https://youtu.be/22jqPruP9AM
Quelle fantastique série !
Après The Wire et Treme de David Simon, on a regardé The Plot Against America, sa nouvelle œuvre. C’est une totale réussite, encore.
Je connais un peu l’œuvre de Philip Roth, notamment grâce à sa trilogie Pastorale Américaine, J’ai épousé un communiste et La Tache, que j’avais d’ailleurs adorés. Mais celui-ci, cette uchronie, je ne l’avais pas lue, et je ne savais pas vraiment de quoi ça parlait. On comprend vite.
Philip Roth a imaginé, qu’au début de la Deuxième Guerre Mondiale ce n’était pas Roosevelt qui était réélu, mais un jeune Charles Lindbergh, tout fringant, et auréolé d’héroïsme par ses exploits aériens... et celui-ci est montré dans le roman et dans la série comme antisémite, au mieux complaisant envers Hitler, au pire franchement complice. L’Amérique, et la famille que l’on suit -les Levin-, basculent alors dans une autre dimension où les violences anti-juifs éclatent, et où s’épanouit un malodorant America First, où le fascisme peut s’épanouir sans complexe. C’est terrifiant.
Je me suis un peu documentée, et apparemment, l’écrivain a reçu deux critiques majeures : celui de faire une accusation erronée sur l’anisémitisme de Lindbergh, sur laquelle il semble pourtant exister des documents à charge, et sur le silence de ce roman sur la ségrégation des noirs pourtant très réelle. Cette critique, je la comprends ; avec cette fiction, les persécutés sont les juifs, ce qui est faux aux USA à cette époque, alors que la persécution des noirs et notamment les actions du Ku Klux Klan, avérée ; cela peut choquer. Cependant, je trouve que la façon de montrer cette montée de la haine envers les juifs est si subtile qu’elle n’annule pas celle vécue par les noirs américains, elle la transpose, en parallèle.
De plus, comme d’habitude chez Roth, la dimension familiale est passionnante, vue à auteur d’enfant, le petit Philip (!), et l’auteur dit clairement qu’il a voulu rendre hommage à ses parents et leurs personnalités. Dans ce quartier de Newark (comme d’habitude -encore-), la famille Levin récolte immédiatement notre affection et notre admiration. Le père, fougueux et résolu (joué par Morgan Spector, excellent, qui m’a fait penser à Robert De Niro -si, si-), essaie de résister au cancer qui ronge son pays ; la mère, tout aussi bouillonnante (Zoe Kazan), essaie de tempérer son mari pour l’équilibre de sa famille. Et les deux enfants, l’un de quinze, l’autre de huit ans, assistent à tout cela sans tout comprendre ; pour l’adolescent, la rébellion intrinsèque à son âge le rend d’abord aveugle aux enjeux, pour le plus jeune, c’est la panique émotionnelle, doublée bientôt d’une culpabilité déchirante.
Encore une fois, en quelques scènes, David Simon parvient à créer une galerie de personnages plus vrais que nature, du fiévreux Alvin à la tante Evelyn (Winona Ryder, exaspérante à souhait), en passant par le rabbin un peu trop ambitieux (John Turturro et son sourire oblique, parfait), sans parler du petit voisin Seldon (personnage extra et interprète super bien choisi)...
Gorge nouée, on a regardé ça avec une tension et une émotion croissantes. C’est incroyable. Et comme certains qui avaient fait des parallèles entre la fable et l’actualité politique de la date de parution (ère de Bush), on se prend à faire des parallèles avec l’alliance Trump/Poutine actuelle, peu rassurante.
La fin de la série laisse supposer qu’il y aura une suite. Je l’attends avec impatience.