Un revenu minimum d’existence, à vie et sans questions, enquêtes, réserves ou contreparties aucunes. Un droit. Un vrai droit de l’homme pour tous les hommes. Le droit d’exister a minima, certes, mais décemment. Le droit de survivre pour nulle autre raison, justification, compétence ou légitimité que celle, tout simplement, d’être. La Société s’excusera ainsi de son poids pesant. De ses obligations implacables. De sa tyrannie insidieuse et larvaire qui rôde aux frontières mêmes de nos larmoyantes démocraties. Et bannir pour toujours l’inouïe violence infligée à ces errants de force, à ces sans-abri contraints, que l’on repousse à la rue tous les jours, et partout en France. La rue est une horreur. La rue est une terreur. La rue est une torture. La rue est un crime ignoble commis à chaque heure du jour et de la nuit contre des faibles et des innocents. Innocents de tout, sauf de leur malheur. Un crime commis dans et par l’indifférence générale. Un crime sacrificiel et barbare répété par l’édification de tous. Honte à nous ! Honte à la France ! Honte à cette grande nation qui sut jadis, pour une certaine idée de l’homme, soulever le monde. Il faut que cela cesse. Il faut appeler le crime par son nom. Il faut, par la loi, rendre illégale la mise à la rue. Asile ! Asile, au nom des hommes !
Patrick Declerck, Le sang nouveau est arrivé, Gallimard, 2005-2007









