MEETING SNOWDEN NOW FREE ON THE WEB
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FRANCAIS
ALLEMAND

Origami Around
Sade Olutola
todays bird

PR's Tumblrdome

祝日 / Permanent Vacation
Alisa U Zemlji Chuda
No title available

Janaina Medeiros
TVSTRANGERTHINGS
I'd rather be in outer space 🛸
sheepfilms
occasionally subtle

roma★

❣ Chile in a Photography ❣
Misplaced Lens Cap
YOU ARE THE REASON
"I'm Dorothy Gale from Kansas"
PUT YOUR BEARD IN MY MOUTH

#extradirty
KIROKAZE
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@florevasseur
MEETING SNOWDEN NOW FREE ON THE WEB
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Big Mother Productions
En ce 11 septembre 2018, une part de moi a 17 ans, l'âge des premiers amours et des grandes embardées. En ce jour anniversaire de ces heures de ténèbres, je vous annonce la création de BIG MOTHER PRODUCTIONS, mon nouvel outil pour créer et produire du contenu à impact sociétal fort. Des livres, des films, des conférences. Les miens et j'espère vite les vôtres. C'est une tentative d'affranchissement, comme à 17 ans, loin de la "chaine de valeur" habituelle de la production de contenu qui n'existe qu'à travers le travail des auteurs et sa confiscation. Toutes ces années, il y eu quelques miracles, des désastres aussi. Je n'oublie pas que cela a souvent démarré dans la joie. Mais voilà, j'en ai soupé.
BIG MOTHER PRODUCTIONS c'est une tentative d'élaborer un nouveau récit de l'avenir, dégagé de l'idéologie de l'homme blanc qui nous emporte dans cette terrible marche vers l'extinction. C'est une tentative de résistance contre ce BIG BROTHER qui déjà nous détermine et façonne nos enfants à sa main. C'est la volonté de rappeler que la part d'enfance justement en nous est un trésor, car c'est le foyer de l'appétit pour la vie et du bon sens, attaqués chaque jour. De la créativité et de la joie.
Pour les préserver, j'aligne ici mon artisanat, l'écriture, avec le rôle qui me détermine le plus. Cela n'exclut personne. Nous l'avons tous. Les plus incroyables mères qu'il m'ait été donné de croiser sont ces hommes qui, conscients de leurs limites, ont choisi de tout donner pour nous élever. C'est un état d'esprit, une énergie pour produire, un parti pris de liberté, une déclaration d'amour, en ce 11 septembre 2018, à 17 ans donc, à la vie et à celles et ceux qui déjà me soutiennent et/ou comptent pour et sur moi. C'est une entreprise, soit aussi, une aventure en commun, dont l'unique ambition, posée dans son pacte, même si à ce jour cela n'a aucune autre valeur que celle immense que je lui attribue, est de faire oeuvre utile. Merci à celles et ceux qui déjà, depuis quelques mois, m'aident et me portent : c'est bon d'avoir des bonnes mères autour de soi. Et comme on a 17 ans, on a aussi ouvert un compte Instagram A bientôt pour des premiers projets qui, je l'espère, vous porteront autant que moi.
MEETING SNOWDEN PREMIERES IN THE US
Thanks to the United Nations Film Festival where our film will premiere in the US, we’re thrilled to announce the following events next week in San Francisco area:
OCT 24 at 6PM: Pre-screening and Q&A at PARISOMA in San Francisco
OCT 26 at 6PM: Pre-screening and Q&A at IDEAN in Palo Alto
OCT 28 at 8PM: US PREMIERE and Q&A with Larry Lessig at STANFORD
And here is the first review of the film in the US :
http://www.sfgate.com/movies/article/UNAFF-film-festival-focuses-on-democracy-human-12287923.php
TAZ* de l’année : TEDxVaugirardRoad
On s’était pourtant entrainé… Mais dans la série triple back flip carpé avec arrivée sur les deux pieds, je me souviendrais de ce moment là.
Reconnaissance éternelle pour Stéphane Roger de m’avoir tendu la main et de ne l’avoir jamais lâchée.
Reconnaissance éternelle pour toutes celles et ceux autour de toi Stéphane qui m’ont aidée, mais aussi mes compagnons de cordée ce soir-là, les autres intervenants et nos mains enlacées, dans le noir, quand il fallait y aller.
Reconnaissance éternelle pour cette vie qui me balance parfois dans les cordes et sur la route, qui m’envoient des trésors, des maitres, des idées. Et beaucoup des allié(e)s.
Reconnaissance éternelle pour cet auditoire merveilleux qui m’a suivie et soutenue de ses rires, regards et de ses larmes, parait-il.
Une personne encore plus chère à mon coeur était dans la salle et m'a dit : "tu t'es surprise toi-même".
C'est la magie de ce lieu, de ce moment et de celles et ceux qui les ont créés.
Une sorte de prise non de pouvoir, mais de liberté. Bon été à vous.
Et aussi, pour aller plus loin :
- les amis de TEDxVaugirardRoad
- les autres interventions de la soirée du 12 juin
- Mon documentaire sur Larry Lessig
- Mon article sur Birgitta Jonsdottir
- Des informations sur mon film, Meeting Snowden
* TAZ = Zone d’autonomie Temporaire. Là où nous en sommes, ou le texte à lire cet été : https://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_autonome_temporaire
MEETING SNOWDEN - the premiere in Paris
Was it the glass of wine I had before, the air conditioning gone mad, Remi’s music that caught my heart, your gazes stolen by the shots, their words everywhere ? During the Premiere of MEETING SNOWDEN on the Max Linder huge screen, I started to shiver.
In the audience, a blend of my worlds, family, friends for life, my many partners in crime. I saw the little girl, the student, the lover, the woman, the author, the citizen, the sister, the friend, the traitor, the mother. As the sun in Moscow was rising on the screen, I tried to collect my thoughts for the little speech I was supposed to deliver at the end of the film. Some words on their words. Alone by the back of the packed cinema, I could not get my arm to obey nor my hand to hold the pen. There was no way I could control anything anymore. The film was there, on screen. So I looked again this story unfold. As I had a thousand times without me intervening really.
The end credits ran too fast, taking away the name of all those that crafted this piece of work with me. The lights came back. And then I saw your many faces, shaken, as I was after the filming, and in your eyes, a little star, a light, a thank you. I got that I was the body the idea had chosen to materialize itself, to pass along. Capturing this conversation between these three bigger-than- life characters was an adventure I can not even start to describe. My part is done. But the trip is just beginning.
