V/A [Rainier LERICOLAIS]
"Abstracks Cassette"
(cassette. Le Confort Moderne. 2011)
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V/A [Rainier LERICOLAIS]
"Abstracks Cassette"
(cassette. Le Confort Moderne. 2011)
David Fenech
POST-SCRIPTUM 916
MÉDIAPART, JEAN-JACQUES BIRGÉ
Il n'y a pas de meilleure source que de donner la parole aux protagonistes de cette saga protéiforme. Les entretiens révèlent des personnalités hors normes. Tous ces musiciens, échappant au business qui ne cherche toujours que la rentabilité, ont choisi l'authenticité et partagent ici leur passion. Qui aujourd'hui incarnerait l'underground ?
L'an passé je saluai le premier volume de ces témoignages de l'undergroud français recueillis par Philippe Robert. Le second volume justifie d'autant mieux ce sous titre d'Agitation frite que j'ignorais nombreux de ces nouveaux protagonistes convoqués par le journaliste dont les questions font toujours mouche. Ainsi, si cette fois je connaissais Gilles Yéprémian depuis le lycée, Henri-Jean Enu (Fille Qui Mousse) depuis Le Parapluie, Raymond Boni qui figure sur Urgent Meeting, Pascal Bussy qui chroniquait déjà Un Drame Musical Instantané au début des années 80, Pascal Comelade qui exposa en même temps que Nabaz'mob aux Musée des Arts Décoratifs, Richard Pinhas avec qui j'avais joué au Gibus et au Bus Palladium au sein de Lard Free, ainsi que Ferdinand Richard (Étron Fou Leloublan), Emmanuelle Parrenin, Pierre Barouh, Henri Roger, Romain Slocombe (Bazooka), Maurice G. Dantec, Michel Doneda, Marc Hurtado (Étant Donnés), Frédéric Le Junter, Kasper T. Toeplitz, Noël Akchoté, eRikM, David Fenech, Quentin Rollet, Didier Lasserre... J'ignorais Thierry Müller, Fabrice Baty, Denis Tagu, Véronique Vilhet, Lucien Suel, Michel Henritzi, Arnaud Labelle-Rojoux, Frank Laplaine, Lionel Fernandez, Emmanuel Holterbach, Frédéric Acquaviva, Francis Ibanez, Grégory Henrion, Arnaud Maguet. L'underground est grand, Philippe Robert serait-il son prophète ?
Il n'y a pas de meilleure source que de donner la parole aux protagonistes de cette saga protéiforme. Les entretiens révèlent des personnalités hors normes, même si un fil bleu blanc rouge révèle des noms communs. À retrouver souvent ceux d'Isidore Isou, Claude Pélieu, Captain Beefheart, Robert Wyatt, Christian Marclay, Otomo Yoshihide, Nurse With Wound, Sonic Youth, Phill Niblock, Eliane Radigue (aucun ne risque de figurer dans l'ouvrage), on peut se demander si cette toile d'araignée est un rhizome ou un monde parallèle où les plus indépendants ne feront tout de même jamais partie de la famille ! Les renvois d'ascenseur se sont produits il y a fort longtemps à l'instigation des journalistes et des programmateurs, forgeant la légende à répéter ce qui se disait alors dans la presse tant généraliste que spécialisée. Tout n'est forcément que storytelling, comme le montre si bien Shlomo Sand dans son livre Crépuscule de l'Histoire. Malgré cette conformité qui en vaut une autre, l'éclatement de ces marges est explicite. Tous ces artistes, échappant au business qui ne cherche toujours que la rentabilité, ont choisi l'authenticité et partagent ici leur passion. Certaines de leurs inventions ont été récupérées par les majors à une époque où celles-ci cherchaient encore la nouveauté, d'où une nostalgie suscitant l'engouement actuel pour les revivals. Qui aujourd'hui incarnerait l'underground ? A-t-il été remplacé par des chapelles communautaires ou la sono mondiale via les réseaux sociaux absorberait-elle toute démarche individuelle ?
L'année prochaine, le volume 3 de cette passionnante encyclopédie sera..., ..., ...
