it is that the art installation isn’t actually called the Bean. It’s called Cloud Gate, and artist Anish Kapoor (yes, THAT Anish Kapoor) hates that we call it the Bean.
But i mean, look at it. It’s a bean.
How could you forget this one though
I HAD NO FUCKING IDEA THAT THE BEAN WAS CREATED BY ANISH KAPOOR.
someone help me why is anish kapoor important what did he do?
Alright sit down for some Art World Drama bcause this is what I live for.
So, sometime last year (?) science invented Vantablack, which is the darkest possible shade of black. Art world got incredibly excited. But as it needs to be very carefully made in a lab, it’s hard to get a hold of, and is extremely expensive. Enter Anish Kapoor, aka FuckFace McGee. Anish Kapoor buys the rights to Vantablack. He is the only human being on the planet that can legally use it, and he’s kind of a prick about it.
Art world is not thrilled with that.
Enter Stuart Semple.
Stuart Semple is an artist, and also makes pigments to sell in his free time. Stuart Semple is astoundingly pissed about this Vantablack nonsense, and Anish Kapoor’s dickery. Stuart Semple makes a new pigment, the brightest shade of pink ever, called Pinkest Pink, and puts it for sale on the internet. To be bought by everybody except Anish Kapoor. Literally, to purchase, you need to confirm that you are not Anish Kapoor, do not associate with him, and will not sell or give the pigment to Anish Kapoor or his associates. Art world has a good laugh, everyone buys Pinkest Pink because it’s awesome, and damn it we deserve something.
Anish Kapoor however is a penis, and will not take this lying down, because HOW DARE he not have literally everything.
Anish Kapoor gets his London associates to buy him a thing of Pinkest Pink, and being such a classy human being, posts a picture to instagram of him with his middle finger covered in Pinkest Pink, captioned with “Up yours. #pink”
Everyone flips shit, because. Y’know. Fuck that guy. Especially Stuart Semple. For context here, Anish Kapoor is one of the richest artists on the planet, and has repeatedly been referred to as everything wrong with the art world, and the epitome of the art worlds elitism problem. He’s a giant douchebag. Meanwhile Stuart Semple makes pigments just to get them out there. He turns 0 profit from his now enourmously popular pigments.
Stuart Semple launches an investigation as to who the fuck leaked Pinkest Pink, and plans to strike back. He does so by releasing two new products. First is Diamond Dust, which is a glitter made from glass, so that a painting is still visible after it’s applied, but glitters like a mofo. It’s the most reflective glitter out there, and is available to everyone who isn’t Anish Kapoor. And it being made of glass, if you stick your finger in there, it’s going to hurt quite a bit, so that was Stuart Semple’s way of saying “shove your middle finger in this, asshole, see what happens”. Except without saying that, because he can get an insult across while still being fucking classy.
He also releases Black 2.0, created with the help of over a thousand artists worldwide.
Black 2.0 is the answer to Vantablack. Black 2.0 is a slightly less black black, but looks functionally the same to the human eye. It’s completely safe, smells like cherries, and costs four pounds. Vantablack is highly toxic, potentially explosive, needs to be applied in a special laboratory and sealed properly, can’t be moved across borders, can reach 300 degrees celsius if you’re not extremely careful, and costs thousands of dollars. Anish Kapoor is the only human being who can use Vantablack. He is the only human being who cannot use Black 2.0.
So I think we can guess who got the better deal.
And thus the feud ends, Kapoor defeated.
…But not quite.
Kapoor, in this entire afair, has made exactly two comments to the public. The first being his charming message about aquiring Pinkest Pink, the second being claiming to Buzzfeed that he and his small army of lawyers will be suing Semple, an extremely poor artist who cannot afford a lawyer.
No lawsuit has been made yet, fyi.
The point is, Kapoor is a prick, and doesn’t like talking to the lower classes. So one day in July 2017, he decides he needs another floor on his London studio apartment, and starts making arrangements to have it built. His neighbors are fucking pissed, because this will ruin the light of their apartments. They call to Semple to save them, or at the very least piss Kapoor off some more.
