Comme le soleil, la vie décrit une courbe. Un jour elle commence à décliner, lentement. Il faut se préparer à ce temps. L'accepter. Savoir que cette deuxième moitié de la vie est aussi la vie. Qu'elle peut être aussi pleine que la première. Il est des crépuscules qui sont plus beaux que des aurores. Il faut simplement le vouloir. Et éclairer les autres et soi de sa paix intérieure.
Mi-e teama ca n-ai cum sa ma salvezi. Aveam un drog mai de mult, iubire ii zicea. Greu de gasit pe strazi, in magazine nici ca il mai vazuse cineva, in ultima instanta am luat-o la goana cautand-o in oameni, de asta am ajuns astazi aproape de declin.
Book review #15 : Chroniques immorales : le déclin du journalisme en France, une crise vieille d’un siècle
Entre course au buzz, précarité des rédactions et perte de confiance, les critiques contre les médias modernes existaient déjà bien avant les réseaux sociaux.
Dans cet essai, Albino Forjaz de Sampaio s’appuie sur les attaques du chroniqueur Ibels contre la presse parisienne pour analyser une profession qu’il juge malade.
Dans Crónicas imorais, l’écrivain portugais Albino Forjaz de Sampaio décrit une presse française obsédée par l’argent, le scandale et la vitesse. Les journalistes y sont épuisés, sous-payés et poussés à produire toujours plus d’articles pour retenir l’attention du public.
Mais derrière la critique des journaux, il pose surtout une question plus profonde : peut-on attendre une presse honnête dans une société dominée par l’argent, la concurrence et le spectacle ?
Une presse accusée de manipuler le public
Le texte s’ouvre sur une charge brutale contre les journaux français. Ibels accuse la presse d’être devenue "l’écho de tous les chantages, "le gramophone de tous les mensonges" et "l’accusateur de toutes les réputations ".
Pour lui, les journaux ne servent plus à informer. Ils exploitent les peurs, les scandales et les rumeurs pour attirer des lecteurs.
Aujourd’hui encore, beaucoup reprochent aux médias de privilégier le sensationnel plutôt que les faits. La logique du buzz, des polémiques permanentes et des titres choc existait déjà à l’époque.
Selon Albino Forjaz de Sampaio, la corruption de la presse n’a rien de nouveau. Elle fait partie de l’histoire humaine.
Il écrit que " l’impudence est éternelle ", autrement dit, les abus des médias ne sont pas une anomalie récente. Ils accompagnent depuis toujours les rapports entre pouvoir, argent et information.
Balzac avait déjà tout raconté
Pour expliquer cette crise, l’auteur se tourne vers Honoré de Balzac et son roman Illusions perdues.
Dans ce livre publié au XIXe siècle, Balzac décrit un monde journalistique dominé par les rivalités, les intérêts financiers et les manipulations. Les critiques littéraires s’achètent, les réputations se fabriquent et les articles servent souvent des intérêts cachés.
La vitesse devient plus importante que la vérité
L’un des passages les plus frappants concerne la pression permanente imposée aux journalistes. Le public veut sans cesse du nouveau. Un scandale chasse le précédent. Un drame devient vite banal. Il faut alors trouver un événement plus choquant, plus spectaculaire ou plus émotionnel.
L’auteur résume cette logique avec une phrase :
« Le public veut du neuf, de l’inédit, de l’inattendu. »
Et lorsque l’actualité ne suffit plus :
« Il n’y en a pas ? On en invente. »
Cette idée est encore d'actualité aujourd’hui, à l’heure des fausses informations, des contenus viraux et de la compétition permanente pour capter l’attention.
Déjà, la presse fonctionne comme une industrie de l’urgence. Les journalistes doivent produire vite. Ils n’ont plus le temps d’enquêter longuement ou de vérifier chaque détail. La rapidité devient une valeur commerciale.
Une profession épuisée et précaire
Le texte décrit aussi des conditions de travail très dures.
Les jeunes journalistes arrivent à Paris avec l’espoir de réussir. Mais ils découvrent rapidement une réalité brutale : journées interminables, manque d’argent, fatigue nerveuse et peur permanente du licenciement.
Albino Forjaz de Sampaio parle d’une profession qui détruit les corps et les esprits. Certains journalistes tombent dans la misère ou l’épuisement mental après quelques années seulement.