THE FILM WILL AIR ON ARTE ON JUNE 15
Larry Lessig and Birgitta Jonsdottir on stage,
greeted by a standing ovation,
before a debate with the audience (with Pascale Faugère - amazing translator)
Many thanks to Julie Perris and Paul Rozenberg (my producers), Alain le Diberder, Kay Mezeberg and Marco Nassivera (Arte), who commissionned the film. In the picture below, Benedicte Jeannerod - Human Right Watch, and Cecile Coudriou - Amnesty International, two partners for the premiere, Julie Perris and Marco Nassivera (hosts for the night).
Est-ce ce verre de vin avant le début de la première, la climatisation de la salle, la musique qui part et m’attrape les tripes, vos regards happés par l’image, leurs mots partout ? Pendant la première de MEETING SNOWDEN sur l’énorme écran du Max Linder, j’ai commencé à trembler.
Dans la salle, il y avait presque tous mes mondes, ma famille, mes ami(e)s de toujours, mes partenaires de jeu, de l’édition, de l’activisme politique. J’ai vu la petite fille, l’étudiante, l’amoureuse, la femme, l’auteure, la citoyenne, la soeur, l’amie, la traitre, la mère. Toutes mes vies. Dans le noir, éclairée par Moscou, j’ai voulu prendre quelques notes pour ma petite intervention après le film. Quelques mots sur leurs mots. Seule au fond de la salle presque pleine, je n’ai jamais pu reprendre le contrôle de ma main. Alors j’ai lâché l’idée de contrôler quoi que ce soit. Le film était là. Et j’ai regardé, pour la millième fois, cette histoire se raconter sans que j’intervienne vraiment. Le générique a défilé, emportant trop vite le nom de celles et ceux sans lesquels tout cela n’aurait été que le rêve d’une enfant gâtée. Et alors vous avez applaudi. J’ai vu vos visages un peu sonnés, comme moi après ce tournage, et au fond de vos regards, une étincelle, une larme ou un merci. Et j’ai compris que j’avais fait mon travail. Que j’étais ce corps dans lequel cette idée était venue se loger pour se matérialiser, passer. Capturer ce moment, cette rencontre entre ces trois personnages plus grands que la vie, Edward Snowden, Larry Lessig and Birgitta Jonsdottir était une aventure bouleversante. Pour un tas de raisons, j’ai l’impression que le voyage ne fait que démarrer. A très vite pour d’autres projections, discussions, débats et surtout la diffusion le 15 juin 2016 sur ARTE. Merci à Julie Perris pour cette soirée. Merci à vous qui étiez là et m’avez signifié par vos mots et gestes, bienveillance, amitiés et tendresses. #biggerthanlife
Moscow, December 2016
With Birgitta Jonsdottir and Larry Lessig. The most intense day of filming of my life is about to end. It’s -12°C and I do not want to leave. Yet someone is missing in this street. Citizen Four is no longer with us, But he will be everywhere in our film. MEETING SNOWDEN Coming soon on Arte #thisiswhatdemocracylookslike
Moscou décembre 2016, Avec Birgitta Jonsdottir et Lessig2016. On vient de finir une journée totalement folle de tournage. Il fait -12°C, il est minuit et je n’ai aucune envie que cela s’arrête. Dans cette rue, il manque l’un de nos personnages. Citizen Four n'est plus avec nous, Mais il sera partout dans notre film. MEETING SNOWDEN Bientôt sur Arte. #cequilrestedeladémocratie
Ce qu’il faut comprendre, entendre et attendre du résultat de l’élection américaine: L’analyse de Larry Lessig
”A l’invitation du théâtre d’Annecy, le professeur Larry Lessig était à mes cotés sur scène le jeudi 10 novembre .
Deux jours après le résultat d’une campagne éléctorale triste à sombrer, l’analyse de ce professeur de droit, de cet activiste anti-corruption et de ce candidat à la primaire débouté par son propre parti (les Démocrates) fut précieuse.
La salle, hyper recueillie, s’est animée au moment des questions. Je n’ai jamais vu une telle forêt de bras levés. C’était beau et ingérable, une énorme leçon pour moi. Nous sommes plus que jamais inquiets, à vifs, peu enclins à nous écouter. Et pourtant...
Le débat fut précédé de la projection du film que je lui avais consacré, avec Laurent Besançon, pour Arte et les conférences TED, il y a un peu plus d’un an, alors que Larry Lessig se présentait aux primaires. Le film a terriblement vieilli. C’est une vraie douleur que de le regarder. Trump, avec son art de la manipulation de la colère contre le système, les algos, des “echos chambers” et des épouvantails, nous a totalement ringardisé.
Voici le débat (vous pouvez passer jusqu’à la 55ème minute si vous connaissez le travail de Larry Lessig et/ou avez déjà vu le film) :
Melati et Isabel Wijsen en France
A l’occasion de la diffusion sur ARTE de mon documentaire sur leur action et parcours, à l’invitation Bonlieu Scène Nationale, Isabel et Melati sont venues de Bali en France.
Ensemble, nous avons en fait tenu quatre événements (projection-débat) en deux jours, deux au théâtre (avec 300 enfants puis 300 adultes),
Une session dans un collège à Feyzin, (l’une des villes les plus polluées de France), avec six classes de 6eme et 5eme,
et une session à Lyon 6eme, mélangeant parents et enfants.
Voici le lien vers la session de Questions & Reponses entre Melati, Isabel et la salle, à Annecy :
http://livestream.com/accounts/7158120/events/4481400/player?width=560&height=315&autoPlay=true&mute=false
Réaliser ces films fut magique, les partager, dans les villes, avec des enfants surtout, dans un théâtre ou une salle communale, énorme. J’en ai perdu ma voix pendant 4 bons jours. Autour de moi, des instituteurs utilisent la version courte dans le cadre du programme d'instruction civique et morale (ou pas d’ailleurs). C’est un bonheur de voir un travail, une fois lâché, suivre sa route. Merci Annecy, Fatiha, Marie, Angélique, Florence, Salvatore, René et bien sur Melati, Isabel et leurs parents
Et si les enfants changeaient le monde ? Mon nouveau doc pour Arte
Vous êtes entourés enfants ? Ne savez pas toujours quoi leur raconter sur notre monde ? Comment leur donner envie de s'y plaire, de s'y réaliser ? Moi aussi. Du coup, j'ai fait un premier documentaire (la suite des TEDStories), deux en fait, pour eux, pour nous sur Melati et Isabel Wijsen, deux jeunes filles indonésiennes qui ont convaincu leur gouvernement d'interdire les sacs plastiques sur leur ile, paradis ravagé par le plastique et le changement climatique.
