LUNDI 13 MAI 2019. MA PLUME SâEST ENFIN RELEVĂE.
Il est plus dâune heure du matin passĂ©e. Je me rends dans lâapplication « Notes » de mon tĂ©lĂ©phone portable. Une trĂšs grande partie de mes textes y est stockĂ©e. Je me rends dans lâonglet « Texte Perso ». Je me prĂ©pare psychologiquement avant de dĂ©verrouiller le premier texte qui me tombe sous la main Ă lâaide de mon empreinte.
« MĂ©disez-moi. Faites ce que vous voulez. Mais je sais que le CrĂ©ateur est grand et quâun jour tout cessera⊠»
« Jâai beau avoir tout ce que je veux. Mais au fond, mon cĆur a mal. Pendant 30 secondes ? Un sourire va se dessiner sur mon visage. Câest dĂ©jà ça⊠Mais moi, je veux sourire. Je veux quâun sourire et un vrai se dessine sur mon visage. Et lorsque ce jour arrivera ? La premiĂšre chose que je ferai, câest me prosterner pour remercier le Seigneur. »
« Faith, un jour, tu seras heureuse, un jour ça va aller, un jour, tu pleureras avec le sourire, oui un jour, tu pleureras de joie. Câest tout le mal que jâte souhaite, câest tout le bien que jâte souhaite. »
Je fĂȘte ma seiziĂšme annĂ©e, un an de plus sâajoute Ă mon compteur. Suis-je heureuse ? Je ne dirais pas oui pour tromper les apparences, je ne dirais pas non pour voiler toute ma souffrance. Quâest-ce que ça me fait ? Rien spĂ©cialement. Mon souhait ? Ătre heureuse. »
« Vous savez, je suis tout Ă fait consciente que le suicide est un acte grave et irrĂ©vocable, irrĂ©versible. Je faisais partie de ces gens qui ne comprenaient absolument pas lâintĂ©rĂȘt de cet acte, peut-ĂȘtre Ă cause ou grĂące Ă lâĂ©ducation religieuse que mâa transmise ma mĂšre. Aujourdâhui, je les comprends, je comprends ces gens, qui cherchaient, qui voulaient juste que tout sâarrĂȘte, qui recherchaient la paix et la sĂ©rĂ©nitĂ©. Ils recherchaient juste une solution rapide et moins douloureuse. Ils voulaient Ă©chapper Ă leur douleur, et nâavaient absolument pas les ressources pour⊠Eh bien, câest mon cas, aujourdâhui. Je suis Ă la recherche de la sĂ©rĂ©nitĂ© absolue.
La vie ? Je tâhaine. La vie ? Je te subis, mais ne te vis pas. La vie ? Merci.
[âŠ]
Sachez que si vous tombez sur cette lettre, cela ne veut pas forcĂ©ment dire que mon repos est Ă©ternel, puisquâen le commettant ou pas, je suis dĂ©jĂ morte, morte de lâintĂ©rieur. »
Jâai le cĆur brisĂ©. Jâai le cĆur meurtri. Et puis oui, jâen ai les larmes aux yeux. Je revis ce que « lâancienne moi » vivait auparavant. Je ne pensais pas Ă mon propre bonheur, je le refoulais parce que je faisais passer le bonheur des autres au dĂ©triment du mien. Je le refoulais Ă©galement parce que jâĂ©tais convaincue quâil Ă©tait Ă©phĂ©mĂšre, quâil nâallait pas durer et que je devrai une nouvelle fois faire face Ă un coup dur. Je voulais me protĂ©ger. Je voulais ĂȘtre plus forte et pouvoir lâanticiper.
JâĂ©tais cette gamine en colĂšre contre le monde entier. Je ne savais pas quels mots, je devais poser pour la dĂ©crire. Jâai pris du temps Ă temporiser ma colĂšre, mais jâai surtout pris du temps Ă la comprendre rĂ©ellement. JâĂ©tais Ă©galement cette gamine qui Ă©tait mal dans sa peau, qui ne sâacceptait pas, qui nâavait pas forcĂ©ment confiance en elle, mais qui ne demandait pas Ă ses proches de la rassurer. JâĂ©tais (et je suis toujours celle.) qui ne demandait lâaide de personne pour rĂ©soudre ses propres problĂšmes, car je ne voulais pas ĂȘtre redevable. JâĂ©tais aussi trĂšs mĂ©fiante, je ne voulais aucune attache. Je nâacceptais lâamitiĂ© de personne. Je voulais ĂȘtre seule.
Par moments, la solitude me pesait, mais câĂ©tait rare. Quand elle me pesait, je me disais que tout ce que je faisais, câĂ©tait pour mon bien, et que finalement, je terminerai par me remercier. Je mâauto-infligeai de la souffrance. Jâen ai mĂȘme perdu une si belle amitiĂ©. Chaque jour que Dieu fait, je mâen veux et jâespĂšre quâun jour, je terminerai par me pardonner. Pardonner les erreurs que jâai pu faire auparavant. JâĂ©tais apeurĂ©e. Je mâĂ©tais attachĂ©e, ce nâĂ©tait pas moi. Alors, jâai fait une bĂȘtise. Une bĂȘtise difficile Ă pardonner.
