Face à deux des Grands Corsaires les plus redoutables, la plupart reculerait. Mais lorsqu'Ambre se retrouve en danger, Béatrice n'hésite pas une seconde. Armée de Yoru et d'un aplomb glacial, elle s'interpose, jouant habilement de son double statut pour tenir tête à Doflamingo et Crocodile.
Shanks voudrait la retenir. Mais elle le sait : certaines personnes valent tous les risques.
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« L'homme fort est celui qui reste maître de lui-même dans l'adversité. » Confucius.
En voyant l'équipage de Marco revenir sans sa sœur de cœur, Béatrice porta immédiatement sa main à la croix religieuse, prête à appeler Mihawk pour demander du renfort. Elle laissa toutefois le pirate s'expliquer.
— Deux pirates approchent, elle nous a demandé de partir et de te prévenir pour qu'on trouve un moyen de sécuriser la situation, yoi.
Elle pivota naturellement vers son allié, ses iris avaient viré au rouge.
— Shanks, peux-tu la localiser ?
Il lui répondit aussitôt, le pirate avait déjà dû la chercher et la trouver.
— Juste après la maison d'à côté, près de la cour avant le portail de l'unité d'information.
Pendant qu'il expliquait, elle attrapa le manche de Yoru et plaça la lame dans son dos d'un geste fluide. Le sabre réagit instantanément et une légère aura verte entoura Béatrice. Yoru était avec elle, partageant avec force son inquiétude et sa colère.
Les pirates au-dessus étaient descendus en repérant le groupe de pirates s’approcher. Holy observa anxieusement la blanche afficher une mine sérieuse et crispée. Tous pouvaient sentir la colère et la détermination de Béatrice à l’idée qu’il arrive quelque chose à Ambre.
Une fois installée, Béatrice porta la croix religieuse à ses lèvres et parla intérieurement à travers elle.
— C'est sûrement Crocodile et Doflamingo qui ont réussi à écarter leurs escortes du chemin.
Shanks fronça les sourcils, s’approchant légèrement d’elle.
— Que comptes-tu faire, seule ?
— Leur faire regretter de se prendre pour ce qu’ils ne sont pas.
Sans attendre plus de la part de ses alliés, elle se mit immédiatement en marche vers le lieu indiqué par Shanks. Béatrice se doutait que Mihawk ne quitterait pas la salle de réunion. Il fallait qu’elle gagne du temps, évacue Ambre et ne se fasse pas tuer ou kidnapper dans ce laps de temps.
— Les félicitations sont de mise, madame Jouviance, fit la voix de Doflamingo. Son ton de voix ne montrait aucune sincérité, un simple amusement.
La blonde restait droite, impassible. Sa voix résonna, froide et dure :
— Je les aurais acceptés si je ne savais pas que vous ne créiez pas de problèmes.
En arrivant dans la ruelle, Béatrice découvrit sa meilleure amie faisant front aux puissants pirates. Aucun tremblement ne se distinguait, elle se dressait avec force et détermination. Ces deux pirates avaient délibérément éliminé des soldats pour atteindre Ambre sans encombre.
Tant de questions se bousculaient dans l'esprit de la Shine.
Une main saisit le bras de la blanche. Prête à affronter celui qui la retenait, elle tomba avec surprise sur Shanks, lui aussi résolu.
— Que peux-tu faire contre deux Grands Corsaires ? questionna l'Empereur, la voix grave, autoritaire. Tu vas simplement te faire capturer à la place d'Ambre.
Ils se jaugèrent, dans le blanc des yeux. Des décisions devaient être prises. Et elle savait qu’il pourrait entraver ses mouvements, sans aucun scrupule ni difficulté.
Toutefois, il ignorait qu’elle pourrait mourir pour Ambre, sans hésitation, si on le lui demandait.
— Et ? demanda-t-elle, très sérieuse, lui lançant un regard courroucé.