Semple answers to the call, and releases two new paints, Phaze and Shift, as always, banned to Kapoor. They change colours, Phaze with temperature, and Shift is just iridescent. Shift needs to be painted over Black 2.0 to work, and Phaze just works on its own.
So that’s been the art world for the last two years.
Basically, get fucked Anish Kapoor your bean sucks and so does your vantablack.
Stuart Semple is organising a bean-kissing event for Anish Kapoor’s birthday.
Reblogging for “By attending this event you confirm that you are not Anish Kapoor, you are in no way affiliated with Anish Kapoor, you are not attending on behalf of Anish Kapoor or an associate of Anish Kapoor. To the best of your knowledge, information, and belief this event will not be attended by Anish Kapoor.”
ALSO HE JUST POSTED THIS!!!!!! LIGHTEST LIGHT!
I know this isn’t my art blog but this entire post gives me life
im sorry is that man holding a real actual miniature star in his hands
Y’all missed the best part about the lightest light, called aptly ‘Lit’. This is from their product page:
Two things:
1. “Anish Kapoor is however a penis” is the best line in this post.
2. I wish to be half as petty and half as awesome as Stuart Semple
extrait de mon texte sur la photographie de rue dans KUNCH magazine numéro trois
Sujets désuets, quotidiens et/ou contestataires, ils sont immortalisés dans l'espace public depuis les débuts de l'image fixée sur pellicule/verre/papier. Je pense à la Sortie de l'usine Lumière (1895) ou à John Thompson, un explorateur écossais qui photographiera les rues de Londres, avec ses petits marchands à la fin des années 1870 après une demi-vie à faire des photos people en Asie. Ça pose beaucoup à cause des limites techniques, mais les rues en toile de fond, les jeux d'ombres et les foules, leurs regards, sont déjà là et chez les frères Lulu, beaucoup semblent ne pas voir la caméra. Au Kunch on préfère parler des artistes vivant·e·s mais ce genre a cent ans (bien tassé) alors il y aura de tout. Apparue dans les bidonvilles parisiens après la Première Guerre Mondiale, la photographie humaniste arrive alors que la presse a besoin de remplir ses pages d'images. C'est dans cette logique de multiplication des supports de diffusion puis, des moyens de création photographique, que se crée l’engouement et le goût pour ce genre accessible et tendant vers l'universel. Bon, la photo de rue n'est pas seulement représentée par cette branche du photojournalisme, mais elle y a beaucoup contribué dans la pratique et l'imaginaire commun. Les projets d'observation du territoire missionnés par la DATAR en France ou par le FSA et d'autres organismes publics aux USA notamment ont participer, comme la presse, à ce mode de représentation. Il y a aussi l'utilisation de la photo comme carnet intime, car devenue très accessible en tant que produit de consommation. L'appareil photo accompagne alors les voyageureuses et photographes amateurs·trices au quotidien. Elle va aussi se construire avec et en contradiction de l'imagerie développée dans les cartes postales (vous aviez oublié ça existait avoue !). Entre journalisme, carnets intimes et commandes publiques, les images fabriquées (mise en scène, fausses légendes) ou instants volés dans l'espace public (à la manière des images ramenées de l'étranger par Hélène Katz, vieuxfuret ou Pierre Wayser), il y a plusieurs façons de faire et de voir ce genre particulier. Y'a t-il une est(hét)ique journalistique de devoir raconter du vrai ? Jusqu'où s'étend la rue ? Je vais essayer de résumer ici, en cinq catégories d'engagement, ces visions :
