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Au début, il y a le chat. J’adorais ce chat. Sa présence aura été le dernier rempart avant la chute. C’est pour ça que je m’en suis débarrassé, sur un coup de tête. Plus de chat, je pouvais enfin me laisser aller à la déchéance. Ce sur quoi je travaillais depuis des mois. Parce que même à demi-morte je me préoccupais encore de son bien-être. Avez-vous vérifié que le chat ne s’est pas sauvé ? Le chat va bien, Madame. À l’hôpital, je me demandais qui allait lui donner à manger. Incapable de me nourrir, c’est lui qui prenait le relais. Au fond, c’était pas sa job au chat de me garder en vie.
Ensuite, c’est facile, j’ai abandonné le journal.
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De cette période ne reste que la fatigue, tenace. Mes vélléités sous forme de cachets. Somnifères, analgésiques, Lorazepam, Citalopram, cocaïne, joints. Ma mémoire demeure celle du corps. Du poids que j’ai pris, du poids que j’ai perdu. Le reste, j’étais trop défoncée pour en avoir conscience.
C’est à la même époque que j’ai vendu ma pléiade de Kundera pour acheter de la poudre. J’ai quand même du style. Au lieu de m’exposer sur cam, je vendais mes livres. J’en avais fini avec la littérature. Does it spark joy ? Non. Ce que j’aimais, Madame Kondo, c’était m’en mettre dans le nez et scroller sur Instagram des vies meilleures que la mienne. Regarder Lost et attendre ma mort.
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J’ai tenu trois semaines en thérapie. Je ne voyais pas trop ce que jouer à Serpents et échelles avait de positif pour mon désordre mental. Par contre, il y a eu les gens, ceux qui m’ont réappris à rire. Ceux avec qui parler de son séjour en psychiatrie devenait une histoire, une anecdote , pas un tabou. Les gens qui te regardent dans les yeux quand tu parles d’automutilation, c’est rare en crisse.
Et le retour ?
Je suis revenue en pensant en finir. Je me voyais déjà suspendue à un arbre, près de la rivière. Faut dire que je me suis fait avoir. L’alcool a remplacé la drogue, au début. Ça m’a tout pris pour supprimer le numéro du dealer, mon pote, celui qui débarque peu importe et qui t’offre un gramme parce qu’il t’a à la bonne. L’autre, la dealeuse avec qui j’échangeais des fringues et qui me laissait garder ses chiens. Le reste, c’est facile, à force de faire semblant tu y crois au bonheur
Mon seul regret c’est le chat.
Ça recommence de même.










