J’adore abattre des cloisons. Le maillet destructeur dans la main.
Des amis déménagent, ils vont casser des pans entiers.
Je fais pareil mais avec la vie.
Avant, les lectures effrénées, les forums RPG, geekette absolue, amoureuse de MARVEL, Tony & Loki, une vie d’intérieur, pacha en pantoufles à attendre je-ne-sais-quoi ou plutôt un qui résolument décevant à vingt ans. Me gaver de films comme de pop corn. Une fille candide, il faut le dire, romantique dark cherchant dandy. Des mélodies vaguement échouées sur les touches d’un piano mélancolique. Je me complaisais dans une tristesse joyeuse, comptant les nuages entre amis.
Après vient le changement radical. Je pensais à tort que sortir de mes rêveries infantiles serait le début de la fin. C’est brut, drastique, une balle de plomb au plexus solaire, un coup vertigineux. Apprendre à composer avec le monde réel, désillusion fatidique. L’administratif, les responsabilités, les devoirs, le jeu des pouvoirs, valse qui dérange, à contre tempo. Les rencontres fastes, l’accomplissement, l’apprentissage. Le percer à jour, l’ajouter au panier, c’est comme ça que l’on fait dans la modernité. Aucun regret chaque jour, avancer ensemble, nos émois qui déferlent interminablement et nos intempéries de couple, nos orages et nos éclaircies quotidiens. On se pense toujours au-dessus de ça, mais il nous arrive de frotter des cordes sensibles. De les cramer. Et de les renouer. Inlassablement.
J’ai évolué (j’espère dans le bon sens).
Ma version 2.0 s’improvise chef en cuisine, ne digère plus que le sain, se la joue agence de voyages, se passionne pour la psychologie humaine, se cogne à son éducation médiévale, se sociabilise aisément, écrit une fois par an pendant trente jours, se forge une silhouette en salle de fitness, avale toujours films et séries (reels et quelques chaînes Youtube), apprivoise la nature, ne se débarrasse pas de son enfant en intra, joue encore quelques airs et surtout, n’attend plus rien d’autrui ou de l’univers pour lui dicter ce qu’elle veut faire. Elle agit, enfante et accouche de ses idées loufoques, elle bricole l’amour à sa façon, pas de méthode plus miraculeuse qu’une autre, c’est un amour artisanal qui est né.