I. La photo de rue fait inévitablement une bonne place aux contre-cultures, comme preuve de mouvements contestataires et façons de vivre alternatives. Puis les gens aiment à voir des gens pauvres et/ou en marge de la société qu'iels construisent. On a la possibilité de s'impliquer comme Yann Castanier (1986- France) à Sète qui raconte "J’ai arrêté mon reportage. Trop de morts. Ce ne sont plus des SDF qui me quittaient, mais des amis". Il faut alors sortir de la rue et suivre vos sujets chez elleux, dans la continuation logique de ce dialogue avec la ville. La surprise qui vient après l'implication de la démarche photographique peut surprendre. Elleux aussi rentrent dans votre vie, votre intimité. Il ne faudrait pas oublier que même derrière l'appareil, on doit se sentir comme un acteur·trice à part entière de la société. Dans le genre clodo, on a aussi Miroslav Tichý (1962-2011) et son appareil photo à longue focale. Tout comme sa caméra, ses tirages sont fabriqués à base de bric et de broc. Invisible au reste de monde civilisé, je me souviens encore de ses photos creepy prises derrière le grillage d'une piscine municipale américaine. Ce Tchèque qui a, entre les années 50 et 90, montré le caractère des habitant·e·s de la ville en faisant corps avec celle-ci. Les gens comme les lieux deviennent anonymes, incertains, flous et raturés comme ses photos qui fonctionnent pour l'idée de la ville en général et pas d'un patelin ou d'une époque en particulier. Pourtant ces corps sont la transcription intime de l'espace public. Les rayures superposéees sur certaines images de vieuxfuret (1988- Caen), prises aux murs citadins, peuvent aussi rappeler cet amalgame entre la ville et celleux qui l'occupent.
II. Le travail à l'hyperfocale de Tatsuo Suzuki (1965- Tokyo) avec ses contrastes très forts, montrent une prise sur l'espace personnel des passant·es. Avoir une caméra dans les mains peut aussi changer votre façon de vivre, vous pousser à être plus curieu·x·se, plus hardi·e ou sociable qu'en temps normal. Interactions avec les sujets de ses photographies comme pour Hélène Katz (1983- Strasbourg) qui captent l'oeillade des passant·e·s et leur tape parfois la tchatche. Choper le regard et se fondre dans la masse, c'est aussi ce que fait Nicola Bertasi (1983-) vivant entre Paris et Milan) dans sa série La Dernière Lune (2015) où il suit à la manière d'un reportage des fêtes païennes en Roumanie. Dans le choix qu'il fait avec une autre série, cette fois en couleur, U Okraina, on voit l'importance du regard. Les yeux fusillent latéralement hors cadre, pour projeter le sujet dans le passé et le futur, ou direct, il permet aux spectateur·s·rices de rentrer dans la narration. Parfois même, c'est une image dans l'image qui apporte cette altérité, chez Katz aussi, venant d'une icône ou d'une pub qui regarde droit dans les yeux de celleux qui prennent le temps de les regarder. De l'importance du regard caméra qui met le·a spectateur·rice à la place du sujet, en face de son admoniteur comme les auto-portraits cachés dans les tableaux des grands maîtres du Quattrocento. On ne vit pas la réalité dans la même manière sans un appareil photo à la main. Vie améliorée, voir et se faire voir en restant discret·e, une pointe de courage inattendue.