Derrière la plage, les belles couleurs de Bali, la rage. Ce film porte sur ce qu’il reste de dignité en chacun de nous, ce qui veux vivre malgré tout. C’est un film sur et pour les enfants, les nôtres et ceux qui demeurent en nous.
L’analyse de leur action à travers Bye Bye Plastic Bags est un prétexte pour comprendre ce qui les anime, les façonne : une éthique personnelle, une école à rebours des notres, la Green School :
Je ne pensais pas faire ce film. Il s’est imposé. Au delà du fait qu’il s’agit de mon premier travail comme réalisatrice à part entière, j’ai appris comme jamais. Avec cette série documentaire, depuis 2 ans, j’ai interviewé certains des plus gros cerveaux de la planète. Personne ne m’a bluffé comme Isabel et Melati, mais aussi John Hardy, le fondateur autodidacte de leur école.
Et si pour changer le monde, il fallait changer nos enfants, la façon dont nous les éduquons, les considérons ? #nerfdelaguerre #finduregnedelhommeblanc
Mille mercis à Arte, les conférences TED, Manu Royer & David Martin pour leurs images magnifiques, Julie, Adèle, Camille pour leur calme et professionnalisme, Halida la meilleure fixeuse du monde et à ceux qui m'ont mise sur ce chemin, mon fils de 6 ans et mon ami pour toujours Bruno.
Human - Le film
Il y a deux ans et demi, je suis entrée dans une cabine Agecco, sur un dock, dans le sud de Paris. Deux jeunes filles m’ont demandé de regarder la caméra et de répondre à leurs questions. Je suis sortie lessivée au bout d’une heure trente. Et puis j’ai oublié. Comme les deux milles personnes qui ont participé à ce film. Voici ce, qu’avec leur réalisateur Yann Arthus Bertrand, elles ont retenu (version sous titrée en portugais, impossible de trouver la version sous-titrée en anglais, publiée initialement)
La Cura - Cadeau du ciel
J’ai rencontré Salvatore Iaconesci et sa compagne Oriana il y a trois ans à la conférence TED. Salvatore était venu présenter LA CURA, sa tentative de prise de contrôle du traitement de sa maladie, sa tumeur au cerveau. En hackeur, il avait récupéré son dossier, plongé dans les données médicales, demandé de l’aide, sur Internet, pour les comprendre, les mettre en ordre. Des milliers de personnes lui avaient repondu. Salvatore avait saisi la bête. Il s’était approprié sa cure. J’ai eu la chance de faire son portrait pour Le Monde. Trois plus tard, Salvatore et Oriana, en superbe forme, sont à Paris au Festival Futur en Seine. Ils ont fait un livre de leur aventure et m’ont demandé de modérer leur session. C’est un formidable cadeau. RDV samedi 11/06 à la Gaité Lyrique vers 15h pour une plongée dans cette histoire, démente, de hack, de rage et de vie.
Pour s’inscrire : http://www.futur-en-seine.paris/programme/keynote-la-cura
Et l’article est ici :
En Bande Organisée en Corée
En Bande Organisée, mon 3ème roman, paraitra en Coréen. Quelle magnifique couverture ! Occupy Wall Street revisté par le design coréen. Merci les Editions des Equateurs pour ce nouveau voyage ...
En bande Organisée, my third novel, is about to be published in South Korea. What an artwork ! Occupy meets great korean design. Many thanks to my Publisher. Books are trips that never end.
La reine de glace - XXI
Punk, anarchiste et hackeuse, Birgitta Jonsdottir est en Islande la « petite souris qui rugit ». Au pays des vikings, la sœur de Lisbeth Salander pourrait devenir Premier ministre.
... et cela n’a jamas été aussi vrai.
En ce mois d’avril 2016, les #PanamaLeaks précipitent l’histoire de ce micro-pays en révélant au monde l’incurie de son élite dirigeante, revenue au pouvoir en 2013. En début de semaine (donc avant les révélations du PanamaLeaks), les pirates étaient crédités de 42% des intentions de vote. Les PanamaLeaks “bossent” pour eux. Pour comprendre l’importance toute stratégique de ce micro pays, sa liberté rare (autonomie monétaire, indépendance énergétique, population ultra éduquée) ; pour comprendre les idées des pirates (sur la démocratie, la liberté d’expression, la protection de la nature, l’Europe) ; pour connaitre Birgitta, Future Première Ministre potentielle et à travers elle, un pays qui ne fait rien comme personne, voici l’intégralité de mon reportage publié en Janvier par la revue XXI. L’Islande est ce petit pays dans lequel rien n’arrive. Jusqu’à ce que tout y arrive.
(Une version internationale de ce reportage est accessible sur Backchannel)
En ce matin du 7 octobre 2008, les Islandais se réveillent abasourdis. Ils ne savent pas si les supermarchés ont pu être réapprovisionnés. Depuis le début de l’année, la Couronne islandaise a chuté de moitié face à l’euro. Les prix ont flambé comme le montant de leurs emprunts contractés dans l’euphorie du boom. La consommation en berne, les entreprises locales ont fermé. Les banques du pays se sont écroulées. En pleine débâcle, le gouvernement a été sommé de choisir : lâcher les banques ou lâcher la population ?
La réponse est tombée en direct à la télévision la veille. Blafard, le Premier ministre Geir Haarde a décrété une loi d’urgence instaurant la prise de contrôle immédiate du système bancaire par l’Etat et la protection des comptes des Islandais. « Que Dieu nous bénisse », lance-t-il. Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, un pays d’Europe occidentale sollicite l’aide du FMI. Les Islandais sont coupés du monde.
Quatre jours plus tard, un petit groupe se rassemble sur le square d’Austurvöllur, face à l’entrée du Parlement. Bientôt septuagénaire mais fringuant, le parolier Hordar Torfasson appelle à la démission des députés. Un porte-voix à la main, il est un peu seul. Un gardien lui demande de faire moins de bruit pour ne pas déranger le travail des parlementaires. Hordar s’en va dans un sourire. Et revient le lendemain, avec des casseroles, des cuillères en bois et une femme qui peut l’aider à faire du bruit.
Poète, éditrice, activiste, Birgitta Jonsdottir est en Islande la rabat-joie de service. Immense, brune, elle parle fort et vrai. Elle bouillonne d’idées neuves. Elle n’appartient à aucun monde, ne cherche pas à séduire et à l’expérience des manifestations et des sit-ins.
