il était une fois la vie de Ridley Scott avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba, Guy Pearce, Logan Marshall-Green, Sean Harris, Rafe Spall, Emun Elliott, Patrick Wilson et Benedict Wong. Scénario: Jon Spaihts et Damon Lindelof, d'après des éléments créés par Dan O'Bannon et Ronald Shusett. Musique: Marc Streitenfeld. Montage: Pietro Scalia. Photo: Dariusz Wolski. Durée: 1h58 - 2012 - 3/3/13 - USA/GRANDE-BRETAGNE - TF: "Prometheus"
Bon, je vais pas commencer par pinailler, râler et dénigrer, il me faut être positif et oser la satisfaction: Prometheus est visuellement de toute beauté.
Une claque pour les mirettes, avec des décors somptueux, des effets spéciaux sublimes, des textures superbement rendues, des paysages à couper le derche, un design parfait, et, tout combiné, ça donne un univers esthétique science-fictionnesque incroyablement réaliste, réel, palpable, c’est un émerveillement constant tellement c’est bien fait, sublimé par une photo magnifique et un sens du cadrage qui rappelle que Ridley Scott est quand même loin d’être un manchot de la caméra (même si l’agitation finale est quelque peu illisible..).
Dans la forme tout est réussi, de bon gout, travaillé, soigné. Bon, allez, d’accord. Pas VRAIMENT tout. Le casque lampe Ikéa de l’androïde et les sous-vêtements féminins cinquième élémentesques, c’est un peu pourri.
Tout comme l’immonde maquillage de Guy Pearce en vieillard et il va vraiment falloir établir un texte de loi visant à emprisonner quiconque continuera à vouloir vieillir un acteur au lieu de se faire chier à trouver un pépé ressemblant parce que si en 2013, avec une technique de ouf qui permet de réussir les meilleurs effets du monde, on est toujours pas capable de maquiller un comédien en vieux sans le rendre atrocement ridicule, c’est qu’on y arrivera jamais.
Mais à part ça, le spectacle est majestueux. A l’image de la sublimissime séquence d’ouverture qui nous convie ni plus ni moins à la création de la vie sur Terre via un alien hyper musclé en slip…
…dont le code ADN va se dissoudre comme un Aspirine effervescent dans l’eau pour rendre possible l’existence d’une toute première forme de vie terrestre.
Magistrale, dopée par des effets élégants, cette scène d’ouverture annonce le meilleur, même si elle s’en prend au bazooka au darwinisme et louche dangereusement du côté d’un discours créationniste, théorie heureusement bien ancrée dans la SF pure et dure puisque nulle divinité aux alentours, juste un alien géant en slibard qui, d’après Prometheus, serait donc notre Créateur.
Alors non seulement Prometheus est un film qui offre parmi les plus belles images de science-fiction vues depuis un bail, mais en plus, car oui, je continue sur ma lancée positiviste en me roulant encore un peu plus dans la fraiche rosée de l’enthousiasme à la manière d’une Lova Moore masculine, le film tord le cou à la pénible mode des prequel.
Le prequel ou la prequelle en français, c’est habituellement un remake mal déguisé. Sous le prétexte de vouloir raconter l’origine d’un film connu, le prequel en reprend paresseusement les scènes marquantes et se contente de déplacer le curseur du récit dans le temps afin de rajeunir tous les protagonistes. A part les 20 premières minutes du Halloween de Rob Zombie qui créait véritablement la genèse de Michael Myers, les prequel m’emmerdent.
Alors quand Prometheus déboule en se voulant prequel d’Alien, ça m’emballe moyen bof. Évidemment, de savoir Ridley Scott aux commandes, ça rassure mais la saga Alien est tellement démente (bon, jusqu’au 3ème film en tout cas), qu’il pourrait être suicidaire de lui inventer un début qui casse tout le mythe en s’y accolant artificiellement.
Et bien Scott évite superbement le problème. Prometheus n’est pas à proprement parler un prequel. L’histoire qu’il raconte est liée à Alien mais n’en est pas l’origine, c’est une variation sur un thème semblable et Alien sera une des conséquences de Prometheus, pas la suite directe.