( la suite, ici )
David FENECH
"Vous êtes ici"
(cassette. [self released]. 1993) [FR]
Vincent EPPLAY
"Unholy Copy"
(C60 cassette. [self released]. 2014) [FR]
POST-SCRIPTUM 864
AGITATION FRITE 2 : LA VIE EST LÀ
Agitation Frite 1, Témoignages de l’underground français est donc sorti chez Lenka lente, mais déjà épuisé (il sera peut-être réédité pour les 50 ans de Mai 68, qui sait ?). Un second volume est en préparation (un troisième également, de plus de 350 “chroniques” celui-là). La forme en est la même : une quarantaine d’entretiens dont la plupart, cette fois, sont inédits. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, David Fenech (deuxième entretien : dix disques d’ici, marquants).
EXTRAIT…
MAMA BÉA TIEKELSKI, Pour un bébé-robot…
Le premier disque français « un peu bizarre » que j’ai pu écouter. Mon père aimait le jouer à fort volume, lorsque j’étais enfant : ça marque ! Mama Béa chante avec une voix rocailleuse, parfois effrayante. Le chant d’une sorcière, d’une révoltée. Plus tard j’ai découvert la voix de Colette Magny : même effet ! Une force intense, un amour immédiat.
JOSEPH RACAILLE / PATRICK PORTELLA, Les Flots bleus
C’est par ce disque que j’ai découvert « la musica de Racaille » comme ils aiment à dire sur le LP Barricade 3, du groupe ZNR. L’album est visuellement intriguant, avec ses autocollants « Vu à la TV », « Le Disque de vos vacances » – et franchement c’est excellent. Très français, de la famille des Boris Vian, Serge Gainsbourg, Boby Lapointe. Mais aussi très underground et finalement radicalement différent de tout ce qu’on connait de la chanson française. Rares sont mes amis qui ont pu écouter le disque tellement celui ci est peu diffusé. Imaginez : une collection de chansons miniatures surréalistes avec parties de piano entêtantes et harmonies de clarinette de Patrick Portella. Dans la famille ZNR, j’aime aussi les albums d’Hector Zazou (La Perversita, en particulier).
JACQUES THOLLOT, Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer
Dès les premières notes, qui se mettent à fuser comme un piano mécanique devenu fou (on peut penser à Conlon Nancarrow), le disque de Jacques Thollot m’accroche. Immédiatement. Cet album est un pur chef-d’œuvre d’art total, au-delà des genres, en pleine liberté. J’ai eu la grande joie de rencontrer Jacques Thollot : il venait écouter notre trio avec Jac Berrocal et Vincent Epplay dès que l’on jouait à Paris, et c’était un homme charmant, malicieux et spontané. Le son de sa voix me manque.
KLIMPEREI, Tout seul sur la plage en hiver
Le premier CD de Klimperei, qui était à l’époque un duo, et c’est toujours mon préféré. Je l’ai acheté par correspondance, via le catalogue du distributeur AYAA. Je considère Christophe Petchanatz comme un immense mélodiste. Savoir écrire une belle mélodie est un art mystérieux, que peu de musiciens maîtrisent. L’album a été enregistré avec des moyens relativement rudimentaires : tout tient à un fil, et il se dégage de ces lignes de piano (Klimperei signifie « pianotage » en allemand) comme un parfum faussement enfantin, un souvenir lointain. Le plaisir de jouer, tout simplement. Christophe est devenu mon ami, et nous adorons jouer ensemble.
DOMINIQUE GRIMAUD + VÉRONIQUE VILHET, AAHH!!
Le duo du multi-instrumentiste Dominique Grimaud (alias Grimo) et de sa femme Véronique Vilhet (à la batterie). J’ai découvert la musique de Grimo avec Vidéo-Aventures, il y a bien longtemps, et sa musique, depuis, a évolué vers une forme sans artifices, à la limite de l'austérité. Mais que l’on ne s’y trompe pas : c’est surtout un désir de musique simple. Le plaisir du son, doublé d’une forme de transe. Pour la petite histoire, j’ai participé à la mise en son de ce 33 tours.