Une féline blessée
Sa voix cassée par la nicotine et les cris passés garde une intonation enfantine qui tance et chante en même temps. Physique, féline, elle a tout de l’animal blessé : « Je suis une punk, j’ai l’habitude qu’on ne m’aime pas ».
Les Islandais portent un masque impassible, le visage de Birgitta laisse entrevoir ses batailles. Féminine, elle veille à ses accessoires, sa coiffure, ses boucles d’oreille… Chez elle, rien n’est gratuit : le corps est message. Sa silhouette est voutée par les épreuves, sa démarche heurtée par des problèmes de dos. Ses mains sont faites, ses traits fins, ses yeux immenses et sincères d’un bleu minéral. Depuis des années, elle hurle dans le désert. Pour se faire entendre, elle utilise les poèmes, l’Internet, la peinture, les performances artistiques, l’activisme. Anarchiste, elle a détesté le « miracle » islandais : « Tout s’était aseptisé. J’ai bien cru que mon pays allait devenir le Luxembourg ».
Pendant que politiques et citoyens se goinfraient de prêts toxiques, pendant que les médias regardaient ailleurs, Birgitta s’est engagée aux cotés de zadistes pour bloquer l’installation d’usines de transformation d’aluminium. « A l’époque, personne ne voulait mettre en doute les fondements du miracle économique. Moi, j’ai choisi d’être pauvre, et par chance j’ai toujours été fauchée ». ». Elle n’empêcha rien. Elle fut aussi assez seule alors qu’elle plantait chaque matin son piquet pour le Tibet devant l’ambassade de Chine.
L’effondrement du pays crée une brèche inespérée. « La société écrase vos comportements les plus personnels. Les crises libèrent une énergie particulière. C’est l’occasion de changer. Ou pas ». C’est la débâcle, Birgitta jubile. C’est le chaos, Birgitta va l’organiser.
Passé le choc du 6 octobre 2008, la parole se libère. Dans le pays, quelque chose s’anime, s’allume. Les Islandais se retrouvent dans les clubs de couture, aux concerts, aux bains thermaux. Cela fait douze siècles qu’ils survivent sur leur île glacée. Ils sont 320 000, comme une grande famille. Leur pays est le plus heureux au monde. Ils ont l’optimisme chevillé au corps. Piqués à vifs par leur débâcle, ils veulent reconquérir leur histoire, devenir la boîte de Pétri d’une démocratie en crise.
Au pied du parlement, ils sont de plus en plus nombreux à taper sur des casseroles avec leurs cuillères en bois. Chaque samedi, traînant son grand corps de descendante cherokee, Birgitta les rejoint. Elle gagne mal sa vie avec la création de sites internet. Elle s’occupe de son dernier fils qui présente des signes d’autisme. Mais elle embrasse la rébellion, prend la parole, coordonne les manifestations. La quarantaine passée, l’ancienne punk a roulé sa bosse. Elle pense vite, paie de sa personne. Ses combats font autorité.
D’octobre à mars, les manifestants occupent la rue. Cela n’est arrivé qu’en 1947, quand les GI’s ont débarqué. Avec l’hiver, ils chantent, dansent et hurlent pour se réchauffer. Sans violence, ils triomphent. Le gouvernement, les députés et le patron de la Banque Centrale démissionnent en bloc. Le Premier ministre finit avec des œufs en pleine face. Le chef de l’Etat annonce des élections anticipées. Le pays a deux mois.
Les petits partis se multiplient, les grandes familles se terrent. Birgitta fonde the Civic Movement, une organisation politique éphémère au budget de 1.500 euros. « On se détestait tous, mais cela n’a duré que le temps de la campagne. Trop courte pour s’engueuler vraiment. Mon fils avait des problèmes, je ne voulais pas me présenter. Mais il n’y avait pas assez de femmes sur notre liste, alors je m’y suis collée ».
Une île très rock and roll
Le Civic Movement récolte 7,2% des voix. Birgitta est élue députée : « C’était comme appartenir à une équipe de foot qui vient de gagner le championnat ». L’Assemblée s’ouvre aux amateurs. Sortie de nulle part, Birgitta n’a aucune expérience politique. Aux premières loges, elle fait feu de tout bois : « Je suis intuitive et colérique. J’ai beaucoup d’énergie, pas beaucoup de temps ».
Le pays veut apprendre de ses erreurs. L’ancienne magistrate franco-norvégienne, Eva Joly, prend la direction d’une commission d’enquête sur « les crimes économiques ». Elle pointe les erreurs politiques, l’aveuglement des media, leur dépendance aux capitaux privés et l’immaturité générale. Trois banquiers sont condamnés par la Cour de Justice à cinq ans et demi de prison pour manipulations de marché et délits d’initiés. L’ancien Premier ministre est reconnu coupable de négligence.
De nouvelles figures émergent. Le comédien anarchiste Jon Gnarr se présente à la mairie de Reykjavik. Par l’absurde, il moque ses adversaires en promettant d’installer un Disneyland dans la capitale. Sa campagne est une blague, la population l’élit. L’Islande devient très rock and roll. Lady Gaga veut son selfie.
La situation reste difficile. Avec la déroute des banques, et plus particulièrement celle d’Icesave, une banque en ligne qui a ponctionné les épargnants anglais de 2,7 milliards d’euros, la Grande-Bretagne presse l’Islande de payer. C’est techniquement impossible. Furieux, le Premier ministre britannique Gordon Brown place le pays sur la liste des Etats terroristes et gèle ses avoirs à la City.
Neuf cents cinquante citoyens sont tirés au sort pour définir les grands principes d’une nouvelle Constitution. Des experts transforment cette matière en 700 pages de recommandations. Une Assemblée constituante de vingt-cinq élus - des avocats, des chanteurs, des hommes au foyer, de toute génération - rédige par consensus un texte.
Cette aventure embarque le pays. Sur Internet, chacun peut consulter et intervenir sur ses dispositions quant à la séparation des pouvoirs, la transparence, l’accès à l’information, la protection de la nature comme bien commun. Les sessions se concluent en chanson. Quatre mois plus tard, la nouvelle Constitution est adoptée à 67% par referendum. C’est une période ahurissante d’initiatives et d’affranchissement. Birgitta en est.
Quand elle n’est pas au Parlement, elle rejoint ses tribus : les artistes, les anarchistes et les militants de l’Internet libre. Dès son arrivée sur l’île, le web s’est imposé. Annulant distance et océan, il relie les Islandais au monde. Ils en sont fans.
