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"Votre collègue est une hystérique"
Archéologue, responsable d’opération et titulaire d'une partie de l’habilitation de mon service par le CNRA. Chantier que je ne gère pas, sous prescription de diagnostic. Mon chef, qui s’occupe de ce chantier était en colloque la semaine dernière, à l’étranger, il reçoit un mail l’informant que des terrassements vont être effectués sur site, il répond en me mettant en copie et je me retrouve sur le terrain.
Donc j’arrive (sans autorisation de fouille car on devait démarrer deux semaines plus tard...), je suis briefée par le maître d’ouvrage, il faut décaisser a -1,70 mètre, et sur une partie a -2,40 mètres. Je me retrouve seule avec le pelleur qui n’a même pas un mètre sur lui ! On sait qu'il y a des caves, le but est d’atteindre les extrados de voûte. Ok ! C’est parti ! Je vous passe les détails... Jusqu'au moment où, alors qu'on est à 1,20 mètre de profondeur, la pelle scratche une maçonnerie, c’était l’extrados de la voûte de l’accès à la cave la plus ancienne (13e...). Le maître d’ouvrage ne répond pas, j’appelle le responsable à mon niveau pour avoir les clés et voir les dégâts dans la cave. Celui-ci prévient les responsables techniques (qui comprennent rien à ce qu'il se passe...)... Et (je vous passe encore des détails), M. l’Archi. m’appelle (sur mon numéro perso, cool que mon numéro tourne), il commence par « c’est vous qui avez foutu ce bordel ? » Je réponds que j’ai fait mon boulot, l’intégralité du monument étant classé, il y a atteinte au monument, j’attends les directives du SRA et de l’ABF (M. l Archi est un privé). Et après qu'il ait sorti que je ne comprenais rien (il nous a fait une fleur en nous informant des terrassements...) , ce à quoi j’ai répondu que lui ne comprenait pas que l’ensemble était sous prescription donc ils n’ont pas le droit de faire quoi que ce soit sans que le SRA soit informé et sans qu'il y ait d’archéologues sur place. Bref, on règle le truc, tout le monde fait son taf, et ce matin...
Réunion sur site, M. l Archi est là ... Mon directeur aussi... Ce con d’Archi a faillit finir avec une truelle plantée dans la tête, il parle de ce qu'il s’est passé la semaine dernière à mon directeur, alors qu’avec ma collègue on bosse à 1,50 mètre d’eux... Donc résumé du discours de M. l Archi « votre collègue est une hystérique, elle a insultée tout le monde, son comportement était inapproprié... » Le chauffeur de pelle est sorti pour aller dire que ce n’était absolument pas le cas, il l’a redit à mon directeur après, directeur qui a bien compris l’attitude de M. l Archi... Mon directeur étant lui quelqu'un qui comprend, qui est flexible, qui est tempéré... On en a rigolé ! M. l’Archi est un HSBC fragile... Le pauvre ! Une femme, archéologue a plus de pouvoir que lui...
Omerta
Bonjour, j'ai Ă©tĂ© victime de harcèlement sexuel par [un] professeur lorsque j'Ă©tais Ă©tudiante [en archĂ©ologie au sein d'une universitĂ© belge]. J'ai dĂ©clarĂ© les agressions rĂ©pĂ©tĂ©es Ă l'Ă©quipe pĂ©dagogique qui se faisaient mon relai auprès des instances. Aucune mesure n'a Ă©tĂ© prise. Lorsque j'ai dĂ©cidĂ© de porter plainte, le recteur a voulu Ă©viter le scandale en me proposant un rendez-vous immĂ©diat. Il a ensuite pris des mesures pour proteger les Ă©tudiantes.Â
Qu'est-ce qui n'était pas de la haine?