LUC FERRARI, Petite symphonie intuitive pour un paysage de printemps
Luc Ferrari est un musicien un peu à part. À mon avis, ce disque comprend une sélection de ses plus belles pièces. Il s’ouvre sur la « Petite symphonie intuitive » enregistrée sur le Causse Méjean. C’est un voyage par l’écoute, avec des sons électroniques qui sonnent comme des flûtes, à moins que ce ne soit des flûtes qui sonnent comme un synthétiseur. La perte de repères est immédiate, et on entre dans la musique comme on se baigne dans un lac de montagne. Arrivent alors les sons « anecdotiques », toujours évocateurs. La vie est là..., ..., ...
( Klimperei, par là )
POST-SCRIPTUM 800
AGITATION FRITE 2 : UNE PART DE MYSTÈRE
Agitation Frite 1, Témoignages de l’underground français est donc sorti chez Lenka lente. Un second volume est en préparation. La forme en est la même : un peu moins d’une quarantaine d’entretiens dont la plupart, cette fois, sont inédits. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, David Fenech.
EXTRAIT…
Si, à ton sujet, et à l'instar de Dominique Grimaud et Éric Deshayes dans L'Underground musical en France, l'on évoque certaine douceur et un côté quelque peu foutoir, un mélange des deux, cela te convient-il ?
En ce qui concerne le côté quelque peu foutoir, ma musique suit un phénomène bien connu des physiciens (le monde est un immense désordre, c'est ce que l'on appelle entropie). Parfois, il faut aller dans le sens de sa nature, et plus simplement, je ne m'interdis aucune rencontre entre les sons. Tout est permis, tant que ça fonctionne ! C'est souvent quand deux sons n'ont rien à faire ensemble que le résultat est le plus intéressant.
Dans mon studio, je travaille avec des sources instrumentales (guitare électrique, percussions, instruments trouvés ou bricolés), des apports électroniques (sampler, sequencer, effets, montage) et aussi des sons concrets (des enregistrements effectués en extérieur, la plupart du temps). En fonction du projet, un morceau peut partir de l'une ou l'autre de ces composantes.
Pour donner un exemple concret : j'ai enregistré un morceau qui s'appelle « Odette » à partir d'un message téléphonique laissé sur mon répondeur. En soi, le message était déjà extrêmement troublant car c'était un message de condoléances. Le décalage immédiat vient du fait que la personne qui avait appelé s'était trompé de numéro et le hasard a fait que ça a pu tomber sur mon répondeur. Et comme mon père venait de mourir, j'ai rebondi sur cette coïncidence et ai construit le morceau à partir de cette bribe de message téléphonique. J'en ai fait une danse, un peu bancale avec ses mesures impaires (je doute que l'on puisse vraiment danser sur un morceau à sept temps). Pour moi, c'était très libérateur. Je transformais un message qui était plombé par la mort en quelque chose de vivant. Certains auditeurs m'ont posé des questions sur ce morceau – c'est qu'il reste une part de mystère. On ne doit pas tout révéler. Donc oui, c'est très foutoir, mais il y a une vraie direction. C'est assumé.
L'essentiel avec le désordre organisé, c'est de préserver la vie, le naturel qui se dégage – surtout de ne pas être complaisant.
Et c'est aussi valable pour l'ordre désorganisé...
Tu te souviens des tous premiers disques que tu achètes ? En quoi auraient-ils pu être déterminants ?
Je me souviens avoir toujours acheté des disques, dès que j'ai pu avoir de l'argent de poche. J'avais 16 ans en 1985 et je me rappelle de m’être procuré de très beaux disques de David Bowie, Talk Talk, Depeche Mode, The Cure, Kate Bush, Tom Waits, Talking Heads, The Stranglers, King Crimson, Laurie Anderson, Philip Glass – des albums qui sortaient dans ces années-là. Je les écoute toujours avec beaucoup de plaisir ! Par contre, j'ai plus de mal à réécouter Ultravox ou le premier Simple Minds, deux disques que j'écoutais pourtant très souvent à l'époque. Donc, en gros j'achetais les (bons) disques du moment. Il faut dire que mon père avait une collection de disques phénoménale, et qu'en piochant dedans je pouvais découvrir aussi bien Lou Reed que Fela, Pink Floyd, Miles Davis, Nina Simone, Olivier Messiaen, Kraftwerk... Aussi, quand j'ai été en âge d'acheter mes propres disques, c'était surtout les nouvelles sorties que je me procurais, pas les disques du passé. Et en plus de ça, j'empruntais une dizaine de vinyles par mois à la médiathèque (je choisissais les albums un peu au hasard, par leur pochette). De proche en proche, je me suis mis à m'intéresser à tout !