L’Islande est le lieu où il faut être. En 2009, Julian Assange débarque en Islande et terrain conquis. Il cherche un refuge pour les serveurs de Wikileaks, chargés de documents explosifs et lance l’idée de faire du pays l’équivalent d’un paradis fiscal pour la liberté d’expression. En coulisse, Birgitta bondit. Défenseuse des libertés et codeuse, elle voit là le moyen de donner au pays une raison d’être sur l’échiquier mondial. L’île dispose de déserts (72% du territoire) pour accueillir des bataillons de serveurs, d’air glacé pour les refroidir et de géothermie pour les alimenter quasi-gratuitement. Le pays pourrait aussi offrir une protection juridique aux sonneurs d’alerte.
La députée propose à Assange de concrétiser son idée. Flatté, il s’installe à Reykjavik avec plusieurs volontaires. Birgitta soumet leurs recherches aux autorités. Le gouvernement s’engage, au travers d’une résolution, l’Iceland Modern Media Initiative (IMMI), à faire de l’Islande un éden de la liberté numérique..
Agent double
Quelques mois plus tard, dans un café en face du Parlement, Assange lui montre les premières images du viseur d’un d’hélicoptère américain tirant à vue sur des civils irakiens. Horrifiée, la députée aide à son tour le « hacker ». Elle lui trouve une planque et contribue au montage du documentaire Collateral murder, une bombe pour le gouvernement américain. A sa diffusion, cinq mois plus tard, Assange est projeté en pleine lumière. Volontaire de Wikileaks, Birgitta devient la parlementaire islandaise la plus connue, et se retrouve avec une enquête du FBI sur le dos.
La nuit, elle travaille sur les câbles diplomatiques qui horrifient Washington et ses alliés. Le jour, la députée se rend aux réunions de l’Otan avec un autocollant WikiLeaks sur son ordinateur. Elle joue de son statut d’agent double. Sa position de députée la protège et lui donne accès aux antichambres du pouvoir. Sa proximité avec l’underground de l’internet lui fait gagner en efficacité et connaissance : « Pour aboutir à la meilleure décision, il suffit d’accéder aux plus grands cerveaux possibles. Internet permet cela. Moi je suis une parfaite imposteur, je ne connais rien ».
Avec ses relations dangereuses, sa franchise brutale et ses idées iconoclastes, Birgitta veut décaper la politique comme la chanteuse Björk a décapé la pop music. Mais son pays se heurte aux lois de la gravité : « A partir de 2009, nous avions une opportunité en or. Mais nous nous sommes dispersés. Nous avons voulu nous attaquer à trop de problèmes. Du coup, on n’a rien fait vraiment ». Les effets des décisions sont longs à venir. L’énergie née de la crise se dissipe. La population se lasse, le fatalisme gagne.
En 2013, Birgitta se présente aux législatives sous la bannière du Parti Pirate qu’elle importe en Islande. Réélue avec deux colistiers, elle fait face aux partis traditionnels qui bloquent le processus constitutionnel. Ils reprennent les vieilles recettes et s’en tirent à merveille. Devenu premier producteur mondial d’électricité par habitant, le pays renoue avec la croissance, jugule le chômage et rembourse avant l’heure l’aide octroyée en 2008 par le FMI, épaté.
Ce succès masque une réalité plus complexe. De nombreux habitants ont émigré et ceux qui restent cumulent plusieurs emplois. Le pays est endetté à hauteur de 100 milliards d’euros, les capitaux étrangers sont bloqués pour stabiliser la monnaie, le système de santé est taillé en pièces. Eva Joly repart. Rincé par trois années de mandat, le maire anarchiste de Reykjavik fuit aux Etats-Unis.
Pas rebelle, hackeuse
Birgitta incarne ce qu’il reste de la révolution des casseroles. L’exercice du pouvoir l’abîme : « Il faut être imperméable ». Sa solitude la radicalise : « Je suis le moustique dans la tente, je les empêche de s’endormir ».
Tenace, elle applique les principes de son parti Pirate : pas de chef, pas de personnification. Elle est capitaine, mais sans titre ni privilège. Elle vote au Parlement selon les consignes des internautes, s’inclinant devant l’avis majoritaire recueilli sur Internet.
Avec seulement trois députés, son parti Pirate est aujourd’hui crédité de 38% des intentions de vote aux prochaines législatives, plus que les deux partis traditionnels réunis. « Les gens en ont ras-le-bol », dit-elle lucide. Elle pourrait devenir Premier ministre. Ses grands yeux roulent en arrière : « C’est mon pire cauchemar ».
Birgitta n’est pas rebelle, mais hackeuse. Râler ou dénoncer ne lui suffit pas. Elle veut une démocratie qui fonctionne à nouveau. L’exercice du pouvoir est à ses yeux un prix à payer. Elle n’acceptera le poste que si elle a « les mains libres ». Son plan d’action est radical : appliquer la nouvelle Constitution, mettre en œuvre l’IMMI, la loi sur la liberté d’expression, lancer un débat « digne de ce nom sur notre adhésion à l’Europe », auditionner les ministères. Et démissionner après six mois : pour repasser par les urnes avec une feuille de route en main.
Un autocollant « NSA recording device » (« Enregistré par la NSA ») barre le capot de son ordinateur : « Je me fiche que les Américains m’écoutent. J’espère même qu’ils le font et que cela les fera changer d’avis ». Agitant sa montre connectée, ce mouchard par excellence qui détonne dans sa panoplie de bracelets ethniques, l’enfant terrible s’excuse : « Je me suis laissée séduire, je n’ai pas pu résister. La consommation, c’est comme la cocaïne. Tu veux toujours plus. Et moi, je suis un vrai mec, j’adore les gadgets ».
Elle ressemble à Lisbeth Salander, l’héroïne de Millenium : même hargne, même énergie, même âpreté. Sa famille, dit-elle, était « dysfonctionnelle » : « J’ai développé des antennes et appris à résister à tout, comme un super-cafard. Ma capacité à m’exprimer en public, je ne l’ai pas acquise dans les livres ou à l’école. Je la dois aux alcooliques anonymes ».
Comme l’héroïne de Millenium, Birgitta est déjà tombée tellement bas qu’elle n’aurait pas du remonter. Elle a trouvé son chemin dans le chaos. Elle a eu mille vies, perdu autant de batailles et presque tous les siens. Elle a baroudé au gré des amours, des poèmes et des projets. Elle a un coté troubadour, guerrière aussi. « Cela me flatte que l’on me compare à Lisbeth Salander mais, heureusement pour moi, je n’ai pas eu son passé ». Le doute est permis. « J’ai toujours été le vilain petit canard ».
