le livre des fêlures : 31 nuances de Beat
La signification du verbe fêler correspond à "casser sans que les morceaux ne se séparent". Autrement dit, la fêlure est là, elle fragilise, mais physiquement, tout reste en place. Pour la maison d'édition 13e Note, trente et un fêlés se sont réunis en proposant leur nouvelle en 2010. Trente et une nouvelles basées sur des entailles, déchirures, brisures, crevasses et autres fractures qui inondent l'esprit torturé et glauque de ces auteurs qu'on appelle "post-beat". Ces gars-là se sont tapés des hallus en lisant les poèmes Howl de Ginsberg et la lecture de Sur la route de Kerouac leur a clairement enseigné un mode de vie. Ce mode de vie instable et de débauche que ces artistes qu'ils soient écrivains ou musiciens, notamment Bob Dylan, avaient adopté dans les années 1950. De New York à San Francisco, le mouvement culturel qu'on appelle Beat Generation a tracé sa route au fil des années sous un temps orageux. Critiquée, mal-aimée et incomprise, cette jeunesse un peu trop fougueuse assumant franchement sa liberté sexuelle et sa passion pour les drogues hallucinogènes a inspiré des tas de nouveaux auteurs qui aujourd'hui se retrouvent dans ce Livre des fêlures. Ces écrivains post-beat sont le reflet d'une génération aux idées noires, complètement dévastatrices, qui les amène à raconter leurs états d'âme dans un roman, biographique ou fictionnel.
Après la lecture d'une longue introduction du directeur d'ouvrage, quatre différents mouvements littéraires s'offrent à nous. Néo-beat, méta-réalisme, off-noir, inside-out. Si ça ne vous inspire rien, dîtes vous surtout que ce sont des histoires d'un noir profond, un cocktail de drogues dures prises dans la rue, de sexe sale à l'arrière d'une voiture, d'appartements remplis de cafards, de voitures volées pour s'attaquer seul aux routes américaines...
Tony O'Neil nous raconte une histoire sordide dans cet appartement miteux, cette fille rencontrée dans la rue, ce cachet d'ecstasy, les yeux braqués sur la télé pendant une pseudo fellation. Dans un autre registre on a aussi Le Chien Meta qui décrit la fin d'une relation amoureuse. Cette période bâtarde où tu hésites entre lui refaire l'amour ou le/la tabasser. Ce ne sont ni des polars ni des thrillers, mais plutôt des histoires torturées fabuleusement écrites avec les tripes d'un type un peu trop imbibé d'alcool. Je ne vais pas vous cacher qu'il est préférable d'avoir une idée du style de ces auteurs maudits avant de s'attaquer à bouquiner ce pavé de presque 700 pages qui fera intellectuel posé sur votre étagère. Qu'on se le dise, leur manière d'écrire n'est clairement pas facile à digérer. Ces nouvelles sonnent comme une antithèse à la vie que nos parents nous suggèrent de mener. Une vie alternative où le matérialisme fait figure d'intrus. La vraie morale dans ces récits consiste à trouver une échappatoire, un moyen de se démerder seul ( ou avec la fille de vos rêves comme nous le raconte J.R Helton dans son récit ). Le livre ne nous apprend pas le pessimisme ou le cynisme accompagné d'une bouteille de Jack. Il enseigne avec brio les théories d'un type un peu camé, né dans un quartier malfamé et qui voit la vie du fond d'un énorme trou béant qu'il faut escalader. Certains y arrivent, d'autres pas. Tout le monde ne peut pas approuver la façon de triturer un carnet de notes de ces écrivains. La plupart des maisons d'édition les fuit comme la peste. Certains disent même qu'ils n'ont aucun talent, qu'ils n'ont rien inventé. Des lecteurs ont même fait part de leur avis en déclarant que "l'écriture est beaucoup trop simple". Est-ce qu'il n'est pas plutôt nécessaire de prendre conscience que cette jeunesse américaine, héritière du mouvement beat, aspire à autre chose que la vie prototype qu'on nous réserve à savoir un bel appartement, un bon travail et une famille harmonieuse ? Ces enfants spirituels de Kerouac ou Ginsberg, méritent tout autant d'intérêt que l'auteur de 50 nuances de Grey. Ils choquent, perturbent et dérangent car ne garantissent pas l'American Dream. Certains font des best-seller en racontant les déboires sexuels d'une étudiante soumise à son richard à tendances SM, et d'autres restent dans l'ombre bien que leur talent soit inévitable.



