Creepypasta n°2
C'est toujours compliquĂ©. Avoir un jumeau c'est toujours compliquĂ©. Les fringues, les jalousies, les petites amies... Tout est tellement compliquĂ© quand on est deux. Pour Tom et moi, c'Ă©tait la mĂȘme chose je crois. On passait notre vie Ă nous disputer. Maman me rappelle toujours la fois oĂč on a cassĂ© une vitre en se battant. Pourtant on s'est aimĂ©. Vraiment. Petit, je n'avais que lui. Et je ne sais toujours pas si c'Ă©tait un choix ou si les gens m'Ă©vitaient. Et mĂȘme si en grandissant je m'Ă©tais sociabilisĂ©, au final il Ă©tait bien la seule personne qui importait pour moi. Avant qu'on aille se coucher, il me disait toujours que les monstres n'Ă©taient que dans ma tĂȘte et que si je n'y croyais pas, ils ne viendraient pas. Je le croyais vraiment. Tant qu'on ne croit pas Ă quelque chose ça ne peut pas nous atteindre. Mais moi, j'Ă©tais un gosse qui aimait bien se faire peur. Alors je continuais Ă y croire, mĂȘme si Tom me disait que ça n'existait pas. Puis on a grandi, et on a commencĂ© les conneries. Des ados de base... Tom avait toujours des idĂ©es cool et j'aimais bien traĂźner et faire des conneries avec lui. C'Ă©tait mon frĂšre. Qui plus est mon jumeau. Je le suivais donc sans rĂ©flĂ©chir. J'avais une confiance aveugle en lui. Un jour, on s'est retrouvĂ© dans une vieille baraque dĂ©labrĂ©e. Et, comme d'habitude, je me faisais flipper tout seul sans aucune raison. Mon cĆur battait Ă cent Ă l'heure et mon cerveau m'envoyait des images glauques par paquet de mille Ă la seconde. Tom Ă©tait juste devant moi, lui aussi voulait se mettre un petit coup d'adrĂ©naline je pense, mais il avait l'air un peu déçu. Il l'Ă©tait jusqu'Ă ce que l'odeur arrive. Il a ouvert une porte au hasard et c'est lĂ qu'on l'a sentie. Une odeur de charogne. Il avait ouvert en grand pour qu'on puisse entrer. Je n'avais jamais vu autant de bordel de ma vie. MĂȘme notre chambre Ă©tait rangĂ©e Ă cĂŽtĂ© de cette piaule. Je me souviens que mon regard ne s'est pas fixĂ© tout de suite sur des points prĂ©cis mais que j'ai d'abord vu l'espace dans son ensemble. Je me souviens des mouches qui s'agitaient et qui tournoyaient prĂšs du lustre et un peu partout autour de nous. Je me souviens aussi d'un livre Ă la couverture poussiĂ©reuse, c'Ă©tait "Orgueil et prĂ©jugĂ©s" de Jane Austen. Je m'en rappelle bien parce que je venais de le terminer quand Tom avait insistĂ© pour qu'on entre dans cette vieille bicoque. Mais ce dont je me rappelle le mieux, c'est le sourire de Tom. Un sourire heureux et excitĂ©. "C'est gĂ©nial", a-t-il dit en s'avançant dans la piĂšce. Je n'Ă©tais pas sĂ»r que ce soit si gĂ©nial mais il a fini par m'en convaincre. C'est vrai que c'Ă©tait excitant, et puis c'Ă©tait toujours mieux que de glander Ă la maison. Je ne sais plus vraiment comment on les a trouvĂ©s mais le fait est que l'odeur de viande pourrie venait de plusieurs cadavres de chats. J'ai froncĂ© les narines en voyant ça. Ils Ă©taient lĂ , Ă moitiĂ© bouffĂ©s par les vers. Et si certains avaient l'air d'ĂȘtre morts naturellement, je me demande toujours comment le petit gris s'est retrouvĂ© Ă©viscĂ©rĂ© avec les yeux crevĂ©s. AprĂšs ça, on est rentrĂ© Ă la maison et je suis allĂ© voir Jessy. Je devais l'aider en français je crois. Peu importe, je sais seulement que Tom n'est pas venu avec moi ce soir lĂ chez Jessy et quand je suis rentrĂ© quelques heures plus tard, il n'Ă©tait toujours pas lĂ . Je n'y avais pas fait