Du coup, au lieu de la resucée attendue, c’est à un vrai nouveau film que nous convie Scott, une œuvre originale qui se permet ça et là des clins d’œil à Alien (forme des vasques, ersatz de facehuggers, extraction violente d’un parasite dans le ventre…) histoire de satisfaire le fanboy de base mais sans copier, sans se répéter, sans se contenter bêtement de refaire un survival horrifique avec un monstre baveux qui décime un à un l’équipage d’un vaisseau.
Le scénario de Prometheus ne reprend pas celui d’Alien et ça, c’est super.
Ce qui est beaucoup moins super en revanche, c’est que le scénario de Prometheus est complètement con.
Ben oui, terminé la positive attitude chère à cet ancien Premier Ministre dont l’Histoire de France peut être si fière. Désormais, il est temps d’aborder de plein fouet ce qui déconne dans ce film, soit à peu près tout, sorti, bien sûr, de sa conception graphique.
Car si le récit commence vraiment bien avec la suscitée séquence d’intro, tout se casse ensuite très vite la gueule.
Dès l’expédition dans l’espace, avec l’androïde David qui veille le vaisseau tandis que l’équipage scientifique comate tranquillement, ça marche moyen. Voir Michael Fassbdender se teindre les cheveux en blonds platine en regardant Lawrence d’Arabie avant d’aller marquer des paniers de baskets qui rappellent ceux de Ripley dans Alien Resurrection, ça jure. Quelque chose cloche. Quelque chose de maladroit. De balourd.
Crainte confirmée dès qu’à l’aide de son casque lampe, Fassbender épie les rêves de Noomi Rapace et tombe sur un moment clé entre Noomi-petite fille et son père à propos des croyances, de la religion et de la foi. Trop pratique, trop facile, un vrai truc de scénariste qui se voit à des kilomètres. C’est dommage.
Et tout va se dérouler sur ce mode. Entre incohérence, invraisemblances, facilités, grosses ficelles et portnawak, le scénario progresse et se vautre, séquence après séquence, dans le médiocre.
Bon, le nom de Damon Lindelof à l’écriture n’étonne pas quand à la piètre qualité du script. Complice de l’escroc JJ Abrams, Lindelof fait, à mes yeux, partie de cette bande de gros malins qui aiment nous faire croire qu’ils ont une pure idée, un pur concept, un truc de ouf à nous raconter, réussissent à capter notre attention, nous font saliver en entretenant savamment un mystère, puis nous lâchent comme des merdes avec un final qui pschiiiite, parce que justement, à part un concept, une astuce, ils n’ont jamais rien à raconter. Du vide. Qu’il faut combler.
Donc Prometheus comble du vide. Avec des dialogues abscons, superficiels, patauds. Avec une construction narrative pénible (on part du vaisseau pour aller dans la « grotte », on rentre au vaisseau, on repart à la « grotte », on revient au vaisseau, on repart à la « grotte »….) avec des personnages trop caricaturaux pour qu’on daigne s’y intéresser (l’équipage du Prometheus ressemble au casting d’un jeu de TV réalité) et des rebondissements prévisibles, attendus, poussifs.
On a du mal à croire aux situations exposées et les réactions des personnages sont constamment absurdes, débiles, irritantes.
Quand deux personnages voient apparaitre, sur une planète inconnue, dans un endroit qui leur fout les chocottes, une sorte de forme de vie extra-terrestre visqueuse et reptilienne, que font-ils ? Des guizou-guizou guili-guili. C’est con. Du coup on jubile quand ces demeurés se font violemment pénétrer l’intérieur du corps par ces parasites belliqueux. Quand tu croises un schmurtz dégueux qui appartient à une race alien, tu vas pas lui faire guizou-guizou guili-guili.
Idem pour les allers retours constants entre le vaisseau et la « grotte ». Puisqu’à chaque fois y’a au moins un mort dans cette nardine « grotte », pourquoi vouloir continuer à y aller ?!
Alors bien sûr il s’agit là de ce qu’on pourrait qualifier de détails, des petites couilles scénaristiques qui, noyées dans le potage d’un script génial, peuvent passer facilement, se faire aisément pardonner.
Mais comme l’intrigue principale est inintéressante, forcément, chaque maladresse nous pète à la figure et il est impossible de ne pas en tenir compte.