En l'absence de gestes pour la laisser partir et de toute personne autour qui en faisait autant, elle comprit qu'elle ne pouvait pas partir sans expliquer son plan. Béatrice n'était pas habituée à rendre des comptes. Aucun membre de sa famille ne se posait autant de questions, car ils la connaissaient et savaient comment elle fonctionnait.
— Je suis une Directrice de la Marine. Si Doflamingo me fait quelque chose, il perdra sa place. Si Crocodile me fait quelque chose, il perdra toute crédibilité auprès de Mihawk. Mon mentor est en chemin pour sécuriser la situation, mais pour cela, je dois évacuer Ambre avant que ce ne soit trop tard.
D’un mouvement sec, Béatrice se défit de son emprise. Sans accorder plus de temps à ses alliés, elle rejoignit sa meilleure amie.
— Tiens ? Qu'avons-nous ici ? résonna la voix de la marine en s'approchant derrière Ambre.
Sa meilleure amie tentait de rester de marbre, toutefois Béatrice remarqua les légers tremblements qui parcouraient ses jambes et ses mains. Elle faisait preuve d’un tel courage alors qu’elle avait deux puissants pirates face à elle.
Ces derniers furent surpris en la voyant arriver. Cela confirma une de ses théories : elle avait ressenti le fluide perceptif de Shanks à quelques reprises lors de leur attente. Elle comprit que cet homme avait une si bonne maîtrise de son Haki qu'il arrivait même à masquer les présences de toutes les autres personnes, et ce longtemps sans montrer de fatigue.
— Madame Cassipan, je ne m’attendais pas à votre venue, prit la parole, cette fois-ci, Crocodile en la lorgnant sans vergogne.
Béatrice prit le temps de le jauger avant de répondre, froide, ne déviant jamais les yeux des deux hommes :
— Je devrais en dire tout autant vous concernant, messieurs.
— Nous faisions une pause lors de la réunion, quand on a aperçu Madame Jouviance. Nous lui souhaitions nos félicitations pour la naissance de son enfant, répondit posément le pirate aux lunettes farfelues.
— Cessez vos embobinages, coupa subitement Ambre en fusillant du regard les deux pirates, nous ne sommes pas dupes.
— C’est bien pour cela qu’on souhaite vous emmener, sourit malicieusement Crocodile en tirant sur son cigare.
Béatrice fit un discret signe à Ambre, la tirant vers l'arrière, faisant croire qu'elle souhaitait se mettre devant pour servir de bouclier ; en même temps, elle lui glissa quelques mots.
— Pars à droite, vers la cafet', tout de suite.
Dès le dernier pas en arrière posé, Ambre pivota sur elle-même et courut vers l'endroit demandé. Doflamingo leva immédiatement sa main, sur le point d'utiliser ses pouvoirs, quand le son de la femme prenant le manche de Yoru l'interrompit.
— À toi de voir, pirate, le menaça-t-elle.
L’aura conférée par la lame se fit plus vive, parée à aider Béatrice.
Comme prévu, l’intérêt des hommes se porta sur elle : ils avaient compris qu’elle était la Protectrice de Yoru et qu’elle savait l’utiliser. Le Roi de Dressrosa partit dans un éclat de rire cruel et mortifiant. Si elle n’avait pas vécu pire, comme se retrouver au beau milieu du pont d’un Empereur, elle se serait retrouvée à hésiter quoi faire.
Cependant, ils étaient dans sa zone de confort, au sein-même du quartier général de la Marine. Ils n’allaient pas lui imposer leurs lois.
— Je savais que tu cachais bien des choses pour une simple employée de la branche intérieure, jeune femme, ricana narquoisement Doflamingo en levant lentement sa main vers elle.
— Je ne vais pas plus loin, dit son « partenaire » au crochet d’or. Je ne vais pas risquer ma relation avec Takanome.
L’autre pirate lui attribua un regard déçu et de dégoût, mais reporta bien vite son attention sur la femme devant lui. Ses doigts dansèrent dans les airs, prêts à s’accrocher au corps de sa proie.
