J'ai eu ce grand vertige
Et la chaîne a vibré
Rien est autrement que ce qu'il doit être.
Ainsi, la direction du vent
Les marées
La courbe des plaines
L'arbre qui se meurt
La fleur qui naît
Le chevreuil qui court à travers le marais et finit par s'allonger près d'un bosquet au soleil
Le chien qui aboie au loin et perce le silence mélancolique pour nous réchauffer bizarrement
Moi qui écris et songe aux mots qui viennent ou ne viennent pas
Tes yeux qui suivent mes mots ou ne les suivent pas
L'homme qui tue impunément et celui qui se tue dans la douleur
Tout cela glisse sur le souffle d'une seule et même intention
Tout cela se confond
Tout cela est la même chose
Et pourtant pas
Tout glisse sur un seul et même souffle
Tout nous compris
Tous nous incarnons un seul et même souffle
Mais nous le subissons pas
Et si nous pensons le subir
Nous ne voulons pas pour autant être autre chose que ce que nous sommes.
Je ne suis pas un prophète
Je doute et j'observe
Du fond du doute j'ai tiré mes observations
Et souvent je doute encore
Mais toujours je fais les mêmes observations
La limite
Une évidence du doute
C'est le doute qui m'a poussé à croire
Sinon tout est folie
Mais… souvent je doute !
Je n'écris plus, ou peu de poésie. Quand j'en écris, c'est uniquement que les longues phrases me fatiguent. Alors j'écris une poésie qui n'en est pas une. J'ai écrit des choses qui ont la forme d'un poème, mais ce ne sont pas des poèmes. Je n'ai jamais eu la technique du vers, j'ai juste écrit toujours les mêmes choses sous différentes formes, par caprice. Et si parfois j'ai pu employer la rime, c'était sans conviction et avec un peu de honte au fond, mais c'était mon caprice. Avant d'écrire des vers, une forme, j'écris des pensées issues de mes réflexions. Des observations. Mes doutes. Naturellement, je crois un minimum à ce que j'écris, du moins le temps de l'écrire, mais si je semble affirmer quelque chose, en vérité je ne finis pas d'en douter. Mais comme on ne fait rien sans un minimum de conviction, voilà. J'aimerais croire entièrement à ce que j'ai écrit, mais je ne le peux totalement, je ne peux cesser de douter. Mais il faut s'efforcer de croire toujours, ne serait-ce qu'au doute, sinon, il n'y a plus rien.