Les mécanismes de défense servent le dessein d’écarter les dangers. Il est incontestable qu’ils y parviennent ; il est douteux que le Moi puisse pendant son développement renoncer entièrement à eux, mais il est également certain qu’ils peuvent eux-mêmes devenir des dangers. Il s’avère parfois que le Moi a payé un prix trop élevé pour les services qu’ils lui rendent. La dépense dynamique qui est exigée pour les entretenir, ainsi que les limitations du Moi qu’ils entraînent presque régulièrement se révèlent être de lourdes charges pour l’économie psychique. Chaque personne n’utilise naturellement pas tous les mécanismes de défense possibles, mais se contente d’opérer un certain choix parmi eux ; toutefois ceux-ci se fixent dans le Moi, ils deviennent des modes de réaction réguliers du caractère, qui se répètent durant toute la vie, aussi souvent que revient une situation semblable à la situation d’origine. De ce fait ils deviennent des infantilismes, et partagent le destin de tant d’institutions qui cherchent à se maintenir au-delà du temps où elles étaient utiles. « La raison devient non-sens, le bienfait, calamité », comme le déplore le poète [Goethe]. Le Moi renforcé de l’adulte continue à se défendre contre des dangers qui n’existent plus dans la réalité, il se trouve même poussé à aller chercher ces situations dans la réalité qui peuvent plus ou moins remplacer le danger d’origine, afin de pouvoir justifier à leur contact son attachement aux modes de réaction habituels. Par là , il devient facile de comprendre comment les mécanismes de défense, par une aliénation au monde extérieur de plus en plus envahissante et par un affaiblissement durable de Moi, préparent et favorisent l’irruption de la névrose.
S. Freud, L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, 1937 (Résultats, idées, problèmes – II, PUF 1985, pp. 252-253).