Sans pouvoir se retenir, Béatrice pensa à son défunt frère adoptif, Rossinante. Mort entre les mains de ce fou il y a tant d'années pour sauver Law de sa maladie. Sa mort avait entraîné une rupture entre Sengoku et elle. Toutefois, cela n'avait pas enlevé la peine et la tristesse de son cœur quand elle avait appris son assassinat.
— Je n’ai pas réellement envie de perdre mon poste… Mais gagner une femme comme toi vaut le risque.
« Mais quel malade... »
Doflamingo serra les doigts et tira sa main vers lui, ordonnant à la femme de s'approcher.
Toutefois, rien ne se produisit.
Béatrice resta droite et immobile. Par ailleurs, même si elle s'attendait à recevoir une attaque mentale, elle ne ressentit absolument rien, pas même un mal de crâne. Il était bien connu que le Haki surpassait les fruits du démon, néanmoins Béatrice ne s'attendait pas qu'en tant que Reine, elle ne sente aucune attaque à son égard.
— Qu’est-ce que tu crois faire ? retentit la voix glaciale de Béatrice.
— Comme on pouvait s’y attendre de quelqu’un comme toi.
Malheureusement, en s’attendant à se débattre, le manque de réaction de Béatrice avait attiré plus de curiosité et elle se retrouvait bien dans une position délicate. Car en plus des deux pirates devant elle, il y en avait bien plus derrière qui devaient suivre l’échange et avaient compris ce qui se passait.
Par chance, deux ombres atterrirent lourdement de part et d'autre de la femme, faisant littéralement trembler le sol.
Une entrée digne de Sengoku et Garp, qui mangeait ses croûtes de pain avec détachement, au mépris de la dangerosité de la situation. Il afficha un sourire amical à la femme qui lui rendit une moue désabusée.
— Assommer vos escortes n’était pas suffisant, pirates ? tonna la voix orageuse de l’amiral en chef.
Béatrice était à deux doigts de leur flanquer un sourire narquois et de les narguer, puisque les rôles s’étaient inversés. Elle leur ferait bien un doigt d’honneur, d’ailleurs. Maintenant que son mentor et le héros légendaire étaient à ses côtés, elle serait capable de se cacher exprès derrière eux pour les défier.
— Nous sommes tombés fortuitement sur Madame la Directrice, et nous nous demandions pourquoi c’était son assistant qui la remplaçait. A priori, la rumeur sur son départ est vraie, expliqua « innocemment » Doflamingo.
— Cela ne te regarde pas, répliqua Sengoku. Retournez en réunion, Crocodile, ce sera la dernière fois que tu mettras les pieds ici. Je ne laisserai pas l'affront que vous avez fait à Lisa sans sanction.
— Allons, nous n’aurions rien fait à l’encontre de votre fille, amiral en chef, répondit sur le même ton le pirate à plume.
Rapidement, deux autres groupes de soldats les escortèrent vers la salle de réunion. Non sans un sourire tordu de la part du Roi de Dressrosa.
Elle aurait peut-être dû lui faire un doigt, finalement.
— Heureusement que Takanome nous a prévenus, ils avaient réussi à faire dire aux soldats qu’ils faisaient une courte halte pour rallonger leur pause, déclara Garp en ricanant.
Les deux autres personnes le regardèrent, désappointés par l’indifférence du vice-amiral.
— J’étais avec Ambre en train de faire le tour. On souhaitait qu’ils sachent qu’elle avait accouché et qu’elle allait bien.
— C’est dangereux, d’autant plus que tu l’as surement fait passer par le port privé ?
Béatrice hocha la tête, faisant rouspéter son tuteur.
— Ils auraient vraiment pu la kidnapper et toi aussi.
— Les recrues de la branche intérieure disent que lorsqu’on s’engage dedans, ils ne ressortiront pas vivants. Comment mieux leur prouver le contraire qu’en emmenant Ambre ? répliqua Béatrice. D’ailleurs, pourquoi il est là, Crocodile ?