III. Plus impliquant encore, mais a-t-on jamais le choix ? On peut aussi se perdre comme Moriyama (1938- Osaka), se prenant pour un chien errant à la recherche impossible de sa ville natale. À l'inverse de Didier Ben Loulou (1958- France-Israël) qui nous dit que « partir ailleurs, c'est croiser la solitude […] à force de vagabonder, on perd son identité », Moriyama la cherche. Selon Simon Baker, la pratique de Daido Moriyama, que ce soit en ville ou à l'extérieur, est préoccupée par une grande sensibilité à la poésie de tous les jours. Qu'est-ce que la street photography si ce n'est le moyen de partager une expérience ? Pierre Wayser (artiste français d'une soixantaine d'années), nous implique avec une écriture en deux temps, séparée par une pause de quinze ans sans prise de vue. Il mélange maintenant ses deux périodes en les montrant à égalité avec parfois, quelques personnages et lieux récurrents. La ville en tant que telle n'est plus non plus le sujet unique de ces photographes. En tout cas, elle n'est plus qu'un personnage comme les autres et les images de la route, du voyage, sont aussi des photographies de rue. Car à défaut de contexte, les critiques peuvent enquêter ou même laisser le·a spectat·eur·rice se l'inventer. C'est aussi une manière de relire les photos comme avec la découverte du fond Mauer, avec les images que Vivian Maier (1926-2009) avait caché toute sa vie pour qu'elles soient achetées au hasard d'une vente publique. Pourtant, on y découvre un travail qui fait sens aujourd'hui où son regard sur les rues de Chicago est maintenant exposé partout dans le monde. Cette écriture photographique, qui va dans le sens de la vie, nous pousse à voir ce genre sortir de la ville pour raconter l'humain dans sa recherche avec lui-même comme dans ses semblables. En posant son regard sur des scènes quotidiennes, le·a photographe permet aussi un point de vue croisé sur les réalités sociales et urbaines. Dans Voir les Aigles (2020), vieuxfuret nous montre le fossé technologique et donc économique entre les pays européens, sous couvert d'une virée en van amicale. De l'intime au voyage, la démarche personnelle prône. On comprend que c'est un besoin de se trouver, au sens large, et la photo de rue est un moyen de s'y essayer.
IV. Ben Loulou, l'universel méditerranéen, « trompe la temporalité avec le fragment ». Il prend en photo des vieilles pierres tombales avec les mêmes angles tortueux que ses portraits sauvages volés. La trace humaine, dans les images de Ken Torrens (1981- Haute-Savoie), c'est l'architecture qui l'a marque. Ces bâtiments, ou seulement l'évocation de ceux-ci, supplante parfois à la présence humaine, en tout cas elle la précède souvent dans son processus. La photographie de rue représente les Hommes, que ce soit celui ou celle qui a participé à la construction d'un bâtiment, celleux qui nettoient les pavés ou dorment dessus. On voit dans cette idée ce qui nous pousse à vivre ensemble. Avec les commandes publiques de la DATAR (1962-2005), la France veut voir évoluer ses paysages, notamment avec les banlieues. Ces commandes, exécutées par des grands noms, livrent une réalité donnée en un temps et lieu dit. Elles montrent l'évolution de ces lieux en métamorphose, comme Doisneau qui retourne en 1985 sur la banlieue parisienne, pour la DATAR, sur les bidonville qu'il avait immortalisés à Ivry en 1946. Pour Robert Doisneau (1912-1994 France) le moment décisif est dans l'attente, il construisait son décors théâtral de rue et de lumière jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose. L'effet reste candid ! Ses images forment l'imaginaire de Paris dans l'esprit de beaucoup sans le savoir tellement ses images ont été reproduites. Jean-Luc Nancy pense que la carte postale criarde oublie la ville, à la manière de Martin Parr (1952- UK) qui, depuis la moitié des années 80, emprunte cette esthétique désuète pour capter des enjeux politiques plus larges. Il fabrique de fausses images qui le ferait passer pour un touriste et reprend le reportage ou la photo de mariage pour montrer l'universel avec ses souvenirs, qui ressemblent donc à s'y méprendre à des commandes privées. Intemporel ou témoignage, la street photo montre l'évolution humaine à différentes échelles grâce aux traces que nous laissons.
V. Que peut-on alors exclure du genre de la photographie de rue ? Peut-être dès que le·a photographe a vraiment l'air de travailler, ses images perdent ce côté docu du quotidien. Comme les images statiques des londoniens de John Thompson. Les manifs montrent elles, une temporalité trop forte qui fait perdre en universalité. Aussi, quand Fatoumata Diabate (1980- Bamako, Mali) installe depuis 2016 son Studio de la rue, en hommage à la photographie africaine des années 50-60, elle suspend la vie des gens de la rue en montant un fond pour les y photographier. Fan Ho (1931-2016 Hong Kong) fait l'inverse en utilisant la rue comme un décor de cinéma. En dernier exemple la photo d'Yves Klein (1928-1962) se jetant d'un mur dans la rue les bras ouverts (Le saut dans le vide, 1960) où il invite John Kender et Harry Shunk pour la prise de vue. Le peintre pense cette photo et des photographes la réalisent et la truquent. Il y a ici, comme chez Diabate et Fan Ho, derrière une image qui ferait une très jolie photo de rue, la démarche inverse à la spontanéité de ce genre.