J'en ai tellement vécu et vu. Je ne sais même pas par où commencer. À l'université [au Québec], un étudiant a mentionné son origine dans un cours. C'était pertinent au sujet du cours, mais une étudiante a demandé très fort: "Est-ce qu'il est pédophile ?". Ce genre d'accusation-là (pédophile, prédateur sexuel, violeur, misogyne, etc.) je l'ai entendu très souvent. D'autres fois, quand moi ou la personne attaquée était à proximité, on répondait ensuite: "Je faisais juste vérifier"; le mal était fait. Un collègue réfugié de guerre s'est fait dire la même chose. C'était en fait presque systématique. Tu avais un accent différent, tu mentionnais ton origine, paf, on te lançait des accusations gratuites détruisant ta carrière. J'ai d'ailleurs connu au moins un professionnel et un étudiant à la maîtrise ayant dut abandonner l'archéologie. Le plus bizarre, c'est que je n'ai jamais été témoin de femmes victimes de ce genre d'attaques, mais deux étudiantes m'ont confié l'avoir vécu en privé, et l'une d'entres, qui s'était aussi fait attoucher, s'est fait menacer de représailles si elle parlait.
Une fois, dans le cours d'un archéologue très connu, j'ai eu le malheur de mentionner être (origine), en racontant une attaque de skinheads que j'avais vécu dans ma jeunesse. Tout de suite, un étudiant a fait du négationnisme d'événements historiques. La chasse était ouverte. Voici la liste de tous ceux qui y sont passés: Québécois, Juifs, homosexuels, Chinois, Français, catholiques, Irlandais, Noirs, Arméniens, Amérindiens. Le professeur n'arrêtais pas de répéter: "Tout le monde a droit à son opinion''. Ça semblait surtout l'arranger. Le plus difficile à vivre c'est que le même prof parle d'ouverture d'esprit et de tolérance dans ses allocutions publiques. Belle hypocrisie.
Un autre prof très réputé, et celui-là à l'international, m'a avoué choisir la note des étudiants dès le premier cours, donnant une note médiocre à ceux dont "la face ne lui revient pas". Compte tenu de son racisme sans gêne en privé, on voit bien où il voulait en venir.
En parlant de face, quand j'ai fait une entrevue d'embauche dans un firme privée, la présidente ne voulait pas m'embaucher à cause de mon âge apparent (j'avais l'air d'avoir 17 alors que j'avais 33 à l'époque), et elle m'a dit: ''tu as l'air bizarre, tu viens d'où ?''.
Une prof a expliquĂ© en pleine classe qu'un certain peuple Ă©tait moins intelligent naturellement.Â
J'ai souvent été ridiculisé car on me considérait comme plus pauvre. Ma famille est plus riche que la moyenne, mais je n'aime pas me vanter. Il reste que, comme le racisme, les attaques sont presque systématiques.
Mon nom de famille est assez inhabituel. On m'a donc demandé plusieurs fois pourquoi je n'étais pas noir. Je suis atteint de vitiligo. On m'a accusé de porter un "blackface". On m'a traité de raciste simplement pour avoir mentionné mon origine. En se basant sur celle-ci, on a mis en doute plusieurs fois mon intelligence et on m'a soupçonné de ne pas être vacciné, voir d'être un danger public.
Compte tenu de certains cours où j'ai eu des notes plus basses à cause de mon origine, du stress intense durant mes études, de l'impossibilité de garder mon emploi à cause du racisme, rien de surprenant que je fais moi aussi parti des nombreux archéologues, au Québec, n'accédant ni à la maîtrise ni à une carrière en firme privée.
Pot pourri
J'ai hésité à témoigner, je suis depuis le début les témoignage sur Paye ta Truelle mais je me disais, on va me reconnaitre, c'est des petites choses comparées à la super expérience que tu as eu, tu travailles encore avec, ils t'ont formé, tu es ingrate… Mais bon, je pense aux plus jeunes, à ceux qui sont encore naïfs, qui oseront pas et minimiseront comme moi.