attention sur le moment. Vers onze heures, quand je suis allĂ© me coucher, il me l'a dit. Il m'a dit que les monstres Ă©taient dans ma tĂȘte et que tant que je n'y croyais pas alors ils ne viendraient pas. Il m'a embrassĂ© sur la joue et s'est couchĂ© Ă cĂŽtĂ© de moi. Je ne me souviens toujours pas Ă quel moment il Ă©tait rentrĂ©. Il s'est passĂ© Ă peu prĂšs une semaine avant que maman ne dĂ©barque. On Ă©tait dans le salon Tom et moi, on regardait un talk show stupide en comatant sur le canapĂ©. C'est lĂ qu'elle est arrivĂ©e, complĂštement affolĂ©e et pleurant Ă chaudes larmes. Elle a hurlĂ© mon prĂ©nom. Alors je me suis levĂ© prĂ©cipitamment, Tom sur mes talons pour la rejoindre dans le garage, et je l'ai vu moi aussi. Un petit chat, roux cette fois, avec les tripes Ă l'air et les yeux perforĂ©s. Mon estomac s'est retournĂ© brutalement mais je n'ai pas vomi. Ma mĂšre me regardait de la mĂȘme façon que quand elle attendait une explication concernant une mauvaise note ou une convocation chez le proviseur. Les larmes et le dĂ©goĂ»t en plus. Est-ce qu'elle m'accusait vraiment de cette atrocitĂ© ? Moi le gamin qui ne ferait pas de mal Ă une mouche et qui libĂ©rait les araignĂ©es ? J'ai compris que oui et j'ai aussi compris que je la dĂ©goĂ»tais alors mĂȘme que je n'avais rien fait. Elle n'avait aucune preuve de ma culpabilitĂ© mais rien que l'idĂ©e que je sois en mesure de faire ça la rĂ©vulsait. Je pense que ça m'aurait fait la mĂȘme chose de toutes façons. Ma mĂšre est sortie en me demandant de nettoyer. Elle ne m'a pas adressĂ© un seul regard. Je me suis tournĂ© vers Tom qui n'avait pas l'air si affectĂ© que ça. Je trouvais ça horrible mais j'avais quand mĂȘme envie de comprendre. Et puis j'ai vu cette petite lueur presque amusĂ©e dans son regard. Je l'ai regardĂ© un moment sans rien pouvoir dire puis je lui ai demandĂ© si c'Ă©tait lui. Bien sĂ»r, au fond de moi, j'avais dĂ©jĂ la rĂ©ponse, mais il fallait que je l'entende, qu'il me confirme cette horreur. Il a haussĂ© les Ă©paules. "Ouais, c'est pas si grave. Faut qu'on nettoie tout ce bordel". Je pensais que si, c'Ă©tait quand mĂȘme plutĂŽt grave. Mais bon, peu importait finalement. Alors on a nettoyĂ©, tout simplement. Il y en a eu d'autres... Parfois dĂ©capitĂ©s, parfois simplement Ă©tranglĂ©s, le plus souvent noyĂ©s. Je continuais de croire que c'Ă©tait grave, mais Tom disait le contraire et en gĂ©nĂ©ral c'est lui qui avait raison. Et puis de toutes façons, disait-il, ils auraient fini Ă©crasĂ©s sur la route. Et puis il y a eu cette soirĂ©e frisson chez Jessy. Pour la premiĂšre fois, Tom venait avec moi chez elle. Elle organisait cette soirĂ©e depuis des semaines et Ă©tait toute heureuse que ses parents aient acceptĂ© de lui laisser la maison. Elle avait invitĂ© tous ses amis dont moi. Elle ne connaissait pas Tom (AprĂšs tout, nous n'Ă©tions pas dans la mĂȘme classe lui et moi.) mais m'avait dit de l'emmener, que plus on Ă©tait, mieux c'Ă©tait. Elle avait aussi dit de se dĂ©guiser et Tom avait Ă©tĂ© rĂ©ticent mais Ă force de persuasion il avait fini par accepter. J'aimais bien le personnage de Jeff, puis le maquillage Ă©tait assez simple alors j'avais noirci le contour de mes yeux, Ă©bouriffĂ© mes cheveux et tracĂ© le sourire de l'ange sur ma peau qui Ă©tait naturellement assez pĂąle pour se passer d'un fond de teint blanc. J'avais mĂȘme sacrifiĂ© un de mes pulls blancs, que j'avais sali au colorant rouge, et n'avait pas eu besoin