Son père, « capitaine des poissons »
Rescapée d’une enfance viking, version Dickens, elle naît de l’union d’une troubadour de 19 ans avec un homme « persuadé de travailler pour le KGB ». Le père abandonne femme et enfant. Birgitta et sa mère atterrissent dans le minuscule port de Þorlákshöfn. Sa mère y rencontre un pêcheur. A 4 ans, Birgitta décide d’avoir pour père ce « capitaine des poissons » et demande à sa mère de l’épouser. Le jeune couple a un fils. « C’est là, à 5 ans, que je deviens maman pour la première fois », raconte-t-elle.
Sa mère « tourne à travers le pays ». Birgitta s’occupe de son petit frère. Une vie « comme un arrêt de bus » : « Un tas de gens passaient chez nous : des clochards, des touristes, ou des intellectuels ». Soumise à tous les vents, Birgitta tombe en lecture : « Je lisais le matin avant d’aller à l’école. A la récréation, j’échangeais les cartes de bibliothèque. A 10 ans, j’avais descendu le stock du village ».
La gamine passe les vacances chez ses grands-parents maternels à Hveragerdi, à une heure au sud-est de la capitale. Les sources d’eaux chaudes abondent le long de la rivière qui se déverse en cascades. Dans cet univers féérique, la jeune fille parle aux pierres comme d’autres parlent aux poupées. Elle s’émerveille des histoires que lui raconte sa grand-mère sur les petits peuples cachés. Chez ses grands-parents, musiciens et lettrés, elle découvre Orwell et Laxness, le prix Nobel de littérature islandais. Les livres, dit-elle, sont ses « seuls amis ».
Elle a une dizaine d’années quand la mort déboule : ses grands-parents d’abord, des amis ensuite, et sa tante et son mari qui disparaissent brutalement : « Leur voiture a été retrouvée plus tard, elle avait glissé sur la route gelée et ils étaient tombés à l’eau ».
Autour d’elle, la vie est grignotée par le vent, la glace, l’alcool, les Elfes, la dépression. Elle fait une première tentative de suicide. Ses parents divorcent. Birgitta et son petit frère sont séparés. Elle suit sa mère à Reykjavik. Dans leur minuscule appartement, elle subit son alcoolisme, ses va-et-vient sordides. « C’est là que j’ai appris à sentir une atmosphère, savoir s’il faut que je reste dans une pièce ou pas. Encore maintenant, en politique je me sers de cette expérience. En entrant quelque part, je sais tout de suite s’il y a du danger. C’est comme un sixième sens. ». Birgitta se cherche un cadre, supplie sa mère de l’envoyer en pension. « Le plus loin possible ».
A 11 ans, elle fume. A 12 ans, elle découvre l’alcool. A 13 ans, elle trouve son premier job dans une épicerie : « il y avait du monde tout le temps et j’adorais ça. Je me suis rendue compte qu’être active me faisait du bien. Il fallait que je me tienne occupée pour ne pas être préoccupée ». En ville, elle traine avec des punks, le devient : « Ils vivent plus fort que les autres parce que la réalité leur est insupportable ». Les fêlures sont des portes d’entrée, des points de connexion. Birgitta a toujours du mal à se « connecter avec ceux qui n’ont pas souffert : les politiques, les banquiers, les riches… ».
La punk écoute Crass en boucle, Broken English de Marianne Faithful. Elle découvre les anarchistes et essaie toutes sortes de pilules : « J’étais tellement accro qu’en plein hiver, avec quelques ados du pensionnat, je filais en stop jusqu'à Reykjavik pour trainer avec les punks ». Elle y croise une fois son père biologique. Elle fait une overdose, se choisit un autre pensionnat, au milieu de l’ile : « Tous les punks s’y retrouvaient, c’était l’endroit où il fallait être ».
Elle rencontre son premier amour Jon Gnarr, le futur maire de Reykjavik. Ensemble à quinze ans. Ils se droguent, lisent les anarchistes, rêvent d’ouvrir l’antenne islandaise de Greenpeace, de devenir acteurs, créent une première pièce de théâtre. « On a quitté l’école à 16 ans. On a essayé de s’installer à Reykjavik. Ca n’a pas marché. Par la suite, on n’a pas vraiment entretenu notre relation », reconnaît-elle.
« Il fallait que je sois un roc »
Rebelle et paumée, elle ne sait que faire d’elle-même. Elle noie son chagrin à Hveragerdi, chez ses grands-parents. « Avec le recul, j’ai de la peine pour eux, j’étais immaitrisable ». Elle fréquente le club de théâtre du village. Une visite est organisée au Parlement, elle refuse d’y entrer : « J’ai écrit pendant cette visite mon premier poème, ’’Black Rose’’ ». Sa mère fait publier sa prose et l’adapte en chansons. Elle vient d’épouser un homme de dix ans son cadet. Birgitta n’a que 9 ans d’écart avec son nouveau beau-père.
Ecrire l’accapare : « J’ai passé des années à tenter de faire publier mes poèmes ». La punk butte sur les regards et les désirs des autres : « J’étais hyper timide, avec une estime de moi totalement inexistante ». Mettre en scène ses textes devient plus important que les voir publiés : « Je me suis rebellée contre ce monde, alors j’ai commencé à peindre ».
A dix sept ans, l’ennui. Elle prend un bateau pour la Suède. « Quand tu vis sur une île, il faut la quitter ». Elle retrouve pour Noël, retrouve son père choisi, le « capitaine des poissons » : « Il a déposé les cadeaux, et s’est absenté. Nous l’avons attendu pour diner ». La famille lance l’alerte. Sa voiture est retrouvée près d’une rivière, avec ses affaires. « Il était le meilleur pêcheur du village, mais il s’était blessé au dos et son activité avait périclité. Il avait refusé de s’endetter et vendu son bateau. Je n’avais jamais vu qu’il souffrait tant ». Pour se réchauffer, elle écrit Warm Water.
« Jusqu’à son suicide, j’étais sûre de mourir avant 25 ans. Il était mon roc. A partir de là, j’ai vu que je n’avais plus le choix : il fallait que je sois un roc pour moi-même ». Birgitta s’enfuit à Londres où elle économise pour se payer une école d’art. Elle rend visite à sa mère au Danemark, la trouve en plein chaos d’un nouveau divorce : « J’ai voulu m’occuper d’elle et pendant neuf mois, je n’ai parlé à personne d’autre. J’ai commencé à écrire pour comprendre pourquoi j’étais aussi autodestructrice ».