1) Un chef de chantier qui ne prend que des femmes parce qu'elles travaillent mieux (j'ai compris avec le temps qu'on ose moins le contredire plutôt), elles sont plus calme “et puis, quand c'est mixte ça devient le baisodrome, on est pas en colo ici”. Genre on est des animaux et c'est la saison du rut…Le même qui interdisait d'acheter de l'alcool en dehors de la bière (et encore il contrôlait la consommation) et la cigarette (merci de nous considérer comme des ados). Certains responsables qui s'occupent particulièrement des “belles” femmes, à comprendre évidement, belles à leurs yeux, et leurs attribuant toutes qualités d'intelligence et d'expérience de terrain (ce qui peut être vrai ou alors complètement faux, c'est souvent des jeunes étudiantes qui débutent et qui ont besoin d'apprendre, l'archéo, ça vient pas par révélations divines). Résultat, un mauvais apprentissage dans un cas comme dans l'autre, car à la fois les étudiantes négligées et celles qui font l'objet d'attention n'apprennent rien.
2) Une ambiance potache et bonne enfant qui dérape. On rigole et ça finit par des blagues bien douteuses voire franchement dégeu et parfois des gestes déplacés comme des attouchements. Pour ma part j'ai rarement vu des collègues jeunes aller jusque là , c'était plutôt des amis ou des collègues d'un certains âges du RO. Par exemple, on fouillait depuis un mois avec une équipe que je connaissait depuis plusieurs années et des fois c'était franchement limite, mais un des RO recadrait systématiquement les autres quand ça allait trop loin. A la toute fin on fait une visite d'une grotte et un des fouilleurs, d'une cinquantaine d'année me susurre à l'oreille “tiens, tu vois les deux stalagmites, c'est pour toi, tu vas pouvoir t'enfiler par devant et par derrière” avant de s'éloigner avec un rire gras… Je suis pas la dernière pour les blagues grasses, un peu beauf, j'aime en rire quand mes amis en font. Mais ce n'est pas dans mon caractère d'en faire ou d'en solliciter et cette personne le savait très bien. Il s'est juste permis de la faire sans aucun respect pour ma personne, désinhibé par un mois de fouille, comme un gamin. Sur d'autres chantiers, il s'est permis d'autres comportements limites et manque de respect à d'autres de mes amies, sans que le responsable ne trouve cela limite, parce que “il a un certain âge et faut le comprendre, c'est un sacré personnage”.
3) Un RO a toujours était méprisant sur le poids. Il ne voulait pas de gros sur la fouille, parce qu'ils ne sont pas habiles et parce que c'est une question de volonté blablabla. De la bonne vielle grossophobie assumée. Une année, j'ai arrêté de fumer et je me suis blessé physiquement. J'ai pris 10 kg. C'est pas facile à assumer, c'est frustrant mais j'étais quand même fière d'avoir arrêté la cigarette. A partir de là , il m'a appelé la grosse sur le terrain, devant tout les fouilleurs et régulièrement. Après 8 ans de collaboration, paye ton respect.
 4) Alors que je travaillais sur un chantier depuis longtemps en tant que fouilleuse et chercheuse, je gérais en partie la formation de terrain des jeunes fouilleurs, l'organisation de la vie en communauté et le laboratoire de terrain. J'ai donc demandé à apparaitre dans les rapports de fouilles, comme au moins responsable de secteur et de labo. J'ai même pas osée demander à être payé, je voulais avoir juste une petite valorisation de mon travail pour le futur. On m'a répondu que c'était pas possible parce qu'un des vieux fouilleurs qui venait chaque année serait vexé de ne pas apparaitre lui aussi dans le rapport. Parce que “tu sais bien, il est pas fait pour gérer des gens ni une fouille mais ça le vexerait et on va pas le froisser”.