de dĂ©chirer un jean noir puisque j'en avais dĂ©jĂ un, tout Ă©limĂ© depuis des annĂ©es. Tom, lui, s'Ă©tait transformĂ© en zombie pour la soirĂ©e. On Ă©tait arrivĂ© chez Jessy sur les coups de 21h30. C'Ă©tait une petite fĂȘte tranquille oĂč tout le monde se connaissait un peu puisqu'on faisait parti de la mĂȘme classe. Cependant, personne ne connaissait Tom et c'Ă©tait normal. Il n'avait parlĂ© Ă personne Ă personne mis Ă part moi et n'Ă©tait pas vraiment Ă l'aise ici. Je lui ai proposĂ© de partir mais il a refusĂ© plusieurs fois. Je ne sais plus vraiment comment s'est dĂ©roulĂ© la soirĂ©e. Je sais que j'ai un peu bu mais pas au point d'oublier quoi que ce soit. Ăa devait ĂȘtre banal je suppose, rien d'assez marquant pour que je m'en souvienne. Vers minuit, j'ai retrouvĂ© Jessy un peu Ă l'Ă©cart. Elle Ă©tait un peu ivre et riait de tout. On discutait tranquillement et je n'avais pas notĂ© la disparition de mon frĂšre avant qu'il ne rĂ©apparaisse, attaquant dĂ©libĂ©rĂ©ment la jeune femme. J'ai criĂ©, je lui ai demandĂ© ce qu'il faisait alors qu'il la frappait et que du sang commençait Ă couler de la bouche de Jessy. Je crois qu'elle Ă©tait inconsciente parce qu'elle ne criait pas, ou alors je hurlais trop fort pour l'entendre, mais elle n'avait pas l'air de se dĂ©battre non plus. Tom me disait de la fermer, que j'allais rameuter tout le monde si je continuais Ă gueuler comme ça. Alors j'ai arrĂȘtĂ© de crier et il m'a demandĂ© de l'aider. J'ai portĂ© le corps de Jessy jusque dans la salle de bain sans trop comprendre ce que je faisais. Tom a ouvert le robinet de la baignoire et a fermĂ© le bouchon pour faire couler un bain. Je ne comprenais rien. Pourquoi est-ce qu'il voulait prendre un bain tout d'un coup ? Il a sorti un petit couteau de sa chaussure et moi je le regardais faire. Il Ă©tait fascinĂ© par ce qu'il faisait, par la lame qui entrait dans la chair de Jessy et le liquide rouge qui s'Ă©chappait de son corps. Moi j'Ă©tais fascinĂ© par mon jumeau. Je n'avais plus peur de ce qu'il faisait, je ne trouvais plus ça grave, seulement fascinant. Je me suis agenouillĂ© Ă cĂŽtĂ© de lui pour mieux le voir faire. Quand il a eu terminĂ© de mutiler Jessy, il m'a fait signe de l'aider Ă la soulever et on l'a plongĂ© dans l'eau qui a rougi immĂ©diatement Ă cause du sang qui coulait de ses plaies. Tom avait fait attention Ă ce que son nez et sa bouche se trouvent bien sous la surface de l'eau. Et nous avons quittĂ© la soirĂ©e. Peu de temps aprĂšs, les flics sont venus et nous ont emmenĂ©s, Tom et moi. Ils avaient des preuves apparemment mais ils ont dit que je devais voir un psy avant d'ĂȘtre inculpĂ©. InculpĂ© pour meurtre apparemment. Mais bon, elle aurait fini par mourir de toute façon. Le psy m'a longuement parlĂ© de tout un tas de choses dont je ne me souviens absolument pas. Je m'en foutais complĂštement. La seule personne que j'Ă©coutais c'Ă©tait Tom qui se foutait de sa gueule. Je tentais de cacher mon rire mais c'Ă©tait peine perdue et le psy m'a demandĂ© ce qui Ă©tait drĂŽle. Je ne lui ai pas rĂ©pondu. "Bill, les monstres sont dans ta tĂȘte seulement parce que tu y crois, si tu n'y crois plus, ils partiront". Je n'ai pas compris, et puis il m'a tendu un petit article de journal datĂ© du 2 Mars 2004, j'avais cinq ans Ă l'Ă©poque. "Drame familial. Le petit Tom (5) est mort ce matin dans un accident de voiture. Sa mĂšre, Simone Kaulitz (26) est miraculeusement sauve".