La raison était sûrement qu’en échange d’informations sur Luffy au chapeau de paille, il comptait peut-être retrouver son ancienne place.
— Il voulait marchander son ancienne place, répondit vaguement Garp.
Bingo.
— Je vais rejoindre Ambre, déclara Béatrice en se dirigeant vers la cafétéria.
— Essaie de ne pas te retrouver seule, Lisa ! l’avertit Sengoku au loin.
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Sur le chemin du retour, William Shine pouvait sentir le regard pesant de son fils dans son dos. Ce dernier avait sûrement compris un détail que sa famille avait omis de lui révéler depuis des années.
Le silence et la tension qui flottaient dans l’air furent ce qui empêcha quiconque de poser des questions, même en apprenant que Lisa Cassipan était la fille adoptive de l’amiral en chef. Les pirates firent tranquillement demi-tour jusqu’au port privé. Désormais, les deux femmes étaient en sécurité et ils attendraient leur appel pour savoir s’ils repartaient avec ou sans Ambre.
Shanks jeta un coup d’œil à son nakama : William était blanc et perdu dans ses pensées. Quant à son fils, on pouvait facilement voir qu’il bouillonnait de colère. Il semblerait qu’il n’avait pas été mis au courant de quelque chose.
À vrai dire, le capitaine aux cheveux roux aimerait dire qu’il était surpris par la nouvelle qu’ils avaient apprise. Après tout, même Béatrice avait voulu partir avant qu’ils n’arrivent, cacher des choses, elle savait particulièrement bien le faire. Avoir Sengoku en tant que tuteur légal aux yeux du Gouvernement Mondial soulevait beaucoup de questions. Toutefois, à l’époque où il l’avait adopté, il n’était pas à la tête de ce poste. Alors, peut-être que le statut à ce moment-là suffisait à faire entrer une Shine, rien de plus. Tout comme Béatrice, Sengoku avait gravi les échelons, après tout.
Son instinct lui disait que ce n’était pas tout, mais il ne pouvait se baser sur rien. Puisqu’il ne possédait que très peu d’informations sur elle.
Une chose était sûre, elle possédait une très grande volonté et un mental d’acier. Béatrice ne révélait aucune utilisation d’Haki, mais semblait être résistante contre eux. Elle était la disciple de Sengoku, il devait s’attendre à tout maintenant. Même à ce qu’elle tienne tête aux utilisateurs de fruit du démon.
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Seuls dans la cabine qu’Aaron partageait avec sa femme, il referma derrière son père. Emma, en voyant l’état de son mari, avait préféré rester avec les autres femmes de son équipage. Quant aux autres, ils s’étaient déjà attelés à découvrir les secrets du dossier en question.
— Alors, vous l'avez vendue, déclara Aaron en se tournant vers son géniteur. Le fait qu'elle ait voulu aller d'elle-même dans la Marine, c'était des conneries.
Ce n'était pas cette dernière information qui avait permis au second enfant de Chiara de comprendre ce fait, mais l'ensemble de tous ses souvenirs, conversations sur le sujet avec sa sœur. Il se revoyait lui demander si elle était vraiment heureuse après son choix, la questionner sur ses priorités : la Marine comptait-elle plus qu'eux ? Alors qu'ils étaient petits et sans parents.
La femme, adolescente à ce moment-ci, avait simplement encaissé sans rien dire. Au début de leur relation, la blanche s’était montrée distante avec eux, préférant ne pas interagir avec ses propres frères. Et il comprenait pourquoi. Sa famille, en l’occurrence sa mère et son père, l’avait vendue à la Marine, la forçant à rejoindre, à l’âge de huit ans, les rangs du Gouvernement Mondial.
Pendant des années, malgré la pression et sa deuxième identité, Béatrice leur avait finalement ouvert son cœur et ils avaient développé une relation indestructible.