5) Une petite dernière pour la route : on va voir un autre chantier proche avec un RO , sa famille et des fouilleurs. A préciser que je suis membre de l'équipe scientifique de son site, que je suis proche de sa femme, c'est une amie et donc aussi des enfants qui me connaissent bien. On arrive sur place et le chef de chantier nous accueillent. Ce dernier m'avait déjà demandé si j'étais intéressée par l'étude de matériel sur le site. Il m'entretient donc d'une des dernières découverte. Mon responsable d'opération l'interrompt alors, me met son enfant dans les bras et me dis devant tout le monde “va jouer avec lui dans le tamis, ça fera comme un bac à sable, faut que je discute”. Merci la honte et le dénigrement…
C'est plus insidieux en institution, mais certains chercheurs (hommes ou femmes) se permettent de se défouler sur leur étudiant, de les mépriser sans que cela pose problème à personne. Moi même je supporte ça et je me sens coupable de l'écrite, parce que souvent ils nous donnent aussi des conseils et des corrections, et on se sent redevable alors qu'ils nous ont parlé sans aucun respect et avec violence. J'ai déjà écrit un pavé sur les fouilles, j'ai pas le courage de décrire en détail le reste mais c'est des phrases du genre “c'est bien que tu sois là , tu vas pouvoir passer un coup de balais”, “pourquoi mon étudiant (homme) n'a pas été pris et toi oui?”, “de toute façon t'arrivera à rien, j'ai hâte de voir le carnage à la soutenance”, “c'est vraiment trop mauvais, ça vaut pas la peine, je finis même pas de te corriger” etc.
Je ne suis pas encore dégoutée de l'Archéologie et il y a beaucoup de personnes bienveillantes aussi. Mais c'est l'accumulation de comportements qui gâche au final les bons souvenirs que l'on avait. A la fin, ça compense plus. C'est des anecdotes mais elles nous marquent durablement au fur et a mesure que cela ce répète.
Réunion
Anecdote 2 précédent la première:
En postdoc sur un projet ANR. Je suis en train de passer mes concours. RĂ©union de mi parcours du projet ANR Ă Bordeaux. Une jeune IE qui vient d'ĂŞtre recrutĂ©e (et avec qui j'ai quelques affinitĂ©s certes). Mon supĂ©rieur hiĂ©rarchique,DR CNRS, coordinateur du projet ANR, 55 ans Ă l'Ă©poque, a en gĂ©nĂ©ral du mal Ă se tenir devant des jeunes filles (En visite Ă un labo Ă cĂ´tĂ© d'un IUT Ă majoritĂ© fĂ©minine, ses remarques “mais regardez les petites poulettes! les Petites poulettes !” signalent une excitation croissante qui fait se retourner certaines des jeunes Ă©tudiantes). On prĂ©pare la rĂ©union et on prend les billets de train ou d'avion Paris-Bordeaux. La jeune IE, sur le mĂŞme projet et dans le mĂŞme labo que le DR (contrairement Ă moi embauchĂ© sur un labo partenaire) ne choisit pas ses billets et chambres d'hĂ´tel qui sont choisis par le DR. A l'arrivĂ©e Ă Bordeaux, celui-ci explique qu'il n'y avait pas d'autres chambres d'hĂ´tel et qu'ils devront partager la chambre. Elle fuit, on en parle, puis on en parle autour de nous et on lui trouve une place dans une chambre laissĂ©e vide par un confĂ©rencier absent. Fin de l'histoire sur le moment. Ca a fini avec le temps par une main courante et les tentatives diverses (dĂ©nigrement, relocalisation de l'IE, pressions diverses) de sa Direction rĂ©gionale, complice du mandarin, pour qu'elle se taise en commission.Â
Congrès
Anecdote1:
Un congrès liĂ© Ă un projet. Le soir après les rĂ©unions vers 22h. Je suis en poste cependant, donc a priori stable. Je suis un homme donc on Ă©vite fortement les aspects sexuels. On boit des verres (de la bière dans le salon du logement de la rĂ©union. Moi, le jeune loup qui calque le vocabulaire des directeurs de recherche (“Oui, faut assumer que machin, c'est un travail de merde, tout le monde le sait”) et le seigneur local, 1m90, 120 kg facile. D'origine moitiĂ©-marocaine, la conversation glisse après le traditionnel “ha oui tu bois de l'alcool! mais ca te gĂŞne pas?” vers “le racisme faut pas exagĂ©rer: Ă l'universitĂ© y en a pas”.Â
