APPARTEMENT CAMÉLÉON
Ayant habité près de soixante années au cœur de l’ex bassin minier, dans une maison, avec des relations de voisinage importantes, mon installation à Malo, dans un immeuble où régnait un certain anonymat et dans lequel les rares occasions de se rencontrer se limitaient aux « parties communes », demanda de ma part une longue période d’adaptation.
Mon appartement fut d’abord pour moi une espèce de refuge où je me sentais à l’abri des intempéries, un point de chute analogue, toutes proportions gardées, à ce que devaient être sa grotte ou sa caverne pour l’homme préhistorique. Puis, au fil des ans, après avoir pris possession des lieux et bien intégré le décor et la disposition des pièces, je le considérais comme un espace «fonctionnel», où la vie de tous les jours pouvait se dérouler sans encombre, de la même manière qu’un propriétaire de camping car peut apprécier l’agencement de son habitacle.
Et puis vint ce long moment d’enfermement, qui depuis ces dernières semaines, est le lot de nous tous. Dès lors, le regard que je porte désormais sur mon lieu de vie n’est pas sans me rappeler un peu les jours où j’étais convalescent suite à certaines hospitalisations. Dès lors, il n’était plus seulement question d’abri ou de « fonctionnalité ». C’était devenu, à cette époque, une sorte de cocon, une bulle de bien-être qu’il me paraissait difficile d’avoir à la quitter un jour. Il ne me venait même pas à l’idée de me risquer à mettre le nez dehors.
Aujourd’hui, quand il m’arrive de jeter un œil à la fenêtre, l’absence presque totale de vie et d’animation à l’extérieur pourrait bien me rendre quelque peu chagrin, et j’aspire à pouvoir bientôt à nouveau aller et venir.
J’accorde désormais mon attention à deux ou trois choses qui me paraissent essentielles. À savoir, un canapé où je peux lire, et accessoirement rêver ou donner libre cours à mon imagination, une table où je peux écrire, et un petit bureau où je peux retrouver la compagnie de mon ordinateur.
C’est donc là une vision quasiment « minimaliste » que je porte actuellement à mon cadre de vie.
Toutefois, ces « choses » ne sauraient me faire oublier l’importance de la présence humaine. De même, lorsqu’on découvre les images de ces grandes villes dont on vante volontiers leurs attraits liés notamment à l’architecture et à un visage urbain original, et qui sont aujourd’hui dépeuplées, on peut mesurer combien semble primordiale cette présence humaine, malheureusement disparue.
Mon appartement me sera donc successivement apparu sous ces différents aspects, en rapport avec mes différents états d’âme. C’est pourquoi je ne manque pas de songer à une espèce de caméléon pour ce qui le concerne.
Jean-Pierre Droulez












