Une porte au pêne usé
Je suis retournée dans une pièce, en passant une porte à objet parlant. Je me suis de nouveau nourri de ces matières, de ses couleurs, de ses mots. Je les ai refaçonnés et colorés pour moi. Un exercice que je pensais ne plus pouvoir faire avec le déclin de ma santé. J’ai délaissé les couloirs du dédale pour me consacrer à cette pièce. Négligeant ma faim. Est-ce que je pourrais regretter ça ? Probablement pas. Ce séjour est certainement oubliable. Il me permet de laisser mes jambes et mes plaies en paix. Il me distrait de déferlements de mots que j’anticipe. Je vis par les matières et les couleurs loin de toute prudence et je me sens bien. J’étais capable de ça. Je l’oubliais. C’était une protection des plus saines que je connaissais. La plus simple et qui semble aujourd’hui encore se vérifier : ignorer. Ignorer le dédale, ignorer tout corps, même le miens. Est-ce que c’est la pièce solitaire ? J’y entre sans le savoir depuis toujours ? Comment oublie-t-on ses plus anciennes défenses ? À les considérer comme de honteux moyen de fuite ou vestige d’une enfance à laisser derrière soi. C’est une de mes plus grandes terreurs. J’ai peur d’oublier et de commettre les même erreurs toute ma vie. Je pensais vivre enfin les yeux ouverts sur le dédale. À affûter tous mes outils de compréhension pour repérer les corps dangereux, les portes aux poignées chaudes. Je me trompais. J’ai beaucoup appris sur le dédale et ses occupants mais oublier mon moyen de défense inné était une grave erreur. Être vigilante, c’est une chose. Combattre le dédale chaque seconde de son existence, ce n’est pas la réalité. On m’a dit que la vie était un combat constant. Mauvaises paroles de personnes à ne pas croire. Personne ne peut prétendre être un vaillant combattant à chaque seconde de sa vie. C’est faire de sa vie un objet parlant et rien d’autre. Je n’ai pas de combat à mener. Je vis dans ce foutu dédale. Et quand je décide de me reposer, je m’en vais dans une pièce solitaire. Comme toute personne. Et je n’ai rien à justifier.
Bonjour ou bonsoir. Je suis une vieille conne sans talent parmi des milliards d’êtres humains. Peu intéressante, bien trop bavarde. Et comme toute personne qui publie sur un support ou un autre, je recherche l’attention. Et quitte à ne servir à rien, je rajoute un poids inutile à la toile saturée que je n’aime plus.