Le mandarin sirote et le changement de ton indique qu'il suit une voie, il teste quelque chose, je ne sais pas quoi. Le jeune loup n'a rien vu et pĂ©rore en dĂ©nigrant fortement des chantiers de gens que je ne connais pas. Le mandarin en arrive Ă parler d'un collègue sĂ©nĂ©galais qui aurait dĂ©noncĂ© des actes et des paroles racistes Ă son encontre. Me regardant toujours en coin, il amène doucement sur la personnalitĂ© de ce collègue sĂ©nĂ©galais. Je fais mon sociologue pour “formaliser” l'opinion qu'il se fait (quel âge, d'oĂą il vient? parcours?) et chercher un peu d'objectivisation. Il finit par assĂ©ner “en gros, il Ă©tait complètement parano” “s'il se sentait visĂ©, c'est sĂ»rement qu'il faisait du mauvais boulot”. Le jeune loup est stressĂ© car il ne voit pas qui est ce sĂ©nĂ©galais et ne voit pas comment abonder dans le sens du mandarin. Changement de position physique, le mandarin se penche en avant avec son verre, relève la tĂŞte et me regarde dans les yeux en inconsciemment Ă©largissant les Ă©paules: “parler de racisme, c'est s'enfermer et comme ce Mr sĂ©nĂ©galais, s'isoler dĂ©finitivement. Faut arrĂŞter de faire chier et de pleurnicher”.Â
Message transmis. je fulmine car c'est un défi physique qui est lancé et je ne peux pas le relever à moins de lui éclater la tête. Furieux contre moi aussi, je quitte la salle au bout de quelques minutes de silence
“Avec qui t’as couché pour avoir un contrat ?”
Ça devait être ma seconde année de contrat en préventif... Le responsable d'opération, que je n'ai croisé qu'une fois à un barbecue, vient me chercher à la gare la plus proche du chantier. 7h 45, à peine un bonjour et tout de suite après "avec qui t'as couché à l'institut pour avoir un contrat ? " Je m'en veux encore d'être restée stoïque...
“Vous nous ferez bien une petite salade”
Il y a quelques années, je participais bénévolement à un projet de SIG, qui nécessitait que je travaille régulièrement avec un ingénieur d'étude dans son bureau. Cet ingénieur n'accueillait vraisemblablement pas beaucoup de jeunes étudiantes dans son bureau, vu la réaction de ses deux voisins quinquagénaires. À chacun de mes passages, les deux chercheurs retrouvaient leurs réflexes d'école primaire, à coups de clin d'œil et de petites remarques appuyées de type "On va vous laisser tous seuls..." lorsqu'ils quittaient la pièce. Un jour, en discutant d'un grand récipient en argile que l'ingénieur avait récupéré de je-ne-sais-où, l'un des quinquagénaires m'a lancé, tout fier, "Vous nous ferez bien une petite salade". Ce que je retiendrai de ce bénévolat ? Quelques notions de SIG et la perte totale de ma crédibilité
Mansplaining
Je vais essayer de faire court : Nous avons mis un place un projet expérimental sur plusieurs jours, avec des collègues. Une partie de cette expérimentation archéologique consistait à travailler des métaux. Ayant une petite expérience de cet artisanat, et voyant que l'expérimentation n'avançait pas, j'ai proposé de forger des objets en métal. Mes collègues ont ainsi pu apprendre quelques bases dans ce domaine. Pourtant, au bout de quelques heures, mes collègues hommes ont inversé la tendance et sont devenus les enseignants, et moi l'élève. Au point que la forge devint une affaire d'homme, et que ma participation aux discussions scientifiques en parallèle de l'expérimentation fut ensuite largement moindre.
Abus d’autorité
Je suis archéologue de formation et j’ai fait pas mal de chantiers en programmé. Je me disais au-delà du traitement sexiste, il y a aussi une certaine violence dans le comportement des chefs de chantier qui abusent des étudiants.