Car que raconte réellement Prometheus ? Ben pas grand-chose. Un couple de scientifique, persuadé que les Créateurs de l’Homme, qu’ils appellent Ingénieurs, sont sur la planète LV-223 (alors que les aliens que nous connaissons proviennent de LV 426) et ils partent à leur rencontre.
Je vous passe les détails sur l’expédition avec une Charlize Théron mono expressive en femme d’affaire inflexible, même qu’on croit que c’est un robot alors pour faire taire les mauvaises langues elle invite Idris Elba, le capitaine, à la rejoindre dans sa chambre mais on ne verra pas la scène…
…mais au final, les scientifique (dont il ne restera que la femme à la fin histoire de respecter le cahier des charges de la saga originale) découvrent que nos Créateurs-Ingénieurs, après nous avoir conçus, ont cherché à nous détruire à l’aide d’une arme de destruction massive qui s’est retournée contre eux.
Alors c’est intéressant comme concept car il est certain que si il existait un Créateur et que celui-ci nous matait actuellement, avec nos émissions télé pourris, nos financiers qui font crever le monde, nos radicaux religieux qui nous les brisent et notre haine absolue de notre prochain, il déciderait également de nous éradiquer, car on pue un peu du cul.
Mais c’est à peine survolé, on ne rentre pas dans les détails, dans le cœur d’un problème qui pourrait donner une puissante réflexion métaphysique, on se contente de toucher du bout des doigts la question plutôt que de s’y confronter, certainement parce qu’au final, on a pas grand-chose à en dire, n’est ce pas monsieur Lindelof ?
Alors c’est frustrant, agaçant. On éprouve ni intérêt pour la quête de sens de Noomi Rapace, ni peur pendant les scènes censées faire peur, ni angoisse pendant les scènes censées faire monter l’angoisse, ni rien du tout, on reste de marbre devant ce spectacle qui ne parvient jamais à nous atteindre, faute d’un script digne de ce nom qui oserait affronter de plein fouet ce que la version à l’écran contourne, et évite soigneusement.
La faute peut-être à des coupes nécessaires pour réduire la durée du film, c’est en tout cas ce que laissent penser certaines ellipses brutales ou le sacrifice des deux rôles des ingénieurs du vaisseau qui ne se mettent à parler qu’à la fin, à deux secondes de mourir, ce qui rend, là encore, impossible, toute forme d’empathie, puisqu’on ne les connaissait pas.
Mais la faute, surtout, à un manque de talent dans l’écriture, un manque de cohérence, de vigilance, et d’inspiration. Et puis à des idées à la con. Comme ce vaisseau E.T. dont on peut mettre le contact…en jouant de la flûte !
Certainement l’idée la plus involontairement hilarante de la décennie.
Ou cette réplique du vieux Guy Pearce qui, au lieu d’obtenir une réponse sur la Vie et la Mort, se prend un coup de latte dans la gueule et meurt en soupirant « bon, ben il n’y a rien », saillie à pleurer de rire tellement ça sonne cartoonesque.
Et que dire des dernières images, probablement imposées par les producteurs, et qui relie maladroitement à la saga Alien alors que justement, tout était plus subtilement entrelacé jusqu’alors…
Non, il n’y a pas d’excuse pour justifier ce plantage total dans l’histoire, tout sonne faux, fabriqué, artificiel, à l’image de cette scène choc où Noomi Rapace subit une césarienne hardcore pour enlever le shmurtz qu’elle a dans le ventre, moment de bravoure certes visuellement efficace mais qui semble avoir été mis là dans le seul but de livrer au moins une scène de ventre ouvert, afin de faire plaisir à ceux qui sont venus déguster du spectacle à la sauce alien.
Lindelof, comme Abrams, ne sait pas citer sans que ça se voit de façon grossière, sans que ça se sente préparé, calculé, étudié. Rien de spontané avec eux, mais l’impression désagréable d’un coup marketing avec foule de projections tests pour être bien certains de combler tout le monde.
Une attitude parfaitement incompatible avec la thématique même de Prometheus, censée s’élever bien au-delà de ces considérations mercantiles.
Le mélange donne un résultat bâtard, sublime visuellement, pathétique d’inutilité.