Le disque acheté dans les années 1980 et absolument déterminant a été Rock Bottom de Robert Wyatt, ce chef-d'oeuvre absolu. A la première écoute, je me souviens avoir eu une réaction physique : des frissons dans le dos qui se sont très vite propagés dans tout mon corps (je ne suis pas intéressé par les drogues, mais j'imagine que ça doit faire cet effet-là). Je me suis mis à le réécouter de façon compulsive sans qu'il ne dévoile son secret. C'est un disque très complexe, au-delà des genres et de ce que je connaissais par ailleurs. Cette part de mystère, cette polysémie, cet aspect libre, cette précision, cette intimité... C'est une énorme influence ! Rock Bottom m'a donné envie de vivre ma musique comme je l'entendais. Et plus techniquement, ça m'a vraiment ouvert l'esprit sur une façon d'utiliser le studio d'enregistrement de manière créative.
Quand commences-tu l’apprentissage de la musique, et par quoi ?
J'ai envie de te répondre que j'ai commencé à apprendre la musique dès l'âge de 3 ans, en écoutant des disques, et que j'ai commencé à improviser en apprenant à parler !
Pour moi, écouter de la musique, c'est déjà en faire. Écouter « Pierre et le Loup » de Serge Prokofiev dans sa version avec Gérard Philippe, c'est sans doute ma première expérience acousmatique : une écoute concentrée, attentive, une attention à tous les sons –et découvrir que l'on peut exprimer des sentiments juste..., ..., ...
( Talking Heads, par là )
POST-SCRIPTUM 761
AGITATION FRITE 2 : DÉCONNE PAS AVEC ÇA
Agitation Frite 1, Témoignages de l’underground français est donc sorti chez Lenka lente. Un second volume est en préparation. La forme en est la même : un peu moins d’une quarantaine d’entretiens dont la plupart, cette fois, sont inédits. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, Emmanuel Holterbach (Orbes, Tonton Macoute, Verres Enharmoniques)…
EXTRAIT…
La première fois qu'on repère ton nom en tant que musicien, c'est, me semble-t-il, sur une cassette anthologique, Rôflise Vilôse, aux côtés d'autres Français, dont Dust Breeders et Bob's Legs (Jacques Debout). De quoi joues-tu à l'époque : de la guitare ?
Oui, en 1992, guitare électrique sous ce nom beuysien : ÖÖ (Klang). J'étais objecteur de conscience dans une galerie d'art contemporain à Metz… Je suis impressionné que tu connaisses, il n'y a eu qu'un tirage très limité (entre amis) à 15 exemplaires…
Sinon… Oui, Jacques Debout avec Dominique Répécaud (entre parenthèses de Soixante Étages) ; Dust Breeders avant le trio mange disques ; ce merveilleux génie inconnu : Obrien (aka Thierry Trum) ; et ce damné trio de l'enfer improvisé avec Thierry Delles, Michel Kessler (écrivain, libraire et batteur fou) et l'extraordinaire instrument fait-maison que jouait Bruno Bray Tomassi, une tour (une sculpture littéralement) à quatre manches totalisant basse, guitares acoustique et électriques six et douze cordes ! Ce qu'ils jouaient était dément, bien qu'il ne doive plus rien rester de tout ça.
Cette cassette est un bel instantané de ce qu'était cette faune messine underground du début des années 1990, bien que le rencard du samedi avait lieu dans un rade tout à fait populaire, le Luxembourg. Disons que ça causait musique sévère, au milieu d’une brume de tabac brun et que la bière coulait à flots. Parfois on s'y mettait, on faisait alors beaucoup de bruit, ça a donné cette cassette.