En retournant sur un chantier bĂ©nĂ©volement en Ă©tant adulte, j’ai pu constater du harcèlement et de mauvais traitements envers les filles et les garçons. Par exemple : le chef de chantier qui est juste gavĂ© d’avoir des nouveaux et qui râle tout le temps. Une sorte de capitaine Haddock amer de la vie. Qui traite les Ă©tudiants de “bons Ă rien”, de “nazes”, et qui n’explique pas le site car il en a marre d’expliquer. RĂ©sultat : on ne sait pas ce que l’on fouille.Â
Moi, ça passe, je me laisse pas faire et je lui rĂ©ponds en dĂ©connant. Mais bof quoi... Il ne me fait pas peur, mais les plus jeunes... Je ne raconte mĂŞme pas tout lĂ .Â
On en parle, ils s'en foutent
Bonjour,
Je voulais partager une anecdote riche en ironie. Lors de mon stage de Master 2, j'ai été harcelée lors d’un colloque sur l’éthique en archéologie de 2019 par un archéologue de deux fois mon âge, conservateur, qui voulait absolument s'assoir à côté de moi. Le thème qui était abordé par le colloque ne semble pas l'avoir gêné plus que cela.
Plus récemment un autre conservateur, adjoint au CRA, la soixantaine: “je te propose un café, ma petite chérie?” Devant mon silence médusé “c'est une blague, si on ne peut plus draguer… à moins que tu fasses partie de ces archéologues féministes”? Je présume qu'il parlait de ce mouvement. J'ai répondu: “oui, justement, et je vais leur raconter ces cinq dernières minutes.” Il a ri et j'ai ri aussi, malgré ma colère. Le sentiment d'avoir trahi mes convictions m'a hantée jusqu'à ce que je raconte effectivement cette scène.
Je ne peux que constater une chose: la génération des baby-boomers oppose une résistance active aux changements. On témoigne, on sensibilise: ils s'en foutent. Tellement sûrs de leur impunité.
Quelque part entre le tragique, le comique et l'ignoble
Quand tu es un bonhomme, il est vrai que le harcèlement te concerne peu. En tout cas, pas tout de suite.
Il y a près de 16 maintenant (ça passe vite…), j'ai décroché mon premier CDD en archéo. Waouh, le pied: le smic, des conditions sanitaires déplorables sur un site pollué et dangereux.
Tu t'en fous: t'es jeune et passionné… Bref, je fais tout et la patronne rien. Je suis méchant: elle met son nom partout et cela est tellement chronophage qu'elle ne peut pas s'occuper du chantier dont elle est le responsable. Peu importe, je suis jeune et passionné.
Jusqu'au jour où je mets dehors un agent qui passe sa journée accroché à la cafetière, quand il ne fouille pas les sépultures à la bêche (il a mal au dos et les relevers ça l'emmer..)…
Bon, la patronne décide (car elle décide tout, surtout quand elle ne vient pas) d'organiser, un vendredi soir, chez elle, une réunion de conciliation. Ok, j'y vais.
Toc toc toc et la porte s'ouvre.
moi sur le pas de la porte m'adressant à la patronne: “Salut! Euh, c'est normal que tu sois en nuisette rose transparente?”
la patronne :“Oui, je t'attendais pour la réunion de conciliation.”
moi à la mère maquerelle “C'est normal qu'il y a personne d'autre que toi ou moi?”
la patronne “Oui, c'est ta conciliation”.
J'ai tourné les talons sans un mot et j'ai ensuite vécu l'enfer pendant près de 7 mois (vexations, non paiement de mes indemnités chômage, menaces diverses et avariées, etc.).
Et là , j'ai perçu toute la laideur de ce que subissait mes copines, et amies dans ce milieu faussement sympa qu'est l'archéo et plus largement celui des sciences (in)humaines et sociales (certains historiens sont encore plus visqueux-dégueus).
La précarité a toujours été une carte blanche à tous les pervers et autres ordures (le plus souvent masculines). J'ai bien peur que cela ne se soit pas arrangé depuis ces dernières années.