Il détaille même la baisse des rémunérations dans les grands journaux français. Les tarifs des articles diminuent malgré des ventes énormes. Les rédactions cherchent à réduire les coûts tout en exigeant toujours plus de production.
Cette précarité rappelle la situation actuelle de nombreux journalistes pigistes ou freelances. Beaucoup travaillent sans stabilité, avec des revenus faibles et une forte pression pour produire du contenu rapidement.
Quand la publicité contrôle l’information
Le texte montre aussi à quel point l’argent influence déjà la presse.
Des directeurs de journaux retardent les paiements. Certains journalistes doivent négocier des espaces publicitaires pour espérer toucher leur salaire. La frontière entre information et commerce devient floue. L’auteur raconte notamment les pratiques douteuses de certains patrons de presse accusés d’escroquer leurs propres rédactions.
Cette dépendance économique pose une question toujours actuelle : un média peut-il rester totalement indépendant lorsqu’il dépend d’annonceurs, d’actionnaires ou de groupes industriels ?
Aujourd’hui, le problème prend d’autres formes : publicité ciblée, plateformes numériques, dépendance aux audiences ou concentration des médias entre les mains de quelques grands groupes. Mais la logique reste proche.
Le scandale comme modèle économique
L’essai insiste sur le rôle central des grandes affaires dans le développement de la presse moderne. Le Scandale de Panama et l’Affaire Dreyfus sont cités comme des exemples où les journaux participent directement à l’agitation politique et sociale.
La presse ne se contente plus de raconter les événements. Elle les amplifie, les transforme et parfois les exploite. Certains journaux utilisent les scandales pour vendre davantage d’exemplaires. D’autres défendent ouvertement des intérêts politiques.
Mais l’auteur rappelle aussi que des journalistes courageux peuvent jouer un rôle historique majeur. L’affaire Dreyfus montre qu’un article ou une enquête peuvent parfois faire basculer l’opinion publique.
Une presse à l’image de la société
Le passage central du texte tient dans cette idée :
" Exiger des journaux sains dans une société corrompue me semble excessif. "
Pour Albino Forjaz de Sampaio, les médias ne sont pas séparés du reste du monde. Ils reflètent les tensions et les défauts de leur époque. Une société dominée par la compétition, l’argent et le spectacle produit des journaux qui suivent ces mêmes logiques.
Aujourd’hui, les critiques contre les médias touchent souvent des problèmes plus larges : polarisation politique, dépendance économique, fatigue informationnelle ou domination des grandes plateformes numériques.
Le texte refuse de faire du journaliste le seul responsable. Le public lui-même joue un rôle important.
Le public veut du sensationnel
L’auteur accuse directement les lecteurs d’alimenter ce système.
Le succès des scandales, des polémiques et des récits dramatiques pousse les journaux à produire ce type de contenus. Le marché suit les attentes du public. Les médias produisent souvent ce qui attire le plus de réactions : peur, colère, indignation ou émotion.
Le problème dépasse donc les rédactions. Il concerne aussi la manière dont la société consomme l’information.
Malgré tout, le journalisme reste indispensable
Même très critique, Albino Forjaz de Sampaio ne condamne pas totalement la presse.
Dans les dernières pages, il rappelle qu’un seul journaliste honnête peut parfois avoir plus d’impact qu’une foule entière. Une plume indépendante peut traverser les époques et dénoncer les abus du pouvoir.
Pour l’auteur, le journalisme reste essentiel parce qu’il peut encore révéler ce que les puissants cherchent à cacher.
Même dans une presse dominée par l’argent et les intérêts privés, il existe toujours des voix capables de défendre la vérité.
Une crise permanente, mais aussi une nécessité démocratique
À la fin de son essai, Albino Forjaz de Sampaio termine son essai sur une vision éloquente . Le journalisme reste cet endroit où quelqu’un peut encore venir dénoncer l’hypocrisie générale.
Même fragilisée, même critiquée, même traversée par les logiques commerciales, la presse conserve une fonction essentielle dans une démocratie : rendre visibles les abus du pouvoir et ouvrir un espace public de débat.
Le texte montre surtout que le journalisme porte les contradictions de toute société moderne : le besoin de vérité, le poids de l’argent, le désir de spectacle et la recherche de justice.
Et c’est sans doute pour cela que ce vieux texte reste d'une étonnante actualité.
Source : Crónicas imorais de Albino Forjaz de Sampaio