A haute voix avant de s’endormir, elle se récite L’art d’aimer d’Eric Fhrömm « pour me convaincre de m’aimer un peu ». Elle tente de sauver sa mère, puis renonce. Elle rentre au pays et publie son premier recueil de poésie à 22 ans. Au détour d’une interview, elle rencontre Charles, photographe, et tombe amoureuse. Ils ont un fils, s’envolent pour la Virginie, passent un an sur les routes en caravane : « C’est très commode quand tu allaites. Et puis, j’ai du sang cherokee, je me suis sentie chez moi en Amérique ».
Punk devenue mère, elle multiplie les petits boulots, vend des aspirateurs dans la banlieue de Philadelphie. Charles, épileptique, prend de plus en plus de médicaments. Ils croisent un gourou de secte qui tente de les séparer : « Nous étions si influençables ». Le couple rentre à Reykjavik, divorce.
Birgitta se lance dans un deuxième livre, rencontre un autre amour, veut divorcer. Charles lui laisse ses affaires et une lettre avant de disparaître. Leur fils a deux ans. Elle vit dans l’incertitude totale, voit des fantômes et des signes de Charles partout. « Ma tante voyante m’avait prédit qu’un touriste trouverait les os de Charles cinq ans après sa disparition. C’est ce qui est arrivé : il avait choisi un endroit sublime pour disparaître ». En photographe.
L’écriture la déçoit, la peinture ne la nourrit pas. Elle veut faire passer ses idées, être entendue et vue. Elle a besoin d’un porte-voix. Adolescente, les ordinateurs étaient pour elle « le diable incarné ». Elle s’en achète un « juste pour jouer avec les typos, mettre en forme mes poèmes ». Une porte s’entrouvre.
S’affranchir des pesanteurs
Internet débarque en Islande en raz-de-marée. Le secteur embauche à tour de bras. En 1995, Birgitta trouve un poste d’assistante chez un fournisseur d’accès local. Elle range des dossiers et, à son habitude, en fait trop. Le patron la remarque. Elle se targue de son expérience dans la vente d’aspirateurs. Il lui confie la gestion des équipes de vendeurs de publicité.
Elle tombe sur une erreur dans le code d’une bannière publicitaire et demande aux développeurs de régler le problème. Ils sont débordés. Birgitta s’y colle, plonge les mains dans le chaos des lignes de code.
Apprenant seule à programmer ses pages, elle s’affranchit des pesanteurs dans le cyberespace. Comme Lisbeth Salander, Internet la délivre. Elle publie en se passant d’éditeur, découvre des pairs et échange avec des milliers de personnes. Elle se livre ; lie sa vie, ses drames, ses textes ; créée et échange sans gagner un sou ; mixe art, poésie, graphisme, musique, politique, confessions et idées. Sa maitrise du code la tire de sa solitude, lui offre un gagne-pain.
Birgitta devient entrepreneur, développeuse de sites. « Un boulot parfait quand tu es mère célibataire : tu peux le faire de ta cuisine ». Elle crée un festival de poésie retransmis en ligne et en direct dans tout le pays. L’affaire périclite, ses économies fondent. Peu importe. « J’ai vu le trafic arriver de partout sur la bande passante, c’était très beau ». Elle n’a plus besoin de voyager, Internet est son voyage. En 1998, elle dédie un poème à la toile A country without borders.
Elle se remet à écrire, traduit les autres. Birgitta se raccroche aux mots, aux branches, s’apaise. Sa mère va mieux, puis s’éteint d’un cancer. « A l’époque, j’étais à l’étape 9 du programme des alcooliques anonymes, celle où vous devez apprendre à pardonner », dit Birgitta.
Qu’elle les ait écrits, traduits ou publiés, ses poèmes, livres, dessins, photos sont ses trésors, comme le portrait de Charles son premier mari qu’elle évoque tout le temps. « J’aimerais pouvoir remercier les fantômes de ma vie d’avoir changé ma perspective et de m’avoir appris à tenir à la vie ».
Dans ses cimetières, Birgitta place aussi Internet, devenu espace marchand et industrie : « Cela me consterne de voir combien les gens sont passifs. Internet n’a d’intérêt qu’en tant qu’outil pour améliorer la vie ».
« Maintenant je sais »
Elle revient au papier, publie la première anthologie de poésie sur le 11 septembre et, dans la même veine, The book of hope. L’imprimeur rate la couverture, le distributeur ne fait pas son boulot, l’opération la ruine. « J’ai du vendre mon logement, mais ces deux livres sont à la bibliothèque de la Maison Blanche. J’ai reçu une lettre signée de George Bush. Hallucinant non ? »
Sa mâchoire se ferme. Elle déteste Bush et sa réaction aux attaques terroristes du 11 septembre. Elle lui doit sa naissance en politique, son passage à l’acte. Armée de ses poèmes et de ses réseaux, elle saisit toutes les occasions pour dire sa colère contre la guerre et l’apathie générale.
Les mots, lui ont dit qu’elle existait, Internet qu’elle appartenait au monde, la crise qu’elle avait un rôle à jouer, la politique qu’il fallait tout changer. Elle est prête. « Souvent, je me suis demandée pourquoi je souffrais tant. Maintenant, je sais ». Elle a apprivoisé sa trajectoire, elle vise le beau. La punk a survécu à la normalité, c’est elle le roc. « En matière de mort, je suis ceinture noire ».
L’accès possible au pouvoir approche. On la dit naïve. « C’est bien ainsi », sourit-elle, peau dure, cœur chaud, rage intacte. « Ma grand-mère m’a tiré les cartes du tarot. Je suis le fou. En fait, il faut toujours jouer la carte du fou ».
La naïveté, comme seul choix possible.
@Flore Vasseur pour La revue XXI - Janvier 2016
TEDStories : Et si le prochain Einstein était africain ?