On a un peu évité la question de la couleur, car le gros de la sélection est en noir et blanc, mais c'est aussi un choix important. Chez des photographes français qui ont connu le passage au numérique, voire même ont vu évolué les modes et les prix des péloches, le noir et blanc est souvent synonyme d'une période révolue. Quand Didier Ben Loulou ressort ses vieilles pellicules monochromes pour Israel Eighties (2016), il montre une autre époque, avant qu'il n'abandonne les nuances de gris pour une technique d'impression multi-couches en contre-norme d'alors. Et dans ce XXième siècle où le n&b est une norme, un choix économique ou une mode, la couleur devient un engagement esthétique, comme pour ces deux photographes américains, l'une plus journaliste et l'autre plus artiste : Martha Cooper (1943- Baltimore) a photographié les débuts du graffiti à NY dans Subway Art (1984) en suivant des gosses puis les pontes de cet art naissant. Même sujet et pourtant une approche différente dans Subway (1980) de Bruce Davidson (1933- Chicago) qui s'intéresse moins aux graffeurs qu'aux gens qui vivent dans ce décor qui pue les aérosols. L'engagement vis-à-vis des sujets montre un rapport plus contemplatif et dur face au dialogue qui se voit dans les images de Cooper. Leurs projets se croisent et résonnent encore aujourd'hui grâce à ce choix esthétique. Avec ou sans interactions, c'est aussi l'opposition entre l'approche des sujets que Torrens qualifie lui-même de timide et le frontalisme d'un Tatsuo Suzuki ou son mystérieux suiveur coréen contemporain @arugwa, voire même les flashs agressifs de Bruce Gilden, dont Roméo nous parle dans l'interview qui suit. La photographie de rue, c'est avant tout un hommage aux travailleureuses et aux glandeureuses de l'espace public. Les artistes, sportifs ou passant·e·s qu'on aime voir faire vivre les rues et qu'on connaît à peine, enfin en moins emporté et binaire que dans la chanson de Brassens. La photographie humaniste a aussi sa subjectivité tout en poursuivant l'objectivité journalistique. Les photographes ne voient que ce qu'iels croient ! Autant vous dire que c'est politique. Iels montrent alors une vie ± en dehors des normes dans des lieux où le monde se retrouve. Iels partagent leurs façons de vivre ces zones co-habitées, et les interactions suscitées à l'image montrent leur chaleur ou la distance gênée mais respectueuse vis-à-vis des gens qui y vivent. La street photo c'est aussi son décor et c'est en ce sens qu'il rend réel et palpable les sujets montrés. Pas seulement en ville d'ailleurs, même si c'est souvent là qu'on trouve du monde. Qu'on montre une présence où le a photographe s'efface presque au profit de la vie, ou une intuition qu'iel ne peut exprimer autrement, la photo de rue nous offre cet instant. Un moment pour prendre le recul de s'imaginer là, avec nos congénères. Si vous voulez mon avis, il n'y a de photographie de rue que lorsque tous les sujets sont traités également : lieux et temps, comme les personnages au même niveau pour raconter plus que ce qu'on voit au premier regard. L'interprétation du spectateur doit être assez libre. C'est moins le reflet d'une réalité comme les manifs où le sens est plus explicite qu'une universalité qui est intéressante. Les photographes se racontent elleux-même autant qu'iels content le récit de l'humanité dans laquelle on cherche notre place. Le but est d'émouvoir, au moins esthétiquement, le temps d'un fragment de seconde superbe qui donne envie continuer à vivre pour mieux regarder ce(ux) qui nous entoure(nt). Être là au bon moment et ne plus jamais rien regretter. On a jamais fini de comprendre l'humain pour un jour mieux avancer. Henri Cartier-Bresson disait que bien-sûr, ce n'est que de la chance. Pourtant, on est jamais là par hasard, à chercher dans les autres notre identité. Il disait aussi ne pas faire de photo de rue puis il est devenu dessinateur quand il pouvait plus tenir son leica, qu'il ne lâchait pourtant jamais, c'est pas pour rien.