Si mes souvenirs sont bons, mon apparition est un collage rudimentaire, effectué à partir d'un vinyle rayé du « Carnaval des animaux » de Camille de Saint-Saëns sur lequel je joue, tout en stridences, d'une belle guitare italienne que m'avait prêté un copain qui jouait dans un groupe de reprise sixties garage. À cette époque, j'étais obsédé par le jeu de guitare à la Pollock de Rudolf Grey, les textures fractales d’Elliott Sharp au début des années 1980 et les horizons remués de Keith Rowe : je n'y allais pas de main morte ! À la même époque toujours, je jouais de la guitare en braillant dans un groupe de rock messin qui n'a jamais vu la scène : Never Suck a Duck. Il y avait entre autres Thierry Delles à la basse, et parfois Michel Henritzi qui tapait sur de la ferraille. C'est aussi l'époque des premiers concerts avec Sébastien Borgo, à Strasbourg, dans sa Shot Gun Gallery. On changeait tout le temps de nom de groupe : Sedimentists, Pyrosis, Stud Groom, Drone Visual Victim, et on s'essayait au cataclysme pour guitares et feedback, c'était l'enfer ! J'ai une collection d'enregistrements datant de cette période que je vais mettre un de ces jours sur Bandcamp.
Dans les années 1990 finalement, on t’entend assez peu sur disques, cassettes ou autres. Une collaboration avec Erik M. je crois, et Llog en compagnie de David Fenech. Que fais-tu alors ? Étudiant ?
Début 1990 est une période assez chaotique : les études m'emmerdent, je fais des petits boulots, puis je suis objecteur de conscience, et pour finir je m'embarque dans les études au Beaux-Arts. D'abord à Metz, puis à Grenoble jusqu'au diplôme. Si je vais à Grenoble, c'est parce qu'à la Shot Gun Gallery j'ai rencontré les trois Metamkine qui s'occupe du 102 et dont la performance expérimentale cinématographique et sensorielle me retourne complètement. Peu de temps après, il y a Christophe « Pitch » Cardoen qui vient à la Shot Gun Gallery pour montrer une de ses magnifiques machines à cinéma, et on fait un live dément, Borgo, lui et moi. Pour l'occasion, Pitch avait construit une machine sonore avec un tambour de lave-linge. Tout était monstrueusement amplifié, le tambour que Pitch remplissait de saloperies étant calé en position essorage ! Il y avait toutes nos guitares électriques, et tout un tas de bordel électronique : noise ! J'ai appris des années plus tard que le guitariste d’A-Bomb (célébrité alsacienne) était dans la salle et avait trouvé le concert vraiment punk. On a aussi ouvert pour Blurt à Mulhouse… Avant ça encore, pour notre premier concert avec Borgo, tout une bande de Grenoble s'était pointé, dont Anne-Julie Rollet, qui, à l'époque, commençait à faire de la musique concrète au COREAM à Fontaine. Tout ce petit monde gravitait autour du 102, j'avais déjà acheté des disques à Metamkine, et soudain, vu depuis Metz, Grenoble ressemblait à l’Eldorado. En 1995, je déménage : adieu l'Alsace et la Lorraine. Je continue mon cursus à Grenoble et m'investis au 102. L'endroit est à la hauteur de mes espérances : il y a un vivier alternatif réjouissant dans la ville.
Erik M. faisait partie de la faune de la Shot Gun Gallery. On s'y retrouvait souvent de 1992 à 1995. Erik jouait dans un groupe de rock tendance Dinosaur Jr., les Daddy Long Legs. Il existe une cassette ultra limitée d'un groupe hystérique n'ayant joué qu'un soir et auquel on avait donné le doux nom de Torture Anale, avec Borgo, Erik et moi qui passions à tour de rôle et désastreusement à la guitare, à la basse et à la batterie… Avec Erik, on a bricolé des trucs à deux, cela a effectivement fini sur une de ses première cassette de bricolage sonore : c’est le tout début de ses expériences avec les disques ; un vinyle est récemment sorti chez Sonoris, sans le morceau ou j'apparais qui ne vaut pas tripette à vrai dire.
Dès que j'arrive à Grenoble, je rencontre David Fenech. On fait immédiatement de la musique ensemble : quelques concerts, une cassette et premières collaborations avec l'image quand on commence à travailler avec Etienne Caire du studio MTK.
