En cette année 2025, j'ai consommé la culture de manière effrénée jusqu'au mois de juin, puis j'ai complètement changé de comportement lorsque que j'ai commencé à perdre le sommeil et à faire des crises d'angoisse.
L'année précédente, je m'étais forcée à suivre de très près l'actualité musicale, avec des listes d'écoute à rallonge et des reels trimestriels contenant mes meilleurs trouvailles dans l'espoir de susciter des réactions parmi mes followers, en vain.
Cette année je n'ai rien forcé, et cinq nouveautés sont venues à moi :
« Stentor Act I », Médine
« The sound of deceit », Enjoy
« The future can wait », Worriedaboutsatan
Sept autres albums ont été découverts au fil des mois :
« New ancient strings » (1999), Toumani Diabaté
« I am the center : private issue New Age music in America » (2013), Compilation
« Audio noir » (2016), Bossk
« Où je vis » (1998), Shurik'n
« Exploring the tributaries » (2007), Vibrasphere
« Tri-state » (2005), Above & Beyond
« Stellar supreme » (1992), Cosmic Baby
J'ai mis l'accent sur l'exploration de deux genres en particulier, le rap français et la trance, à la recherche de textes profonds et de rythmes dansants, mélancoliques et nostalgiques.
J'ai apprécié « Nirvana » de Jazzy Bazz pour son ambiance planante plus que pour la profondeur du texte.
« Stentor Act I » de Médine fut agressif pour mes oreilles pendant les premières écoutes s'est complètement métamorphosé en chef d'œuvre quand je l'ai vu performer en live en novembre dernier.
Je savais que j'appréciais la trance mais j'étais loin de me douter qu'il s'agissait d'un de mes sous-genres d'electro préférés. La trance vocale me mettait souvent mal à l'aise - me donnant des relents d' « Everytime we touch » de Cascada - mais l'album « Tri-state » d'Above & Beyond m'a montré qu'il m'est possible de ressentir des émotions sincères plutôt que du mépris à l'écoute de ces sonorités pop romantiques (pour aller plus loin sur les effets positifs de la trance, voir la discussion « Does trance music give people something similar to spirituality ? » dans le subreddit /trance).
La trance progressive comme sur l'album « Exploring the triburataries » de Vibrasphere m'est plus accessible car elle se rapproche plus de ma zone de confort musicale ultime (ambient, downtempo).
Sur l'énorme quantité de films vus cette année, je n'en ai sélectionné que quatre.
« Mon oncle » (1958) de Jacques Tati, « Black Dog » (2024) de Guan Hu et « Urga » (1991) de Nikita Mikhalkov ont tous les trois en commun le contraste entre nature et modernité, l'apologie de la de vie lente et silencieuse ainsi que des scènes comiques qui m'ont beaucoup émue.
Les deux films de Sacha Guitry « Quadrille » (1938) et « La Poison » (1951) ne m'ont pas procuré les mêmes émotions intenses et introspectives, mais j'ai été percutée par la qualité du jeu des acteurs et la façon de traiter le sujet : l'absurdité et la violence des relations de couple, abordé sous le prisme de l'humour. J'ai beaucoup ri pour la projection de « Quadrille » à laquelle nous avons eu la chance d'assister à Paris mon ami Yann et moi. « La Poison » reste beaucoup plus sombre, porté par la performance hyper réaliste des époux Braconnier.
Je termine par mes lectures de l'année, 36 livres au total, mais seul m'ont marqué mes lectures les plus engagées.
« Reliance : manuel de transition intérieure » (2023), Michel Maxime Egger, Tylie Grosjean, Elie Wattelet, une vraie bible à lire et à relire comme bon nous semble pour nous guider à travers cette transition intérieure jalonnée de luttes, de peur et de culpabilisation. Une bougie dans la nuit qui parvient à merveille à conforter et rassurer son lecteur face à l'immense anxiété que nous procure la destruction de notre environnement.
« Terre et liberté : la quête d'autonomie contre le fantasme de délivrance » (2021), Auérlien Berlan, un essai philosophique parfois complexe (pour quelqu'un comme moi qui n'a pas fait d'études supérieures) mais très éclairant. Un manifeste anarcho-communiste dont je rejoins quasiment toutes les idées.
« Résister à la culpabilisation, sur quelques empêchements d'exister » (2024), Mona Chollet écrit sur notre plus grand ennemi intérieur : la culpabilisation. C'est grâce à Clara Luciani que j'ai découvert ce livre (j'écoute ses interviews car je l'apprécie beaucoup mais paradoxalement je déteste sa musique). Il me semble l'avoir écouté en audio au travail et avoir versé quelques larmes dans mon coin durant certain passages. Je l'ai ensuite acheté physiquement pour pouvoir le partager et le relire. A parcourir une nouvelle fois en 2026.
« Retour de flammes: les pompiers, des héros fatigués » (2020), Romain Pudal, enfin un livre sociologique qui parle des problématiques des pompiers volontaires de l'intérieur.
Sapeur pompier volontaire moi-même depuis 8 ans, j'en retire cette citation avec laquelle je connecte profondément :
« Devenir pompier, c'est expérimenter une sorte de « miracle » quand on porte l'uniforme : l'inversion de la domination sociale. Le temps d'une intervention, quel que soit votre statut, votre niveau de diplôme ou votre histoire, vous décidez et donnez des ordres à tous et à chacun : la quête de reconnaissance sociale trouve là un de ses plus beaux accomplissements. Il peut ainsi correspondre à une forme de militantisme populaire qui ne s'incarnera évidemment pas dans les débats publics, les tracts, les pétitions, qui restent des activités plus « lettrées ». Enfin et surtout, c'est une véritable voie de salut pour les personnes peu diplômées. »
« Contes de la mansarde » (2024), Iris Pouy, Elizabeth Holleville, sous les conseils de mon ami Yann, une lecture plus légère (si on veut) pour finir, une série de contes fantastiques avec la solitude, la dépression et l'anxiété comme thèmes sous-jacents. Je me souviens avoir adoré cette lecture, qui m'a pris seulement quelques heures comme toutes les très bonnes BDs.
En bonus, un petit classement de mes concerts de l'année, par ordre d'appréciation (totalement subjectif qui ne juge pas uniquement la performance de l'artiste, qui a comme critères principaux mon niveau d'épuisement et l'ambiance générale au moment du concert) :