Pendant des siècles, les artistes européens ont utilisé un pigment fabriqué à partir de momies égyptiennes.
extrait de ma rubrique ciné dans KUNCH magazine numéro deux
Au Kunch, on ne croit plus aux chiffres qui contraignent nos vies. Jean-luc Godard, lui, croit que l'alphabet perd en sens. Son cerveau de vieux, dans sa logique, efface ces concepts qui diluent les images bien claires qui font notre raison. Dans une interview instagram du sept avril, il nous invite même à « aller au delà de la langue ». Plus universelles, les images sont une réalité qui s'évapore aussi vite qu'on croit la comprendre. Dans Nhà cây ou The Tree House (Vietnam, 2019) de Minh Quy Truong, un documentaire mêlé à la science-fiction dans son récit, le narrateur est un nouveau Martien en 2045. Il dit que là-bas, plus personne ne s'intéresse au cinéma. Ainsi la photo de Son Doan rend rassurant les souvenirs des montagnes nord vietnamiennes. On peut vous le spoiler, personne n'ira le voir - ce film est disponible sur la plateforme Mubi mais pas sur les torrents de ygg. Dans ce film d'une douceur âpre, l'auteur nous montre la valeur de l'image pour les populations recluses dans les montagnes à l'arrivée de ces c(ol)ons d'américains armés. Pour certains les images servent à faire revivre leurs morts le temps d'en faire le deuil. Force écrans divisés, on nous montre le monde des défunts en négatif et celui des vivants en positif. Le grain de la pellicule de Son Doan et son montage qui fait penser au tourné-monté des films en SUPER8 ajoute à la magie de cet objet cinématographique. Les splitscreen, on aurait aussi pu vous en parler avec le moyen métrage Lux Æterna de Noe mais on a préféré vous raconter une vieille séance, sans la présence du réalisateur. Il ne voulait pas nous donné d'itw improvisée car il était pompette. À lire dans quelques pages. Dans le genre rétro comme les fuites de lumière sur la pellicule des faux found-footage de The Tree House, on vous conseille les courts métrages engagés du Gystere Show aux décalages chromatiques cathodiques - avec par exemple les derniers Strange Breathin (2020) et Mxnsplanation (2019) d'Adrien & Anthony Peskine, dispos sur youtube. Tout a l'air fait avec le cul, des effets spéciaux aux costumes mais il y a en fait une belle recherche de références cinématographiques peu considérées (blaxpoitation des 70's, animation, sf ou émissions télé). Musique faite maison. Gros délire sur les dauphins aussi, avant le stoner-movie littéraire d'Harmony Korine, The Beach Bum (2019), sauf qu'ils tirent des lasers. Ces histoires servent un message décolonialiste, anticapitaliste et solidaire très actuel. C'est de la joaillerie ! Dans un vieux film retrouvé au hazard des internets, Ki lo sa ? (France, 1985) de Robert Guédiguian, c'est la crise existentielle des deux-mille que nous avons vu : Alcoolisme, création infructueuse, prostitution, ennui et fleurs de merde. Des thèmes abordés d'une manière beaucoup plus graphique et expérimentale dans Sedmikrásky ou Les Petites Marguerites (Tchécoslovaquie, 1966) de Věra Chytilová. On notera la belle séquence du voyage en train où les couches de couleurs se mélangent comme dans un trip 2001 space-odyssesque, mais revenons à nos vieux amis qui se retrouvent après plusieurs étés dans une même maison secondaire. Les couples sont fluides et stagnent au bord de la mare du jardin. Rappel discret de la révolution sexuelle fin 60. On trouve de belles scènes où les corps se mélangent en constellations. Ils vivent clairement leur meilleure