Pour finir, j'ai survécu professionnellement et je suis désormais fonctionnaire dans un institut scientifique national français. Ne vous découragez pas! Soyez pugnaces! On peut survivre à ces madarins vérolés qui se voient comme de nouveaux Heinrich Schliemann alors qu'ils ne seront jamais qu'une déclinaison de plus de Jabba le Hut.
Zone grise
Bonjour,
Je souhaite faire part d'un témoignage que beaucoup auront peut-être du mal à lire, car j'ai été agresseur, dans le milieu de l'archéologie. Je suis un homme, la trentaine, travaillant dans le milieu de l'archéologie préventive. A l'époque étudiant, pendant plusieurs chantiers de fouille programmée, je me suis rapproché à plusieurs reprises d'étudiantes plus jeunes, dont c'était le premier chantier. Je leur ai fait des avances très insistantes, qu'aujourd'hui on considérerait surement comme des agressions à caractère sexuel. J'ai sciemment profité de cette “zone grise”, entre la séduction et l'agression. Aujourd'hui, grâce notamment aux nombreux témoignages d'agressées, je comprend mieux mon comportement, et je m'en veux terriblement d'avoir profité de mon emprise psychologique (j'étais plus âgé, j'avais plus d'expérience de fouille) sur des filles qui étaient venu sur les chantiers pour apprendre à fouiller.
Ce témoignage n'est pas mon repentir : j'aurai mauvaise conscience toute ma vie, je fais avec, et si un jour ce recroise ces filles, la première chose que je leur dirai c'est leur présenter des excuses sincères pour mon comportement débile.
Non, ce qui me tient à coeur ici, c'est d'apporter une pierre à votre formidable travail. Les chantiers de fouille programmée sont, de manière quasiment officielle, les lieux de “chasse” des étudiants. Les étudiants y sont toujours en quête de jeunes étudiantes (en couple ou non…). Les directeurs de chantiers sont encore bien souvent complices de ce système, à coup de remarques sexistes, ou de création de binômes de travail… souvent sous le prétexte de “s'ils sont tous majeurs, où est le problème ?”.
Je souhaite vivement que tous les acteurs du monde de l'archéologie (professeurs des universités, directeurs de chantiers, CDD) se saisissent du problème et tentent d'y remédier, notamment à l'aide de chartes qui est un bon début, mais aussi pourquoi pas via la présence obligatoire de représentants des syndicats étudiants sur toute opération programmée.
Quand vous avez réunion d’équipe – avec vos supérieurs.
Quand vous avez, sur 2h de réunion, 2minutes30 de temps de paroles. Parce qu’on ne vous laisse terminer aucune idée.
Quand on n’est pas d’accord avec vous, et que vous êtes brutalement interrompue par un “NON” tonitruant, et que vous n’avez donc pas le droit de terminer votre propos.
Quand on est très d’accord avec vous, et que vous êtes brutalement interrompue par un “TOUT A FAIT!”, et que la personne vous vole alors la parole pour s’approprier le propos.
Quand le gentil, celui qui a les mêmes valeurs que vous, vous comprend tout à fait, et se désespère que vous soyez à peine écoutée, prend alors la parole pour développer vos propos, et qu’il est religieusement écouté jusqu’au bout.
Quand vous avez peur finalement, d'être encore interrompue, donc que vous tentez de cibler votre propos en deux phrases afin de faire passer l’idée principale avant qu’on ne vous coupe. Mais que du coup vous rendez vous-même votre propos inintéressant.
Maintenant en réunion, je fais autre chose.
Je ne partagerai pas mon journal intime, et ne suis pas TROP émotive.