Il y a une zone dâombre dans mon passĂ©, une zone dâombre que jâaimerais parfois effacer, Ă©radiquer, supprimer. Mais câest une partie de moi. Comme la majoritĂ© des enfants qui ont vĂ©cu le divorce de ses parents, jâen ai souffert. Pas directement, parce que jâĂ©tais un bĂ©bĂ©, mais jâen ai souffert bien plus tard. Jâai vĂ©cu le manque et lâabsence dâun pĂšre. Jâai vĂ©cu tout plein de choses qui ont sans doute contribuĂ© Ă ce que je suis aujourdâhui.
Comme je vous lâai dit, jâai pris du temps Ă comprendre ma colĂšre. Jâai dix-huit ans au moment oĂč je trace ces lignes, et cela ne fait pas si longtemps que je lâai comprise. Ă vrai dire, je lâai comprise lorsque jâai pardonnĂ© son absence. Jâai senti une partie de moi sâenvoler : ma colĂšre. Jâai senti mon cĆur sâapaiser. Jâai senti quâil Ă©tait pardonnĂ©. RĂ©ellement pardonner.
« Jâai dĂ©cidĂ© quâen 2019, je devais balayer toute ma rancune pour le bien des miens, mais surtout pour moi. Ăâa Ă©tĂ© trĂšs difficile. (âŠ) Princesse a bien grandi, et surtout a pardonnĂ©. PardonnĂ© ses absences, pardonnĂ© ce qui a contribuĂ© Ă ma façon de voir les choses. (âŠ) Jâai accompli ce que je devais accomplir. En vĂ©ritĂ©, je ne sais comment dĂ©crire ce que je ressens, je ne sais pas et jâai peur de mettre des mots dessus. Peur de ce sentiment qui mâa quittĂ©, il y a bien longtemps. »
Il a fallu que je le voie pour guĂ©rir. Jâai Ă©tĂ© guĂ©ri dĂ©but janvier 2019. Sur le moment, je ne me sentais pas « moi ». Jâavais lâimpression que mon propre corps ne mâappartenait pas. Il fallait que je pose des mots sur ce que je venais de vivre. Il fallait que jâextĂ©riorise tout ce que je ressentais. Jâai pleurĂ©. Jâai pleurĂ© parce que je me disais quâenfin, jâallais connaĂźtre ce que je dĂ©sirais le plus, quâenfin ce vĆu dâanniversaire qui restait inchangĂ© depuis des lustres allait pouvoir ĂȘtre succĂ©dĂ© par un autre.
« Au-delĂ de toute espĂ©rance de ma vie de mĂšre, je ne demande que quelques choses : le respect, lâentente et lâamour de son prochain. Je suis fiĂšre de toi en ce jour, tu as su faire le pas vers ton papa et mis de cĂŽtĂ© ta rancĆur-rancune (âŠ). Que tout cela se poursuit, trĂšs bonne et heureuse annĂ©e Ă toi. SantĂ© et rĂ©ussite. Maman qui tâaime ».
Pour finir, ne perdez jamais espoir. Placez votre confiance en Dieu. Il vous rĂ©serve quelque chose de bien. Jâai vĂ©cu il y a de cela deux ans quelque chose que je nâaurais voulu et cru vivre, mais vous savez quoi⊠jâen suis aujourdâhui ressorti plus forte. JâĂ©tais Ă la recherche du bonheur et de la sĂ©rĂ©nitĂ©, je voulais Ă tout prix Ă©radiquer cette colĂšre qui me consumait chaque jour.
« Jâaurais pu tout lĂącher, tout plaquer pour ce dont je rĂȘvais : la sĂ©rĂ©nitĂ©.
Jâaurais pu commettre lâirrĂ©parable. Jâaurais pu mâen aller. Mais je ne lâai pas fait. Je me devais de me battre, de rester forte. Oui, forcĂ©ment, jâai plusieurs fois lĂąchĂ© prise. Jâai plongĂ© tĂȘte la premiĂšre, parfois sâen parvenir Ă remonter Ă la surface. Mais jâai Ă©tĂ© entourĂ© avec la grĂące de Dieu. Jâai eu ma famille qui mâa soutenu. Mais, déçue que ça puisse tomber sur moi, et que je ne trouve pas le moyen de mâen sortir, parce que je suis « forte » selon eux. Jâai Ă©tĂ© déçue de moi aussi⊠Rien ne sert Ă se blĂąmer. Les choses se sont dĂ©roulĂ©es comme elles le devaient. »
Le plus important, câest de vous pardonner et dâaccorder votre pardon Ă ceux qui vous ont fait et causĂ© du tort. Soyez entourĂ©, il y a bien quelquâun qui tient Ă vous sachez-le. Vous nâĂȘtes pas seul et sachez quâun jour, vous guĂ©rirez.