vie. Ces inadaptés (ils bossent pas vraiment en attendant) en pleine régression dans un parc assailli de minots, ne savent plus se quitter. Dada, joué par Daroussin, devenu jardinier et gardien de la baraque, accueille ces perdus-de-vue et questionne les notions de richesse, du travail et de propriété. Les mioches détruisent, pillent, rentrent par effraction dans ce terrain trop peu occupé. Les bourgeois ne savent même plus pourquoi ils sont las, réutilisons leurs biens. On revient d'ailleurs dans cette guerre de classes qui fait, du decorum des documentaires qui suivent, une certaine actualité. Toile de fond #gj qui montre aussi que la vie continue sur la poudrière de la République En Marche. Pas sûr que ça les rendent forcément politiques. Avec L'époque (France, 2018), Matthieu Bareyre livre un portrait qui se veut sans jugement sur des gens qui trainent à Paris, que ce soit sur les grands boulevards, en terrasse ou dans les manifs. Derrière le micro, avec Collet, créditée comme scénariste, iels se posent en fait dans une posture supérieure. La connivence de classe avec des étudiants blancs en école de commerce contre la bienveillance mal placée pour des jeunes de banlieue. La réalisation aussi peut faire sourire avec des plans léchés à la poésie vide. N'est pas F. Wiseman qui veut. C'est aussi une stigmatisation qui fonctionne dans les deux sens, alors au Kunch on préférera la finesse de D'ici là (France, 2018) de Matthieu Dibelius, qui montre les différences comme des forces de caractères. Du silence de Koffi, le calme conducteur du taxi, aux comportements de ses clients perdus comme fous, c'est une galerie de portraits touchants en huis clos. L'extérieur dégueule dans les névroses des clients en situation de handicap et à mobilité réduite, ça laisse le temps à la réflexion de mûrir dès que Koffi coupe les nouvelles à la radio. Curieux rapprochement avec le film Give Me Liberty (USA, 2019) où un taxi-bus aux origines russes emmène ses clients handicapés à des funérailles. Il risque son travail à être humain et ça se termine en manifestations BLM que Kirill Mikhanovsky monte en noir et blanc en alternance avec des images de fête qui se désaturent. Tourné dans dans de vrais centres sociaux de Milwaukee, ce long métrage est plus réussi sur la forme que le fond mais jouissif d'imprévu(s) comme l'actrice Lauren Spencer qui s'y révèle. Vous aussi, vous aurez envie de chialer ! Toujours dans le gilet, on peut vous conseiller un doc à la Strip-tease sur les obsèques non-officielles de Johnny Hallyday. Ses fans se retrouvent à la croisée incroyable de la douleur de la perte de leur idole et la colère ambiante et tout aussi populaire. Dans Retiens la Nuit (France, 2019) de Simon Depardon, Arthur Verret et Baptiste Drouillac, on voit aussi la réappropriation des institutions religieuses ou même Balkany qui se sert habilement de la tristesse commune pour promouvoir la culture dans sa mairie. Vous pouvez trouver ces docs en replay sur tënk par exemple, au ciné ou en demandant simplement aux réals par mail. Si si, je vous jure on a fait comme ça. Dans son dernier film fait d'extraits, Godard nous récite "La seule chose qui survit à une époque, c’est la forme d’art qu’elle s’est créée". Il est né en dix neuf cent trente le pauvre.
“"Vous savez, quand une toile commence et va bien, c’est peut-être une illusion. C’est parce qu’elle se trouve sur un chemin connu. C’est au moment où je suis perdu, où je ne sais plus, que commence souvent l’aventure intéressante." 🎨 Pierre Soulages”