— C’était pour son propre bien, personne dans la famille ne pouvait la former. Sengoku est son prédécesseur, lui révéla William en chuchotant.
— De là à la confier au Gouvernement Mondial ! C'est lui pourrir sa vie, sa jeunesse au profit de la famille, gronda la voix attristée du second de Marco, car c'était ce qu'il ressentait envers Béatrice. Votre but a toujours été qu'elle devienne utile et de vous servir d'elle jusqu'au bout.
Aaron fit une pause dans sa tirade, il savait que William y était pour quelque chose, même s’il n’avait pas eu une importance majeure dans la vie de sa propre fille. Il avait, dans un sens, accepté qu’elle soit emmenée ; il était convaincu que, s’ils l’avaient souhaité réellement, ses parents auraient pu empêcher que sa grande sœur vive séparée des siens.
— C’était une demande de Rayleigh et Gol D. Roger, déclara le plus âgé après un silence.
Les iris d’Aaron s’élargirent, il savait qu’elle était née sur le navire du Roi des pirates et avait passé quatre ans dessus. Toutefois, il avait sous-estimé leur implication dans l’histoire.
— Et vous les avez écoutés ? demanda-t-il, incrédule. Vous avez écouté deux étrangers de la famille vous dicter ce qui est le mieux pour votre propre fille.
— Ce ne sont pas des étrangers, contredit calmement son père. Ce sont des puissants utilisateurs du Haki des Rois qui ont rencontré un des deux Rois Originels.
Face à l’ignorance de son fils à cette information et qu’il ne savait pas ce qu’étaient les Rois Originels, William lui expliqua rapidement.
— L’existence de Béatrice n’est pas anodine, et même nous, en tant que parents, nous ne pouvons pas aller à l’encontre de ces deux entités. Comprends-tu ?
Difficilement, Aaron rassembla ses émotions, mais l'une d'entre elles ne le lâchait pas. Ce sentiment d'injustice pour sa sœur : elle n'avait jamais rien demandé, on ne lui avait jamais laissé l'ambition de le faire. Toujours à décider pour elle de son destin, même par des parfaits inconnus. Néanmoins, il ne pouvait plus blâmer son père ; il aurait préféré mourir plutôt que de devoir choisir. Maintenant qu'il était le père de Kana, fille d'Emma, et qu'il allait en devenir un de nouveau, son point de vue avait évolué.
Malgré les dires de son père, Aaron serait prêt, si sa sœur le lui demandait, à la sortir de sa famille et à la faire rejoindre son équipage, voire même celui de Shanks. Il ne savait pas si leur dynamique familiale avait un fond toxique, mais une chose était sûre pour lui : il devait parler avec Béatrice à cœur ouvert.
Il se doutait qu'elle ne voudrait peut-être pas se livrer à lui ; Aaron était son petit frère qu'elle avait protégé tant d'années, et à l'éducation duquel elle avait contribué. Est-ce qu'elle parlait librement à Týr ? C'était son meilleur ami, après tout. Aaron se demanda à quel point il était ignorant et tenu éloigné de la vie de sa propre sœur.
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Deux heures plus tard, Béatrice ressentit une boule au ventre en composant le code. Ils savaient qu’elle était la disciple de Sengoku, l’amiral en chef. Même si, au départ, il n’occupait pas ce poste, il en était désormais l’homme à la tête.
Ambre lui serra gentiment le bras en signe de réconfort. Ce n’était pas la seule chose qui troublait Béatrice. La réaction de son frère devait avoir été orageuse… Elle aurait presque éprouvé de la peine pour son père. Presque. En vérité, elle en retirait une certaine satisfaction.
À leur arrivée, les femmes furent accueillies par Emma, qui serra dans ses bras sa belle-sœur.
— Il s’est passé quelque chose ? demanda Béatrice, confuse, tout en lui rendant son étreinte.
— Ils sont en train de discuter dans notre cabine.
Ainsi, Aaron cherchait des réponses. Une partie de Béatrice souhaitait les rejoindre, mais l’autre voulait laisser son père se débrouiller seul.