Et si le prochain Einstein était Africain ? Et si la prochaine grande découverte scientifique venait d'une équipe basée à Nairobi ou à Gomé ? Qu'est ce que cela changerait pour l'Afrique ? Pour la Science ? Pour le Monde ? Pourquoi cela nous parait-il improbable aujourd'hui ? Au nom de quoi ? C’est le thème de l’épisode TEDStories, la série documentaire que j’ai créée pour Arte et les conférences TED, diffusé en janvier 2016 et disponible ici :
Cet épisode porte sur l’itinéraire et les idées dde Neil Turok, l'un des plus grands cosmologues vivants. De Cambridge à Princeton, ses recherches sur le Big Bang font de lui un futur Prix Nobel. Le fondateur de Blackberry lui a récemment confié la direction du Perimeter Institute, au Canada, nec plus ultra de la recherche en mathématiques appliquées. Sa conviction : les mathématiques aident à expliquer la vie, comprendre qui nous sommes, à nous développer en tant qu'espèce. A survivre. Derrière les concepts et la théorie, des questions existentielles et abyssales. Une somme de pourquoi et de comment qui ramènent toujours à la question de l'origine.
Neil Turok n'a jamais oublié la sienne : celle d'un enfant sud-africain élevé au rythme du combat contre l'apartheid et pour l'égalité des noirs. A travers ses parents, il a connu l'activisme politique, la clandestinité, l'exil, l’engagement.
Aujourd'hui, il a un pied au Canada dans son institut futuriste, un pied au Cap en Afrique du Sud, chez AIMS, l'école de mathématiques qu'il a créé il y a douze ans.
Elle accueille les plus beaux cerveaux du continent pour un an et un cursus hors nome leur ouvrant la porte des professeurs et des formations les plus prestigieuses au monde. Il le sait comme personne : le continent recèle de cerveaux brillants au potentiel inexploité. L'Afrique, son développement doit leur appartenir.
Pour cet épisode, nous sommes allés interviewer Neil Turok au Perimeter Institute au Canada. Puis au Cap en Afrique du Sud, rencontrer étudiants et professeurs.
Mille mercis aux étudiants : Omowunmi ISIAFADE, Yae Olatundji GABA,, Comfort MINTAH, Nneka Ozioma UMEORAH, Ephifania GEZA, Muhammad Aziz VALIALLAH, Omowunmi Isafiade, Trust Chibawara, Fatima Yusuf HUSSEIN, Esmie TCHEZA, David NIYUKURI, `
Merci aux professeurs : Anthony Scopatz et David Aschmann et staff de l’école : Barry Greene, Jan GROENWALD et Yasmin HANKEL et Linda CAMARA.
Merci à Pascal Fuchs pour son son toujours parfait, à Cyrille Renaux et Manu Royer pour leuss images à tomber, Sofia Saa pour l’orga et la coordination des tournages et Laurent Besançon pour avoir tenu bon à la réal.
Merci enfin à Neil Turok et à son papa Ben qui nous a tant et tout expliqué. Quelle histoire et quelle famille !
La Reine des Glaces
Mon long reportage sur Birgitta Jonsdottir, sa vie de punk, poète, hackeuse, mère courage, députée, et l’Islande est paru dans la revue XXI (en kiosque et librairie, numéro 33).
A travers le portrait de celle qui pourrait bien devenir la prochaine Première ministre de ce pays béni des dieux, j’ai enfin pu aller voir par moi-même ce qu’il en était vraiment des expérimentations souvent géniales (mais gelées pour la plupart) des Islandais quant aux procès de banquiers, la ré-écriture de la constitution, la liberté d’expression, la démocratie liquide et les pirates.
Sur son site, la revue XXI publie un extrait et les coulisses du reportage.
http://www.revue21.fr/tous_les_numeros#n-33_la-reine-des-glaces
Merci à Patrick de Saint Exupéry, la revue XXI et à Birgitta pour leur confiance et à Juliette Barbanègre pour les illustrations.
15/12 : Q&A EN DIRECT AVEC LARRY LESSIG
CALLING LESSIG ! Demain Mardi 15 décembre à la Gaite Lyrique à 18h45, diffusion de mon documentaire sur Larry Lessig suivie, à partir de 19h45 d’une sessionde Q&A avec le professeur Larry Lessig, créateur des Creative Commons, professeur de droit et d’éthique à Harvard, militant de l’internet libre, remonté à bloc contre l’influence de l’argent en politique et candidat éphémère à l’élection présidentielle
Ce sera l’occasion de l’interroger sur les leçons de sa candidature avortée, ses prochaines idées pour sortir l’argent de la machine politique, ce qu’il voit venir. Entrée libre et gratuite, à la Gaité Lyrique. #europeanlab.com
http://europeanlab.com/winterforum/programmation/la-valeur-de-la-democratie/
TEDStories : José Miguel Sokoloff : La publicité comme arme de paix
Nous sommes soumis à 3000 messages publicitaires... par jour. Autant d'injonctions à consommer, à nous conformer. Et si la publicité servait à autre chose ? Et si nous utilisions sa puissance pour restaurer la paix ?
C'est le thème du 3ème épisode de TEDStories, "ma" série de documentaires créée en partenariat avec Arte et TED. Pour cet épisode, nous sommes allés à la rencontre de José Miguel Sokoloff et son équipe, publicitaires basés à Bogota. Il y a 7 ans, le ministère de la défense leur a demandé de l’aider à démobiliser les soldats Farcs.
Juan Pablo Garcia
Ils ont éclairé la jungle à Noël, fait chanter les mamans, témoigner les anciens guerilleros d'helicoptères. En signifiant la vie, ils ont remporté de vraies victoires et contribué, en 7 ans, à la démobilisation de 17 000 FARCs.
Mothers Campaign
Et si la Colombie était en avance sur nous? Et si la stratégie mise en place pour désarmer les guerrillas là bas pouvait nous aider à mieux réagir aux actions des groupes extrêmistes ici ? Et si la communication, terrible arme de guerre, pouvait devenir un formidable outil de la paix ?
J'ai rarement eu autant de plaisir à travailler sur un film, diffusé dans sa version courte ce dimanche 13/12 à 13h sur Arte. La version longue (52 minutes) sera diffusée dans l’hiver. J'espère que ces films donneront matière à de belles discussions et peut-être actions. Pour moi, ils représentent déjà une grande aventure.
Merci à Greg Hopf pour la co-réal, Manu Royer pour les images, Cesar Salazar pour le son, Juan Pablo Garcia pour nous avoir guidés, Khaled pour le montage, Paul, Loic et Héloise pour le graphisme, Yann pour l’ingé son, Margot Moizillon pour la prod sur place, Julie Perris, Adele Dumour, Florian Lobstein, Camille Crouzat pour la prod à Paris et bien sur TED et Arte.
Plus d’info sur le site d’Arte : http://info.arte.tv/fr/jose-miguel-sokoloff-la-publicite-pour-la-paix