Contrairement à ce que tu dis, et si je considère mon rythme naturel de tortue, j'ai été plutôt productif à cette époque. Il y a la cassette Drone + Visual Humming intitulée Handscape/Landscrape, tirée à peu d'exemplaires mais qui ont bien voyagé, puisque Donald Miller de Borbetomagus m'en prend cinq qu'il distribue aux USA. Ce qui m'a valu une ravissante chronique de Seymour Glass dans Bananafish, deux lignes laconiques et poétiques qui disaenit tout. Jim O'Rourke avait aussi beaucoup aimé et insisté pour que je vienne faire un duo à Chicago avec son colocataire Kevin Drumm : on est en 1994 et tout ce petit monde est alors fort peu connu. Toujours sans le sou, j’ai décliné la proposition.
Puis il y a eu la cassette très chiadée de Llog (le duo avec David Fenech) tirée à cent exemplaires, dans un boitier fait main, chacun orné d'un dessin original de mon pote Serge Stephan.
Qu’écoutes-tu à l’époque ?
Je me souviens que j'ai beaucoup de plaisir à faire ce boucan, mais aussi d'explorer le sonore. Le fait est que je suis une dingue de disques et de concerts, j'en bouffe des kilomètres, j'écoute religieusement tu sais.
Je m’en doute !
Je ne déconne pas avec ça, à l'époque je n’avais pour ainsi dire aucune autre préoccupation, très peu d'autres centres d'intérêt. Avant mon arrivée à Grenoble, j'ai été nourri en la matière par de généreux érudits lorrains (Yves Botz, Thierry Delles, Dominique Fellmann, Jacques Debout, Michel Henritzi). J'ai grandi dans un bain à remous : musique industrielle, no wave, post-punk, hardcore, free jazz, improvisation, Rock In Opposition, krautrock, drone, musique contemporaine : une orgie ! C'est génial d'avoir eu de tels mentors ! En quelques années, du lycée à mes 20 ans, c'est un continent esthétique qui me tombe dessus, je dévore… Et lorsque j'arrive à Grenoble, Jérôme Noetinger et Lionel Marchetti prennent le relai, et là je bouffe de la musique concrète et découvre la musique expérimentale américaine, le minimalisme… Au 102 je rencontre des artistes géniaux, je pense particulièrement à AMM, Bernhard Günter… J'arrête avec les noms, parce que si on commence…
Tes années 1990 sont donc des années d’exploration ?
Ce que je fais musicalement, c'est en dilettante, en recherche. J'écoute des trucs tellement monstrueux que je suis trop conscient que ce que je fais n'est au mieux qu'une brave recherche. Je doute vraiment de ma capacité à produire des formes conséquentes. C'est bien plus tard que je me considèrerai comme compositeur ou plasticien sonore. Les années 90 sont des années d'exploration, oui, des années de découvertes aussi. Et puis mes études aux Beaux Arts et mon implication au 102 prennent toute la place. Je vois mes potes se lancer, Erik M. joue partout, Borgo fait du Sun Plexus, les Dust Breeders prennent de l'ampleur. Je les admire, mais mes propres projets musicaux sont fragiles et je fais ça par dessus la jambe. Je préfère organiser des concerts, écouter des disques, faire la bringue…
Ton premier projet important paraît être, au milieu des années 2000, Verres Enharmoniques.
À vrai dire, le début de l'histoire des verres enharmoniques se joue à Noël, en 1999. Jean-François Laporte vient passer les fêtes de fin d'année à Strasbourg chez mes parents. Après un repas, on se met à jouer de tous les objets sur la table : verres, saladier, récipients… En inclinant un verre tout en le faisant siffler, je varie la hauteur de la note, et je me prends à imaginer un instrument qui permettrait une approche tout en glissandi de la musique… Une année plus tard, sur les conseils d'un ami à Grenoble, je rencontre le verrier Christian Lazarotto. Je lui présente mon projet, on discute, il trouve certaines solutions et se lance dans la fabrication des verres. D'abord de petits formats, puis des moyens et des gros. Je me retrouve avec ce bel instrument de verre, il me reste à inventer la musique qui ira avec…
Quel est le principe des verres enharmoniques ?
Il est simple. Ce sont des verres en pyrex qui sifflent lorsqu'on tourne son doigt humide sur le col. La différence avec le classique cristalophone, c'est que le pied est creux. Une pipette à la base permet de fixer un tube flexible connecté au..., ..., ...
( Rudolph Grey, par là )