Franchissant la porte de la salle de réunion, Béatrice réadopta pleinement son identité. Devenir « Lisa » pour dialoguer avec des collègues, puis redevenir « Béatrice » dans la même journée : tout cela l'épuisait et lui donnait la migraine.
— Alors ? interrogea-t-elle en voyant les autres penchés sur des feuilles et un dossier ouvert.
— On a la liste des fruits du démon volés, avec les noms des utilisateurs tués, expliqua Shanks, les yeux fixés sur un document. Il y a aussi un contrat. On aimerait ton avis.
S'approchant, il glissa le document vers une place vide près de lui. Béatrice s'assit et parcourut les lignes. Bien que certaines parties fussent dans une langue qui lui était étrangère, elle pouvait en déduire le sens général.
— Il vend les fruits du démon à cette personne, réfléchit-elle à voix haute. Et autre chose…
En bas de la page, le nom « Laileb » était inscrit, signé avec une encre rouge sombre, presque marron. L'idée que ce soit du sang la révulsa.
— C’est ce que je me suis dit aussi, répondit Shanks en se penchant légèrement.
Les pirates et Ambre avaient formé des groupes pour examiner les documents en détail. Chaque papier abordait un point spécifique. Béatrice sentit un soulagement : les risques qu’ils avaient pris n’étaient pas vains.
— De ce que je peux comprendre aussi, c'est qu'il a l'air de pouvoir lui donner... La fin de la phrase était écrite dans cette langue étrangère. Quelque chose en tout cas en retour. Plus il donne de fruits du démon, plus il acquiert... des choses.
Bien évidemment, les parties les plus intéressantes étaient incompréhensibles. Toutefois, c’était une piste et elle savait qu’elle devait creuser : qui était ce « Laileb » ? Nom étrange. Soudain, les souvenirs du carnet retrouvé au château d'Unforseen lui revinrent en tête : il y avait la même langue qui apparaissait à plusieurs endroits. Ce contrat et Unforseen avaient un lien ? Lequel ?
— Béatrice ? appela Shanks en voyant la mine de la femme s’illuminer.
Elle se tourna vers lui, elle n’avait pas vraiment de réponses à lui apporter, mais c’était tout de même un début.
— Te souviens-tu du carnet que nous avons trouvé à Unforseen ?
Le pirate hocha la tête, son visage s’éclairant.
— C’était les mêmes symboles ? confirma-t-il.
— Oui, j’en suis certaine. J’ignore s’il y a vraiment un lien, mais nous pouvons garder cela à l’esprit.
Le capitaine roux hocha la tête pensivement, accueillant l’information même si elle était mince.
— Qu’avez-vous trouvé ? demanda Shanks à l’assemblée pour recentrer l’attention.
Naturellement, tout le monde s’assit, prêt à mettre à plat. Béatrice nota la facilité à laquelle les prises de paroles de Shanks arrivaient, de manière calme et détendue, à rassembler et attirer l’attention sans hausser le ton. N’ayant pas de raison de bouger, Béatrice resta sagement à sa place, Beckman était avec sa compagne et Ambre, un document entre les mains.
— Nous avons quelques plans d'expansion que Teach souhaitait mettre en place, comme le fait de conquérir les îles près de Mary Geoise, qui se trouve également être proches du royaume des Manmeyer. Beckman tira sur sa cigarette avant de continuer. Il souhaitait, a priori, avoir accès aux ressources des nobles.
Ambre et Béatrice tentèrent de se souvenir si elles avaient entendu quelque chose du genre quand elles avaient dû collaborer avec lui, en vain. L’homme avait toujours été discret sur ses plans.
— Nous avons quatre îles précises, continua Ambre. J'ignore encore quel est leur point commun.
L’Empereur comprit immédiatement en entendant les quatre noms énumérés par la blonde.
