« Aujourd'hui, Rosetta ne verra pas Mathilde. Le jeudi, elles ne travaillent pas ensemble.
Le jeudi, c'est pour que tout.
Mais Rosetta suivre qu'elle n'a pas le droit de se plaindre. Ce présent, si médiocre soit-il, est toujours mieux que le passé. Ce passe ne s'éloigne jamais. Ce passé, présent a chacun de ses pas, a chacune de ses respirations, dans chacun de ses rêves.
Rosetta a vu une guerre sans raisons, sandr lois. Sans aucune règle. De celles où l'on tue les hommes et les enfants. Où l'on viole et mutile les femmes, quel que soit leur âge. Sa grand mère, sa tante, son père, ses frères... Tous morts. Sans raison, sans lois, sans règles.
Mais l'horreur ne connait pas les règles.
Rosetta a vu ce dont l'homme est capable. Atrocités gravées dans sa chair comme dans sa mémoire. Celles qu'aucun mot ne saurait décrire.
Aucun mot, juste des cris. Des hurlements qui résonnent dans sa pauvre tête du matin au soir. L'oubli serait un merveilleux onguent sur ses plaies. Mais l'oublie ne veut pas de Rosetta.
La mort non plus n'a pas voulu d'elle.
Alors, chaque jour, faire comme si la vie en valait le peine.
Chambres noires - Karine Giebel ©