Ca fait plus de 10ans que j'ai renoncĂ© Ă m'impliquer dans tout projet dans mon milieu professionnel. Ayant bien intĂ©grĂ© le statut qu'on m'attribuait, je suis, Ă force, devenue une bonne petite exĂ©cutante qui ne pose plus de questions et ne propose plus. J'ai, je m'en rends compte aujourd'hui, rarement trouvĂ© la bienveillance et la reconnaissance que je peux vivre dans d'autres secteurs professionnels oĂą je m'engage bĂ©nĂ©volement. Adios la passion donc.Â
La pire histoire est sans doute la première (il en a fallu bien d'autres pour me dĂ©motiver). Jeune diplĂ´mĂ©e, mon rĂŞve absolu se rĂ©alise : envoyĂ©e pour 3 mois sur un chantier dont traitait mon mĂ©moire. PrĂ©pa de la campagne de fouille, fouille et dĂ©but de publication. Bien mieux que la thèse. Ca a virĂ© au cauchemar. Harcèlement moral et manipulation. Je n'ai jamais su ce qui a provoquĂ© cela, si ce n'est que le premier soir au resto, quand le directeur de fouille m'a demandĂ© qui j'Ă©tais si je devais me rĂ©incarner Ă l'Ă©poque pharaonique, je me suis contentĂ©e de le dĂ©visager avec des yeux en rond de bille. Il m'avait aussi demandĂ©, avant de venir, de lui Ă©crire une lettre avec mes motivations pour bosser avec lui “comme si ça venait tout droit de mon journal intime”. J'en avais averti mon directeur de mĂ©moire qui lui a rappelĂ© que ça ne se demandait pas.Â
Quand tous mes potes/collègues de l'unif nous ont rejoint après 6semaines, j'ai Ă©tĂ© refourguĂ©e au tamisage (avec mon mec, qui faisait partie de l'Ă©quipe et que la femme de mon directeur de mĂ©moire a d'ailleurs tentĂ© de caser avec une pote. Tant qu'Ă faire…). Alors que tous les nouveaux arrivĂ©s Ă©taient responsable d'une zone de fouille. Je suis allĂ©e prĂ©senter tout le boulot que j'avais fait Ă mon directeur de mĂ©moire, puisqu'on lui avait dit que j'avais rien foutu depuis mon arrivĂ©e. Il m'a dit que ce type avait son bouc Ă©missaire sur chaque chantier. Que parfois, certaines s'en remettent, mais moi, j'Ă©tais grillĂ©e dans ce domaine lĂ , mais que “c'Ă©tait pas grave qu'il y en avait d'autres en archĂ©o”. Il m'a aussi dit que j'Ă©tais trop Ă©motive pour faire une thèse. Bein oui, j'ai fondu en larmes quand je suis allĂ©e le voir, j'Ă©tais, en fait, en dĂ©pression.Â
Menstruations sur chantier : pire expérience vs meilleure expérience
Sur un des chantiers préventifs auquel j’ai participé, les toilettes étaient des blocs sanitaires chimiques. Le siège des toilettes était hyper haut ! Et moi étant de petite taille… Ce n’est pas du tout facile de changer ses protections hygiéniques quand les pieds ne touchent pas le sol ! Sans parler de l’odeur atroce de ces toilettes… et de l’absence de point d’eau à proximité de ces blocs sanitaires… Pire que l’absence totale de toilettes quand on est dans la nature et qu’on peut se débrouiller avec sa gourde. Mais là impossible d’aller dans un buisson, c’était en pleine ville.
Ma meilleure expérience est un chantier sur lequel on avait des toilettes sèches. On avait un espace fermé (mais pas hermétiquement donc aéré), sans odeur de produit chimique. Ça sentait simplement le bois. Le siège était à hauteur normale, et on avait même de quoi se rincer les mains avec un système de récupération d’eau de pluie à la sortie des toilettes. Un vrai confort ! Ça vaut le coup de prévoir une demi-journée de plus pour l’installation du chantier et de prévoir des toilettes sèches. Ce temps est très vite rattrapé par le fait que les fouilleurs et les fouilleuses ne partent pas loin, très loin, très très loin du chantier pour aller faire leurs besoins ou pour changer leurs protections hygiéniques sans risquer d’être dérangées…