— Elles sont proches des territoires et bases des Empereurs, dont l’une est proche d’Elbaf. Il veut nous garder à l’œil.
— L’une des îles est proche de Sphinx, intervint Marco.
Vista et Joz hochèrent la tête, peu à l’aise à cette idée.
— Nous pourrions renforcer la sécurité des deux îles afin de maintenir éloigné Teach, déclara doucement Béatrice, plus touchée qu’elle ne l’imaginait.
Ils venaient de tout perdre : leur statut, leurs terres, et sans parler de leurs amis. Maintenant le seul héritage d’Edward Newgate était menacé. La cruauté n’avait pas de limite.
— Commençons par celle près de Sphinx, ajouta Shanks, en accord avec sa voisine. Elbaf n’est pas une île où l’on peut facilement faire ce que l’on veut. Sphinx est plus…
— Pacifique, finit Marco en acquiesçant.
Un premier point venait d’être exploré.
Marco, Izou, Hongo et Lime Juice formaient un groupe assez particulier. Cependant, ils semblaient avoir trouvé un terrain d'entente sur le point à traiter.
— Nous avons une liste de noms avec ses partenaires commerciaux et les transactions de différents points, yoi.
L’intérêt de Béatrice et de son voisin fut interpellé, c’était assurément une grosse source d’information. Le pirate qui avait repris les rênes de l’équipage pirate mentionna quelques accords en cours. Notamment un point :
— Le bois de mélèze… C’est le roi du royaume de Banaro qui lui a donné l’autorisation de détruire sa propre forêt…
Cette information contraria fugacement la femme. Sa famille et elle avaient eu dans l'idée de mettre des bâtons dans les roues de Barbe Noire et de ralentir la construction de ses navires. Désormais, il était impossible d'interagir, même de manière subtile, sans qu'ils ne prennent de trop grands risques à se faire découvrir.
Sur sa droite, Shanks observa les méninges de la femme tourner : quelque chose l'agaçait. Profitant que les autres continuaient d'échanger sur le sujet, il se pencha discrètement en chuchotant.
— Un problème ?
Les iris de Béatrice se tournèrent instantanément vers lui. Ce fut à ce moment-là qu'elle se rendit compte que c'était la première fois qu'ils étaient aussi proches. Les Shine avaient la réputation de ne pas réellement apprécier les contacts physiques d'étrangers. Cependant, sa proximité ne mit pas la femme mal à l'aise : la chaleur qui irradiait de lui était rassurante et lui procurait un sentiment de sécurité inattendu.
— Teach se sert de ce bois pour construire ses navires, commença-t-elle à expliquer sur le même ton. Nous avions en tête de le ralentir sans nous faire prendre. Mais si le roi lui-même est dans le coup…
Effectivement, ralentir la production des moyens de locomotion du nouvel Empereur serait une bonne idée. Ainsi ils auraient le temps de mettre au point une stratégie pour protéger Sphinx en détournant leur attention.
Shanks prit une gorgée de son rhum, un œil toujours posé sur elle.
— C’est notre rôle de passer à l’action, tu sais.
La blanche lui jeta un regard confus, à peine masqué. De quoi parlait-il ?
— N’est-ce pas pour ça que nous sommes alliés, Béa ?
Une partie de son cerveau comprenait où il voulait en venir. La Shine avait l'habitude de se servir des gens, elle avait appris à déterminer et connaître les points forts des gens et à les utiliser avec du recul et méthodiquement.
Néanmoins, les équipages de son père et de ses frères étaient particulièrement compliqués à « manier ». Non seulement elle n'avait pas encore cerné les compétences de ces pirates, mais ils étaient terriblement... indisciplinés.
Ils avaient le don de faire ce qu'ils voulaient, de passer sous ses radars quand bon leur semblait et de mettre les membres de sa famille dans leur poche pour vivre leur meilleure vie. Comment devait-elle tirer profit de ce genre de personne ?
Ils étaient assurément puissants et expérimentés, cent fois plus qu'elle. Et ça, cela la mettait dans une situation de précarité et d'infériorité qu'elle ne pouvait que subir. Elle pouvait paraître bien informée et avoir du réseau, mais à quoi cela servait-il face à des gens qui étaient respectés par la moitié du monde et craints par l'autre ?
Maintenant, elle devait les utiliser.
C'était ce que Shanks laissait sous-entendre. Il testait sa capacité à créer un plan, à le mener, tout en les considérant dedans et en ne dépassant pas les bornes.
L'Empereur devait trépigner d'impatience à l'idée de voir se dérouler leur première épreuve en collaboration aussi étroite et de grande envergure. Il allait enfin pouvoir observer si Béatrice les avait cernés et serait en mesure de traiter un plan aussi délicat.
Au tour de Béatrice de faire ses preuves. Et elle comptait bien leur montrer de quoi une Shine était capable.
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Nombre de mots : 4 300.
Temps de lecture approximatif : 15 - 25 min.
Source de l’image : @murokan_77
https://x.com/murokan_77/status/1842635362621116560
man, your assclass fic is so GOOD. i never want to push anyone into updating when they do not wish to, but Its so good that I can't just help but ask, anything about the fic you wish to share? tribbia, tidbits, your favorite bits, a joke about Karma's POV?
!!! Thank you SO much for asking you have no idea how much I love to talk about Calculated Risk. In fact I'm so excited I told @greenninjagal-blog that I'm giving you a snippet of our next chapter!!
Aside from that, though, one of my favorite parts of the fic is the intricate and literal chess game that Karma is setting up and only really gets revealed to the other side when they meet up. Assigning everyone in 3-E different chess positions was really, really fun and I'm glad Green let me go wild with it because I have Opinions. I also still laugh out loud while rereading the brief snippet of Korosensei's kidnapping seminar that I wrote XD.
Also, to shout out Green specifically, I adore how she writes Karma and also how she writes other people thinking about Karma. He's such a menace but he's 3-E's menace and as soon as someone who isn't in their class is exasperated or threatened by him they instantly close ranks. Karma's straight up helping to mastermind the attack behind USJ and as soon as Chiba sees he's there he's instantly relieved even though he gets shot a minute later.
Thanks again for the ask! Here's a snippet I particularly enjoy from the next chapter in Isogai's POV :D
Todoroki moved out of the corner of Isogai’s eye, throwing an ice covered arm out towards Chiba. A wave of ice explodes through the motion, diving between Chiba and the bullet, but there wasn’t enough time to fortify it.
Isogai watched the bullet burst through the ice and slam into Chiba. Isogai watched Chiba (who’d hit Kirishima and Sero fourteen times without missing once and missed Hayami three times without hitting once) tumble backward and then hit the ground. Isogai watched and he was thinking about Sicilian Attacks and chess games that had happened lifetimes ago and Karma was looking at him with a dark black crown on his head.
“What are you going to do now, Isogai?”
The other students let out exclamations and yells as Todoroki’s frenzied ice wrapped up their legs, locking half of them in place and freezing the floor around the other half. Even Nagisa barely had a chance to block from the onslaught of the frigid wind, frost expanding over his left side, and if it weren’t for Kirishima being mostly in front of him, Nagisa’s feet would have been trapped as well.
Chiba was on the ground and he wasn’t moving and Hayami’s hands were shaking as she reloaded her sniper rifle.
“Nagisa,” Isogai yelled. “Take Hayami. Don’t let her fire again!”
There was a long second where it seemed that everyone had turned to stare at him, a breath where no one moved and Isogai thought he’d lost his mind, a blink where Isogai’s finger was on the trigger of his gun and Chiba was on the ground not moving and Isogai was using the same voice he’d had when they’d started their attack on the mountain up to their classroom and fended off the Japanese government itself.
It felt a little like putting on an old jacket.
“Oh?” Karma grinned. “There’s the Isogai I know. But letting your Queen come out to play? How do you know I won’t steal him away?”